Alger, 1600–1660
Comment les gouverneurs du sultan perdirent-ils Alger au profit de ses propres soldats et de ses capitaines corsaires ?
▶ Voir l’atlas commenté (narration en anglais) · 6 minLes territoires en 1660, aux couleurs de qui les tenait. Hachuré : les territoires qui ont changé de mains entre 1600 et 1660.
Dans chaque période ci-dessous, les événements numérotés de la carte renvoient à la liste qui la suit et aux repères du texte ; rien ne bouge.
Les périodes
L’ordre du sultan
- 1◆Le Bastion de France saccagé — juin 1604 · par les galères du pacha
- 2⚑Le divan défie le sultan — 1606 · le firman refusé
En bref
En 1600, Alger était une province ottomane. Tous les trois ans, le sultan y envoyait un pacha pour la gouverner, mais le pacha gouvernait par la milice des janissaires et son conseil, le divan, et vivait des capitaines corsaires, les raïs. En 1603, Kheder Pacha revint pour un troisième mandat. Il empocha l’argent que le sultan avait envoyé pour rembourser des marchands français et, en juin 1604, ses galères saccagèrent le Bastion de France, le comptoir français de pêche du corail1 sur la côte orientale. Le roi de France protesta à Constantinople. La Porte dépêcha un vieil eunuque, Mehmed Pacha, qui fit étrangler Kheder dès son débarquement. En 1606, l’envoyé français, Savary de Brèves, arriva de Tunis avec l’ordre du sultan de libérer les captifs français et de rebâtir le Bastion. Mehmed le soutint, et l’ordre fut lu à haute voix devant le divan. Les janissaires se soulevèrent,2 chassèrent quatre aghas qui disaient vouloir obéir et assiégèrent le pacha dans son palais. L’ordre ne fut jamais exécuté. Avant la fin de l’année, le vieux pacha était mort ; selon un récit, les janissaires l’avaient torturé à mort.
La chaîne, période par période
Dali Hassan, surnommé Bou-Richa, arriva comme pacha en 1599, après que son prédécesseur eut été emprisonné à Constantinople pour n’avoir pas soumis la Kabylie. Il favorisa le consul de France, de Vias, mais les raïs l’ignorèrent et s’emparèrent de marchands de Provence et du Languedoc. Quand de Vias protesta sur ordre d’Henri IV, il fut insulté et emprisonné.
Sur des plaintes portées à la Porte, Dali Hassan céda la place à Soliman, dit le Vénitien, qui fit rendre une partie des navires français capturés. Il mena lui-même l’armée en Kabylie en 1600 et revint à Alger presque seul ; l’année suivante, il fut de nouveau battu devant Djemaa-Saharidj.
Kheder Pacha revint en 1603 pour un troisième mandat. Il garda 6 000 sequins que le sultan avait envoyés pour rembourser des marchands français et, en juin 1604, envoya des galères saccager le Bastion de France, le comptoir français de pêche du corail sur la côte orientale, dont les occupants furent tués ou emmenés. Henri IV exigea réparation de la Porte.
La Porte envoya Mehmed Pacha, un eunuque d’environ quatre-vingts ans, qui fit étrangler Kheder dès son débarquement et saisit ses biens. Quand l’envoyé français arriva avec l’ordre du sultan, Mehmed le soutint et refusa de signer un faux sauf-conduit destiné à attirer à terre les gens de l’envoyé. La milice tourna sa fureur contre lui.
Le firman fut lu à haute voix devant le divan. Les janissaires se soulevèrent, déposèrent l’un après l’autre quatre aghas qui disaient vouloir obéir et assiégèrent par deux fois le pacha dans son palais. Un vieux capitaine corsaire les apaisa, mais le divan ne voulut pas entendre parler du Bastion et n’accepta de libérer les captifs français qu’en échange des Turcs retenus à Marseille. Avant la fin de l’année, Mehmed était mort ; selon un récit, il avait été torturé à mort.
Savary de Brèves, ambassadeur d’Henri IV à Constantinople jusqu’en 1605, avait obtenu du sultan de nouvelles capitulations en 1604. Rentrant en France en 1606, il vint de Tunis à Alger avec un officier du sultan et un firman ordonnant aux raïs de libérer les captifs français, de rendre leurs prises et de laisser rebâtir le Bastion.
Si Amar, sultan de Koukou dans les montagnes du Djurdjura, commandait les Kabyles qui battirent les colonnes des pachas en 1600 et 1601. Koukou regardait vers l’Espagne : en 1603, deux de ses notables se rendirent à la cour de Philippe III. Cette année-là, un débarquement espagnol parti de Majorque sur la côte kabyle finit en massacre, trahi par un neveu du sultan que Soliman avait gagné à sa cause.
L’Espagne tenta de frapper Alger même. Un capitaine français, Roux, proposa de la prendre de nuit pendant que sa garnison était partie lever l’impôt ; Jean-André Doria, chargé de l’affaire, en fit une expédition de soixante-dix navires et dix mille hommes. Les retards ne l’amenèrent devant Alger que le 1er septembre 1601, et une tempête le chassa sans qu’il eût débarqué.
Ni l’Espagne ni Koukou ne purent prendre Alger, mais un ordre du sultan lu devant son propre divan pouvait être refusé, et il le fut.
Deux canons de bronze
- 3◆Guerre contre les navires français — 1609–1628 · pour les deux canons
- 4✠Les envoyés d’Alger massacrés — 14 mars 1620 · par la foule de Marseille
En bref
Les raïs se mettaient à l’école des marins du Nord. Simon Dansa, un capitaine hollandais arrivé à Alger vers 1607, fut de ceux qui leur apprirent à mener de hauts vaisseaux à voiles carrées au-delà de Gibraltar, dans l’Atlantique. En moins de trois ans, il fit une quarantaine de prises. Puis il voulut rentrer chez lui. En 1609, il obtint la grâce du roi de France en libérant un groupe de jésuites captifs et, en novembre, il entra dans le port de Marseille, où vivait sa femme. Il apportait un présent pour le gouverneur de Provence, le duc de Guise : deux canons de bronze que le trésor du pacha d’Alger lui avait prêtés. Alger réclama ses canons. La France ne répondit pas, et les raïs s’en prirent aux navires français.3 Une paix fut signée en 1619, mais en mars 1620, après qu’un corsaire algérien eut assassiné l’équipage d’un navire marseillais, la foule de Marseille massacra les envoyés algériens4 qui l’avaient négociée. La guerre dura encore huit ans.
La chaîne, période par période
Moustafa Pacha succéda à l’eunuque mort et renforça les murailles contre une attaque espagnole. En 1606, il marcha sur Oran, place espagnole, et fut mis en déroute par une sortie de la garnison ; en Kabylie, il réussit mieux en achetant la garnison de Djemaa-Saharidj. Il mourut de la peste en 1607.
Redouan Pacha prit la suite en 1607, l’année où les galères toscanes saccagèrent Bône. Son gouvernement laissa l’agent des marchands anglais du Levant ouvrir un comptoir à Stora et à Collo, une côte que le sultan avait réservée à la France ; la protestation de Brèves n’obtint qu’un semblant de satisfaction. Sous lui, le capitaine hollandais Dansa armait des navires à Alger.
Koussa Moustafa, pacha à partir de 1610, remercia Henri IV d’avoir aidé les Morisques expulsés d’Espagne, mais ne put retenir les raïs. Il refoula les pillards kabyles dans leurs montagnes et entra à Koukou. Pendant la famine de 1612, le divan donna trois jours aux réfugiés morisques d’Alger pour partir ; beaucoup de ceux qui restèrent furent massacrés.
Hussein Cheikh, pacha à partir de 1613, répondait à chaque plainte française en réclamant les canons de Dansa et les Turcs enchaînés sur les galères de Marseille. Un envoyé du sultan venu en 1616 pour faire la paix n’obtint rien. En 1617, Hussein fut remplacé, brièvement par Koussa Moustafa, puis par Soliman Katania.
Soliman Katania tremblait devant les janissaires. Quand la milice vota un nouveau raid contre le Bastion, que Castellane venait de réoccuper pour le duc de Guise, il ne fit rien, et ses occupants furent tués ou emmenés. Le vieux consul de Vias se rendit à la cour, et l’ambassadeur de France obtint le rappel de Soliman.
Revenu pour un second mandat en 1618, Hussein trouva les raïs ébranlés par les galères napolitaines et toscanes et par un armement français. Deux envoyés, Caynan Agha et Rozan Bey, partirent pour la France avec Castellane, libéré grâce aux démarches du consul, et une paix fut signée au nom de Louis XIII le 21 mars 1619. Ses articles passaient les canons sous silence.
Simon Dansa, un capitaine hollandais, arriva à Alger vers 1607 et, avec d’autres marins anglais et hollandais, apprit aux raïs à mener de hauts vaisseaux à voiles carrées ; il fut le premier à conduire des navires algériens au-delà de Gibraltar. En moins de trois ans, il fit une quarantaine de prises. Gracié pour avoir libéré dix jésuites captifs, il rentra à Marseille en novembre 1609.
Ivan de Veenboer, un corsaire hollandais de Hoorn, servit comme officier sous Dansa et resta quand celui-ci partit. Devenu musulman sous le nom de Soliman Raïs, il avait sa propre flotte en 1617 et commandait en 1618 une cinquantaine de navires répartis en escadres. Il fut tué par un boulet dans un combat au large de Carthagène en octobre 1620.
Jan Janszoon, de Haarlem, autre corsaire hollandais, fut pris au large de Lanzarote par des corsaires algériens en 1618, se fit musulman sous le nom de Mourad Raïs et navigua avec Soliman Raïs. Il prit ensuite la tête des corsaires de Salé, au Maroc, mais garda Alger pour base, poussant ses raids jusqu’en Islande en 1627.
Dansa donna au duc de Guise, gouverneur de Provence, deux canons de bronze que le trésor du pacha lui avait prêtés. Le divan réclama les canons et le châtiment de Dansa ; la cour, à Paris, n’y prêta aucune attention, et Guise les garda pour lui. Les raïs se jetèrent sur les navires français et, dès 1616, les pertes de Marseille dépassaient trois millions de livres.
Les raïs s’enrichirent grâce aux navires et aux marins du Nord, et deux canons aux mains de Guise maintinrent la France et Alger en guerre.
La paix de Napollon
- 5✒La paix de 1628 — 19 sept. 1628 · votée au divan
- 6⌂Le Bastion de France relevé — 1628 · Napollon gouverneur à vie
- 7⚔Tabarka — mai 1633 · l’attaque de nuit trahie
En bref
En juin 1626, un capitaine marseillais d’origine corse, Sanson Napollon, débarqua à Alger comme envoyé du roi de France et lieutenant du duc de Guise pour le Bastion. Il vit que la parole du pacha n’engageait personne et courtisa les hommes qui comptaient : l’agha des janissaires et les grands raïs, parmi lesquels un renégat italien, Ali Bitchin, qu’il recevait à sa table. Le divan envoya vérifier ses lettres de créance à Constantinople, et ses envoyés en revinrent en 1627 avec l’ordre d’obéir. Marseille racheta les deux canons à Guise. En septembre 1628, Napollon les rapporta à Alger avec des captifs turcs libérés des galères de France, et le divan vota par acclamation une paix perpétuelle.5 Il lui confia le Bastion, à rebâtir et à commander sa vie durant, et l’essentiel de la redevance alla à la solde des janissaires. Napollon releva le comptoir,6 puis se tourna contre son rival, l’île fortifiée génoise de Tabarka. En mai 1633, il y mena une attaque de nuit. Un homme de la place avait promis d’ouvrir la porte, mais le projet avait été trahi,7 et Napollon fut abattu.
La chaîne, période par période
Chérif Khodja, nommé pacha à la demande de l’ambassadeur de France, débarqua en juillet 1619 disposé à la paix. En mars 1620, la foule de Marseille, furieuse qu’un corsaire algérien eût assassiné l’équipage d’un navire marseillais, tua les envoyés qui avaient fait la paix. Le pacha et le divan écrivirent pour demander des explications ; la réponse tardant, une émeute traîna le consul de France devant le divan, et les raïs partirent en guerre.
Un second Hızır Pacha, qui n’était pas l’homme étranglé en 1605, remplaça Chérif en 1621 et refusa de traiter avec l’amiral anglais. Deux autres pachas suivirent, Moustafa Koussor et Mourad, dont on ne sait presque rien ; l’historien Grammont pensait qu’ils avaient délibérément vécu dans l’ombre.
Khosrew Pacha, le troisième, mena les janissaires de Constantine à Tlemcen pour rétablir l’impôt, battit les Kabyles et entra à Koukou. Il écrasa une révolte à Tlemcen, dont les chefs furent écorchés vifs, et fit la guerre à Tunis, qui avait soulevé les tribus de la province de Constantine ; la guerre s’acheva par une victoire algérienne en 1628. Khosrew lui-même était mort de la peste vers 1627.
Sir Robert Mansell, vice-amiral d’Angleterre, appareilla en octobre 1620 contre les corsaires qui prenaient les navires anglais. Devant Alger, en décembre, il ne racheta qu’une quarantaine de captifs anglais. En 1621, il lança des brûlots dans le port ; ils firent peu de dégâts, la flotte fut rappelée, et les raïs continuèrent de prendre des navires anglais.
Le commerce français ruiné, Louis XIII envoya Sanson Napollon, qui débarqua en juin 1626 comme envoyé du roi et lieutenant de Guise pour le Bastion. Des rivaux firent courir le bruit que son firman était faux, et le divan dépêcha vingt officiers à Constantinople pour le vérifier avant de discuter des conditions. Ils revinrent au printemps 1627 avec l’ordre d’obéir, et avec un nouveau pacha.
En 1627, une paix avec la France avait été faite puis noyée dans le sang, et Alger avait appris à vérifier elle-même la parole du sultan.
Hussein, fils d’Ilyas, revint avec les officiers en 1627 pour remplacer Khosrew, mort. Le grand divan exigea d’abord les Turcs des galères de Marseille et les deux canons de Dansa, puis promit d’obéir à la Porte. En septembre 1628, le pacha et les chefs de la milice signèrent la paix et le contrat du Bastion.
Vers 1630, Younès Pacha remplaça Hussein. La milice l’accueillit mal ; vieil homme, il se lia d’amitié avec le vice-consul de France Blanchard, mais ne fit rien quand les chefs insultèrent Blanchard en plein divan, et il ne gouvernait, dit Grammont, que par la tolérance des notables. Hussein reprit bientôt sa place.
Rétabli, le vieil Hussein était impuissant. En 1633, le divan lui retira le trésor tout en l’obligeant encore à payer les troupes ; quand l’argent manqua, les janissaires vinrent avec leurs marmites renversées, signe de mutinerie, et le jetèrent en prison.
Napollon laissa au pacha les présents et courtisa à sa table ouverte l’agha, le trésorier des janissaires et les grands raïs. Marseille racheta les canons à Guise. Le 17 septembre 1628, il débarqua avec eux et avec des galériens turcs remis en liberté, et deux jours plus tard le divan vota par acclamation une paix perpétuelle. On lui confia le Bastion à vie.
Napollon releva le Bastion, La Calle, Bône et le cap Rose, et offrit à Marseille tout le blé dont elle avait besoin. La paix s’effrita en 1629, quand un vaisseau du roi saisit un corsaire algérien au large de Salé et mit son équipage aux fers ; les raïs recommencèrent à prendre des navires français. En mai 1633, il mena une attaque de nuit contre Tabarka la génoise, fut trahi et fut abattu.
Ali Bitchin, un renégat italien, était devenu chef des raïs et amiral des galères en 1621, et avait bâti sa mosquée dans la ville basse en 1622. Il était de ces capitaines que Napollon nourrissait à sa table, avec Ali Arabadji et d’autres. Propriétaire de galères et de centaines de captifs, il était l’un des hommes dont dépendait la paix.
La paix de Napollon reposait sur les hommes qui comptaient à Alger, et elle mourut avec lui à Tabarka.
Les galères de l’amiral
- 8◆Les comptoirs français rasés — déc. 1637 · par les galères de Bitchin
- 9⚔Valona — août 1638 · victoire vénitienne
En bref
Après Napollon, l’homme qui comptait à Alger fut Ali Bitchin. Il était amiral des galères et chef des raïs. Il possédait une bonne part des galères qu’il commandait, gardait des centaines de captifs dans ses propres bagnes et avait épousé, disait-on, une fille du roi kabyle de Koukou. À la fin de 1637, une escadre française vint renouer les pourparlers et saisit des navires algériens en chemin. Le divan déclara la paix rompue, et les galères de Bitchin rasèrent le Bastion et ses dépendances et ramenèrent quelque trois cents prisonniers.8 L’été suivant, il mena seize galères d’Alger et de Tunis piller les côtes d’Italie. Elles s’abritèrent dans le port ottoman de Valona. C’est là qu’en août 1638 une flotte vénitienne commandée par Marino Cappello les attaqua9 et les prit ou les coula toutes. Bitchin en réchappa ; l’essentiel de ce qu’il perdit lui appartenait. Le sultan Mourad IV laissa Venise acheter la paix et ne versa rien aux corsaires. Les raïs convinrent entre eux de ne plus jamais risquer leurs navires pour le sultan.
La chaîne, période par période
Les Koulouglis, fils de soldats turcs et de femmes du pays, étaient tenus à l’écart du pouvoir par les janissaires qui les craignaient. Accusés de complot, ils furent expulsés d’Alger en 1629. Le 1er juillet 1633, alors que les raïs étaient en mer, certains rentrèrent déguisés et attaquèrent ; la poudrière de la Casbah sauta, les rebelles furent traqués, et les survivants s’enfuirent chez les Kabyles.
Mourad, bey de Constantine pour le pacha d’Alger, traitait avec les tribus de l’Est par l’intermédiaire de leurs grands chefs, et entendait se débarrasser du plus puissant d’entre eux. En 1637, quelques jours après l’arrivée d’un nouveau pacha à Alger, il frappa.
Mohammed ben Sakhri ben Bou Okkaz était cheikh el-Arab, le chef par qui le bey traitait avec les tribus arabes du Sud. Mourad le fit saisir par trahison et décapiter, avec son fils Ahmed et une dizaine de notables. Ces exécutions, qui devaient assurer le pouvoir du bey, déclenchèrent une révolte.
Ahmed ben Sakhri, frère du cheikh mis à mort, souleva les tribus du Sud pour le venger. La destruction du Bastion avait privé les tribus de l’Est de leur commerce et de l’argent de leur impôt, et elles se soulevèrent avec lui ; rejoint par Khaled, il ravagea la région de Constantine.
Khaled es-S’rir conduisait les Kabyles de la province de Constantine qui refusaient l’impôt. En 1638, les rebelles affrontèrent à Guedjal Mourad Bey, renforcé de quatre mille janissaires venus d’Alger, et les mirent en déroute ; l’armée vaincue dut rentrer par le long chemin, car le Djurdjura aussi était en révolte.
Youssouf Pacha, qui avait payé cher sa charge, débarqua en juillet 1634 juste après l’envoyé français Le Page et obtint du divan de négocier seul. Il fit échouer un échange de Turcs contre des Français, dans l’espoir de vendre lui-même les Français, et en 1636 se servit d’une menace d’attaque française pour lever 500 000 piastres. Remplacé en juin 1637, il partit avec l’argent.
Ali Pacha, qui remplaça Youssouf en juin 1637, était un homme faible qui ne gagna jamais la moindre autorité à Alger. Quand une escadre française vint cet hiver-là renouer les pourparlers, ce furent le divan, l’agha et les grands raïs qui décidèrent, et le pacha ne put maintenir la paix.
Sanson Le Page, premier héraut d’armes de France, fut nommé successeur de Napollon au Bastion et envoyé à Alger pour libérer les captifs français et réviser le traité de 1628. Il débarqua en juillet 1634 avec le père Dan et l’argent des rachats, et offrit les 68 Turcs retenus à Marseille contre 342 Français. Joué par Youssouf, il repartit en septembre.
En novembre 1637, Le Page revint avec l’escadre du commandeur de Mantin, amenant les Turcs si longtemps réclamés. Une tempête dispersa la flotte ; Mantin échangea des lettres avec le pacha, puis s’en alla, tandis qu’un autre commandant français, Chasteluz, prenait en chemin deux navires algériens chargés de grain avec soixante-dix Turcs.
La défaite des Koulouglis laissa les raïs sans contrepoids, et Ali Bitchin était leur chef. Il possédait deux grandes maisons, une mosquée et des bagnes où étaient enfermés plus de cinq cents captifs, et avait épousé, disait-on, une fille du sultan de Koukou. Son ami Ali Arabadji, ancien chef des raïs, avait été fait pacha de Tripoli.
Quand la lettre de Le Page parvint au divan, ceux qui avaient des parents sur les galères de France voulaient un accord, mais les grands propriétaires d’esclaves, qui en supporteraient le coût, s’y opposèrent. Ils avaient pour chefs Hamza Agha, Cigala et Ali Bitchin. La nouvelle des prises de Chasteluz trancha la question : le 8 décembre 1637, le divan déclara la paix rompue.
Chargé de détruire à jamais les comptoirs français, Bitchin partit avec les galères et rasa le Bastion et ses dépendances, sans rencontrer de résistance chez des hommes qui ignoraient tout de la rupture ; il ramena 317 prisonniers. Avec le Bastion disparut la redevance qu’il versait pour la solde des soldats.
Alger chassa les comptoirs de la France et la redevance qui aidait à payer ses soldats, et l’Est se souleva contre le bey.
Une tête pour le sultan
- 10⚑Alger se soulève pour Bitchin — le pacha se cache dans une mosquée
En bref
En 1644, le frère et successeur de Mourad, le sultan Ibrahim, se mit à rassembler une grande armada, officiellement destinée à Malte, et ordonna aux galères d’Alger de la rejoindre. Les raïs refusèrent. Le sultan envoya des émissaires rapporter les têtes d’Ali Bitchin et d’autres grands capitaines. Quand leur mission fut connue, la ville se souleva pour Bitchin,10 et le pacha, à qui l’on imputait l’ordre, se cacha dans une mosquée. Alors les janissaires, que le pacha caché ne payait plus, décidèrent que Bitchin détenait désormais le pouvoir et devait leur verser la solde, et lui donnèrent trois jours. Il ne put réunir la somme. Une nuit, il quitta la ville en secret avec son trésor et gagna Koukou, chez son beau-père. Le sultan céda le premier. Il envoya à Bitchin de l’argent et des présents, et Bitchin rentra dans Alger en triomphe. Peu après, un nouveau pacha débarqua, et en 1645 Bitchin mourut subitement. Alger le crut empoisonné.
La chaîne, période par période
Le sultan Mourad IV était en froid avec Venise. Les galères d’Alger partirent vers l’est en 1638, à son appel selon les récits algériens et français, alors que les archives vénitiennes les montrent pillant l’Italie pour leur propre compte. Après Valona, il fit emprisonner le baile de Venise et promit vengeance, puis accepta un fort paiement vénitien, fit la paix et ne versa rien aux corsaires pour leurs pertes.
Le sultan Ibrahim, frère et successeur de Mourad, rassembla une armada officiellement destinée à Malte et ordonna aux flottes barbaresques de la rejoindre ; les raïs d’Alger refusèrent. Il envoya des officiers rapporter les têtes d’Ali Bitchin et d’autres grands capitaines. Quand la ville se souleva pour Bitchin, le sultan céda et lui envoya un caftan d’honneur et de l’or pour seize galères.
Marino Cappello, à la tête des galères de Venise, trouva à l’été 1638 seize galères d’Alger et de Tunis, revenues de piller la Calabre, à l’abri dans le port ottoman de Valona. Après un mois de blocus, il les attaqua en août et les prit ou les coula toutes, libérant quelque 3 600 rameurs chrétiens. La plupart des galères perdues appartenaient à Ali Bitchin.
Bitchin força la ligne vénitienne et s’échappa, mais perdit la plupart de ses galères, leurs équipages et les amis sur qui il comptait pour s’élever plus haut. Comme le sultan ne paya rien, les raïs convinrent entre eux de ne plus jamais risquer leurs navires pour lui, et ils s’y tinrent quand Ibrahim les appela.
Les officiers venus chercher sa tête durent se réfugier dans la propre maison de Bitchin, et il acheta leur départ. Le pacha caché dans une mosquée, la milice impayée décida que Bitchin détenait désormais le pouvoir et devait la payer, et lui donna trois jours. Encore à court de 40 000 piastres, il s’éclipsa de nuit avec son trésor chez son beau-père, à Koukou.
Quand arrivèrent l’argent et les présents du sultan, la foule qui avait réclamé sa mort porta Bitchin en triomphe dans Alger, bien que le titre de pacha ne fût jamais le sien. Peu après l’arrivée d’un nouveau pacha, il mourut subitement, en 1645 ; Alger le crut empoisonné. Son frère hérita de sa fortune.
Le successeur d’Ali Pacha, en 1640, mourut de la peste en quelques mois, et Youssouf Abou Djemal prit sa place. En 1641, le divan l’envoya contre Ben Ali, le sultan rebelle de Koukou. Il revint l’année suivante avec de lourdes pertes et sans aucun gain, et la milice se saisit de lui et l’enferma au Fort l’Empereur.
Mehmed Bursalı, le pacha suivant, libéra son prédécesseur emprisonné. Une fois apaisée la révolte du Djurdjura, vers 1644, il marcha contre les tribus du Hodna. Quand les officiers du sultan vinrent chercher la tête de Bitchin, la ville imputa l’ordre à Mehmed ; il s’enfuit dans une mosquée et n’osa plus en sortir, et les troupes ne furent pas payées.
Bitchin avait tenu tête au sultan, mais quiconque détenait le pouvoir à Alger devait payer les janissaires.
Les aghas prennent la ville
- 11⚑La révolte de 1659 — juin 1659 · le pacha emprisonné
- 12◆L’agha et le divan gouvernent — 1659 · le pacha ne garde que son titre
- 13◆Les ports ottomans fermés à Alger — ni recrues ni grain
En bref
Les pachas continuaient de venir pour leurs trois ans et de repartir riches. En 1659, Ibrahim Pacha, sur le point d’être remplacé, retint une part de l’argent que le sultan avait envoyé aux raïs pour sa guerre contre Venise. Les raïs et les janissaires prirent son palais d’assaut et le jetèrent en prison.11 Un officier des janissaires, Khalil, mena la révolte. Puis le divan retira aux pachas tout pouvoir de gouverner.12 Le gouverneur du sultan garderait son titre et ses honneurs, mais l’agha des janissaires et le divan gouverneraient, et Khalil fut fait agha. Quand le nouveau pacha, Ali Pacha, voulut exercer les pouvoirs de sa charge, Khalil le réembarqua pour Smyrne avec sa maison. À Constantinople, le grand vizir, Köprülü Mehmed Pacha, fit exécuter le gouverneur renvoyé et ferma les ports ottomans,13 le recrutement et le grain aux navires d’Alger. En 1600, le pacha du sultan gouvernait Alger. En 1660, c’étaient ses propres soldats.
La chaîne, période par période
Bitchin mort, les pachas du sultan gouvernèrent de nouveau pour de courts mandats : Youssouf à partir de 1647, puis Mehmed vers 1650. Le changement libéra le consul de France, que Youssouf, sur le départ, relâcha pour 350 piastres au lieu des 7 000 qu’il avait exigées. En 1654 commença la grande peste ; en trois ans, elle tua environ un tiers d’Alger.
Ahmed Pacha, qui suivit Mehmed, fit emprisonner et maltraiter le consul quand ses créanciers se plaignirent. À partir de 1655, Ahmed et Ibrahim Pacha se disputèrent la charge, chacun porté, semble-t-il, par une émeute des raïs ou de la milice ; ces changements remplaçaient l’homme, non le problème de la solde des troupes.
Ibrahim Pacha tint la charge en 1655–1656 et de nouveau à partir de 1657. En 1659, apprenant qu’il allait être remplacé, il envoya 200 000 piastres à Constantinople et réclama le dixième de l’argent que le sultan avait envoyé aux raïs pour les attirer dans sa flotte contre Venise. Les raïs et les janissaires se soulevèrent, se saisirent de lui et le jetèrent en prison.
La duchesse d’Aiguillon, nièce de Richelieu et protectrice de Vincent de Paul, pressa le roi, comme Vincent l’écrivit plus tard, de donner à sa Congrégation de la Mission les consulats de Tunis et d’Alger, afin que leurs revenus servent à nourrir et à racheter les captifs chrétiens.
Vincent de Paul, qui disait avoir été lui-même esclave à Tunis, acheta le consulat d’Alger à son titulaire absent, Balthazar de Vias, avec l’autorisation du roi, et envoya en 1646 les premiers membres de la Mission à Alger. Il choisit pour consul un frère laïc, Jean Barreau.
Jean Barreau, frère laïc encore étudiant à Saint-Lazare, arriva à Alger comme consul en juillet 1646. Incapable de rien refuser, il se porta garant des dettes d’autrui malgré les mises en garde de Vincent. Des pachas l’emprisonnèrent en 1647, de 1650 à 1652 et de nouveau sous Ahmed ; après la fuite du marchand Rappiot, failli, il fut battu et torturé jusqu’à ce qu’il signe pour 2 500 piastres qu’il n’avait pas.
Vincent reprocha à Barreau de s’endetter et de dépenser l’argent que les familles des captifs avaient envoyé, et dès 1655 il cherchait un moyen de renoncer aux consulats. Il envoya pourtant ce qu’il put, fit saisir à Livourne le navire de Rappiot et obtint des ordres royaux contre les banqueroutiers. À Marseille, une foule accusa la Mission de dilapider l’argent des rachats.
Les pachas allaient et venaient toujours avec leur fortune, et le consul de France payait en prison les griefs d’Alger.
Khalil, un officier des janissaires, mena la révolte contre Ibrahim et fut proclamé agha. Le grand divan retira aux pachas tout pouvoir de gouverner : le gouverneur du sultan garda son titre et quelques honneurs, tandis que le divan, présidé par l’agha, gouvernait. Il entendit les plaintes des marchands étrangers et abaissa les droits de douane.
Ali Pacha, nommé en 1659 pour succéder à Ibrahim, arriva en comptant gouverner et voulut exercer tous les pouvoirs de sa charge. Khalil le fit monter avec sa maison à bord d’un galion et le renvoya à Smyrne, portant la querelle jusqu’à Constantinople.
L’ordre nouveau se retourna bientôt contre son auteur. Khalil voulut rester en charge au-delà de son terme, et les officiers supérieurs de la milice le tuèrent, en 1660 selon la tradition ; les récits placent la date entre 1659 et 1661.
Ramdane Agha, choisi à la place de Khalil, sut garder la paix avec la milice, fit prolonger son mandat et poussa la course plus loin que jamais. Il fut tué à son tour, en août 1661, pour s’être, disait-on, attribué une trop grosse part d’une prise.
À Constantinople, le grand vizir, Köprülü Mehmed Pacha, fit exécuter le gouverneur renvoyé et écrivit à l’agha qu’on n’enverrait plus de gouverneurs. Les navires algériens ne purent plus relâcher sur les côtes ottomanes, ni y enrôler des hommes ni y acheter du grain. La demande de pardon d’Alger fut rejetée ; seul le fils de Köprülü, grand vizir à partir de 1661, accorda une amnistie.
En 1660, Alger était gouvernée par ses propres soldats, et le sultan répondit en la coupant de l’Empire.
Qui est qui
Alger : la milice et les raïs
Le sultan ottoman et ses pachas
France
Venise
Autres
Chronologie
- 1◆Le Bastion de France saccagé — juin 1604 · par les galères du pacha 1600–1606
- 2⚑Le divan défie le sultan — 1606 · le firman refusé 1600–1606
- 3◆Guerre contre les navires français — 1609–1628 · pour les deux canons 1607–1620
- 4✠Les envoyés d’Alger massacrés — 14 mars 1620 · par la foule de Marseille 1607–1620
- 5✒La paix de 1628 — 19 sept. 1628 · votée au divan 1626–1633
- 6⌂Le Bastion de France relevé — 1628 · Napollon gouverneur à vie 1626–1633
- 7⚔Tabarka — mai 1633 · l’attaque de nuit trahie 1626–1633
- 8◆Les comptoirs français rasés — déc. 1637 · par les galères de Bitchin 1637–1638
- 9⚔Valona — août 1638 · victoire vénitienne 1637–1638
- 10⚑Alger se soulève pour Bitchin — le pacha se cache dans une mosquée 1644–1645
- 11⚑La révolte de 1659 — juin 1659 · le pacha emprisonné 1659–1660
- 12◆L’agha et le divan gouvernent — 1659 · le pacha ne garde que son titre 1659–1660
- 13◆Les ports ottomans fermés à Alger — ni recrues ni grain 1659–1660
Sources
- H.-D. de Grammont, Histoire d’Alger sous la domination turque (Paris, 1887), chap. 11–15 : les pachas triennaux, la mission de Brèves, les canons de Dansa, Napollon, Ali Bitchin, la révolution de 1659 — source
- Regency of Algiers — Wikipedia (les pachas triennaux, le Bastion en 1604, Valona, la mort de Bitchin) — source
- K. Kahraman, « Cezayir » (période ottomane), TDV İslâm Ansiklopedisi : Ali Pacha renvoyé à Izmir, les représailles de Köprülü — source
- Odjak of Algiers Revolution — Wikipedia (Ibrahim Pacha emprisonné, Khalil, l’embargo de Köprülü) — source
- Zymen Danseker (Simon Danser) — Wikipedia — source
- Bastion de France — Wikipédia (1604, Napollon, 1637) — source
- Massacre des Turcs à Marseille, 14 mars 1620 — Wikipédia — source
- Ali Bitchin — Wikipédia (son mariage, les envoyés de 1644–1645, la fuite à Koukou, sa mort) — source
- R. Dipratu, « The Valona Affair (1638), its Ensuing Anti-Piracy Nişan and the Development of Ottoman-Venetian Peace Agreements » — source
- Du Bastion de France à La Calle — CDHA (la mort de Napollon à Tabarka, la destruction de décembre 1637) — source
- Cretan War (1645–1669) — Wikipedia (l’armada de 1645 et son prétexte maltais) — source
Chaque affirmation du texte a été vérifiée dans les sources ci-dessus. Frontières : historical-basemaps (A. Ourednik, GPL-3.0), l’état de c.1600, simplifié — schématique, les bons États à peu près aux bons endroits. Territoires ayant changé de mains : provinces modernes (Natural Earth) ou états plus tardifs tenant lieu des frontières historiques. Terres, lacs et fleuves : Natural Earth. Portraits : crédités ci-dessous avec auteur, licence et source.
Portraits
- Duc de Guise — Justus Sustermans · Public domain — Commons
- Mourad IV — Mid-17th century, Ottoman artist · Public domain — Commons
- Ibrahim Ier — Ottoman miniature painting · Public domain — Commons
- Köprülü Mehmed Pacha — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Jean-André Doria — Alessandro Vaiani · Public domain — Commons
- Sir Robert Mansell — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Duchesse d’Aiguillon — Philippe de Champaigne · Public domain — Commons
- Vincent de Paul — Simon François de Tours (1606-1671) · Public domain — Commons
- Kheder Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mehmed Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Savary de Brèves — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Simon Dansa — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Sanson Napollon — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Ali Bitchin — Ali Bitchin, modern marble statue by students of Liceo Felice Palma under Alessandro Mosti, designed by Giulia Vatteroni, 2022; installed in Algiers 2023. Close photograph explicitly captioned by LaMarinaAlta.com, 28 June 2024; photographer unidentified. · copyright status unverified — source
- Marino Cappello — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Ibrahim Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Khalil Agha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Ali Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Dali Hassan Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Soliman Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Si Amar — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Moustafa Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Redouan Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Koussa Moustafa Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Hussein Cheikh Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Soliman Katania Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Soliman Raïs — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mourad Raïs — Later imagined depiction of Jan Janszoon / Murad Reis, explicitly identified by Adam Nichols, Corsairs & Captives, 10 October 2021; original illustrator unidentified. · copyright; historical illustration — source
- Chérif Khodja Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Khosrew Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Hussein ibn Ilyas Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Younès Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Sanson Le Page — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Youssouf Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Ali Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Cigala — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mourad Bey — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Ahmed ben Sakhri — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Khaled es-S’rir — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Youssouf Abou Djemal Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mehmed Bursalı Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
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- Ahmed Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Jean Barreau — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Ramdane Agha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mohammed ben Sakhri — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration