France, 1600–1660
Comment une couronne dont le roi fut assassiné en 1610, et dont les princes ne cessaient de se soulever, finit-elle par faire céder des terres à l’Espagne en échange de la paix ?
▶ Voir l’atlas commenté (narration en anglais) · 14 minLes territoires en 1660, aux couleurs de qui les tenait. Hachuré : les territoires qui ont changé de mains entre 1600 et 1660.
Dans chaque période ci-dessous, les événements numérotés de la carte renvoient à la liste qui la suit et aux repères du texte ; rien ne bouge.
Les périodes
- ILa tête du maréchal1600–1602
- IILe couteau de la rue de la Ferronnerie1602–1611
- IIILe maréchal italien1611–1616
- IVÀ cette heure, je suis roi1617–1620
- VLe siège manqué1620–1624
- VILa digue de La Rochelle1625–1629
- VIILa journée des Dupes1630–1632
- VIIIL’année de Corbie1632–1638
- IXLe cardinal et le roi1639–1643
- XLa victoire et les barricades1643–1648
- XILe canon de la Bastille1649–1653
- XIIL’île des Faisans1653–1660
La tête du maréchal
- 1◆Saluces — occupé par la Savoie en 1588
- 2♜Bourg-en-Bresse — août 1600 · prise par Biron
- 3♜Montmélian — nov. 1600 · la citadelle capitule
- 4✒Traité de Lyon — 17 janv. 1601 · la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex à la France
- 5†Biron décapité — 31 juil. 1602 · la Bastille
- Bresse, Bugey, Valromey, Gex → La Couronne de France
En bref
En 1600, Henri IV portait la couronne de France depuis onze ans. Il l’avait gagnée dans une guerre civile, s’était fait catholique pour la garder, et n’avait toujours pas de fils légitime. Cet été-là, Charles-Emmanuel, duc de Savoie, refusa de rendre le marquisat de Saluces,1 et Henri lui fit la guerre. Le maréchal de Biron envahit la Bresse,2 et les canons de Maximilien de Béthune, le futur duc de Sully, forcèrent la forteresse de Montmélian.3 En octobre, à Florence, Marie de Médicis, nièce du grand-duc de Toscane, épousa Henri par procuration. Elle le rejoignit à Lyon, et c’est là qu’en janvier 1601 le duc garda Saluces4 et céda à la France la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex. En septembre, à Fontainebleau, naquit Louis, fils de Marie et héritier d’Henri. Puis l’intermédiaire de Biron révéla au roi que le maréchal avait traité avec la Savoie dans son dos. Henri promit à Biron son pardon s’il avouait. Biron nia tout, et en juillet 1602 il fut décapité dans la cour de la Bastille.5
La chaîne, période par période
En 1600, Henri IV avait conquis sa couronne dans la guerre civile et s’était fait catholique pour la garder. En 1598, il avait accordé aux protestants l’édit de Nantes et fait la paix avec l’Espagne à Vervins. Il n’avait toujours pas de fils légitime. Son premier mariage, avec Marguerite de Valois, fut annulé en 1599, et en 1600 il se remaria.
Marie, fille du feu grand-duc François de Toscane, apporta une forte dot, et le 27 septembre 1601, à Fontainebleau, elle donna naissance à un fils, Louis. Cinq autres enfants suivirent jusqu’en 1609, parmi lesquels Élisabeth, Gaston et Henriette-Marie, dont les mariages allaient lier la famille à l’Espagne, à la Lorraine et à l’Angleterre. Le 13 mai 1610, avant de partir pour la guerre du Rhin, Henri la fit sacrer à Saint-Denis.
Maximilien de Béthune, un protestant qui avait combattu aux côtés d’Henri à Coutras et à Ivry, devint surintendant des finances en 1598 puis, en 1599, grand maître de l’artillerie et grand voyer de France et surintendant des fortifications. Il réduisit les dettes de la Couronne, fit repaver les grands chemins, renforça la frontière et amassa à la Bastille une réserve d’espèces. Henri le fit duc de Sully en 1606.
Pierre Dugua de Mons, gentilhomme protestant de Saintonge qui avait combattu pour Henri, fut nommé en 1603 son lieutenant général en Amérique du Nord, avec le monopole de la traite des fourrures pour financer une colonie. En 1604, il installa des colons dans l’île Sainte-Croix ; après un hiver de scorbut, ils se transportèrent à Port-Royal. Des marchands rivaux firent révoquer le monopole en 1607, et la colonie fut abandonnée.
Samuel de Champlain avait remonté le Saint-Laurent en 1603 avec le marchand François Gravé Du Pont et passé les années 1604–1607 en Acadie avec de Mons. En 1608, de Mons obtint le renouvellement de son monopole pour un an, arma des navires à ses frais et en confia le commandement à Champlain. Le 3 juillet 1608, Champlain fonda Québec, début d’un peuplement français durable sur le fleuve.
Le 14 mai 1610, lendemain du sacre de Marie, le carrosse du roi, qui se rendait chez Sully, fut arrêté par des charrettes dans la rue de la Ferronnerie. François Ravaillac, un catholique exalté venu d’Angoulême, monta sur une roue et poignarda Henri à mort. En quelques heures, le parlement de Paris déclara Marie régente pour son fils de huit ans. Ravaillac fut écartelé.
Charles-Emmanuel, duc de Savoie, s’était emparé en 1588 du marquisat français de Saluces et refusait de le rendre. Henri lui déclara la guerre en août 1600. Par le traité de Lyon, en janvier 1601, le duc garda Saluces mais céda à la France la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex. Pendant toute la querelle, il avait courtisé l’un des maréchaux d’Henri.
Charles de Gontaut, duc de Biron, maréchal de France et gouverneur de Bourgogne, avait été l’un des grands capitaines d’Henri pendant les guerres civiles. Aigri de voir une forteresse qu’il avait conquise confiée à un gouverneur protestant, il prêta l’oreille aux offres de la Savoie : la fille du duc et la Bourgogne pour lui seul, en échange de l’hommage à l’Espagne. Son intermédiaire, La Fin, livra les preuves au roi. Biron nia tout et fut décapité à la Bastille le 31 juillet 1602.
Henri de La Tour d’Auvergne, duc de Bouillon, maréchal protestant et prince souverain de Sedan, fut dénoncé par La Fin comme informé des menées de Biron. Il s’enfuit à Genève et ses terres furent confisquées. En 1606, il implora le pardon du roi et les recouvra sous la protection de la France. Ses fils, Frédéric-Maurice et le futur maréchal de Turenne, allaient porter la maison dans le règne suivant.
Jacques Davy du Perron, né calviniste et converti au catholicisme, avait instruit Henri dans la foi catholique et contribué à obtenir son absolution à Rome en 1595. Le 4 mai 1600, à Fontainebleau, il défit le chef protestant Duplessis-Mornay dans une dispute publique ordonnée par le roi. Henri le fit faire cardinal en 1604. Poète lui-même, il recommanda au roi un autre Normand.
François de Malherbe avait salué Marie en 1600 d’une ode de bienvenue, mais ce n’est qu’en 1605 qu’Henri le reçut et lui commanda un poème pour son voyage en Limousin. Malherbe resta le poète de la cour jusqu’à sa mort, en 1628. Il exigeait un français clair et exact et des règles strictes de versification, une discipline qui façonna la poésie française pendant un siècle.
Honorat de Bueil, seigneur de Racan, orphelin à treize ans, servit comme page de la chambre du roi sous la protection de Bellegarde, premier gentilhomme du roi. Il rencontra Malherbe en 1605, et le poète aîné devint son ami et son maître. La pastorale de Racan, Les Bergeries, le rendit célèbre vers 1619, et sa vie de Malherbe est l’une des principales sources sur son maître.
Le 3 décembre 1603, Henri rappela les jésuites en France et leur donna son château de La Flèche pour en faire un collège royal, qui ouvrit en janvier 1604. En 1607, René Descartes, dont le père siégeait au parlement de Bretagne, y entra à onze ans. Il y resta jusqu’en 1614 et y apprit des jésuites ses premières mathématiques.
Henri laissait un fils, un trésor plein et des grands qui avaient appris que la trahison finissait sur l’échafaud ; un seul coup de couteau, en 1610, remit le tout à une régente.
Le couteau de la rue de la Ferronnerie
- 6†Juliers-Clèves — 1609 · le duc meurt ; les troupes des Habsbourg entrent
- 7♛Sacre de Marie — 13 mai 1610 · Saint-Denis
- 8†Assassinat d’Henri IV — 14 mai 1610 · rue de la Ferronnerie
En bref
L’argent d’Henri était désormais entre les mains de Sully. Surintendant des finances, il remboursa les vieilles dettes et amassa à la Bastille une réserve d’espèces. En 1609, le duc de Juliers-Clèves mourut sans héritier,6 et les troupes des Habsbourg entrèrent dans ses duchés du Rhin inférieur. Henri rassembla une armée pour les en chasser. Le 13 mai 1610, avant de partir en guerre, il fit sacrer Marie reine à Saint-Denis.7 Le lendemain, son carrosse fut arrêté par des charrettes dans la rue de la Ferronnerie,8 à Paris. François Ravaillac, un catholique exalté venu d’Angoulême, monta sur une roue et le poignarda à mort. Son fils, âgé de huit ans, devint Louis XIII. En quelques heures, le parlement de Paris déclara Marie régente. Ravaillac fut écartelé. En janvier 1611, Sully se retira après une violente querelle au Conseil de la régente, et Marie dépensa sa réserve à acheter la fidélité des grands.
La chaîne, période par période
Louis XIII avait huit ans quand son père fut tué. Il fut sacré à Reims le 17 octobre 1610 et déclaré majeur à treize ans, en octobre 1614, mais sa mère le jugea trop faible de corps et d’esprit pour régner et garda le gouvernement entre ses mains.
Marie garda la plupart des ministres d’Henri mais prit le contre-pied de sa politique : plus de guerre contre les Habsbourg, l’amitié avec l’Espagne. Sully se retira le 26 janvier 1611 après une violente querelle au Conseil, et elle dépensa sa réserve en pensions qui achetèrent la fidélité des grands. Sa confiance alla à deux Florentins qu’elle avait amenés de chez elle.
Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, avait été secrétaire d’État sous quatre rois et penchait depuis longtemps pour une entente avec l’Espagne. Il aida à écarter Sully et devint le principal ministre de la régente. En 1612 s’ouvrirent les négociations d’un double mariage entre les maisons royales de France et d’Espagne.
Léonora Dori, dite Galigaï, avait grandi aux côtés de Marie au palais Pitti et l’avait suivie en France en 1600, où elle épousa le Florentin Concino Concini. Confidente de la régente, elle vendait l’accès auprès d’elle, amassa une fortune et obtint pour son mari ses promotions.
Concini acheta le marquisat d’Ancre, fut fait conseiller d’État en 1610 et, le 7 novembre 1613, devint maréchal de France sans avoir livré une seule bataille. Il accumula des gouvernements en Picardie. Les princes, tenus à l’écart de la confiance de la régente, firent de cet Italien parvenu leur grief.
Philippe III d’Espagne, en paix avec la France depuis 1598, accepta le double mariage. Sa fille aînée, Anne, épouserait Louis XIII ; son héritier, le futur Philippe IV, épouserait Élisabeth, la sœur de Louis. Ces mariages unissaient les deux couronnes catholiques qu’Henri s’apprêtait à combattre.
Anne d’Autriche épousa Louis par procuration à Burgos le 18 octobre 1615, en renonçant à ses droits au trône d’Espagne, et fut échangée contre Élisabeth sur la Bidassoa cet automne-là. Les deux époux avaient quatorze ans. Le mariage resta stérile pendant vingt-trois ans, et jusque-là Gaston, le frère de Louis, fut l’héritier du trône.
Élisabeth de France, sœur cadette de Louis, épousa par procuration le futur Philippe IV à Bordeaux le même jour et devint reine d’Espagne à son avènement, en 1621. Sa fille, Marie-Thérèse, épouserait Louis XIV en 1660 pour mettre fin à la guerre que ces mariages devaient prévenir.
Henri de Bourbon, prince de Condé, premier prince du sang, menait les nobles hostiles à Concini et aux mariages espagnols. En 1614, il prit les armes, et le 15 mai la régente traita avec lui à Sainte-Menehould en promettant des états généraux.
Philippe Duplessis-Mornay, gouverneur de Saumur et « pape des huguenots », avait perdu contre du Perron la dispute de Fontainebleau. Après la mort d’Henri, il défendit les garanties des protestants tout en contenant les têtes chaudes. De mai à septembre 1611, l’assemblée générale des Églises réformées se tint dans sa ville, et la régente renouvela leurs places de sûreté.
Henri, duc de Rohan, gendre de Sully, avait combattu au siège de Juliers en 1610. À mesure que la régence devenait catholique et espagnole, il glissa vers l’opposition et devint le chef montant du parti, mais pendant dix ans il se garda de la révolte ouverte.
La régence acheta la paix avec l’Espagne et avec les princes ; elle la paya d’un favori étranger, dont les princes firent leur cause.
Le maréchal italien
- 9✒Traité de Sainte-Menehould — 15 mai 1614 · les états généraux promis
- 10◆États généraux — oct. 1614 – févr. 1615 · Paris
En bref
La régente prit le contre-pied de la politique de son mari et rechercha la paix avec l’Espagne. Sa confiance alla à un Florentin, Concino Concini, mari de sa sœur de lait. Il devint marquis d’Ancre et, en 1613, maréchal de France sans avoir jamais livré bataille. Les princes ne supportaient pas l’Italien. Leur chef était Henri de Bourbon, prince de Condé, premier prince du sang. En mai 1614, à Sainte-Menehould,9 il obligea la régente à promettre la réunion des états généraux. Quand les états s’assemblèrent à Paris cet automne-là, le clergé choisit le jeune évêque de Luçon, Armand-Jean du Plessis de Richelieu, pour prononcer sa harangue de clôture,10 et il gagna la faveur de la régente. En 1615, Anne d’Autriche, fille du roi d’Espagne, devint la reine de Louis. En 1616, Condé revint à la cour, et le 1er septembre Marie le fit arrêter au Louvre. En novembre, dans un ministère formé par Concini, Richelieu devint secrétaire d’État.
La chaîne, période par période
Armand-Jean du Plessis de Richelieu, évêque de Luçon, siégea pour le clergé du Poitou aux états généraux que Condé avait arrachés. En février 1615, le clergé le choisit pour prononcer sa harangue de clôture, et il attira l’attention de la régente. Il s’éleva en la servant, elle et son favori, et en novembre 1616 il devint secrétaire d’État, chargé des Affaires étrangères.
Condé en prison, Concini domina le Conseil et remplit le ministère de ses créatures, Richelieu parmi elles. Il entretenait une armée privée de plusieurs milliers de soldats. Le roi, qui avait quinze ans et était légalement majeur, n’avait aucune part à son propre gouvernement.
Charles d’Albert de Luynes, gentilhomme provençal qui partageait la passion du roi pour la chasse et devint grand fauconnier en 1616, était le plus proche compagnon de Louis. Avec quelques autres intimes, le roi résolut de briser le pouvoir de sa mère et de se débarrasser de Concini.
Nicolas de L’Hôpital, marquis de Vitry, capitaine des gardes du roi et compagnon de Louis depuis l’enfance, reçut l’ordre d’arrêter Concini. Le 24 avril 1617, il l’arrêta sur le pont du Louvre ; quand Concini appela à l’aide, Vitry et ses hommes l’abattirent. En quelques jours, Vitry reçut le bâton de maréchal de Concini.
Condé se souleva de nouveau en 1615, tandis que les mariages espagnols se concluaient. Par le traité de Loudun du 3 mai 1616, il obtint une amnistie, un million et demi de livres et la présidence du Conseil. De retour à Paris, il se dressa contre Concini, et le 1er septembre 1616 il fut arrêté au Louvre. Il resta prisonnier jusqu’en 1619.
Pierre de Bérulle, prêtre de la réforme catholique qui avait aidé du Perron contre Duplessis-Mornay à Fontainebleau, fonda à Paris en 1611 l’Oratoire de France, sur le modèle de celui de Philippe Néri à Rome. Ses prêtres vivaient en communauté pour donner au clergé séculier une véritable vie spirituelle, et ses maisons se répandirent dans toute la France avec la réforme du clergé. Bérulle allait plus tard diriger le conseil de la reine mère.
Le premier acte de pouvoir du roi fut un meurtre, et il balaya le gouvernement de sa mère, Richelieu avec lui.
À cette heure, je suis roi
- 11†Concini abattu — 24 avr. 1617 · le pont du Louvre
- 12◆Évasion de Blois — févr. 1619 · par une échelle de corde
- 13⚔Les Ponts-de-Cé — 7 août 1620 · victoire royale
En bref
Louis XIII avait quinze ans, et sa mère gouvernait toujours en son nom. Son plus proche compagnon était son fauconnier, Charles d’Albert de Luynes, qui partageait sa haine de Concini. Le 24 avril 1617, sur le pont qui menait au Louvre, le capitaine des gardes du roi arrêta Concini au nom du roi. Quand il appela à l’aide, les gardes l’abattirent.11 « À cette heure, je suis roi », se serait écrié Louis à une fenêtre. La veuve de Concini fut décapitée comme sorcière, Marie fut reléguée à Blois, et Richelieu perdit sa charge et la suivit dans la disgrâce. En février 1619, la reine mère descendit du château par une échelle de corde12 et s’enfuit à Angoulême, où le duc d’Épernon l’accueillit. Louis rappela Richelieu pour ménager la paix entre eux. En 1620, son parti se souleva de nouveau, et le 7 août l’armée du roi dispersa la sienne aux Ponts-de-Cé.13 Richelieu négocia la réconciliation. Marie revint à la cour, mais non plus comme régente.
La chaîne, période par période
Luynes prit la place de Concini et une grande partie de sa fortune, dont le marquisat d’Ancre. Galigaï fut décapitée comme sorcière en juillet 1617, Marie fut reléguée à Blois, et Richelieu, renvoyé, fut plus tard exilé à Avignon. En novembre 1619, le roi fit sortir Condé de prison, ce qui irrita la reine mère et la poussa à reprendre les armes.
À l’été 1620, les grands se rallièrent à la reine mère à Angers. Louis, qui avait dix-huit ans, marcha contre eux, et le 7 août 1620 son armée dispersa celle de sa mère aux Ponts-de-Cé, sur la Loire. Les rebelles furent pardonnés trois jours plus tard.
Reléguée à Blois, la reine mère s’évada dans la nuit du 21 au 22 février 1619 en descendant du château par une échelle de corde, et gagna Angoulême, d’où elle défia le gouvernement de son fils.
Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d’Épernon, ancien favori d’Henri III et longtemps pensionné de la régente, avait été écarté par Concini. Ses cavaliers escortèrent Marie de Blois jusqu’à sa ville d’Angoulême, et il prit les armes pour elle jusqu’à ce qu’elle fût rétablie à la cour.
Luynes conseilla au roi de rappeler Richelieu d’Avignon pour amener Marie à composition. Richelieu négocia le traité d’Angoulême du 30 avril 1619 puis, après la défaite des Ponts-de-Cé, sa réconciliation à Angers. Marie revint à la cour, mais non plus comme régente, et son conseiller s’était rendu utile à la mère comme au fils.
César, duc de Vendôme, gouverneur de Bretagne, était le fils aîné qu’Henri IV avait eu de Gabrielle d’Estrées, et donc le demi-frère de Louis. Il avait soutenu Condé en 1614, et en 1620 il se joignit à la seconde guerre de la reine mère, qui s’acheva aux Ponts-de-Cé et par un pardon le 10 août.
Agrippa d’Aubigné, compagnon d’armes protestant d’Henri IV et poète de la cause huguenote, publia son Histoire universelle à partir de 1616. Le troisième tome, plus libre encore dans ses attaques contre la monarchie, fut interdit et condamné au feu. Proscrit en 1620, il s’enfuit à Genève, où il passa ses dix dernières années.
Bérulle, chef du conseil de la reine mère, travailla à sa réconciliation avec le roi, et quand elle fut faite il fut nommé conseiller d’État. Ses sympathies allaient à l’Espagne et à l’Autriche catholiques, ce qui, les années suivantes, le dressa contre Richelieu.
Les deux soulèvements de la reine mère échouèrent ; elle revint à la cour chercher le pouvoir au Conseil, et le roi avait appris ce que valait son négociateur.
Le siège manqué
- 14◆Louis XIII à Pau — oct. 1620 · le culte catholique rétabli
- 15⚑Assemblée protestante — déc. 1620 · elle prend les armes
- 16♜Montauban — août–nov. 1621 · le siège échoue
- 17✒Paix de Montpellier — 18 oct. 1622 · La Rochelle et Montauban conservées
- 18◆Richelieu principal ministre — août 1624
- Béarn et Basse-Navarre (approx.) → La Couronne de France
En bref
Depuis la Loire, Louis gagna le Béarn, au sud. Son père l’avait tenu à l’écart de la couronne de France, et ses états protestants avaient refusé de rendre les biens d’Église au clergé catholique. En octobre 1620, il entra dans Pau,14 rétablit l’Église catholique et réunit le Béarn et la Basse-Navarre à la couronne de France. L’assemblée protestante de La Rochelle15 y vit une attaque contre tous les réformés et leva une armée. Henri, duc de Rohan, gendre de Sully, mena le soulèvement dans le Midi. En 1621, Louis assiégea Montauban avec Luynes, devenu connétable de France. La ville tint trois mois,16 Rohan fit passer des hommes à travers les lignes, et en novembre le roi renonça. Luynes mourut de la fièvre en campagne en décembre. En octobre 1622, à Montpellier, Rohan fit la paix : les protestants gardaient leur culte17 et deux places fortes, La Rochelle et Montauban. En avril 1624, Louis admit au Conseil Richelieu, devenu cardinal. En août, Richelieu le dirigeait.18
La chaîne, période par période
Des Ponts-de-Cé, Louis marcha vers le sud, sur le Béarn, que son père avait tenu à l’écart de la couronne de France et dont les états protestants avaient refusé de rendre les biens d’Église aux catholiques. Il entra dans Pau le 15 octobre 1620, rétablit le culte catholique et réunit le Béarn et la Basse-Navarre à la France.
Luynes fut fait connétable de France le 31 mars 1621 ; l’épée avait d’abord été offerte au protestant Lesdiguières, qui refusa de se convertir. Le roi prit Saumur en mai et Saint-Jean-d’Angély en juin, mais le siège de Montauban échoua au bout de trois mois. Luynes mourut de la fièvre en campagne le 15 décembre 1621.
François de Bonne, duc de Lesdiguières, vieux maître protestant du Dauphiné et maréchal de France depuis 1609, se fit catholique en 1622, et Louis le fit connétable. Il fut le dernier à porter ce titre.
L’assemblée protestante de La Rochelle refusa d’accepter la réunion du Béarn et divisa le royaume en cercles militaires. Duplessis-Mornay resta fidèle à la Couronne, mais cela ne le sauva pas : en mai 1621, Louis entra dans sa ville et le suspendit de son gouvernement. Le vieil homme se retira sur ses terres et mourut en 1623.
Rohan prit la tête du soulèvement dans le Midi. Pendant que le roi assiégeait Montauban, il leva des troupes au-dehors, et le 25 septembre 1621 il fit passer quelque 700 hommes à travers les lignes. En octobre 1622, il signa la paix de Montpellier : les protestants gardaient leur culte et, de leurs places fortes, seulement La Rochelle et Montauban.
Benjamin de Rohan, seigneur de Soubise, frère cadet de Rohan, menait les protestants de la côte atlantique. Il tint Saint-Jean-d’Angély jusqu’à sa reddition, le 24 juin 1621, et en avril 1622 Louis mit son armée en déroute dans l’île de Riez, en Poitou. Il s’échappa pour soulever de nouveau la côte.
Jacques Nompar de Caumont, duc de La Force, gouverneur du Béarn depuis 1593 et beau-frère de Biron, commandait dans Montauban avec deux de ses fils et tint la ville jusqu’à la retraite du roi, en novembre 1621. En 1622, il livra Sainte-Foy sans combat et reçut en échange un bâton de maréchal de France.
Revenue à la cour, Marie entreprit de décorer son nouveau palais du Luxembourg. En 1621, elle commanda à Pierre Paul Rubens, qui l’avait vue pour la première fois à son mariage par procuration à Florence, une suite de tableaux sur sa vie ; le contrat fut conclu au début de 1622. Vingt-quatre toiles, achevées en 1625, firent de son mariage, de sa régence et de ses querelles avec son fils une allégorie héroïque.
La Couronne échoua devant Montauban mais gagna la guerre en achetant et en convertissant un à un les grands protestants.
Nicolas Brûlart de Sillery, chancelier de France depuis 1607, avait négocié l’annulation du mariage d’Henri IV, son union avec Marie et le traité de Lyon. Après la mort de Luynes, son fils et lui devinrent les hommes forts du Conseil du roi, des ministres prudents qui ne voulaient pas de querelle avec l’Espagne.
Pierre Brûlart, vicomte de Puisieux, marié à la petite-fille de Villeroy, tenait les Affaires étrangères depuis 1617. Comme son père, il penchait pour une entente avec l’Espagne.
Charles de La Vieuville devint surintendant des finances en janvier 1623. Le 4 février 1624, il fit disgracier le chancelier et son fils, et en avril il fit entrer Richelieu au Conseil. Richelieu lança contre lui des pamphlets, et le 13 août 1624 La Vieuville fut arrêté pour malversations et emprisonné à Amboise.
Richelieu, fait cardinal en septembre 1622 sur la nomination du roi, entra au Conseil le 29 avril 1624 et le dirigea à partir d’août. Il resta dix-huit ans le principal ministre de Louis.
François Leclerc du Tremblay, capucin connu sous le nom de père Joseph, travaillait avec Richelieu depuis 1612 et parut pour la première fois en politique aux négociations de Loudun, en 1616. Son réseau de capucins servit au cardinal de service secret de renseignement, et il devint son agent de confiance en diplomatie : la première « Éminence grise ».
Après la mort de Luynes, la reine mère regagna le pouvoir. En 1622, elle entra au Conseil du roi, et son conseiller Richelieu, qui l’avait réconciliée avec son fils, y entra à son tour, porté par sa faveur.
En moins de trois ans après la mort de Luynes, le Conseil connut deux gouvernements et s’arrêta sur le cardinal que le roi avait jadis renvoyé.
La digue de La Rochelle
- 19⚑Le soulèvement de l’Atlantique — 1625 · Ré et Oléron occupées
- 20♜Saint-Martin-de-Ré — juil.–nov. 1627 · Toiras tient bon
- 21♜Siège de La Rochelle — sept. 1627 – oct. 1628
- 22◆La digue de Richelieu — env. 1 400 m · le port fermé
- 23†Buckingham assassiné — août 1628 · Portsmouth
- 24✒Paix d’Alès — 28 juin 1629 · le culte conservé, les places fortes perdues
En bref
En 1625, le frère de Rohan souleva de nouveau la côte atlantique,19 et en juillet 1627 l’Angleterre entra dans la guerre. George Villiers, duc de Buckingham, favori de Charles Ier, débarqua dans l’île de Ré avec quelque 6 000 hommes. Le gouverneur de l’île, Jean de Saint-Bonnet, marquis de Toiras, s’enferma dans la citadelle de Saint-Martin et tint trois20 mois. Puis le maréchal Henri de Schomberg fit passer une armée de secours, et Buckingham rentra en Angleterre après avoir perdu la plupart de ses hommes. Louis et Richelieu investirent La Rochelle par la terre21 et fermèrent son port par une digue de coques coulées22 et de pierre longue d’environ 1 400 mètres. À partir de mai 1628, le maire de la ville, Jean Guiton, dirigea la défense. Buckingham préparait une nouvelle flotte quand un officier anglais le poignarda à Portsmouth,23 et les flottes qui prirent la mer ne forcèrent jamais la digue. Au bout de quatorze mois, la plupart de ses habitants morts, La Rochelle capitula. En juin 1629, Rohan fit la paix à Alès : les protestants gardaient leur culte et perdaient leurs places fortes.24
La chaîne, période par période
La Valteline, une vallée alpine sur la route espagnole de Milan à l’Autriche, avait été confiée à la garde du pape. Le 24 novembre 1624, sur l’ordre de Richelieu, François-Annibal d’Estrées, marquis de Cœuvres, y entra avec cinq ou six mille soldats français et en chassa les garnisons pontificales. L’armée d’un cardinal avait attaqué les soldats du pape pour couper la route des Habsbourg.
Philippe IV, roi d’Espagne depuis 1621, avait besoin de la Valteline pour faire passer des hommes de Milan en Autriche, et de là en Flandre. Il laissait la conduite de ses affaires à son favori, le comte-duc d’Olivares.
Gaspar de Guzmán, comte-duc d’Olivares, favori et principal ministre de Philippe pendant vingt ans, voulait reprendre la vallée. À partir de 1624, Richelieu et lui, principaux ministres de part et d’autre, dirigèrent la lutte entre l’Espagne et la France jusqu’à la mort du cardinal.
Le pape Urbain VIII, dont les garnisons avaient été chassées, envoya à Paris en 1625 son neveu, le cardinal Francesco Barberini, comme légat pour faire la paix, et leva des troupes pour reprendre la vallée. Face à une révolte protestante dans le royaume, Richelieu transigea. Par le traité de Monzón de mars 1626, la vallée revint aux Grisons, avec le seul culte catholique autorisé, et ses forts devaient être rasés.
En 1625, Soubise se souleva de nouveau. Il s’empara de l’île de Ré, attaqua la flotte royale dans le Blavet, en Bretagne, et prit Oléron, devenant maître de la côte atlantique de Nantes à Bordeaux. La Rochelle le rejoignit en août. Battu à Ré en septembre, il s’enfuit en Angleterre et sollicita l’aide de la cour de Charles Ier.
Henri, duc de Montmorency, amiral de France, conduisit une flotte royale renforcée de vingt vaisseaux hollandais et de sept anglais prêtés par Charles Ier. Le 15 septembre 1625, il battit la flotte de La Rochelle, commandée par Soubise et Jean Guiton, au large de Saint-Martin-de-Ré, et les troupes royales reprirent l’île.
Jean de Saint-Bonnet, marquis de Toiras, favori du roi qui avait combattu à Saumur, à Montauban et à Montpellier, battit les hommes de Soubise à Ré en septembre 1625. Louis le fit gouverneur de l’île.
Henriette-Marie, la plus jeune sœur de Louis, épousa par procuration Charles Ier devant Notre-Dame en mai 1625 ; le duc de Chevreuse tenait la place du marié. Elle avait quinze ans. Le mariage devait lier l’Angleterre à la France, et par un traité secret Charles prêta à Louis les navires qui combattirent Soubise.
Charles Ier, roi depuis mars 1625, se brouilla avec la maison française de sa femme catholique et, le 26 juin 1626, la fit renvoyer en France. Soubise obtint de lui et de son favori, Buckingham, la promesse de flottes anglaises pour les protestants de La Rochelle. En 1627, l’Angleterre et la France étaient en guerre.
Gaston, duc d’Orléans, frère cadet de Louis, était l’héritier du trône tant que le roi n’avait pas de fils. Louis et Richelieu voulaient lui faire épouser Marie de Bourbon, héritière de la fortune des Montpensier. Gaston n’en voulait pas, et un parti hostile au mariage se forma autour de lui. Anne d’Autriche, qui voulait garder la succession pour ses propres enfants, espérait elle aussi empêcher l’union.
Jean-Baptiste d’Ornano, gouverneur de Gaston, le pressa de refuser le mariage. Louis le fit maréchal de France en 1626, puis le fit arrêter discrètement pendant un concert à la cour, en mai. Il mourut en prison en septembre sans avoir rien avoué.
Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse, veuve de Luynes et plus proche amie d’Anne d’Autriche, était la grande ennemie du cardinal. Elle rejoignit le parti hostile au mariage, qui entraîna Condé et les demi-frères du roi, les Vendôme, et elle y attira le jeune courtisan Chalais en le séduisant.
Henri de Talleyrand-Périgord, comte de Chalais, maître de la garde-robe du roi, fut arrêté à Nantes en juillet 1626. Les demi-frères du roi, les Vendôme, avaient été pris en juin, et Gaston avait fait sa paix et accepté le mariage. Chalais avoua et fut décapité à Nantes par un bourreau de fortune, maladroit, qui dut s’y reprendre à une trentaine de coups. La duchesse de Chevreuse s’enfuit chez le duc de Lorraine.
Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier, épousa Gaston à Nantes le 6 août 1626, en présence du roi, de la reine et de la reine mère. Elle mourut à Paris le 4 juin 1627, quelques jours après avoir mis au monde une fille, Anne-Marie-Louise, héritière de sa fortune : la future Grande Mademoiselle.
Bérulle obtint de Rome les dispenses pour le mariage d’Henriette-Marie avec un roi protestant et fut son aumônier pendant sa première année en Angleterre. Depuis 1609, il était aussi le directeur spirituel d’un jeune prêtre, Vincent de Paul. Urbain VIII le fit cardinal en 1627.
En 1613, Bérulle plaça Vincent de Paul comme précepteur dans la maison de Philippe-Emmanuel de Gondi, général des galères, dont le fils allait devenir le cardinal de Retz. Un sermon prêché à Folleville, sur les terres des Gondi, en janvier 1617, qui amena des foules de paysans à la confession, lui révéla sa mission. En 1625, avec l’argent des Gondi, il fonda la Congrégation de la Mission pour prêcher dans les campagnes.
Après des études de droit à Poitiers, Descartes s’engagea dans l’armée hollandaise à Bréda en 1618. Il y rencontra un homme qui changea le cours de ses études. Dans les années 1620, il vécut à Paris parmi les mathématiciens, et en 1628 il s’installa dans les Provinces-Unies, où il écrivit toutes ses grandes œuvres.
Isaac Beeckman, maître d’école hollandais formé à la médecine, rencontra Descartes à Bréda en novembre 1618 à propos d’un problème de mathématiques affiché sur la place du marché. Il lui apprit à traiter la nature comme de la matière en mouvement, décrite par les mathématiques, et Descartes lui dédia son Compendium musicae. Ils se brouillèrent en 1629 pour savoir qui avait instruit l’autre.
Marin Mersenne, religieux minime qui avait étudié à La Flèche comme Descartes, s’établit à Paris en 1620 et l’y connut. Après le départ de Descartes pour la Hollande, Mersenne devint son lien avec les savants français, transmettant lettres, manuscrits et objections. Son cercle devint une correspondance d’environ 140 savants : la boîte aux lettres de l’Europe savante.
Richelieu se contenta d’un compromis dans les Alpes parce qu’il lui fallait encore mettre au pas la côte protestante et la propre famille du roi.
George Villiers, duc de Buckingham, favori de Charles Ier, débarqua dans l’île de Ré en juillet 1627 avec quelque 6 000 hommes, pour se donner une base face à La Rochelle et entraîner la ville dans la guerre. Il assiégea Toiras dans la citadelle de Saint-Martin, mais ses échelles étaient trop courtes pour les murailles, et en novembre il rentra en Angleterre après avoir perdu la plus grande partie de son armée.
John Felton, un lieutenant rescapé de l’expédition de Ré, attendait des arriérés de solde et s’était vu refuser une promotion ; il en accusait Buckingham. Le 23 août 1628, il poignarda le duc à mort dans une auberge de Portsmouth, alors que celui-ci préparait une nouvelle flotte pour La Rochelle. La flotte qui appareilla en septembre sous un autre commandant ne força jamais la digue.
Toiras tint la citadelle de Saint-Martin contre Buckingham pendant trois mois, tandis que de petites embarcations forçaient le blocus anglais pour apporter des vivres. Un dernier assaut anglais, le 27 octobre, échoua.
Le maréchal Henri de Schomberg fit passer une armée de secours à Ré en novembre 1627 et, avec Toiras, chassa les Anglais de l’île. Buckingham perdit quelque 5 000 de ses 7 000 hommes. L’armée du roi pouvait désormais se tourner contre La Rochelle elle-même.
Richelieu dirigea le siège en personne. Les ingénieurs entourèrent la ville de douze kilomètres de tranchées, de onze forts et de dix-huit redoutes, tenus par une armée de 30 000 hommes. Pour fermer le port, quatre mille ouvriers construisirent en travers du chenal une digue d’environ 1 400 mètres, sur un soubassement de coques coulées remplies de moellons.
Clément Métezeau, architecte du roi, qui avait bâti la ville nouvelle de Charleville pour le duc de Nevers, reprit en novembre 1627 l’idée de barrer le chenal, après qu’une première estacade d’un ingénieur italien eut été brisée par les mers d’hiver. Sa digue arrêta toutes les flottes de secours anglaises.
François de Bassompierre, courtisan depuis le temps d’Henri IV, qui avait gagné son bâton de maréchal dans la guerre protestante de 1621–1622, servit en 1628 dans l’armée du roi devant La Rochelle. Trois ans plus tard, Richelieu le fit enfermer à la Bastille, où il resta jusqu’à la mort du cardinal.
Jean Guiton, l’armateur qui avait commandé la flotte de La Rochelle contre Montmorency, fut élu maire en mai 1628 et dirigea la défense de la ville. La famine et la maladie firent tomber sa population d’environ 27 000 à 5 000 habitants. Le 28 octobre 1628, La Rochelle se rendit sans conditions ; ses murailles furent rasées et son principal temple protestant fut changé en cathédrale.
L’aide anglaise rendit La Rochelle intraitable puis, en faisant défaut, la laissa mourir de faim ; le bastion du parti protestant tomba au bout de quatorze mois.
Quand Vincent II, le dernier duc de Mantoue de la maison de Gonzague, mourut le 26 décembre 1627, son cousin Charles de Gonzague, duc de Nevers, pair de France, revendiqua Mantoue et le Montferrat et arriva à Mantoue en janvier 1628. L’Espagne ne voulait pas d’un client de la France aux portes de Milan : son gouverneur mit le siège devant Casal, la forteresse du Montferrat, tandis que la Savoie prenait sa part du Montferrat.
L’empereur Ferdinand II, suzerain des deux duchés, les mit sous séquestre le 1er avril 1628 en attendant son propre jugement. Quand la France intervint pour Nevers en 1629, il envoya des troupes d’Allemagne en Italie. Une querelle dynastique était devenue une guerre entre la France et les deux branches des Habsbourg.
Charles-Emmanuel de Savoie, désormais allié de l’Espagne, gardait le pas alpin au-dessous de Suse. En mars 1629, l’armée française, en présence de Louis et de Richelieu, le força, et le duc dut laisser passer les Français pour secourir Casal. Louis laissa Toiras tenir la ville et rentra en France.
De retour d’Italie, Louis marcha sur le Midi protestant. Privas tomba le 28 mai 1629 après quinze jours de siège et fut pillée et incendiée. Alès capitula le 17 juin. Bassompierre combattit à Privas.
Rohan et Soubise avaient tenu dans le Midi après La Rochelle, et l’Espagne avait envoyé de l’argent aux rebelles. Alès perdue, Rohan accepta la paix d’Alès, que Louis signa le 28 juin 1629 : les protestants gardaient leur culte mais perdaient leurs assemblées politiques, leurs places fortes et leurs places de sûreté. Rohan partit pour Venise.
Les protestants survécurent comme Église tolérée et cessèrent d’exister comme parti armé ; la Couronne avait les mains libres contre les Habsbourg.
La journée des Dupes
- 25◆Journée des Dupes — 10–11 nov. 1630 · le Luxembourg et Versailles
- 26◆Mariage secret de Gaston — janv. 1632 · Marguerite de Lorraine
- 27⚔Castelnaudary — 1er sept. 1632 · victoire royale
- 28†Montmorency décapité — 30 oct. 1632 · Toulouse
En bref
La guerre que Richelieu menait en Italie contre l’Espagne, pour la succession de Mantoue, fit de la reine mère son ennemie. Avec le garde des sceaux, Michel de Marillac, elle voulait la paix avec l’Espagne. Le 10 novembre 1630, dans son palais du Luxembourg,25 Marie somma son fils de choisir entre sa mère et le cardinal, et ses amis fêtèrent la chute de Richelieu. Le soir même, Louis fit venir Richelieu à son pavillon de chasse de Versailles et le garda. Marillac fut arrêté et mourut en prison ; son demi-frère, un maréchal, fut décapité. Les amis de Marie avaient été les dupes. En juillet 1631, elle s’enfuit aux Pays-Bas espagnols et ne revint jamais. Le frère et héritier du roi, Gaston, duc d’Orléans, s’enfuit en Lorraine et épousa en secret la sœur du duc.26 En 1632, il envahit le Languedoc, et son gouverneur, Henri, duc de Montmorency, filleul d’Henri IV, se joignit à lui. Le 1er septembre, à Castelnaudary, l’armée du maréchal de Schomberg vint à leur rencontre.27 Montmorency chargea, tomba percé de dix-sept blessures et fut pris. Gaston l’abandonna, et le 30 octobre Montmorency fut décapité à Toulouse.28
La chaîne, période par période
Ambroise Spinola, le général génois qui avait pris Bréda pour l’Espagne et s’était brouillé avec Olivares, débarqua à Gênes en septembre 1629 pour commander en Italie. Le 23 mai 1630, il mit le siège devant Casal. Les troupes impériales prirent Mantoue en juillet. Une trêve suspendit le siège le 4 septembre, et Spinola mourut trois semaines plus tard.
Toiras, laissé dans Casal par le roi, la tint contre Spinola tout l’été 1630, repoussant les assauts après que des mines espagnoles eurent fait sauter une partie des défenses. Pendant la trêve, il rendit visite à Spinola mourant.
Giulio Mazzarino, un jeune diplomate pontifical, allait depuis un an d’une cour et d’un camp à l’autre, et avait rencontré Richelieu pour la première fois à Lyon en janvier 1630. Le 26 octobre, alors que l’armée de secours de Schomberg faisait face aux lignes espagnoles devant Casal, il galopa entre elles en criant « Pace ! Pace ! », porteur d’un accord pour le départ des Espagnols. La bataille n’eut pas lieu.
La guerre de Richelieu en Italie, menée contre l’Espagne catholique, dressa contre lui la reine mère et le parti dévot. En septembre 1630, Louis tomba gravement malade à Lyon, et Marie pressa pour le renvoi du cardinal. Le 10 novembre, dans son palais du Luxembourg, elle somma son fils de choisir ; le soir même, à Versailles, Louis choisit Richelieu.
Michel de Marillac, garde des sceaux et chef des dévots, voulait la paix avec l’Espagne et des réformes dans le royaume ; en 1629 et 1630, Richelieu et lui s’étaient livré au Conseil une guerre sourde. Il perdit aussitôt les sceaux et mourut prisonnier à Châteaudun en août 1632.
Louis de Marillac, demi-frère de Michel et maréchal de France, commandait l’armée d’Italie avec Schomberg. Sur ordre du roi, transmis par Schomberg, il fut arrêté dans son camp en Piémont le 21 novembre, puis jugé pour malversations.
Charles de L’Aubespine, marquis de Châteauneuf, diplomate qui avait la confiance du cardinal, reçut les sceaux qu’avait perdus Michel de Marillac. Richelieu tenait désormais entièrement le Conseil.
La reine mère avait porté Richelieu au pouvoir et voulait maintenant sa perte. Ses amis fêtèrent sa chute le 10 novembre ; dès le lendemain, il était clair que le roi l’avait gardé, et que les dupes, c’étaient eux. Marie ne retrouva jamais sa place au Conseil de son fils.
Théophraste Renaudot, médecin de Loudun né protestant, y avait connu le père Joseph, et en 1618 il fut nommé commissaire général des pauvres. Vers 1630, avec l’appui du cardinal, il ouvrit à Paris son Bureau d’adresse, un office qui mettait en rapport employeurs et ouvriers, vendeurs et acheteurs, et les pauvres avec les secours.
Louis préféra son ministre à sa mère ; le cardinal et sa guerre allaient gouverner la France pendant douze ans.
Envoyée à Compiègne après la journée des Dupes, Marie s’échappa le 19 juillet 1631 et passa aux Pays-Bas espagnols. Elle ne revit jamais la France. Elle mourut à Cologne en juillet 1642, dans une maison que lui avait prêtée Rubens.
Gaston, toujours héritier du trône, prit le parti de sa mère et quitta la France pour la cour de Lorraine, à Nancy. Il y tomba amoureux de la jeune sœur du duc et leva des troupes pour rentrer en armes.
Charles IV, duc de Lorraine, prince d’Empire, accueillit Gaston et lui laissa épouser sa sœur. En 1633, les troupes françaises envahirent la Lorraine pour le punir de ce soutien, et en 1634 Charles abdiqua sous la pression française et passa au service de l’Empereur. La Lorraine resta aux mains de la France pendant la plus grande partie des trente années suivantes.
Marguerite de Lorraine, seize ans, épousa Gaston en secret à Nancy dans la nuit du 2 au 3 janvier 1632, sans le consentement du roi. Louis fit déclarer le mariage nul par le parlement en 1634. Ce n’est que sur son lit de mort, en 1643, qu’il l’autorisa, et le couple se maria pour la troisième fois en juillet.
À l’été 1632, Gaston envahit la France, et Henri, duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc et filleul d’Henri IV, souleva sa province pour lui. À Castelnaudary, le 1er septembre, Montmorency chargea l’armée du roi, tomba percé de dix-sept blessures et fut pris. Gaston fit sa paix et l’abandonna. Sur le chemin de l’échafaud, Montmorency révéla le mariage secret de Gaston.
Louis de Marillac fut jugé d’abord à Verdun, puis par une seconde commission siégeant à Rueil, dans la propre maison de Richelieu, sous la présidence de Châteauneuf. Condamné pour malversations à deux voix de majorité, il fut décapité place de Grève le 10 mai 1632. Son demi-frère Michel mourut en prison en août.
Le maréchal de Schomberg, qui avait secouru Ré et marché sur Casal, commandait l’armée du roi en Languedoc et battit les rebelles à Castelnaudary. Montmorency, condamné par un tribunal que présidait encore Châteauneuf, fut décapité à Toulouse le 30 octobre 1632. Schomberg lui-même mourut en novembre.
La France payait d’autres puissances pour combattre les Habsbourg. Par le traité de Bärwalde du 23 janvier 1631, Richelieu promit à Gustave Adolphe de Suède 400 000 rixdales par an pendant cinq ans pour qu’il entretienne 36 000 hommes en Allemagne. Gustave écrasa l’armée impériale à Breitenfeld en septembre et balaya l’Allemagne, mais il fut tué à Lützen en novembre 1632.
Axel Oxenstierna, chancelier de Suède, prit la conduite de la guerre et dirigea la régence pour la reine enfant, Christine. En 1633, il fonda la ligue de Heilbronn, qui liait les États protestants allemands à la Suède, et la dirigea jusqu’en 1635. L’argent français continua d’affluer.
Le 30 mai 1631, Renaudot fit paraître La Gazette, le premier hebdomadaire de France, avec l’appui du cardinal. Elle donna à la Couronne un récit imprimé et régulier des guerres, des procès et des conspirations qui suivirent la journée des Dupes.
La reine mère et le frère du roi finirent dans l’exil ou dans une soumission humiliante, et l’exécution d’un Montmorency montra ce que coûtait désormais la rébellion.
L’année de Corbie
- 29✒Traité de Bärwalde — 23 janv. 1631 · l’argent français pour la Suède
- 30⚔Lützen — 16 nov. 1632 · Gustave Adolphe tué
- 31⚔Nördlingen — 6 sept. 1634 · les Suédois écrasés
- 32◆Trèves surprise — 26 mars 1635 · l’électeur enlevé
- 33♜Corbie — 15 août 1636 · prise par l’Espagne
- 34♜Brisach — août–déc. 1638 · prise pour la France
En bref
Depuis janvier 1631, par un traité conclu à Bärwalde,29 la France versait à Gustave Adolphe de Suède un million de livres par an pour qu’il entretienne une armée en Allemagne. En novembre 1632, le roi de Suède tomba à Lützen.30 En septembre 1634, les Suédois furent écrasés à Nördlingen31 par les armées impériale et espagnole, les Espagnols menés par le cardinal-infant Ferdinand, frère du roi d’Espagne. En mars 1635, des troupes espagnoles s’emparèrent de Trèves32 et enlevèrent son archevêque, qui était sous la protection de la France. Le 19 mai, un héraut français entra dans Bruxelles et, comme personne ne voulait le recevoir, jeta la déclaration de guerre sur une place de la ville. Un an plus tard, les armées du cardinal-infant contre-attaquèrent. En août 1636, elles prirent Corbie33 sur la Somme, et leurs cavaliers poussèrent jusqu’à Pontoise. Paris prit peur. Louis leva une nouvelle armée et reprit Corbie en novembre. En septembre 1638, après vingt-trois ans de mariage, Anne mit au monde un fils, le futur Louis XIV. En décembre, Bernard de Saxe-Weimar, prince allemand à la solde de la France, prit la forteresse de Brisach.34
La chaîne, période par période
En 1633, Châteauneuf livra à la duchesse de Chevreuse un projet dirigé contre la Lorraine, et elle le transmit au duc Charles. Richelieu lui retira les sceaux et le fit emprisonner à Angoulême pour dix ans. Les sceaux passèrent à Pierre Séguier, magistrat du parlement, qui devint chancelier en décembre 1635 et servit Richelieu, Mazarin et Louis XIV jusqu’en 1672.
François Le Métel de Boisrobert, poète et auteur dramatique, avait été présenté à Richelieu en 1623 et écrivait pour lui comme l’un de ses cinq auteurs. C’est Boisrobert qui suggéra au cardinal qu’un cercle privé d’écrivains pourrait devenir une académie publique.
Valentin Conrart, secrétaire du roi né de parents calvinistes, avait ouvert sa maison en 1629 à un groupe d’écrivains qui se réunissaient pour lire et critiquer leurs ouvrages. Richelieu s’en fit le protecteur ; Conrart rédigea les statuts et devint le premier secrétaire perpétuel. Des lettres patentes royales fondèrent l’Académie française en 1635.
Jean Chapelain, poète et critique, avait fait valoir auprès de Richelieu les unités classiques du théâtre. Il dressa le plan de la grammaire et du dictionnaire de l’Académie, la tâche que lui fixaient ses statuts : donner au français des règles certaines et le rendre capable de traiter des arts et des sciences.
Le 6 septembre 1634, le cardinal-infant Ferdinand, frère de Philippe IV, s’unit à Ferdinand de Hongrie, fils de l’Empereur, pour écraser les Suédois et leurs alliés allemands à Nördlingen ; Charles IV de Lorraine combattait du côté impérial. Le cardinal-infant alla ensuite gouverner les Pays-Bas espagnols depuis Bruxelles. La guerre que la France menait par alliés interposés tournait à l’échec.
Philipp Christoph von Sötern, archevêque-électeur de Trèves, avait placé ses terres sous la protection de la France et laissé entrer des troupes françaises dans la forteresse d’Ehrenbreitstein. Le 26 mars 1635, des troupes espagnoles prirent Trèves par surprise et l’enlevèrent ; il resta prisonnier dix ans. La France exigea sa libération.
Le 19 mai 1635, un héraut français entra dans Bruxelles pour remettre au cardinal-infant la déclaration de guerre de Louis XIII. Comme personne ne voulait le recevoir, il la jeta sur une place de la ville. La guerre contre l’Espagne dura vingt-quatre ans.
Après Nördlingen, les Suédois avaient plus que jamais besoin de la France, et la France ne pouvait plus se battre par leur seul intermédiaire. En 1635, Oxenstierna vint à Compiègne négocier avec Richelieu, mais refusa de lier les mains de la Suède pour un subside de courte durée.
Ses alliés subventionnés brisés, la France entra en guerre en son propre nom, au moment où ses institutions nouvelles commençaient à donner à la Couronne une voix dans la langue et dans l’imprimé.
Le prince Thomas de Savoie-Carignan, plus jeune fils de Charles-Emmanuel, était passé à l’Espagne. En 1636, il mena l’invasion de la Picardie par le cardinal-infant avec les généraux impériaux Piccolomini et Jean de Werth. Ils prirent Corbie, sur la Somme, le 15 août, et leurs cavaliers poussèrent jusqu’à Pontoise. Paris prit peur.
Louis leva une nouvelle armée et reprit Corbie en novembre 1636 ; le vieux maréchal protestant La Force servit au siège. Les impôts de la guerre accablaient les campagnes, et en 1637 les paysans du Périgord et du Sud-Ouest se soulevèrent : ce furent les Croquants.
Le 5 septembre 1638, après vingt-trois ans de mariage, Anne mit au monde à Saint-Germain un fils, Louis, qu’on surnomma Dieudonné, le don de Dieu. Gaston n’était plus l’héritier, et il perdait son pouvoir de marchander avec le trône.
Bernard de Saxe-Weimar, prince protestant qui avait perdu ses terres après Nördlingen, passa à la solde de la France en 1635, avec la promesse de l’Alsace. En 1638, il vainquit à Rheinfelden, repoussa Charles IV de Lorraine à Thann et, le 17 décembre, prit Brisach, la forteresse clé du Rhin supérieur. Il mourut en juillet 1639, et Richelieu reprit son armée.
Pierre Corneille, avocat rouennais devenu auteur dramatique, avait écrit pour Richelieu comme l’un de ses cinq auteurs avant de suivre sa propre voie. Le Cid, tragi-comédie sur un héros espagnol, fut créé au théâtre du Marais pendant l’hiver 1636–1637 et fit sensation. Des écrivains rivaux l’attaquèrent, et Richelieu soumit la querelle à sa nouvelle Académie.
Sur l’ordre de Richelieu, Chapelain rédigea les Sentiments de l’Académie sur le Cid, qui reprochaient à la pièce d’enfreindre les règles classiques. La jeune Académie était devenue un arbitre du goût public, du côté du cardinal.
En 1637, Descartes publia son Discours de la méthode, suivi de trois essais, la Dioptrique, les Météores et la Géométrie. Mersenne le fit circuler parmi les mathématiciens français et recueillit leurs objections.
Pierre de Fermat, conseiller au parlement de Toulouse qui faisait des mathématiques pour son plaisir, correspondait avec Mersenne depuis 1636. Il contesta la Dioptrique de Descartes et revendiqua la priorité de sa propre méthode des maxima et des tangentes ; Descartes l’attaqua en 1638 dans des lettres à Mersenne. Étienne Pascal prit le parti de Fermat.
Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, ami du théologien flamand Jansénius et disciple de Bérulle, dirigeait depuis 1633 les religieuses de Port-Royal et avait réuni à Paris des disciples dévots, liés au parlement, qui le mirent en conflit avec le cardinal. En 1638, Richelieu le fit enfermer à Vincennes, où il resta jusqu’à la mort du cardinal.
La France survécut à la panique de Corbie, gagna le Rhin grâce à une armée de louage et obtint un dauphin, tandis que le cardinal soumettait la littérature et la théologie à l’État.
Le cardinal et le roi
- 35♜Perpignan — nov. 1641 – sept. 1642
- 36†Cinq-Mars décapité — 12 sept. 1642 · Lyon
- 37⚔Rocroi — 19 mai 1643 · l’armée espagnole anéantie
- Roussillon → La Couronne de France
En bref
En 1639, le favori du roi était Henri Coiffier de Ruzé, marquis de Cinq-Mars, qui devait sa place à Richelieu : c’est le cardinal qui l’avait placé auprès du roi. À dix-neuf ans, il était grand écuyer de France. Il en vint à haïr son protecteur. En 1642, il complota avec Gaston et avec l’Espagne pour abattre le cardinal. Au début de l’année, le roi et le cardinal étaient partis pour le Midi, où leur armée assiégeait Perpignan.35 En juin, les agents de Richelieu découvrirent le complot, et Louis fit arrêter son favori à Narbonne. Cinq-Mars fut décapité à Lyon36 le 12 septembre. Trois jours plus tôt, Perpignan avait capitulé, et le Roussillon avec elle. Richelieu mourut à Paris le 4 décembre 1642. Le lendemain, Jules Mazarin, le diplomate italien qu’il avait choisi pour successeur, entra au Conseil du roi ; en 1630, Mazarin avait galopé entre deux armées à Casal pour empêcher une bataille. Louis XIII mourut le 14 mai 1643. Cinq jours plus tard, à Rocroi, le duc d’Enghien, âgé de vingt et un ans, anéantit une armée espagnole.37
La chaîne, période par période
En 1640, les Catalans se soulevèrent contre les troupes espagnoles logées chez eux et contre les exigences d’Olivares. Pau Claris, chanoine d’Urgell et président de la Generalitat, se tourna vers la France : le 16 janvier 1641, il proclama une république catalane sous protection française, et le 23 janvier il reconnut Louis XIII comme comte de Barcelone. Les troupes franco-catalanes battirent les Espagnols à Montjuïc le 26 janvier. Claris mourut un mois plus tard.
Le 1er décembre 1640, des conjurés portugais secouèrent soixante ans de domination espagnole et proclamèrent roi le duc de Bragance sous le nom de Jean IV. La France le soutint et signa avec lui une alliance à Paris le 1er juin 1641. L’Espagne devait désormais se battre au Portugal et en Catalogne en plus de la Flandre et de l’Italie.
Frédéric-Maurice, duc de Bouillon, fils aîné d’Henri de Bouillon et frère de Turenne, s’était joint au comte de Soissons et à des troupes espagnoles pour battre une armée royale à La Marfée, devant Sedan, en 1641. Pardonné et mis à la tête de l’armée d’Italie, il entra aussi dans le complot suivant.
Henri Coiffier de Ruzé, marquis de Cinq-Mars, avait été placé auprès du roi par Richelieu et fait grand écuyer à dix-neuf ans. Il en vint à haïr son protecteur. En 1642, avec Gaston et Bouillon, il conclut avec l’Espagne un traité pour obtenir des troupes et abattre le cardinal. Arrêté à Narbonne en juin, il fut décapité à Lyon le 12 septembre.
François-Auguste de Thou, fils de l’historien Jacques-Auguste de Thou et héritier de sa charge de maître de la librairie du roi, connaissait le traité avec l’Espagne et ne le révéla pas. Son silence fut tenu pour une culpabilité, et il fut décapité à Lyon le même jour que Cinq-Mars.
Gaston dénonça ses complices pour se sauver, comme il l’avait déjà fait ; Ornano, Chalais et Montmorency étaient déjà morts pour lui. Bouillon, arrêté à Casal au milieu de son armée, racheta sa vie en cédant à la Couronne sa principauté de Sedan.
La Catalogne en révolte, Louis et Richelieu descendirent dans le Midi en 1642 pour assiéger Perpignan, capitale du Roussillon. En juin, le complot fut découvert et Cinq-Mars arrêté à Narbonne. Perpignan capitula le 9 septembre, et le Roussillon avec elle.
Richelieu, épuisé et malade depuis longtemps, mourut à Paris le 4 décembre 1642, cinq mois après la mort de Marie de Médicis en exil à Cologne. Il avait recommandé son successeur au roi, et le roi suivit son conseil.
Mazarin s’était établi à Paris en 1640 au service de Richelieu et était devenu cardinal en 1641. Le 5 décembre 1642, le roi le fit entrer au Conseil.
Louis XIII mourut le 14 mai 1643, laissant un fils de quatre ans et un testament qui liait sa veuve à un conseil de régence. Cinq jours plus tard, le duc d’Enghien anéantit une armée espagnole à Rocroi.
Étienne Pascal, du cercle de Mersenne, fut nommé en 1639 commissaire du roi pour les tailles à Rouen, où les registres d’impôt étaient dans le chaos. Pour lui épargner des calculs sans fin, son fils Blaise, qui n’avait pas encore dix-neuf ans, construisit en 1642 une machine capable d’additionner et de soustraire : la première pascaline.
Richelieu mourut après avoir vaincu ses derniers conspirateurs et vu l’Espagne se disloquer ; il laissait la guerre et le Conseil à Mazarin.
La victoire et les barricades
- 38⚔Fribourg — août 1644 · contre les Bavarois
- 39⚔Lens — 20 août 1648 · les Espagnols battus
- 40⚑Journée des Barricades — 27 août 1648
- 41✒Traité de Münster — 24 oct. 1648 · la paix avec l’empereur
- Alsace habsbourgeoise (approx.) → La Couronne de France
En bref
Le testament de Louis XIII liait sa veuve à un conseil de régence. Le 18 mai 1643, le parlement de Paris le cassa, et Anne, régente pour son fils de quatre ans, garda Mazarin comme principal ministre. Enghien, prince de Condé à partir de 1646, et Henri de La Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne, combattirent les Bavarois dans le sud38 de l’Allemagne ; en 1648, Turenne et les Suédois envahirent la Bavière. Le 20 août 1648, Condé battit les Espagnols à Lens.39 Mais la guerre vivait d’impôts nouveaux et d’emprunts, et les magistrats du parlement avaient commencé à les refuser. Le 26 août, tandis que Paris rendait grâce pour Lens, Anne fit arrêter un vieux conseiller populaire, Pierre Broussel. Au matin, les rues étaient couvertes de barricades,40 et deux jours plus tard elle le relâcha. En octobre, à Münster, l’empereur fit la paix :41 la France obtint les terres et les droits des Habsbourg en Alsace, ainsi que la forteresse de Brisach. Avec l’Espagne, la guerre continua.
La chaîne, période par période
Le 18 mai 1643, à la demande d’Anne, le parlement cassa le testament de Louis XIII et lui donna les pleins pouvoirs de régente pour son fils de quatre ans. Elle garda Mazarin, l’homme du défunt cardinal, comme principal ministre, et poursuivit la guerre contre son propre frère, Philippe IV.
Michel Le Tellier, magistrat qui avait servi comme intendant à l’armée du Piémont à partir de 1640, devait son ascension à son amitié avec Mazarin. En 1643, il devint secrétaire d’État à la Guerre et dirigea les commissions, le ravitaillement et la solde des armées, l’administration qui soutint les campagnes d’Enghien et de Turenne.
Abel Servien, ancien secrétaire d’État à la Guerre de Richelieu, disgracié en 1636, connaissait Mazarin depuis les négociations de Mantoue. Mazarin le rappela et l’envoya en Westphalie avec le comte d’Avaux pour négocier la paix avec l’Empereur.
Claude de Mesmes, comte d’Avaux, vétéran des ambassades de Venise, de Rome et des cours du Nord, partageait avec Servien la délégation française. Les deux hommes se querellèrent si violemment qu’Avaux fut rappelé, laissant à Servien le soin d’achever le traité.
François de Vendôme, duc de Beaufort, fils de César de Vendôme et petit-fils d’Henri IV, s’attendait à ce que la nouvelle régence récompense les vieux ennemis de Richelieu. Quand Anne garda Mazarin, la duchesse de Chevreuse et lui menèrent en août 1643 la cabale des « Importants » contre le cardinal. Beaufort fut arrêté en septembre et enfermé à Vincennes jusqu’à son évasion, le 31 mai 1648.
Francisco de Melo, noble portugais au service de l’Espagne et gouverneur par intérim des Pays-Bas espagnols, envahit la France alors que Louis XIII se mourait et mit le siège devant la forteresse de Rocroi.
Louis de Bourbon, duc d’Enghien, fils de Condé, âgé de vingt et un ans, et neveu de Montmorency, avait reçu le commandement de l’armée de Picardie. Le 19 mai 1643, il attaqua Melo à Rocroi : sa cavalerie tourna les lignes espagnoles et brisa leur infanterie, et l’armée espagnole fut pratiquement anéantie. À la mort de son père, en 1646, il devint prince de Condé.
Jean de Gassion, chef de cavalerie originaire de Pau, mena des escadrons aux côtés d’Enghien à Rocroi et passa pour l’un des artisans de la victoire. Fait maréchal de France à trente-quatre ans, il mourut de ses blessures au siège de Lens en 1647 ; Renaudot écrivit sa vie.
Henri de La Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne, fils cadet d’Henri de Bouillon et encore protestant, fut fait maréchal de France en mai 1643 et combattit les Bavarois dans le sud de l’Allemagne : à Fribourg aux côtés d’Enghien en 1644, et en mai 1645 à Mergentheim, où il fut surpris et mis en déroute.
Franz von Mercy, commandant de l’armée bavaroise à partir de 1643, avait anéanti une armée française à Tuttlingen, tenu tête à Enghien et à Turenne à Fribourg et mis Turenne en déroute à Mergentheim. Enghien et Turenne unirent de nouveau leurs forces contre lui, et à Nördlingen, le 3 août 1645, Mercy fut tué d’une balle de mousquet et son armée battue.
Carl Gustaf Wrangel succéda à Torstensson en 1646 à la tête de l’armée suédoise d’Allemagne. Turenne et lui unirent leurs forces pour traverser la Bavière et le Wurtemberg, et le 17 mai 1648 ils battirent l’armée impériale et bavaroise à Zusmarshausen. La Bavière était ouverte, et à l’automne l’Empereur fit la paix.
Jansénius, ami de Saint-Cyran depuis leurs années d’études à Louvain, devint évêque d’Ypres, aux Pays-Bas espagnols, en 1636 et mourut deux ans plus tard. Son Augustinus, publié en 1640, exposait une doctrine austère de la grâce tirée de saint Augustin.
Libéré après la mort de Richelieu, en 1643, Saint-Cyran reprit la direction de Port-Royal, mais il mourut en octobre. Les Petites Écoles de Port-Royal, pour les garçons, avaient ouvert sous sa direction en 1638.
Jacqueline-Marie-Angélique Arnauld, faite coadjutrice de Port-Royal dès l’enfance, avait réformé la discipline de son couvent et l’avait transféré à Paris en 1625. À partir de 1635, elle suivit la direction de Saint-Cyran, et autour de Port-Royal se rassemblèrent religieuses, prêtres, maîtres et laïcs vivant dans la retraite : les Solitaires.
Antoine Arnauld, son frère et le dernier de vingt enfants, docteur de Sorbonne, publia en 1643, avec les encouragements de Saint-Cyran, De la fréquente communion. Le livre s’élevait contre la communion fréquente sans préparation rigoureuse, ouvrit une querelle avec les jésuites et fit de lui le théologien public de Port-Royal.
Charles Le Brun, jeune peintre que le chancelier Séguier avait placé chez Simon Vouet et envoyé à ses frais étudier à Rome auprès de Poussin à partir de 1642, revint prendre la tête des artistes qui voulaient s’affranchir de la maîtrise de Paris. Avec l’appui de Séguier, leur requête parvint à la régente, et en février 1648 fut fondée l’Académie royale de peinture et de sculpture.
La régence survécut à sa première épreuve parce que Rocroi arrêta une invasion, et en 1648 les victoires françaises et suédoises avaient amené l’Empereur à la table des négociations.
Le canon de la Bastille
- 42◆La cour quitte Paris — nuit du 5 au 6 janv. 1649
- 43✒Paix de Rueil — 11 mars 1649
- 44⚔Rethel — 15 déc. 1650 · Turenne battu
- 45⚔Faubourg Saint-Antoine — 2 juil. 1652
En bref
Dans la nuit du 5 janvier 1649, Anne quitta Paris en secret avec le jeune roi pour Saint-Germain,42 et Condé fit pour elle le blocus de la capitale. En mars, le parlement fit la paix à Rueil.43 Condé exigea alors plus que la reine ne voulait donner, et en janvier 1650 Mazarin le fit arrêter avec son frère et son beau-frère. Turenne prit les armes pour eux avec l’aide de l’Espagne et fut battu à Rethel.44 Un an plus tard, le parlement et les princes s’unirent contre Mazarin ; il s’exila en Allemagne, et les princes furent libérés. Condé se souleva de nouveau, cette fois allié à l’Espagne, et Turenne revint commander l’armée du roi. Le 2 juillet 1652, Turenne surprit Condé sous les murs de Paris, au faubourg Saint-Antoine.45 La fille de Gaston, la Grande Mademoiselle, fit tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales, et les hommes de Condé purent entrer dans la ville. Mais Paris se lassa vite de lui. En octobre, Louis XIV, désormais majeur, rentra à cheval dans sa capitale, et Condé passa à l’Espagne. En février 1653, Mazarin revint.
La chaîne, période par période
Michel Particelli d’Émery, fils d’un banquier lyonnais d’origine lucquoise, contrôleur général à partir de 1643 puis surintendant, finança la guerre par de nouvelles levées, parmi lesquelles des taxes sur les maisons bâties hors de l’ancienne enceinte de Paris et sur les marchandises entrant dans la ville. En 1648, les cours souveraines de Paris s’unirent pour exiger que l’on limite les impôts et les agents du roi ; le 9 juillet, la régente le renvoya.
Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, Anne emmena le jeune roi hors de Paris à Saint-Germain, et Condé, revenu de Lens, fit pour elle le blocus de la capitale avec l’armée royale. Son propre frère et sa sœur se trouvaient dans la ville avec les rebelles.
Pierre Broussel, vieux conseiller au parlement, était populaire pour son opposition aux impôts nouveaux. Le 26 août 1648, pendant le Te Deum pour Lens, Anne le fit arrêter. Au matin, Paris était couvert de barricades, et deux jours plus tard la régente le relâcha.
Jean-François Paul de Gondi, coadjuteur de son oncle l’archevêque de Paris et ancien élève de Vincent de Paul, se servit de son emprise sur les paroisses et sur la foule parisienne pour devenir l’un des chefs de la révolte. La Fronde fut son théâtre, et il en écrivit plus tard les plus célèbres mémoires sous le nom de cardinal de Retz.
Mathieu Molé, premier président du parlement depuis 1641 et ami de Saint-Cyran, défendit les droits de la cour tout en jouant un rôle de conciliateur. Pendant les barricades, il alla chez la reine exiger la libération de Broussel, et en mars 1649 il fit la paix avec la régence à Rueil.
Armand de Bourbon, prince de Conti, frère cadet de Condé et filleul de Richelieu, fut nommé généralissime des rebelles parisiens en janvier 1649, contre l’armée que commandait son propre frère.
Anne-Geneviève de Bourbon, duchesse de Longueville, sœur de Condé et de Conti, née en 1619 dans la prison de ses parents à Vincennes, entraîna dans la Fronde son frère cadet et son mari. Pendant le siège, elle vécut à l’Hôtel de Ville, où elle mit au monde un fils.
Henri d’Orléans, duc de Longueville, gouverneur de Normandie depuis 1619, s’était joint au soulèvement de Marie de Médicis en 1620 et avait conduit la délégation française à Münster. En 1649, il prit le parti de sa femme et tenta de soulever la Normandie.
François de La Rochefoucauld, prince de Marcillac, amant de la duchesse depuis 1645 environ, apporta à la rébellion la clientèle de sa maison et combattit pendant le siège de Paris. Des années plus tard, ses Mémoires et ses Maximes distillèrent ce qu’il avait vu de l’ambition pendant la Fronde.
Enghien, prince de Condé depuis la mort de son père en 1646, commandait contre les Espagnols en Flandre. Le 20 août 1648, il battit leur armée à Lens. Six jours plus tard, pendant le Te Deum célébré à Paris pour la victoire, la régente frappa ses adversaires du parlement.
Servien signa le traité de Münster avec l’Empereur le 24 octobre 1648. La France obtint Brisach et les terres et droits des Habsbourg en Alsace, et sa longue guerre contre l’Empereur prit fin ; la guerre contre l’Espagne continua.
Ferdinand III, empereur depuis 1637, battu en Bavière par Turenne et Wrangel, fit la paix avec la France à Münster et avec la Suède à Osnabrück. L’Espagne avait déjà fait la paix avec les Hollandais, mais non avec la France.
Le même automne, la France gagna sa paix avec l’Empereur et perdit le contrôle de sa propre capitale.
Condé avait sauvé la régence et se conduisait désormais en maître. Le 18 janvier 1650, Mazarin le fit arrêter avec Conti et Longueville. Un an plus tard, le parlement, Gaston et les frondeurs parisiens s’unirent contre le cardinal ; en février 1651, il s’enfuit à Brühl, près de Cologne, et les princes furent libérés. De son exil, il continua de gouverner.
César de Choiseul, comte du Plessis-Praslin, maréchal de France et, à partir de 1649, gouverneur de Philippe, frère du roi, conduisit l’armée royale contre ceux qui voulaient délivrer les princes. Il tint Reims contre Turenne et, le 15 décembre 1650, le battit à Rethel avec ses alliés espagnols.
Turenne fit sa paix avec la cour en 1651 et, en 1652, prit le commandement de l’armée du roi contre Condé. Le 7 avril, il sauva la cour près de Gien, à Bléneau, et le 2 juillet il surprit Condé sous les murs de Paris, au faubourg Saint-Antoine. Cette année-là, il épousa la fille de La Force.
Louis XIV fut déclaré majeur le 7 septembre 1651. En octobre 1652, Paris étant las de Condé, le roi de quatorze ans rentra à cheval dans sa capitale. Gondi, devenu cardinal de Retz, fut arrêté en décembre, et Mazarin revint en février 1653.
Ses frères et son mari en prison, la duchesse de Longueville échoua à soulever la Normandie, s’échappa par mer en Hollande et gagna Stenay, où Turenne tenait la forteresse frontière. Elle y négocia avec les Espagnols et poussa Turenne à la révolte.
Turenne passa aux princes en 1650 et envahit le nord de la France avec une armée espagnole pour les délivrer, jusqu’à sa défaite de Rethel.
Frédéric-Maurice, duc de Bouillon, son frère aîné, rejoignit le parti des princes en 1650. Mazarin le regagna la même année en lui promettant des terres en échange de Sedan perdue, qu’il reçut en 1651.
Libéré en février 1651, Condé se brouilla avec tout le monde. En septembre, il souleva la Guyenne et, en novembre, s’allia à l’Espagne. Après les combats aux portes de Paris, il perdit l’appui de la ville, et en octobre 1652 il quitta la France pour commander les armées espagnoles contre son propre roi.
Anne-Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, fille de Gaston et de sa première femme, prit le parti de son père. Le 2 juillet 1652, alors que Turenne acculait Condé aux portes fermées, elle fit ouvrir la porte Saint-Antoine à ses hommes et tirer le canon de la Bastille sur l’armée royale. Elle fut exilée de la cour pour ce geste.
Christine, reine de Suède, fille de Gustave Adolphe, connut Descartes par l’ambassadeur de France Pierre Chanut. En 1649, elle l’invita à Stockholm pour l’instruire et dresser le plan d’une académie savante, et envoya un navire le chercher.
Descartes arriva à Stockholm le 4 octobre 1649. Il donnait ses leçons à la reine à cinq heures du matin, en plein hiver nordique, contracta une pneumonie et mourut le 11 février 1650, loin du collège de La Flèche où il avait appris ses premières mathématiques.
La Fronde se brisa sur les querelles des princes ; Paris accueillit de nouveau le roi dont la cour l’avait fui en 1649, et Condé finit au service de l’Espagne.
L’île des Faisans
- 46⚔Les Dunes — 14 juin 1658 · victoire franco-anglaise
- 47◆Dunkerque aux Anglais — 24 juin 1658
- 48✒Traité des Pyrénées — 7 nov. 1659 · île des Faisans
- Artois (approx.) → La Couronne de France
En bref
La guerre contre l’Espagne devait durer six ans encore, et Condé menait maintenant les armées espagnoles contre son propre roi. Oliver Cromwell, lord-protecteur d’Angleterre, devint l’allié de Mazarin : en 1657, il envoya 6 000 fantassins combattre aux côtés de Turenne, contre la promesse de Dunkerque. Le 14 juin 1658, dans les dunes devant Dunkerque, Turenne brisa l’armée espagnole,46 dans les rangs de laquelle combattait Condé. Dunkerque capitula dix jours plus tard et fut remise aux Anglais.47 Le principal ministre de l’Espagne, Luis de Haro, vint jusqu’à la rivière frontière, la Bidassoa. Dans l’île des Faisans, Mazarin et lui signèrent le traité des Pyrénées48 le 7 novembre 1659. La France gardait le Roussillon et obtenait la plus grande partie de l’Artois, et Condé était pardonné. Le 9 juin 1660, à Saint-Jean-de-Luz, Marie-Thérèse, fille du roi d’Espagne, épousa Louis XIV ; elle renonçait à ses droits sur l’Espagne moyennant une dot qui ne fut jamais payée. En soixante ans, la Couronne avait pris aux protestants leurs places fortes, survécu à toutes les révoltes de ses princes et obligé l’Espagne à acheter la paix au prix de deux provinces.
La chaîne, période par période
Nicolas Fouquet, procureur général au parlement depuis 1650, était resté fidèle à Mazarin pendant son exil et avait veillé sur ses intérêts. Au retour du cardinal, il demanda et obtint la surintendance des finances le 7 février 1653, conjointement avec Servien. Il trouva l’argent de la guerre auprès des grands financiers qui prêtaient au roi.
Jean-Baptiste Colbert, fils de marchand rémois, avait été le secrétaire de Le Tellier avant de prendre en main les affaires privées de Mazarin en 1652. Il surveillait aussi les finances de l’État : dans un mémoire à Mazarin, il montra que moins de la moitié des impôts parvenait au roi et attaqua la gestion de Fouquet.
Hugues de Lionne, neveu de Servien et le diplomate en qui Mazarin avait le plus confiance, se rendit à Madrid en 1656 pour des pourparlers de paix préliminaires avec l’Espagne. Ils échouèrent, et Mazarin chercha un allié plus fort.
Don Juan José d’Autriche, seul fils naturel reconnu de Philippe IV, vint gouverner les Pays-Bas espagnols en 1656. Avec Condé, il força les lignes de Turenne devant Valenciennes en juillet 1656. En juin 1658, il marcha au secours de Dunkerque, assiégée par Turenne et les Anglais.
Condé, qui commandait désormais des troupes espagnoles contre son propre roi, avait combattu à Arras en 1654 et aidé à forcer les lignes de Turenne devant Valenciennes en 1656. Aux Dunes, il combattit aux côtés de don Juan et partagea sa défaite.
Le 14 juin 1658, avec l’infanterie de Cromwell à ses côtés, Turenne brisa l’armée espagnole dans les dunes devant Dunkerque. Dunkerque capitula dix jours plus tard et fut remise aux Anglais, comme promis.
Après Valenciennes, Mazarin se tourna vers Oliver Cromwell, lord-protecteur d’Angleterre. Par le traité de Paris de 1657, l’Angleterre envoya 6 000 fantassins combattre aux côtés de Turenne, contre la promesse de Dunkerque. Des royalistes anglais exilés combattaient dans le camp espagnol.
Des adversaires de Port-Royal tirèrent de l’Augustinus de Jansénius cinq propositions sur la grâce et les déférèrent à Rome. En 1653, le pape Innocent X les condamna comme hérétiques par la bulle Cum occasione.
Arnauld répondit que les propositions condamnées ne se trouvaient pas dans le livre de Jansénius. En 1655, deux lettres sur les méthodes des jésuites au confessionnal lui valurent une censure en Sorbonne, et en février 1656 il fut exclu de la faculté.
Blaise Pascal, proche de Port-Royal depuis 1646, prit la défense d’Arnauld dans dix-huit lettres anonymes, les Provinciales, en 1656–1657, où il raillait la casuistique des jésuites. Elles ne sauvèrent pas Arnauld. Deux ans plus tôt, ses lettres échangées avec Fermat sur la manière de partager les mises d’une partie interrompue avaient fondé le calcul des probabilités.
Giovanni Battista Lulli, jeune Florentin que le chevalier de Guise avait amené à Paris en 1646 pour servir la Grande Mademoiselle, quitta sa maison quand elle fut exilée. En février 1653, il dansa aux côtés de Louis XIV dans le Ballet royal de la nuit, où le jeune roi parut en soleil levant, et en mars il fut nommé compositeur de la musique instrumentale du roi.
Madeleine Béjart, comédienne et habile directrice, avait fondé à Paris en 1643 l’Illustre Théâtre avec Jean-Baptiste Poquelin. La troupe fit faillite en 1645, et elle partit avec son associé, à la tête d’une nouvelle troupe, sur les routes des provinces pendant douze ans.
Poquelin, qui se faisait désormais appeler Molière, fut emprisonné un jour pour les dettes de la troupe en 1645. En tournée, il obtint la protection du prince de Conti, gouverneur du Languedoc, jusqu’à ce que Conti se tourne vers la dévotion. En 1658, la troupe revint à Paris et joua devant Louis XIV au Louvre.
Philippe, duc d’Anjou, frère cadet du roi, prit la compagnie sous son nom en 1658 comme Troupe de Monsieur, et grâce à lui elle obtint de partager le théâtre du Petit-Bourbon avec les comédiens italiens de Scaramouche.
Mazarin rebâtit l’État sur le crédit et les alliances, et les Dunes laissèrent l’Espagne prête à négocier.
Luis de Haro, neveu d’Olivares et principal ministre de Philippe IV depuis 1643, rencontra Mazarin dans l’île des Faisans, sur la Bidassoa, là où Anne et Élisabeth avaient été échangées en 1615. Le 7 novembre 1659, ils signèrent le traité des Pyrénées : la France gardait le Roussillon et obtenait la plus grande partie de l’Artois, et Condé était pardonné.
Marie-Thérèse, fille de Philippe IV et d’Élisabeth de France, et donc doublement cousine germaine de Louis, épousa Louis XIV à Saint-Jean-de-Luz le 9 juin 1660. Comme sa tante Anne avant elle, elle renonça à ses droits au trône d’Espagne, mais la renonciation était liée à une dot de 500 000 écus que l’Espagne ne paya jamais.
Lionne, fait ministre d’État en juin 1659, fut le négociateur de Mazarin pour le traité. Mazarin y abandonna ses alliés portugais, qui durent combattre seuls l’Espagne.
Marie Mancini, nièce de Mazarin, fut le premier amour du jeune roi, et Louis voulait l’épouser. Anne et Mazarin s’y opposèrent : le 22 juin 1659, elle fut éloignée de la cour à Brouage, et Louis accepta le mariage espagnol.
En 1660, Louis fit Turenne maréchal général des camps et armées du roi, une dignité que six soldats seulement portèrent jamais. Le rebelle de 1650 était devenu le premier soldat de la Couronne.
Pardonné par le traité, Condé rentra en France et se soumit au roi. Il recouvra ses titres et ses terres, mais non son indépendance, et vécut retiré à Chantilly jusqu’à ce que Louis lui confie de nouveau des commandements.
Gaston, qui avait comploté contre tous les gouvernements depuis 1626 et abandonné chaque fois ses complices, avait été relégué à Blois par Mazarin en 1652. Il y mourut le 2 février 1660.
Philippe, frère du roi, reçut en 1660 le duché d’Orléans de Gaston et devint le nouveau Monsieur : un prince élevé dans la cour de Mazarin, et non contre elle.
Le 18 novembre 1659, Les Précieuses ridicules de Molière, satire des affectations des salons, furent créées au Petit-Bourbon et firent parler tout Paris. Quand la salle fut démolie en 1660 pour la nouvelle aile du Louvre, la troupe reçut le théâtre du Palais-Royal, que Richelieu avait fait bâtir dans son propre palais.
Claude Lancelot, maître aux Petites Écoles de Port-Royal depuis leur fondation en 1638, avait été le précepteur du duc de Chevreuse et des princes de Conti. En 1660, Antoine Arnauld et lui publièrent la Grammaire générale et raisonnée, qui expliquait le langage par la logique de la pensée. Cette année-là, les écoles furent fermées et Lancelot fut éloigné.
En 1660, tous les rivaux de la Couronne avaient été brisés ou absorbés : Marie et Gaston étaient morts, les protestants désarmés, le parlement tenu en bride, Condé pardonné, l’Espagne en paix. Mazarin gouverna jusqu’à sa mort, en mars 1661, puis Louis XIV régna sans principal ministre.
Qui est qui
La Couronne de France
Princes et conspirateurs
Le parti protestant
L’Espagne et les Habsbourg
L’Angleterre
La Suède et les alliés allemands
Autres
Chronologie
- 1◆Saluces — occupé par la Savoie en 1588 1600–1602
- 2♜Bourg-en-Bresse — août 1600 · prise par Biron 1600–1602
- 3♜Montmélian — nov. 1600 · la citadelle capitule 1600–1602
- 4✒Traité de Lyon — 17 janv. 1601 · la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex à la France 1600–1602
- 5†Biron décapité — 31 juil. 1602 · la Bastille 1600–1602
- 6†Juliers-Clèves — 1609 · le duc meurt ; les troupes des Habsbourg entrent 1602–1611
- 7♛Sacre de Marie — 13 mai 1610 · Saint-Denis 1602–1611
- 8†Assassinat d’Henri IV — 14 mai 1610 · rue de la Ferronnerie 1602–1611
- 9✒Traité de Sainte-Menehould — 15 mai 1614 · les états généraux promis 1611–1616
- 10◆États généraux — oct. 1614 – févr. 1615 · Paris 1611–1616
- 11†Concini abattu — 24 avr. 1617 · le pont du Louvre 1617–1620
- 12◆Évasion de Blois — févr. 1619 · par une échelle de corde 1617–1620
- 13⚔Les Ponts-de-Cé — 7 août 1620 · victoire royale 1617–1620
- 14◆Louis XIII à Pau — oct. 1620 · le culte catholique rétabli 1620–1624
- 15⚑Assemblée protestante — déc. 1620 · elle prend les armes 1620–1624
- 16♜Montauban — août–nov. 1621 · le siège échoue 1620–1624
- 17✒Paix de Montpellier — 18 oct. 1622 · La Rochelle et Montauban conservées 1620–1624
- 18◆Richelieu principal ministre — août 1624 1620–1624
- 19⚑Le soulèvement de l’Atlantique — 1625 · Ré et Oléron occupées 1625–1629
- 20♜Saint-Martin-de-Ré — juil.–nov. 1627 · Toiras tient bon 1625–1629
- 21♜Siège de La Rochelle — sept. 1627 – oct. 1628 1625–1629
- 22◆La digue de Richelieu — env. 1 400 m · le port fermé 1625–1629
- 23†Buckingham assassiné — août 1628 · Portsmouth 1625–1629
- 24✒Paix d’Alès — 28 juin 1629 · le culte conservé, les places fortes perdues 1625–1629
- 25◆Journée des Dupes — 10–11 nov. 1630 · le Luxembourg et Versailles 1630–1632
- 26◆Mariage secret de Gaston — janv. 1632 · Marguerite de Lorraine 1630–1632
- 27⚔Castelnaudary — 1er sept. 1632 · victoire royale 1630–1632
- 28†Montmorency décapité — 30 oct. 1632 · Toulouse 1630–1632
- 29✒Traité de Bärwalde — 23 janv. 1631 · l’argent français pour la Suède 1632–1638
- 30⚔Lützen — 16 nov. 1632 · Gustave Adolphe tué 1632–1638
- 31⚔Nördlingen — 6 sept. 1634 · les Suédois écrasés 1632–1638
- 32◆Trèves surprise — 26 mars 1635 · l’électeur enlevé 1632–1638
- 33♜Corbie — 15 août 1636 · prise par l’Espagne 1632–1638
- 34♜Brisach — août–déc. 1638 · prise pour la France 1632–1638
- 35♜Perpignan — nov. 1641 – sept. 1642 1639–1643
- 36†Cinq-Mars décapité — 12 sept. 1642 · Lyon 1639–1643
- 37⚔Rocroi — 19 mai 1643 · l’armée espagnole anéantie 1639–1643
- 38⚔Fribourg — août 1644 · contre les Bavarois 1643–1648
- 39⚔Lens — 20 août 1648 · les Espagnols battus 1643–1648
- 40⚑Journée des Barricades — 27 août 1648 1643–1648
- 41✒Traité de Münster — 24 oct. 1648 · la paix avec l’empereur 1643–1648
- 42◆La cour quitte Paris — nuit du 5 au 6 janv. 1649 1649–1653
- 43✒Paix de Rueil — 11 mars 1649 1649–1653
- 44⚔Rethel — 15 déc. 1650 · Turenne battu 1649–1653
- 45⚔Faubourg Saint-Antoine — 2 juil. 1652 1649–1653
- 46⚔Les Dunes — 14 juin 1658 · victoire franco-anglaise 1653–1660
- 47◆Dunkerque aux Anglais — 24 juin 1658 1653–1660
- 48✒Traité des Pyrénées — 7 nov. 1659 · île des Faisans 1653–1660
Sources
- Henry IV of France — Wikipedia (la guerre de Savoie, le traité de Lyon, Juliers, l’assassinat) — source
- Marie de’ Medici — Wikipedia (le mariage, la dot, la régence, Blois, la fuite de 1631) — source
- Charles de Gontaut, duc de Biron — Wikipedia (la conspiration, l’offre de Fontainebleau, l’exécution) — source
- Concino Concini — Wikipedia, et L. Batiffol, Le roi Louis XIII à vingt ans (le meurtre du 24 avril 1617) — source
- Cardinal Richelieu — Wikipedia (Luçon, les états généraux, le Conseil, La Rochelle, la mort) — source
- Huguenot rebellions — Wikipedia (le Béarn, Montauban, Montpellier, La Rochelle, Alès) — source
- Siege of La Rochelle et Siege of Saint-Martin-de-Ré — Wikipedia — source
- Journée des Dupes — Wikipedia en français (le Luxembourg, Versailles, les Marillac) — source
- La déclaration de guerre de Jean Gratiollet à Bruxelles, 19 mai 1635 — projet d’édition des lettres de Richelieu — source
- Fronde — Wikipedia en français (la fuite de la cour, l’arrestation des princes, le faubourg Saint-Antoine, le retour de Mazarin) — source
- Traité de Münster (1648), texte et notes — German History in Documents and Images — source
- Traité des Pyrénées — Wikipedia en français (les clauses, le pardon de Condé, la dot) — source
Chaque affirmation du texte a été vérifiée dans les sources ci-dessus. Frontières : historical-basemaps (A. Ourednik, GPL-3.0), l’état de c.1600, simplifié — schématique, les bons États à peu près aux bons endroits. Territoires ayant changé de mains : provinces modernes (Natural Earth) ou états plus tardifs tenant lieu des frontières historiques. Terres, lacs et fleuves : Natural Earth. Portraits : crédités ci-dessous avec auteur, licence et source.
Portraits
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- Marie de Médicis — Frans Pourbus the Younger · Public domain — Commons
- Charles-Emmanuel Ier de Savoie — Unidentified painter · Public domain — Commons
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- Duc de Biron — Circle of Daniel Dumonstier · Public domain — Commons
- Louis XIII — Philippe de Champaigne · Public domain — Commons
- François Ravaillac — Crispin de Passe (1564 ?-1637), graveur. · Public domain — Commons
- Concino Concini — Daniel Dumonstier · Public domain — Commons
- Prince de Condé — Balthasar Moncornet · Public domain — Commons
- Cardinal de Richelieu — Philippe de Champaigne · Public domain — Commons
- Anne d’Autriche — Peter Paul Rubens · Public domain — Commons
- Charles d’Albert de Luynes — Anonyme, graveur en médailles - Médailleur · CC0 — Commons
- Duc d’Épernon — Unidentified painter · Public domain — Commons
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- Duc de Buckingham — Peter Paul Rubens · Public domain — Commons
- Marquis de Toiras — Michel Lasne · CC0 — Commons
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- Michel de Marillac — Balthasar Moncornet · Public domain — Commons
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- Isaac Beeckman — Jan van Dalen, Beeckman receiving an angry letter from Descartes; AD Dordrecht image caption explicitly identifies Beeckman and the painter; later imagined depiction · licence not stated — source
- Puisieux — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century French oil portrait painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Claude Lancelot — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century French oil portrait painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration