L’Inde moghole, 1600–1660
Comment le trône moghol passa-t-il d’Akbar à Aurangzeb, chaque héritier se dressant contre son père, tandis que la résistance du Dekkan passait de Malik Ambar à Shivaji ?
▶ Voir l’atlas commenté (narration en anglais) · 12 minLes territoires en 1660, aux couleurs de qui les tenait. Hachuré : les territoires qui ont changé de mains entre 1600 et 1660.
Dans chaque période ci-dessous, les événements numérotés de la carte renvoient à la liste qui la suit et aux repères du texte ; rien ne bouge.
Les périodes
- ILa chute d’Ahmadnagar1600–1601
- IIUne tête envoyée à Allahabad1602–1605
- IIILa chevauchée de Khusrau1606–1607
- IVLumière du monde1611–1617
- VUne mort à Burhanpur1620–1622
- VILe prince rebelle1623–1626
- VIILe coup de force du Jhelum1626–1628
- VIIILes derniers Nizam Shahi1629–1636
- IXL’héritier et son frère1636–1653
- XLa rançon des sultans1653–1657
- XIQuatre frères pour un trône1657–1658
- XIILe conquérant du monde1659–1660
La chute d’Ahmadnagar
- 1♜Chute d’Ahmadnagar — août 1600 · les Moghols prennent la capitale
- 2♜Asirgarh — janv. 1601 · Akbar prend la forteresse du Khandesh
En bref
En 1600, l’empereur moghol Akbar faisait la guerre dans le Dekkan, le haut plateau au sud de son empire. Il tenait son camp à Burhanpur, tandis qu’une armée commandée par son fils cadet assiégeait Ahmadnagar, capitale des sultans Nizam Shahi. La défense était menée par Chand Bibi, régente pour un sultan enfant. Quand elle parla de capituler, ses propres soldats la tuèrent, et en août 1600 les Moghols prirent la forteresse.1 En janvier 1601, Akbar prit Asirgarh,2 la grande forteresse du Khandesh. Mais le royaume survécut à sa capitale. Malik Ambar, un commandant né en Éthiopie et vendu jadis comme esclave, maria sa fille à un autre prince de la lignée royale, le couronna et poursuivit la guerre depuis Paranda. Loin au nord, le fils aîné d’Akbar s’était retourné contre lui. À Allahabad, le prince Salim tenait sa propre cour et avait pris un titre royal.
La chaîne, période par période
En 1600, Akbar faisait la guerre dans le Dekkan ; il campait à Burhanpur pendant que ses armées assiégeaient Ahmadnagar. En janvier 1601, il prit Asirgarh, la forteresse du Khandesh, et annexa ce royaume. Avant de repartir vers le nord, il réunit le Khandesh, le Berar et la partie conquise d’Ahmadnagar en une vice-royauté du Dekkan confiée à son fils Daniyal.
Pendant qu’Akbar était dans le sud, le prince Salim établit à partir de 1599 sa propre cour à Allahabad, prit un titre royal et frappa monnaie à son nom. Il revendiquait le trône avant la mort de son père. Le père et le fils ne se réconcilièrent qu’en 1604.
Abu’l-Fazl, ministre d’Akbar et auteur de l’Akbarnama, s’opposait aux prétentions de Salim. Il commandait depuis 1599 contre les sultanats du Dekkan. En août 1602, alors qu’il en remontait vers le nord, il tomba dans une embuscade près de Narwar et fut tué à l’instigation de Salim ; sa tête fut envoyée au prince à Allahabad.
Le fils aîné de Salim, Khusrau, né en 1587, devint le candidat de ceux qui voulaient écarter Salim du trône. Il était le neveu du raja Man Singh d’Amber par sa mère et le gendre d’Aziz Koka. Pendant la dernière maladie d’Akbar, en 1605, ils firent valoir ses droits.
Aziz Koka, frère de lait d’Akbar et l’un des plus grands nobles du règne, avait marié sa fille à Khusrau et le soutint jusqu’au bout. Quand Akbar désigna Salim pour héritier, le projet échoua, et sous Jahangir Aziz Koka perdit la plupart de ses charges.
Tombé malade en 1605, Akbar désigna Salim pour héritier et mourut à Agra en octobre. Salim y fut couronné sous le nom de Jahangir. Il n’oublia pas qui l’avait servi : Bir Singh Deo, l’homme qui avait tué Abu’l-Fazl, s’éleva très haut dans la faveur du nouvel empereur.
Bir Singh Deo, chef rajput bundela, accepta la mission de Salim et tendit une embuscade à Abu’l-Fazl près de Narwar en 1602. Devenu empereur, Jahangir le récompensa par un rang élevé, et il gouverna Orchha de 1605 jusque vers 1627 ; il finança des temples à Mathura et à Vrindavan et fut enseveli dans un mausolée à Orchha.
Le raja Man Singh d’Amber, grand général d’Akbar et oncle maternel de Khusrau, se joignit à Aziz Koka pour soutenir Khusrau contre Salim. Quand Akbar désigna Salim, le projet s’effondra. Jahangir retira aux deux hommes une grande part de leur pouvoir et les blâma dans ses mémoires.
Le fils cadet d’Akbar commanda l’armée qui assiégea Ahmadnagar en 1600 et devint vice-roi du nouveau Dekkan moghol, qu’il gouverna depuis Burhanpur. En juin 1604, il épousa à Ahmadnagar une fille d’Ibrahim Adil Shah II de Bijapur. Grand buveur, il mourut de la boisson en mars 1605, sept mois avant son père.
Chand Bibi, grand-tante et régente du sultan enfant Bahadur Nizam Shah, défendit Ahmadnagar contre les Moghols ; elle avait déjà repoussé un siège en 1596. Après des mois d’un second siège, elle accepta de rendre la place en échange d’un sauf-conduit pour Junnar. Un conseiller annonça à la ville qu’elle s’entendait avec les Moghols, et la foule la tua.
La défense n’ayant plus de chef, les mines mogholes abattirent les murailles le 18 août 1600 et la forteresse fut prise. Bahadur, âgé d’environ sept ans, fut envoyé avec les autres enfants royaux à Akbar à Burhanpur, puis au fort de Gwalior, où il était encore prisonnier en 1633.
Malik Ambar, né en Éthiopie en 1548 et vendu comme esclave avant de s’élever dans les armées du Dekkan, rassembla les parties du royaume que les Moghols n’avaient pas prises. Il lui fallait un roi pour qui combattre. Il trouva un prince de la lignée royale réfugié à Bijapur, lui donna sa fille en mariage et fit de Paranda la capitale.
Le prince, âgé d’une vingtaine d’années, fut couronné sous le nom de Murtaza Nizam Shah II, avec Malik Ambar pour peshwa et régent. Murtaza prêtait son nom royal au royaume restauré ; Ambar levait ses armées et dirigeait son gouvernement. Le sultan s’en irrita bientôt et soutint Raju Deccani, le rival d’Ambar, ce qui déclencha une longue guerre entre les deux nobles.
Abd al-Rahim Khan-i Khanan, fils de Bairam Khan, l’ancien régent d’Akbar, était le général le plus élevé en rang de la guerre du Dekkan, et sa fille était l’épouse de Daniyal. Quand le pays conquis fut partagé, il prit en charge, depuis le Berar et le Telangana, la guerre contre Malik Ambar, tandis qu’Abu’l-Fazl combattait Raju Deccani. Il était aussi Rahim, poète de distiques en hindi, et avait traduit en persan les mémoires de Babur.
Ibrahim Adil Shah II de Bijapur, musicien et auteur du Kitab-i Nauras, avait accueilli le jeune prince, et Malik Ambar lui demanda son accord avant de le couronner. Ibrahim restait aussi en bons termes avec les Moghols : il maria sa fille à Daniyal en 1604. Quand Ambar voulut plus tard faire déposer Murtaza, Ibrahim l’en dissuada.
Muhammad Qasim Firishta, un Persan d’Astarabad, servait Ibrahim depuis 1589. À la demande du sultan, il écrivit une histoire de la domination musulmane en Inde qui faisait aux royaumes du Dekkan une place égale à celle de Delhi. Connue sous le nom de Tarikh-i Firishta ou de Gulshan-i Ibrahimi, elle fut présentée à Ibrahim vers 1606.
Ahmadnagar survécut à la chute de sa capitale sous un nouveau ministre, et le trône d’Akbar revint au fils qui l’avait défié.
Une tête envoyée à Allahabad
En bref
Le plus proche conseiller d’Akbar, l’historien Abu’l-Fazl, s’opposait aux prétentions de Salim. En 1602, alors qu’il remontait du Dekkan, un chef bundela, Bir Singh Deo, lui tendit une embuscade près de Narwar et le tua sur l’ordre de Salim ; sa tête fut envoyée3 au prince à Allahabad. Pourtant, en 1604, le père et le fils s’étaient réconciliés. Un parti de la cour espérait encore écarter Salim au profit de son propre fils, Khusrau. Il était mené par le raja Man Singh d’Amber, oncle de Khusrau, avec le beau-père du jeune prince. Mais quand Akbar tomba malade en 1605, il désigna Salim pour héritier. En octobre 1605, Akbar mourut à Agra, et Salim monta sur le trône sous le nom de Jahangir.4 Il n’oublia pas qui l’avait servi. Bir Singh Deo, l’homme qui avait tué Abu’l-Fazl, s’éleva très haut dans la faveur du nouvel empereur.
La chevauchée de Khusrau
- 5♜Lahore assiégée — avr. 1606 · la révolte de Khusrau
- 6†Le guru Arjan meurt en captivité — mai 1606 · date traditionnelle
En bref
Jahangir faisait surveiller Khusrau dans le fort d’Agra. En avril 1606, le prince sortit à cheval en disant qu’il allait prier sur le tombeau de son grand-père, et prit la route du Pendjab avec une troupe de cavaliers qui grossissait en chemin. À Goindwal, sur la Beas, il s’arrêta chez le cinquième guru des sikhs, Arjan, qui lui marqua le front de safran. Khusrau poursuivit sa route et mit le siège devant Lahore.5 Jahangir se lança à sa poursuite, dispersa son armée et fit saisir le prince alors qu’il tentait de franchir la Chenab. Puis l’empereur s’en prit à ceux qui l’avaient aidé. Le guru Arjan fut arrêté et mourut en captivité à Lahore, aux mains des Moghols, en mai 1606 selon la date traditionnelle.6 L’année suivante, après un complot contre la vie de Jahangir, Khusrau eut les yeux crevés. Il vécut encore, prisonnier, passant d’un geôlier à l’autre.
La chaîne, période par période
Khusrau n’accepta pas d’être écarté. En avril 1606, il sortit à cheval du fort d’Agra avec une petite suite, rassembla des cavaliers sur la route du Pendjab et mit le siège devant Lahore. L’armée de Jahangir dispersa la sienne, et il fut capturé en franchissant la Chenab. Après un complot contre son père en 1607, il eut les yeux crevés et resta prisonnier.
Jahangir poursuivit Khusrau en personne, puis s’en prit à ceux qui l’avaient aidé, parmi lesquels le guru sikh de Goindwal, dont ses mémoires parlent avec mépris. À l’est, il entreprit de rendre la domination moghole effective : en 1608, il nomma gouverneur du Bengale Islam Khan, son compagnon d’enfance.
En route vers Lahore, Khusrau s’arrêta à Goindwal, sur la Beas, où le cinquième guru des sikhs, Arjan, le reçut et lui marqua le front de safran. Jahangir fit arrêter le guru. Il mourut en captivité à Lahore, aux mains des Moghols, le 30 mai 1606 selon la date traditionnelle ; on discute encore pour savoir s’il fut exécuté ou s’il mourut sous la torture.
Arjan désigna pour successeur son fils Hargobind, âgé de onze ans, et lui dit de garder des hommes en armes autour de lui. Hargobind portait deux épées, pour l’autorité spirituelle et l’autorité temporelle, et fit bâtir l’Akal Takht à Amritsar. Jahangir le retint des années au fort de Gwalior ; sous Shah Jahan, ses hommes combattirent les troupes mogholes et les battirent près d’Amritsar en 1634.
Islam Khan Chishti, gouverneur du Bengale à partir de 1608, transféra la capitale de la province de Rajmahal à Dacca, qu’il rebaptisa Jahangirnagar. De là, il combattit les seigneurs autonomes du delta sur leur propre terrain, avec des bateaux de guerre autant qu’avec la cavalerie. Il annexa ensuite le Koch Hajo et mourut en 1613.
Musa Khan, fils d’Isa Khan, conduisait les seigneurs du Bhati appelés Bara Bhuiyans, dont la force tenait aux fleuves, aux forts et à des centaines de bateaux de guerre. La campagne d’Islam Khan, ouverte en octobre 1609, lui prit ses postes un à un. En juillet 1611, Musa se rendit à Jahangirnagar, puis mena les troupes mogholes contre ses anciens voisins.
Pratapaditya, raja de Jessore, fut le premier des seigneurs du delta à traiter, en 1608, et promit des bateaux de guerre pour la campagne contre Musa Khan. Il ne les envoya jamais. Les forces d’Islam Khan détruisirent alors sa flotte et prirent Jessore en 1611 ; Pratapaditya mourut cette année-là à Bénarès, prisonnier en route vers Agra.
Murtaza Nizam Shah II ne cessait de comploter contre le ministre qui régnait en son nom. En 1610, une querelle entre son épouse persane et la fille de Malik Ambar, son autre épouse, y mit fin : la Persane traita Ambar de rebelle et sa fille d’esclave, et Ambar fit empoisonner Murtaza et cette épouse.
Malik Ambar couronna le fils de Murtaza, âgé de cinq ans, sous le nom de Burhan Nizam Shah III. La monarchie continua, mais l’emprise du ministre était plus forte que jamais, et en 1610 il fonda une nouvelle capitale, Khadki, près de Daulatabad. Burhan allait régner sous la tutelle d’Ambar jusqu’à la mort du vieux ministre, en 1626.
L’autorité du nouvel empereur s’étendait du Pendjab au delta du Bengale ; dans le Dekkan, Malik Ambar gouvernait au nom d’un roi enfant.
Lumière du monde
- 7✒Le Mewar se soumet — 1615 · la paix avec Khurram
En bref
En mai 1611, Jahangir épousa une veuve persane, Mihr al-Nisa. Il la nomma Nur Mahal, puis Nur Jahan, Lumière du monde. Sa famille s’éleva avec elle. Son père devint premier ministre, et son frère Asaf Khan l’un des premiers personnages de la cour. En 1612, la fille d’Asaf Khan, Arjumand Banu, épousa le troisième fils de Jahangir, le prince Khurram, qui l’appela Mumtaz Mahal. Fort du soutien de la famille de l’impératrice, Khurram reçut les commandements les plus difficiles. Le premier fut le Mewar, le royaume rajput qui combattait les Moghols depuis près de cinquante ans. En 1615, après un an de guerre d’usure menée par Khurram, son rana, Amar Singh, se soumit. Il fut dispensé de paraître7 à la cour et y envoya son héritier à sa place. En 1617, Khurram amena Malik Ambar à composer dans le Dekkan. Jahangir donna à son fils un nouveau titre : Shah Jahan, Roi du monde.
La chaîne, période par période
En mai 1611, Jahangir épousa Mihr al-Nisa, veuve persane d’un officier tué en 1607, et la nomma Nur Mahal, puis Nur Jahan. Elle en vint à partager son pouvoir : elle donnait des ordres, faisait frapper monnaie à son nom et plaçait sa famille autour d’elle. Dans les années 1610, elle travailla en étroite entente avec le prince Khurram.
Son père, Mirza Ghiyas Beg, un Persan de Téhéran qui s’était élevé au service d’Akbar et portait le titre d’Itimad al-Dawla, devint le premier ministre de Jahangir. Il attira à la cour des talents persans ; le poète Talib Amuli entra par son entremise au service de Jahangir en 1616. Il mourut en 1621, près de Kangra.
Son frère Abu’l-Hasan, fait vakil en 1611 et titré Asaf Khan en 1614, devint l’un des premiers personnages de la cour. Ses fidélités allaient plus tard se partager : sa sœur était l’épouse de l’empereur, et sa fille celle du prince Khurram.
En 1612, la fille d’Asaf Khan, Arjumand Banu, fiancée à Khurram depuis 1607, l’épousa ; il l’appela Mumtaz Mahal. Nièce de Nur Jahan, elle liait par ce mariage la famille de l’impératrice au prince. Elle le suivit dans ses campagnes et, plus tard, dans sa rébellion.
Fort du soutien de la famille de l’impératrice, Khurram reçut les commandements qui faisaient les réputations. Il contraignit le Mewar à la soumission en 1615, et en 1617 il amena Malik Ambar et les sultans du Dekkan à composer. Jahangir lui donna pour cela un nouveau titre : Shah Jahan, Roi du monde.
Le rana Amar Singh du Mewar, fils aîné du rana Pratap qui avait combattu Akbar, refusait toujours de se soumettre. La guerre d’usure de Khurram épuisa ses terres et ses forces, et en 1615 il céda à des conditions : il reconnut l’empereur, fut dispensé de paraître à la cour et garda son trône, et Chittor lui fut rendue.
L’héritier d’Amar, Karan Singh, fut présenté à Jahangir en 1615 et servit à la cour à la place de son père. Il devint rana en 1620. Le lien qu’il noua avec Khurram survécut à la guerre : quand Khurram se révolta, Karan l’abrita à Udaipur, dans le palais insulaire de Jag Mandir.
Le capitaine William Hawkins amena à Surate en 1608 le premier navire de la Compagnie anglaise des Indes orientales et rejoignit Jahangir à Agra en 1609. Son turc lui valut l’oreille de l’empereur, un rang de 400 cavaliers et une épouse chrétienne arménienne, mais les intrigues portugaises l’empêchèrent d’obtenir l’autorisation d’ouvrir un comptoir, et il quitta Agra en novembre 1611.
La flotte suivante de la Compagnie arriva sous Thomas Best. Les 29 et 30 novembre 1612, au large de Swally, près de Surate, ses quatre navires battirent une escadre portugaise. Le combat impressionna le gouverneur du Gujarat, et en janvier 1613 Best reçut la lettre de l’empereur qui confirmait le commerce anglais à Surate.
La mère de Jahangir, Mariam-uz-Zamani, l’épouse rajpute d’Akbar, commerçait pour son propre compte ; son navire de pèlerins, le Rahimi, était le plus grand bâtiment indien de la mer Rouge. En septembre 1613, les Portugais, peut-être irrités par la nouvelle amitié des Moghols avec les Anglais, le saisirent avec quelque 700 personnes à bord. Jahangir ferma Surate à la navigation, fit assiéger Daman et fermer l’église des jésuites à Agra.
Sir Thomas Roe, envoyé par Jacques Ier à la demande de la Compagnie, arriva en Inde en 1615 et suivit la cour de Jahangir jusqu’en 1619. Il n’obtint aucun grand traité, et les mémoires de Jahangir ne le mentionnent jamais, mais il assura au comptoir anglais de Surate autorisation et protection.
Le mariage fit de Khurram le favori et l’accord avec le Mewar fit de lui un général ; sur la côte, les canons anglais firent plus que les lettres anglaises.
Muhammad Quli Qutb Shah de Golconde avait fondé Hyderabad en 1591, avec le Charminar en son centre, et écrivait des poèmes en ourdou dakhni, en persan et en télougou. Il n’avait pas de fils. À sa mort, en janvier 1612, le trône passa par sa fille unique.
Son peshwa, Mir Muhammad Mu’min, un lettré persan d’Astarabad qui occupa la charge une quarantaine d’années, prit une large part au plan d’Hyderabad. Il écrivit un traité des mesures de longueur, de poids et de distance, la Risala-i Miqdariya, resta en fonction sous le règne suivant et mourut vers 1625.
La fille unique de Muhammad Quli, Hayat Bakhshi Begum, née en 1591, avait épousé en 1607 son cousin Muhammad, et par elle la couronne resta dans la famille. Elle allait gouverner comme régente pour son fils, et en 1656 négocier avec une armée moghole aux portes de Golconde.
Le sultan Muhammad Qutb Shah, neveu et gendre du vieux sultan, monta sur le trône en janvier 1612. Sous son règne fut compilée la première histoire de la dynastie, le Tarikh-i Qutb Shahi, et Golconde garda sa propre cour et son commerce pendant que les Moghols pesaient sur Ahmadnagar. Il mourut en février 1626.
Venkata II régnait sur ce qui restait de Vijayanagar depuis Chandragiri et Vellore, en tenant les grands gouverneurs nayaks dans son allégeance. Il n’avait pas de fils à lui. Avant sa mort, en octobre 1614, il désigna pour héritier son neveu Sriranga, en écartant un enfant que sa reine favorite présentait comme son fils.
Sriranga II garda le trône environ quatre mois. La faction de Jagga Raya s’empara de lui et de sa famille et les emprisonna dans le fort de Vellore ; quand une tentative d’évasion fut découverte, le frère de Jagga leur laissa le choix entre se tuer et être tués. Sriranga mourut avec sa famille au début de 1615.
Gobburi Jagga Raya, frère de la reine favorite de Venkata, couronna le fils présumé de celle-ci et gouverna en son nom. Le meurtre de la famille royale dressa contre lui de nombreux nobles. Il rallia les nayaks de Madurai et de Gingee, mais à Toppur, sur la Kaveri, à la fin de 1616, il fut tué et son armée détruite.
Le fils de Sriranga, Rama, âgé de douze ans, avait été sorti en cachette du fort de Vellore avec l’aide d’un blanchisseur. Dernier de la lignée du roi assassiné, il devint la cause pour laquelle combattaient les fidèles de son père, et après Toppur il fut couronné en 1617 sous le nom de Rama Deva Raya. Il régna jusqu’en 1632.
Velugoti Yachama Nayaka, un commandant du défunt roi, organisa l’évasion de l’enfant et mena la guerre contre Jagga Raya, prenant Chandragiri et Vellore. Quand Madurai et Gingee se joignirent à Jagga, il appela à l’aide Thanjavur, la seule grande maison nayak restée fidèle à Vijayanagar.
Raghunatha Nayak de Thanjavur, poète et musicien dont la cour était un foyer des lettres sanskrites et télougoues, marcha avec Yachama. À Toppur, à la fin de 1616, ses canons ouvrirent la bataille ; Jagga Raya tomba, et l’enfant fut couronné. L’empereur devait désormais son trône aux armées des nayaks.
Au nord-est, Parikshit Narayan, roi koch de Hajo, sur la rive nord du Brahmapoutre, fut attaqué par l’armée du Bengale d’Islam Khan. En 1613, il fut vaincu, capturé et envoyé à la cour impériale, et son royaume devint le Kamrup moghol.
Son frère cadet, Bali Narayan, s’enfuit vers l’est chez le roi ahom Pratap Singha et gagna sa confiance. Après la victoire des Ahoms sur les Moghols en 1615, il fut fait raja tributaire de Darrang sous le nom de Dharma Narayan, et il mena les raids qui tinrent le Kamrup moghol dans l’insécurité pendant des années.
Pratap Singha, le roi ahom, avait épousé une princesse du Koch Hajo en 1603. L’asile donné à Bali Narayan lui valut une invasion moghole en 1615, que ses forces écrasèrent près de l’embouchure de la Bharali. Il installa ensuite Bali à Darrang comme État tampon ; la guerre entre Ahoms et Moghols se poursuivit, par intermittence, pendant des décennies.
Au Kerala, loin de toute cour moghole, l’astronome Achyuta Pisharati perpétuait l’école mathématique fondée par Madhava. Ses ouvrages sur les positions des planètes et les éclipses avaient été écrits avant 1600, mais il enseigna jusqu’à sa mort en 1621. Son élève le plus connu apprit la grammaire auprès de lui.
Melpathur Narayana Bhattathiri, célèbre pour le Narayaniyam, son hymne au Krishna de Guruvayur, avait étudié la grammaire sous Achyuta et épousé sa nièce. Sur l’ordre de Devanarayana, raja de Chempakassery à Ambalappuzha, il écrivit le Prakriyasarvasva, un commentaire complet des règles de Panini classées par sujet.
Hors de portée des Moghols, cours et chefs de guerre réglaient eux-mêmes leurs successions ; sur le Brahmapoutre, l’avance moghole rencontra un royaume capable de riposter.
Une mort à Burhanpur
- 8♜Burhanpur assiégée — 1620 · la coalition de Malik Ambar dans le Dekkan
- 9◆Khadki incendiée — 1621 · la nouvelle capitale de Malik Ambar
- 10♜Chute de Kandahar — juin 1622 · prise par le chah Abbas
- Kandahar, à la Perse en 1622 → La Perse safavide
En bref
La paix ne tint pas dans le Dekkan. En 1620, Malik Ambar ligua les sultanats du Dekkan contre les Moghols, les refoula jusqu’à Burhanpur et y assiégea le gouverneur.8 Khurram fut de nouveau envoyé dans le sud, et cette fois il emmena avec lui, comme prisonnier, son demi-frère Khusrau. Il dégagea Burhanpur, et en 1621 les Moghols incendièrent Khadki,9 la nouvelle capitale que Malik Ambar avait bâtie. En janvier 1622, Khusrau mourut à Burhanpur, sous la garde de Khurram. Khurram annonça une mort naturelle ; les chroniqueurs du temps affirmèrent qu’il l’avait fait étrangler. À la cour, le terrain se dérobait. En 1621, Nur Jahan avait marié sa fille au fils cadet de Jahangir, Shahryar. En 1622, le chah Abbas de Perse mit le siège devant Kandahar, la forteresse de l’empire sur la route de la Perse. Jahangir ordonna à Khurram de remonter vers le nord pour la secourir. Khurram refusa de quitter le Dekkan, et en juin Kandahar tomba.10
La chaîne, période par période
L’accord de 1617 avait laissé debout Malik Ambar et le royaume Nizam Shahi, et en 1620 Khurram fut de nouveau envoyé dans le sud. Cette fois, Jahangir lui confia la garde de son demi-frère aveuglé, Khusrau, qui partit vers le sud comme son prisonnier. Khurram dégagea Burhanpur et contraignit les États du Dekkan à traiter en 1621.
Depuis qu’on lui avait crevé les yeux, Khusrau était passé d’un geôlier à l’autre, et Nur Jahan lui avait un jour offert sa fille en mariage ; il avait refusé. En janvier 1622, il mourut à Burhanpur, sous la garde de Khurram. Khurram annonça une mort naturelle ; les chroniqueurs du temps affirmèrent qu’il l’avait fait étrangler.
Malik Ambar conclut la paix de 1617, puis la rompit. En 1620, il conduisit les États du Dekkan contre les Moghols, les refoula jusqu’à Burhanpur et y assiégea le gouverneur. La contre-attaque de Khurram en 1621 incendia Khadki, la capitale qu’Ambar avait fondée en 1610, et imposa un nouveau traité, mais la puissance d’Ambar y survécut.
Jahangir collectionnait les créatures rares et voulait qu’on les représente. Son peintre Ustad Mansur, un maître depuis les dernières années d’Akbar, peignit le dindon apporté de Goa en 1612 et le faucon de Barbarie envoyé par le chah Abbas en 1619, parmi bien d’autres oiseaux, animaux et plantes. L’empereur lui donna le titre de Nadir al-Asr, Merveille du siècle.
Abu’l-Hasan, fils du peintre persan Aqa Riza, avait grandi dans la maison de Salim à Allahabad. En 1618, Jahangir le nomma Nadir al-Zaman, Merveille de l’époque, pour le frontispice de ses mémoires. Ses allégories montraient Jahangir nimbé d’or tenant le globe, ou étreignant un chah Abbas plus petit que lui.
Talib Amuli, poète originaire d’Amol, dans le Mazandéran, vint en Inde et servit le gouverneur de Kandahar avant qu’Itimad al-Dawla, le père de Nur Jahan, ne le prenne sous sa protection et ne le fasse connaître de Jahangir en 1616. En 1619, Jahangir fit de lui son roi des poètes, titre qu’il garda jusqu’à sa mort en 1627.
Le cheikh Ahmad Sirhindi, un maître naqshbandi dont les nombreuses lettres pressaient les nobles de rétablir une stricte observance, inquiéta Jahangir par ses prétentions et le nombre de ses disciples. Convoqué en 1619, il fut enfermé au fort de Gwalior pendant environ un an ; une fois libéré, il suivit le camp impérial jusqu’à sa mort en 1624.
La gloire de Khurram, et la mort de Khusrau sous sa garde, firent de lui l’héritier évident et donnèrent à ses rivaux de la cour des raisons de le craindre.
Le prince rebelle
- 11⚔Bilochpur — 1623 · Khurram tenu en échec près de Delhi
- 12⚔Rajmahal — avr. 1624 · le frère de Nur Jahan tué
- 13⚔Bhatvadi — 1624 · Malik Ambar met en déroute Moghols et Bijapuris
En bref
Khurram se révolta. En 1623, il marcha sur Agra, fut tenu en échec près de Delhi11 et dut se replier. Le général de son père, Mahabat Khan, le traqua pendant trois ans : vers le sud dans le Dekkan, vers l’est à travers les terres de Golconde et l’Orissa, puis jusqu’au Bengale. Là, à Rajmahal, en 1624, les hommes de Khurram tuèrent le gouverneur du Bengale,12 le frère de Nur Jahan. Pendant ce temps, Malik Ambar continuait la lutte. En 1624, à Bhatvadi, près d’Ahmadnagar, il rompit une digue13 pour inonder le terrain et mit en déroute une armée moghole et bijapurie. L’un de ses commandants ce jour-là était un officier marathe, Shahji Bhonsle. Khurram, refoulé dans le Dekkan, finit par implorer le pardon de son père. Il lui en coûta deux forteresses et deux de ses fils, Dara Shikoh et Aurangzeb, envoyés en otages à la cour de Lahore. En mai 1626, Malik Ambar mourut, à près de quatre-vingts ans, et son royaume tenait toujours.
La chaîne, période par période
À mesure que la santé de Jahangir déclinait, Nur Jahan se ménagea un second chemin vers le trône. Éconduite par Khusrau, elle maria en 1621 sa fille Ladli au fils cadet de Jahangir, Shahryar. L’impératrice qui avait élevé Khurram avait désormais un gendre à elle.
Ladli Begum, fille unique de Nur Jahan, née en 1605 de son premier mari, épousa le prince Shahryar en 1621. Ce mariage plaçait la propre fille de l’impératrice auprès d’un héritier possible, alors que sa nièce était l’épouse de Khurram. Après 1628, Ladli, veuve, vécut avec sa mère à Lahore.
Shahryar, né en 1605, devait à Nur Jahan tout ce qu’il avait de pouvoir, et par ce mariage le parti de l’impératrice devint le sien. Khurram, qui faisait campagne dans le Dekkan, vit la faveur de l’impératrice passer à un frère plus jeune.
Jahangir ordonna à Khurram de remonter vers le nord pour secourir Kandahar. Khurram craignait qu’en quittant son armée et sa province il ne livre la cour à Shahryar ; il posa des conditions et refusa de marcher, et Kandahar tomba. En 1623, il se révolta, marcha sur Agra et fut tenu en échec à Bilochpur, près de Delhi.
Mahabat Khan, investi du commandement réel sous l’autorité nominale du prince Parviz, poursuivit Khurram pendant trois ans : dans le Dekkan, vers l’est à travers les terres de Golconde et l’Orissa, puis jusqu’au Bengale. Quand Khurram demanda enfin son pardon en 1626, en cédant deux forteresses et en envoyant deux fils en otages, Mahabat était le général le plus puissant de l’empire.
Ibrahim Khan, frère de Nur Jahan, gouvernait le Bengale depuis 1617. Quand Khurram fit irruption au Bengale en 1624, Ibrahim le combattit et fut tué près de Rajmahal en avril. La querelle de famille de la cour était devenue une guerre où le frère de l’impératrice mourait en combattant son ancien allié.
Parviz, le deuxième fils de Jahangir, n’avait longtemps exercé que des commandements de pure forme ; mener la poursuite faisait de lui un héritier possible, mais l’armée était celle de Mahabat. Nur Jahan entreprit de les séparer : elle envoya Khan Jahan Lodi remplacer Mahabat aux côtés de Parviz et affecta Mahabat au Bengale. Mahabat refusa de partir.
En 1622, le chah Abbas de Perse mit le siège devant Kandahar, la forteresse de la route de l’Inde vers la Perse, moghole depuis 1595. Elle tomba en juin. Cette perte fit d’une question de défense des frontières une crise de succession.
Karan Singh du Mewar resta fidèle à Khurram. Après l’échec de Bilochpur, le prince se replia sur Mandu et demanda asile au rana, et Karan le logea à Udaipur, finalement dans le palais insulaire de Jag Mandir. Des Rajputs combattaient dans l’armée de Khurram comme contre elle.
Le raja Gaj Singh du Marwar, cousin de Khurram par la mère rathore du prince, reçut en mai 1623 l’ordre de rejoindre Mahabat et Parviz contre lui. Il se tint en retrait jusqu’à ce que, lors d’une bataille en octobre 1624, une raillerie de Bhim Sisodia, l’allié rajput de Khurram, l’entraîne dans la mêlée, et les rebelles furent mis en déroute.
Ibrahim Adil Shah II s’était retourné contre Ahmadnagar après que Malik Ambar eut assiégé Bijapur même. Il acheta l’aide du vice-roi moghol pour 200 000 huns et lança contre Ambar une armée conjointe moghole et bijapurie, commandée par son général Mulla Muhammad Lari.
La guerre civile moghole laissa le champ libre à Malik Ambar. Pendant la mousson de 1624, près de Bhatvadi, alors que l’armée alliée campait de l’autre côté de la rivière, il rompit une digue pour inonder la plaine, puis tomba sur eux sous la pluie et les mit en déroute ; Mulla Muhammad fut tué. Parmi les commandants d’Ambar ce jour-là se trouvait un jeune officier marathe, Shahji Bhonsle.
Shahji Bhonsle, fils d’un commandant marathe au service des Nizam Shahi et époux de Jijabai, fille du grand noble Lakhuji Jadhav, était passé aux Moghols avant Bhatvadi et revint à temps pour combattre aux côtés d’Ambar. En 1625, il était sar-lashkar, un général de premier rang, mais cette année-là une querelle avec un cousin le fit passer au service de Bijapur.
Khurram perdit sa guerre mais garda la vie ; le général qui l’avait battu devint le danger suivant, et Malik Ambar restait invaincu.
Le coup de force du Jhelum
- 14⚑Le coup de force de Mahabat Khan — mars 1626 · l’empereur capturé
- 15⚔Shahryar vaincu — 1627–1628 · devant Lahore
- 16♛Shah Jahan couronné — févr. 1628 · Agra
En bref
Le général qui avait battu Khurram faisait maintenant peur à la cour. Nur Jahan et Asaf Khan voulurent l’abattre, et en mars 1626 Mahabat Khan frappa le premier. Avec cinq mille cavaliers rajputs, il s’empara de l’empereur dans son camp sur le Jhelum.14 Nur Jahan mena du haut d’un éléphant une attaque pour le délivrer, échoua, et rejoignit son mari en captivité. En quelques mois, le couple lui échappa, et Mahabat Khan s’enfuit vers le sud, auprès de Khurram. En octobre 1627, Jahangir mourut près de Bhimber, sur la route qui redescend du Cachemire. Nur Jahan soutint son gendre Shahryar, qui s’empara du trésor à Lahore. Asaf Khan soutint son propre gendre, Khurram. Il plaça sur le trône un empereur provisoire, le fils de Khusrau, battit Shahryar devant Lahore et, sur l’ordre de Khurram,15 fit mettre à mort les princes rivaux. En février 1628, Khurram fut couronné à Agra sous le nom de Shah Jahan.16
La chaîne, période par période
Convoqué à la cour pour rendre des comptes, Mahabat Khan vint avec 5 000 cavaliers rajputs, et en mars 1626 il s’empara de Jahangir dans son camp sur le Jhelum. Il garda l’empereur quelque trois mois. Quand l’empereur lui échappa, il s’enfuit vers le sud et finit par rejoindre Khurram, le prince qu’il avait traqué.
Nur Jahan mena du haut d’un éléphant une attaque de l’autre côté de la rivière pour délivrer son mari. Elle échoua et rejoignit Jahangir en captivité. De l’intérieur même du camp de Mahabat, elle organisa leur évasion et leva de nouvelles troupes, et en quelques mois le coup de force prit fin.
Parviz, gravement malade toute l’année, mourut à Burhanpur en octobre 1626, à trente-six ans. Avec lui disparaissait le prince dont les prétentions reposaient sur l’armée de Mahabat, et Mahabat se tourna ensuite vers Khurram.
Malik Ambar mourut le 14 mai 1626, vers soixante-dix-huit ans, et le royaume Nizam Shahi tenait encore après un quart de siècle de guerre. Il avait formé son fils aîné pour lui succéder.
Fath Khan, le fils d’Ambar, fut fait peshwa par Burhan Nizam Shah III, mais les nobles dakhnis et éthiopiens lui en voulaient et certains passèrent aux Moghols. En quelques années, son empressement à traiter avec les Moghols alarma la cour, et Burhan et le noble Hamid Khan le firent emprisonner, d’abord à Junnar, puis à Daulatabad.
À Golconde, le sultan Muhammad Qutb Shah mourut en février 1626, peu après son vieux ministre Mir Muhammad Mu’min. Son fils Abdullah, né en 1614, était un enfant.
Hayat Bakhshi fit aussitôt couronner Abdullah et gouverna comme régente pendant ses premières années ; sous le nom de Ma Saheba, la reine mère, elle garda une voix forte dans l’État jusqu’à sa mort en 1667. Le mariage qui avait fait passer la couronne de Muhammad Quli à son neveu la faisait maintenant passer à leur fils.
Abdullah Qutb Shah allait régner quarante-six ans. Sa première tâche, qui était aussi celle de sa mère, fut de tenir les Moghols à distance ; la maison royale de Golconde resta unie pendant que le ministère d’Ahmadnagar se déchirait.
À la fin de 1626, le coup de force avait échoué et Parviz était mort ; Ahmadnagar était gouvernée par le fils d’un ministre, et Golconde par une reine mère.
Jahangir mourut près de Bhimber le 28 octobre 1627, sur la route qui redescend du Cachemire, sans avoir désigné d’héritier. Khurram était loin, dans le Dekkan ; Shahryar était à Lahore. Celui qui tiendrait la cour et le trésor dans les premières semaines déciderait du trône.
Soutenu par Nur Jahan, Shahryar prit le trône à Lahore, s’empara du trésor et distribua plus de sept millions de roupies (soixante-dix lakhs) pour acheter les nobles ; Baisunghar, le fils de Daniyal, se rallia à lui. Son armée rencontra celle d’Asaf Khan devant Lahore et fut battue. Il s’enfuit dans le fort, fut livré le lendemain matin et eut les yeux crevés quelques jours plus tard.
Asaf Khan fit garder sa sœur et travailla pour Khurram. Pour donner un souverain à son parti pendant que Khurram remontait en hâte vers le nord, il tira de sa captivité Dawar Bakhsh, le fils de Khusrau, et le proclama empereur, puis battit Shahryar près de Lahore.
Dawar Bakhsh, âgé d’une vingtaine d’années, régna quelques semaines. Une fois Khurram proclamé à Lahore à la fin de décembre 1627, on n’avait plus besoin de lui : le 23 janvier 1628, sur l’ordre de Khurram, il fut mis à mort avec son frère, Shahryar et les deux fils de Daniyal. Le bruit courut longtemps que Dawar s’était échappé en Perse.
Khurram fut couronné à Agra le 14 février 1628 sous le nom de Shah Jahan. Asaf Khan devint son premier ministre et garda la charge jusqu’à sa mort en 1641. Nur Jahan passa le reste de sa vie, jusqu’en 1645, en résidence surveillée à Lahore avec Ladli.
Ibrahim Adil Shah II mourut en septembre 1627 après quarante-sept ans sur le trône de Bijapur. Tolérant envers des hindous comme Shahji, il avait traité Ahmadnagar en État tampon face aux Moghols, même quand il la combattait.
Son fils Muhammad Adil Shah fut porté au trône à quinze ans, aux dépens d’un frère aîné. À sa cour, une faction favorable à l’alliance avec les Moghols contre Ahmadnagar se renforça, et Shahji, au service de Bijapur depuis 1625, retourna à Ahmadnagar au début de 1628.
Shah Jahan parvint au trône sur les corps d’un frère, de deux cousins et de deux neveux ; le pouvoir de Nur Jahan prit fin, et Asaf Khan dirigea le gouvernement.
Les derniers Nizam Shahi
- 17⌂Le Taj Mahal — son tombeau à Agra
- 18†Fath Khan tue son sultan — v. 1631–1632
- 19♜Chute de Daulatabad — juin 1633 · le dernier Nizam Shah capturé
En bref
La première guerre de Shah Jahan eut lieu dans le Dekkan. En octobre 1629, le général Khan Jahan Lodi s’enfuit de la cour et se réfugia auprès du sultan Nizam Shahi. Shah Jahan transporta sa cour à Burhanpur et envoya trois armées vers le sud. Lodi fut traqué et tué en 1631. Les combats continuèrent au milieu d’une terrible famine. Mumtaz Mahal avait suivi son mari à Burhanpur, et elle y mourut en juin 1631, en mettant au monde son quatorzième enfant. Il lui fit bâtir un tombeau à Agra : le Taj Mahal.17 À Ahmadnagar, Fath Khan, le fils de Malik Ambar, tua son sultan18 pour faire la paix avec les Moghols, puis changea de nouveau de camp. En juin 1633, Mahabat Khan prit la forteresse de Daulatabad, et le dernier Nizam Shah fut emprisonné.19 Shahji Bhonsle couronna un autre enfant de la lignée et poursuivit la lutte depuis les collines. En 1636, Shah Jahan descendit vers le sud pour en finir.
La chaîne, période par période
Jujhar Singh avait succédé à son père Bir Singh Deo à Orchha, héritier de la richesse et de la faveur que Bir Singh avait obtenues de Jahangir. Shah Jahan l’honora, puis fit examiner ses comptes de revenus. Pris de peur, Jujhar s’enfuit d’Agra à Orchha ; Mahabat Khan le ramena à la cour, et il fut pardonné et envoyé servir dans le Dekkan.
Au Mewar, Karan Singh mourut en 1628 et son fils Jagat Singh devint rana. Il hérita de l’accord de 1615 et d’un royaume qui avait perdu des districts au profit de chefs qui les tenaient directement de l’empereur, et il entreprit de les reprendre par la force.
Jai Singh, le jeune raja kachhwaha d’Amber, avait commencé à servir dans le Dekkan sous Khan Jahan Lodi. Quand Lodi se révolta, Jai Singh chevaucha avec l’armée qui traquait son ancien chef et combattit à Bir en 1630. Plus tard, Shah Jahan lui donna le titre de Mirza Raja, que Man Singh avait porté avant lui.
Khan Jahan Lodi, le noble afghan qui s’était élevé le plus haut sous Jahangir, avait refusé de soutenir Khurram en 1627 et, comme gouverneur du Dekkan, avait vendu le Balaghat au Nizam Shah pour 300 000 huns. Shah Jahan le garda huit mois sous surveillance à la cour. En octobre 1629, il s’enfuit vers le sud, et Jujhar Singh l’aida à passer.
L’asile accordé à un général rebelle était un défi que Shah Jahan ne pouvait ignorer. Il transporta sa cour à Burhanpur et envoya trois armées, quelque 50 000 hommes, contre Lodi et le Nizam Shah qui l’abritait. Les campagnes se heurtèrent à la famine qui frappa le Dekkan, le Gujarat et le Khandesh en 1630–1632.
Burhan Nizam Shah III, qui gouvernait par lui-même depuis la mort de Malik Ambar, accueillit Lodi et lui confia le commandement de ses armées. Il se fiait à peu de ses propres nobles. En 1629, il fit tuer à Daulatabad le magnat marathe Lakhuji Jadhav, avec des fils et un petit-fils, qu’il soupçonnait de traiter avec les Moghols.
Lakhuji Jadhav Rao de Sindkhed, l’un des grands nobles marathes de l’État Nizam Shahi, avait oscillé entre le service d’Ahmadnagar et celui des Moghols. Il fut assassiné à Daulatabad sur l’ordre de Burhan, avec des fils et un petit-fils ; la chronologie familiale date le meurtre du 25 juillet 1629, d’autres récits de 1630.
La fille de Lakhuji, Jijabai, née en 1598, avait été mariée jeune à Shahji Bhonsle. Le meurtre de son père mit en danger la famille de son mari. En février 1630, dans le fort de montagne de Shivneri, près de Junnar, elle donna naissance à un fils, Shivaji.
La famille de sa femme ayant été tuée sur l’ordre du Nizam Shah, Shahji passa aux Moghols en 1630 avec 2 000 cavaliers. Ceux-ci l’envoyèrent occuper Junnar et Sangamner et lui donnèrent ces districts en domaine. C’était un commandant important, rien de plus ; il n’existait aucun royaume marathe.
Le nouveau règne s’ouvrit sur un rebelle à capturer et une guerre à mener dans le Dekkan, au moment même où la famine s’abattait sur le pays.
Battu en 1630, Lodi tenta de percer vers le Pendjab. Ses compagnons tombèrent un à un, et le 1er février 1631 un officier rajput, Madho Singh, l’accula et le tua en Inde centrale. Sa tête fut envoyée à Shah Jahan à Burhanpur.
Mumtaz Mahal avait suivi Shah Jahan à Burhanpur. Le 7 juin 1631, après trente heures de travail, elle y mourut en mettant au monde son quatorzième enfant. L’empereur, accablé de chagrin, résolut de lui bâtir un tombeau à Agra.
Jahanara, dix-sept ans, reçut le sceau de sa mère et le titre de Padshah Begum, première dame de l’empire, de préférence aux autres épouses de son père. Elle dirigea la maison impériale, devint riche par elle-même et fut le plus ferme soutien de son frère Dara Shikoh.
Ustad Ahmad Lahori, d’une famille d’architectes timourides de Hérat, devint l’architecte en chef de Shah Jahan. On lui attribue le Fort rouge de Delhi, et il a peut-être conçu le Taj Mahal, avec Mir Abd al-Karim et Makramat Khan ; le tombeau fut l’œuvre de tout un atelier impérial. Il mourut en 1649.
Burhan, qui perdait ses nobles au profit des Moghols, libéra Fath Khan le 18 janvier 1631 et lui rendit sa charge. Fath Khan fit tuer son rival Hamid Khan, déclara le sultan fou et l’enferma, puis ouvrit des pourparlers avec Shah Jahan.
Pour prouver sa bonne foi, Fath Khan fit mettre à mort Burhan, en 1631 ou 1632, et couronna le fils du sultan, âgé de dix ans, sous le nom de Husain Nizam Shah III ; la monnaie fut frappée et la prière du vendredi dite au nom de Shah Jahan. En récompense, il reçut des domaines qui avaient été ceux de Shahji. Satisfait, Shah Jahan repartit vers le nord en 1632.
Bijapur voulait les terres Nizam Shahi pour elle-même. En 1633, son général Randaula Khan, un commandant d’ascendance africaine qui tenait le sud du Konkan en fief familial, persuada Fath Khan, contre une somme d’argent, de défier les Moghols, puis harcela avec Shahji les assiégeants de Daulatabad.
Mahabat Khan, devenu Khan-i Khanan et gouverneur du Dekkan, assiégea Daulatabad à partir de mars 1633 et la prit en juin. Le sultan enfant Husain fut envoyé au fort de Gwalior, où Bahadur Nizam Shah était toujours détenu ; Fath Khan se soumit, fut pardonné et pensionné.
Quand les Moghols donnèrent à Fath Khan les domaines de Shahji en 1632, Shahji quitta leur service, lança des raids autour de Pune et repassa au service de Bijapur. En 1633, il combattit aux côtés de Randaula Khan pour sauver Daulatabad, et échoua.
La capitale d’Ahmadnagar tomba en 1633 ; la mort de l’impératrice laissa à l’empereur un tombeau à bâtir et une fille à la tête de sa maison.
Après la chute de Daulatabad, Shahji plaça sur le trône un enfant de dix ans de la lignée royale sous le nom de Murtaza Nizam Shah III, et se fit lui-même premier ministre. En un an, son armée tint Junnar et une grande partie du nord du Konkan, et en 1634 il lançait des raids autour de Daulatabad, devenue moghole. Il entretenait jusqu’à 10 000 hommes dans un pays ravagé par la guerre et la famine.
Bijapur, qui craignait les Moghols plus que les Nizam Shahi, le soutint. Son commandant Murar Jagdev fit campagne avec Shahji dans le pays de Pune et bâtit en 1634 le fort de Daulatmangal sur la colline de Bhuleshwar. Cette année-là, les commandants de Bijapur et Shahji tinrent en échec un siège moghol de quatre mois devant Paranda.
Muhammad Adil Shah envoya d’abord des troupes pour maintenir Ahmadnagar en vie comme État tampon. Sa cour était divisée : Khawas Khan menait ceux qui redoutaient l’expansion moghole, Mustafa Khan ceux qui voulaient s’entendre avec Shah Jahan.
Khawas Khan tint le pouvoir pendant les années de guerre de Bijapur et en écarta Mustafa Khan. À la fin de 1635 ou au début de 1636, une révolution de palais le renversa, et Randaula Khan conduisit les hommes qui le tuèrent.
Khadija Sultana, fille du sultan Muhammad Qutb Shah de Golconde, avait épousé Muhammad Adil Shah en 1633 et était devenue son épouse principale, la Bari Sahiba. Elle joua un rôle clé dans la révolution de palais contre Khawas Khan, et vingt ans plus tard elle allait gouverner Bijapur comme régente.
Khawas Khan mort, Mustafa Khan devint le premier noble de Bijapur, et la politique changea de cap. En 1636, Bijapur reconnut Shah Jahan pour suzerain et accepta d’aider à soumettre Shahji, ou de le prendre à son propre service loin de la frontière moghole.
Randaula Khan, qui avait combattu aux côtés de Shahji à Daulatabad, se joignit alors au général moghol Khan Zaman, le fils de Mahabat Khan, pour l’assiéger à Mahuli. En octobre 1636, Shahji rendit Mahuli et Junnar, livra son roi enfant et retourna au service de Bijapur.
Golconde, face à trois armées mogholes, se soumit en avril 1636 : Abdullah Qutb Shah reconnut Shah Jahan pour suzerain et accepta de payer tribut. Ce qui restait d’Ahmadnagar fut partagé ; Bijapur prit Pune, Chakan et le Konkan Nizam Shahi, et les Moghols prirent le reste.
Revenu à Orchha, Jujhar Singh attaqua en 1634 le royaume gond de Garha, prit sa place forte de Chauragarh et tua son raja, Prem Narain. Shah Jahan réclama les terres conquises et le trésor ; Jujhar refusa.
Aurangzeb, seize ans, reçut le commandement nominal de l’armée envoyée contre Orchha, tandis que des généraux aguerris menaient les combats. Orchha tomba en octobre 1635, et Jujhar et son fils, fuyant vers le sud, furent tués par des Gonds en décembre. Le 14 juillet 1636, Aurangzeb fut nommé vice-roi du Dekkan.
Les Bundela ne se soumirent pas tous. Champat Rai de Mahoba couronna le fils en bas âge de Jujhar et razzia les terres d’Orchha ; l’enfant fut capturé et envoyé à Gwalior, mais Champat Rai, puis son fils Chhatrasal, poursuivirent leurs guerres jusqu’à la fin du siècle.
Les accords de 1636 mirent fin à Ahmadnagar, firent de Bijapur et de Golconde des tributaires et tournèrent leurs armées vers le sud.
L’héritier et son frère
- 20✒Golconde se soumet — avr. 1636 · Shah Jahan devient son suzerain
- 21♜Kandahar de nouveau perdue — févr. 1649 · la Perse la reprend · moghole depuis 1638
- 22♜Les sièges d’Aurangzeb — 1649 et 1652 · deux échecs
- 23♜Le siège de Dara — 1653 · échec
- Pune et la côte, à Bijapur en 1636 (schématique) → Bijapur (les Adil Shahi)
En bref
Avec trois armées mogholes à ses frontières, Golconde se soumit20 en avril 1636 et reconnut Shah Jahan pour suzerain. Le sultan de Bijapur, Muhammad Adil Shah, le reconnut lui aussi et fit la paix. Ce qui restait d’Ahmadnagar fut partagé. Bijapur prit Pune et la côte ; le reste alla aux Moghols. Shahji livra son roi enfant et passa au service de Bijapur, en gardant ses domaines de Pune, où vivaient sa femme et son jeune fils Shivaji. Shah Jahan nomma son troisième fils, Aurangzeb, vice-roi du Dekkan. L’aîné, Dara Shikoh, resta à ses côtés comme héritier, et leur sœur Jahanara, première dame de la cour depuis la mort de leur mère, prit le parti de Dara. En 1649, la Perse reprit Kandahar ;21 son gouverneur persan l’avait livrée à Shah Jahan en 1638. Aurangzeb l’assiégea deux fois et échoua.22 En 1653, Dara tenta à son tour, et échoua lui aussi.23
La chaîne, période par période
La paix revenue au nord, Bijapur se tourna vers le sud. À partir de 1638, Randaula Khan, devenu commandant en chef, envahit les terres nayaks du Mysore et au-delà, avec Shahji pour commandant subordonné, et en décembre 1638 ils prirent Bangalore. Randaula mourut en 1643.
Golconde se tourna elle aussi vers le sud. Mir Jumla, un commis persan devenu marchand de diamants, entra en 1637 au service d’Abdullah Qutb Shah et s’éleva jusqu’à devenir son premier ministre. Il conquit pour Golconde l’est du Karnataka, et en 1646 il envahit le royaume de Chandragiri, prenant Udayagiri et Chengalpattu ; en avril 1647, son roi offrait tribut.
Interdit de séjour dans le pays de Pune par le traité de 1636, Shahji passa ses vingt dernières années dans le sud. Bangalore devint son domaine, et de là il gouverna ses possessions du Karnataka presque en prince, tandis que Dadoji Kondadev gérait son domaine de Pune au nom du jeune Shivaji.
Venkata III régnait depuis 1632 sur ce qui restait de Vijayanagar. Il dut acheter le départ d’une armée bijapurie en 1638, et en 1642 les armées de Golconde étaient sur la côte. Il mourut le 10 octobre 1642, fugitif dans les forêts près de Chittoor.
Damarla Venkatadri Nayaka appartenait à une famille velama dont les membres gouvernaient pour le roi la côte de Pulicat à San Thomé. En août 1639, il concéda à la Compagnie anglaise des Indes orientales le village de Madraspatnam, avec le droit d’y bâtir un fort et d’y administrer ses propres affaires.
Francis Day, chef du comptoir de la Compagnie à Armagon, avait exploré la côte en 1637 et négocia la concession. Avec son supérieur Andrew Cogan, il commença l’établissement de Madras ; son fort, nommé d’après saint George, fut achevé en 1644.
Sriranga III, neveu de Venkata, avait combattu pour lui contre un prétendant rival, puis s’était joint en 1638 à l’invasion bijapurie dirigée contre lui. À la mort de Venkata en 1642, il quitta l’armée de Bijapur et se fit roi à Vellore, mais les nayaks lui en voulaient et lui refusèrent l’assentiment dont il avait besoin pour être couronné.
Tirumala Nayak de Madurai se joignit en 1645 aux nayaks de Thanjavur et de Gingee dans une ligue contre Sriranga et pressa Golconde d’envahir le pays. Quand Thanjavur prit le parti de Golconde, il appela Bijapur, et les deux sultanats convinrent de se partager le sud. En 1648, Bijapur avait conquis Gingee, et Sriranga se retrouvait sans royaume.
En Assam, Momai Tamuli, que Pratap Singha avait élevé de jardinier royal à la charge de borbarua, un nouveau premier ministre, avait réorganisé la corvée ahom. En novembre 1638, il battit une armée moghole et koch à Duimunisila, et en février 1639 il signa avec le faujdar moghol Allah Yar Khan le traité d’Asurar Ali, qui fixait la frontière à la rivière Barnadi.
Ali Mardan Khan, le gouverneur safavide de Kandahar, craignant les purges du chah Safi, livra la forteresse à Shah Jahan en 1638. Il fut reçu avec les plus grands honneurs, gouverna le Cachemire, le Pendjab et Kaboul, et fit creuser le canal qui amenait l’eau de la Ravi au jardin de Shalimar à Lahore. Il mourut en 1657.
Dara Shikoh, le fils aîné de Shah Jahan, fut désigné héritier en 1633 et gardé aux côtés de son père, dont il était le favori comme il était celui de Jahanara. Il rechercha le saint qadiri Mian Mir de Lahore, et après la mort de Mian Mir en 1635 il trouva un maître en son successeur.
Mulla Shah Badakhshi, successeur de Mian Mir dans l’ordre qadiri, prit Dara pour disciple vers 1640 et initia Jahanara en 1641 ; il l’aurait désignée pour lui succéder si l’ordre l’avait permis. Dara parla de lui dans ses vies de saints et lui fit bâtir une mosquée à Srinagar.
Sa’dullah Khan, un lettré pendjabi qui avait enseigné à Lahore et été le précepteur des enfants d’Asaf Khan, entra au service impérial en 1641 et fut nommé grand vizir en 1645. Il dirigeait les finances et la correspondance de l’empire, et détenait le rang le plus élevé de tous les hommes hors de la famille royale.
Shah Jahan voulait que l’histoire de son règne soit écrite à la manière de l’Akbarnama d’Abu’l-Fazl. En 1642, sur la recommandation de Sa’dullah Khan, il fit sortir de sa retraite à Patna Abd al-Hamid Lahori. Le Padshahnama de Lahori, fondé sur une première version de Muhammad Amin Qazvini, couvrit deux décennies du règne avant que la vieillesse ne l’arrête ; il mourut en 1654.
Chandrabhan Brahman, brahmane de Lahore et fin poète de langue persane, servit Shah Jahan comme secrétaire et tint le journal de l’empereur. Son Chahar Chaman décrit la vie quotidienne de la cour, les provinces et sa propre carrière ; ses lettres s’adressaient à la famille royale, aux nobles, aux poètes et aux soufis.
À Bénarès, Munisvara, issu d’une famille d’astronomes, écrivit en 1646 le Siddhanta-sarvabhauma sous le patronage de Shah Jahan. Il suivait Bhaskara, l’astronome du XIIe siècle, et refusait d’emprunter les méthodes arabes de trigonométrie sphérique.
Hargobind mourut à Kiratpur en 1644, après avoir choisi pour septième guru son petit-fils Har Rai, alors âgé de quatorze ans, de préférence au frère aîné de l’enfant. Har Rai garda une suite armée mais évita la guerre avec les Moghols.
Vijayanagar fut brisé entre les deux sultanats ; à la cour de Shah Jahan, Dara et Jahanara formèrent leur propre cercle.
Nadr Muhammad, le khan ouzbek de Boukhara et de Balkh, fut déposé en 1645 par des nobles qui mirent son fils à sa place. Il fit appel à Shah Jahan, qui vit là sa chance et envoya une armée à Balkh en 1646.
Abd al-Aziz Khan, proclamé khan de Boukhara en 1645, refusa de laisser Balkh aux Moghols. En 1647, ses Ouzbeks attaquèrent les garnisons mogholes, et après de durs combats les envahisseurs abandonnèrent la province.
Le chah Abbas II de Perse reprit Kandahar en février 1649. Shah Jahan envoya Aurangzeb la reconquérir en 1649, puis de nouveau en 1652, et Dara Shikoh en 1653 ; les trois sièges échouèrent faute d’artillerie lourde et de bons artilleurs, et Kandahar resta persane.
Murad Bakhsh, le fils cadet de Shah Jahan, mena l’armée à Balkh en 1646. Il se montra inférieur à sa tâche et fut relevé de son commandement ; le grand vizir Sa’dullah Khan alla organiser le gouvernement de la province et le fit en vingt-deux jours.
Aurangzeb, démis de la vice-royauté du Dekkan en 1644, puis gouverneur du Gujarat, fut envoyé à Balkh en 1647. Il tint tête aux Ouzbeks, mais le pays ne pouvait nourrir son armée, et à l’approche de l’hiver les Moghols conclurent un mauvais accord et regagnèrent Kaboul à travers la neige.
Après les deux échecs d’Aurangzeb devant Kandahar, le commandement revint en 1653 à Dara, avec Jai Singh et une grande armée. Son siège échoua de la même façon. Il garda la faveur de son père, mais la rivalité entre les frères avait désormais une dimension militaire.
Jijabai vivait avec Shivaji dans le pays de Pune pendant que Shahji servait dans le sud. Le domaine était tenu au nom de son fils, mais il était géré par l’homme de Shahji, Dadoji Kondadev.
Dadoji Kondadev, un administrateur brahmane originaire des environs de Sindkhed, gérait le domaine de Shahji à Pune et le fort voisin de Kondana, et il soumit les vallées du Maval en gagnant ou en domptant leurs chefs locaux. Sa mort, le 7 mars 1647, laissa le domaine aux mains de Shivaji, âgé de seize ans.
En 1646 ou 1647, alors que le sultan de Bijapur était malade, Shivaji prit le fort de Torna et y trouva un trésor, qui paya un nouveau fort, Rajgad. Dans les deux années suivantes, il y ajouta Purandar, Kondana et Chakan, tous dans les collines autour de Pune.
Au siège de Gingee, en 1648, on découvrit que Shahji traitait avec les nayaks et avec Golconde dans le dos du commandant de Bijapur, Mustafa Khan. Il fut arrêté le 25 juillet et conduit enchaîné à Bijapur ; les chroniques marathes en accusèrent les raids de son fils. Il fut libéré en 1649 après avoir cédé Bangalore et Kondana.
Deux princes échouèrent devant Kandahar et leur rivalité se durcit ; dans les collines au-dessus de Pune, le fils de Shahji bâtissait une puissance à lui.
La rançon des sultans
- 24♜Golconde assiégée — févr.–mars 1656
- 25♜Bidar et Kalyani — mars–août 1657 · prises à Bijapur
- Bidar et Kalyani, prises en 1657 (schématique) → La maison moghole
En bref
En 1653, Aurangzeb était de retour dans le Dekkan, en quête d’un prétexte pour prendre Golconde. Son premier ministre, Mir Jumla, un marchand de diamants persan devenu général, était devenu trop puissant pour son maître et traitait en secret avec les Moghols. En novembre 1655, le sultan Abdullah Qutb Shah fit jeter en prison le fils de Mir Jumla. Aurangzeb frappa aussitôt. En janvier 1656, la cavalerie de son fils entra dans Hyderabad, et Aurangzeb mit le siège devant la forteresse de Golconde.24 Les agents d’Abdullah achetèrent l’appui de Dara et de Jahanara à la cour, et Shah Jahan ordonna de lever le siège. Golconde paya une lourde indemnité, et Mir Jumla partit pour le nord devenir le premier ministre de l’empereur. En novembre de cette année-là, Muhammad Adil Shah de Bijapur mourut. Aurangzeb envahit le royaume de Bijapur avec Mir Jumla à ses côtés, et prit en 1657 Bidar et Kalyani.25 De nouveau, Dara persuada son père d’arrêter la guerre. Shivaji, pendant ce temps, lançait des raids de l’autre côté de la frontière moghole.
La chaîne, période par période
Aurangzeb était de nouveau vice-roi du Dekkan depuis juillet 1652. La province était trop pauvre pour entretenir son armée sans subsides venus d’ailleurs, et il guettait son occasion du côté des riches sultanats de Golconde et de Bijapur.
Dara écrivit sur le soufisme et sur la pensée hindoue. Son Majma al-Bahrayn, La Confluence des deux océans, achevé vers 1655, mettait côte à côte les idées soufies et védantiques ; en 1657, il acheva une traduction persane de cinquante Upanishad, le Sirr-i Akbar, Le Grand Secret.
De retour à Lahore après Kandahar, Dara reçut de Chandrabhan, le secrétaire en chef de Shah Jahan, le conseil de rendre visite à l’ascète hindou Baba Lal. Au fil d’une série d’entretiens, ils parlèrent de la vie ascétique, du lien entre maître et disciple, du culte des idoles et du salut ; Dara écrivit qu’il n’avait jamais vu d’hindou d’une telle élévation spirituelle.
Raj Singh devint rana du Mewar à la mort de son père Jagat Singh en 1652. En 1654, en réponse à ses provocations, Shah Jahan envoya le grand vizir Sa’dullah Khan avec une armée contre Chittor. Quand vint la guerre de succession, Raj Singh resta sourd aux appels de tous les princes qui lui demandaient des troupes.
La famille More tenait Javli, près de Mahabaleshwar, de Bijapur, sous le titre héréditaire de Chandrarao, et commandait les cols qui descendaient du plateau vers le Konkan. Shivaji prit parti dans une querelle de succession chez les More, et la querelle tourna à la guerre.
En 1656, Shivaji assiégea Javli, captura son Chandrarao par traîtrise et le fit mettre à mort, dans des circonstances encore débattues, puis s’empara de la vallée. Un nouveau fort, Pratapgad, fut achevé au-dessus d’elle cette année-là. Javli ouvrait la route du sud et de la côte.
Chaque frère se préparait à l’affrontement à venir, Aurangzeb dans le Dekkan et Dara à la cour, tandis que le pays de collines de Shivaji devenait un État.
Ses conquêtes avaient rendu Mir Jumla plus riche et plus puissant que son maître. Quand il apprit qu’on complotait à la cour pour le saisir et l’aveugler, il ouvrit des pourparlers secrets avec Aurangzeb, et Shah Jahan, sur le conseil d’Aurangzeb, lui offrit sa protection.
Le fils de Mir Jumla, Muhammad Amin, son adjoint à la cour de Golconde, se donnait des airs de prince. En novembre 1655, il vint à la cour ivre et s’endormit sur le tapis même du sultan, et Abdullah Qutb Shah le fit jeter en prison avec sa famille. Aurangzeb tenait son prétexte.
Le fils aîné d’Aurangzeb, Muhammad Sultan, seize ans, mena l’avant-garde dans Hyderabad en janvier 1656, et Aurangzeb assiégea Abdullah dans la forteresse de Golconde. Le règlement donna une épouse au prince : le 13 avril 1656, il épousa par procuration la deuxième fille d’Abdullah.
Hayat Bakhshi Begum se rendit en personne au camp d’Aurangzeb pour plaider la cause de son fils. Elle fit baisser les exigences : Golconde paierait une indemnité, donnerait sa princesse à Muhammad Sultan et lui reviendrait à la mort d’Abdullah. Pendant ce temps, les agents de Golconde gagnèrent Dara et Jahanara, et Shah Jahan ordonna de lever le siège.
Mir Jumla partit pour le nord avec ses richesses et entra au service des Moghols, et en juillet 1656, après la mort de Sa’dullah Khan, Shah Jahan fit de lui son premier ministre. En quelques mois, il était de retour dans le Dekkan aux côtés d’Aurangzeb.
À Bijapur, Muhammad Adil Shah mourut le 4 novembre 1656 après une longue maladie et fut enseveli dans le Gol Gumbaz, le grand tombeau à coupole qu’il s’était fait bâtir.
Ali Adil Shah II fut porté au trône par le premier ministre Khan Muhammad et par la reine, la Bari Sahiba. Le bruit que l’enfant n’était pas le fils de Muhammad Adil Shah fournit son prétexte à Aurangzeb, et Shah Jahan lui laissa les mains libres pour envahir le royaume.
Khadija Sultana, la Bari Sahiba, gouverna Bijapur comme régente de 1656 à 1661. On ne sait pas si Ali était son propre fils. Elle fit de Bijapur l’alliée de la Compagnie néerlandaise et envoya en 1659 des troupes à son attaque contre Goa la portugaise.
En 1657, Aurangzeb et Mir Jumla envahirent le royaume de Bijapur et prirent Bidar et Kalyani. De nouveau, Dara persuada son père d’arrêter la guerre, et Bijapur fit la paix. Shivaji, pendant ce temps, lançait des raids de l’autre côté de la frontière moghole, près de Junnar et d’Ahmadnagar.
À la cour, Dara et Jahanara prirent le parti des sultanats et, par deux fois, persuadèrent Shah Jahan d’arrêter Aurangzeb avant la conquête, d’abord à Golconde en 1656, puis à Bijapur en 1657.
Par deux fois, Shah Jahan, gagné par Dara et Jahanara, arrêta Aurangzeb avant la conquête, et Mir Jumla, désormais ministre de l’empereur, se tint aux côtés d’Aurangzeb.
Quatre frères pour un trône
- 26♛Shuja se couronne — nov. 1657 · Rajmahal
- 27♛Murad se couronne — fin 1657 · Ahmedabad
- 28⚔Bahadurpur — févr. 1658 · Shuja mis en déroute près de Bénarès
- 29⚔Dharmat — avr. 1658 · l’armée impériale écrasée
- 30⚔Samugarh — 29 mai 1658 · Dara défait
- 31♜Le fort d’Agra se rend — juin 1658 · Shah Jahan prisonnier
- 32♛Alamgir couronné — juil. 1658 · Delhi
En bref
En septembre 1657, Shah Jahan tomba gravement malade à Delhi, et Dara prit en main le gouvernement. Ses trois frères se mirent chacun en mouvement pour revendiquer le trône. Shah Shuja se couronna à Rajmahal,26 sa capitale du Bengale. Murad Bakhsh se couronna au Gujarat27 et conclut avec Aurangzeb un pacte pour se partager l’empire. Dara envoya des armées contre eux tous. En février 1658, l’armée de son fils, avec le raja Jai Singh d’Amber, mit Shuja en déroute près de Bénarès.28 Mais en avril, Aurangzeb et Murad écrasèrent l’armée impériale de Jaswant Singh du Marwar à Dharmat, près d’Ujjain.29 Le 29 mai, ils affrontèrent Dara lui-même à Samugarh, aux portes d’Agra, et défirent son armée. Dara s’enfuit vers le nord.30 Aurangzeb assiégea son père dans le fort d’Agra et lui coupa l’eau ; en juin, Shah Jahan se rendit,31 et il ne quitta plus jamais le fort. Jahanara resta auprès de lui. Quelques semaines plus tard, Aurangzeb fit saisir Murad sous sa tente près de Mathura, et en juillet il se couronna à Delhi sous le nom d’Alamgir.32
La chaîne, période par période
En septembre 1657, Shah Jahan tomba gravement malade à Delhi. Dara prit en main le gouvernement et contrôla l’accès à son père. Shah Jahan se rétablit, mais ses autres fils avaient déjà pris les armes.
Jahanara se rangea du côté de Dara, l’héritier choisi par son père, et resta auprès de l’empereur pendant sa maladie. En 1644, elle avait plaidé la cause d’Aurangzeb et lui avait fait rendre son rang ; elle était désormais l’âme du parti de Dara au palais.
Sa sœur cadette, Roshanara, se rangea du côté d’Aurangzeb. Quand il l’emporta, elle devint Padshah Begum à la place de Jahanara, et en 1659 elle allait réclamer la mort de Dara.
Shah Shuja, gouverneur du Bengale depuis 1641, se couronna à Rajmahal, sa capitale provinciale, en novembre 1657, et remonta le Gange vers l’ouest avec derrière lui les revenus et l’armée du Bengale.
Dara envoya une armée vers l’est sous les ordres de son propre fils, Sulaiman Shikoh, vingt-deux ans, avec le Mirza Raja Jai Singh d’Amber pour tuteur du jeune prince et le général afghan Diler Khan. Le 24 février 1658, ils mirent Shuja en déroute à Bahadurpur, près de Bénarès, et le repoussèrent vers le Bengale, loin de l’endroit où la guerre allait se décider.
Murad Bakhsh, gouverneur du Gujarat depuis 1654, se proclama empereur à Ahmedabad le 30 novembre 1657 et conclut avec Aurangzeb un pacte pour se partager l’empire.
Aurangzeb ne se couronna pas. Il déclara qu’il marchait pour délivrer son père de Dara, joignit ses forces à celles de Murad et fit arrêter à Burhanpur son propre beau-père, Shah Nawaz Khan, qui refusait de le suivre.
Jai Singh, Mirza Raja depuis 1638 et vétéran de Kandahar et de Balkh, commandait à l’est avec Sulaiman. Après Bahadurpur, lui et ses hommes se retrouvèrent bloqués loin de chez eux, tandis que leurs familles, au Rajputana, se trouvaient sur le chemin des armées d’Aurangzeb.
Quelques mois après la maladie de l’empereur, trois de ses fils étaient en armes, et la meilleure armée de Dara se trouvait à l’est quand le sort se jouait à l’ouest.
Jaswant Singh du Marwar, le plus jeune fils de Gaj Singh, porté au trône par décret de Shah Jahan en 1638 aux dépens d’un frère aîné, commandait l’armée impériale envoyée contre Aurangzeb et Murad. Le 15 avril 1658, ils le mirent en déroute à Dharmat, près d’Ujjain, et il s’enfuit chez lui, au Marwar.
Muhnot Nainsi, dont le père avait servi avant lui les rajas du Marwar, devint le diwan de Jaswant en 1658 et garda la charge jusqu’en 1666. Sa Khyat et sa description des districts du Marwar consignent les lignages, les terres et la vie politique des États rajputs.
Dara tenant les passages de la Chambal, Aurangzeb trouva un gué sans garde. Selon la chronique bundela, son guide fut Champat Rai, qui combattit ensuite à l’aile droite d’Aurangzeb à Samugarh ; d’autres sources nomment un Jat du pays ou le zamindar de Bhadawar.
Le rao Chhatra Sal de Bundi, réputé dans l’armée moghole pour sa fermeté, mena l’avant-garde rajpute de l’armée de Dara à Samugarh le 29 mai 1658 et y tomba, avec le Rathore Ram Singh et d’autres chefs. Des Hada et des Rathore mouraient pour Dara pendant qu’un Bundela chevauchait avec Aurangzeb.
Dara conduisit lui-même l’armée à Samugarh, près d’Agra, avec ses contingents rajputs et ses artilleurs européens. Le 29 mai, Aurangzeb et Murad défirent son armée, et il s’enfuit vers le nord avec sa famille, en direction de Delhi et de Lahore.
Niccolao Manucci, un jeune Vénitien venu en Inde avec un envoyé anglais, entra dans l’artillerie de Dara vers 1656 et combattit à Samugarh. Sa Storia do Mogor, écrite plus tard, est une source vivante sur ces années, mais ses récits doivent être confrontés à d’autres.
Aurangzeb assiégea son père dans le fort d’Agra et lui coupa l’eau. Le 8 juin 1658, Shah Jahan se rendit, et il ne quitta plus jamais le fort ; il y mourut prisonnier en 1666, Jahanara partageant sa captivité.
Murad comptait sur la moitié de l’empire. Le 7 juillet 1658, près de Mathura, il fut reçu sous la tente d’Aurangzeb, enivré et saisi ; à partir de janvier 1659, il fut détenu à Gwalior. Plus tard dans le mois, Aurangzeb se couronna à Delhi sous le nom d’Alamgir, Conquérant du monde.
Loin à l’est, l’armée de Sulaiman apprit la nouvelle de Samugarh. Diler Khan et Jai Singh, dont les terres étaient désormais à la merci d’Aurangzeb, conseillèrent au prince de fuir et passèrent au nouvel empereur.
À Bénarès, loin de la guerre, Kamalakara acheva vers 1658 son Siddhanta-tattva-viveka. Il y unissait l’astronomie indienne au système de Ptolémée et à la physique d’Aristote, parvenus en Inde par les savants de l’islam, et attaquait les méthodes de Munisvara ; les deux familles d’astronomes étaient de farouches rivales.
Au milieu de l’été 1658, Aurangzeb tenait Agra, son père et son frère Murad ; Dara et Shuja tenaient encore la campagne.
Le conquérant du monde
- 33⚔Khajwa — janv. 1659 · Shuja battu
- 34⚔Deorai — mars 1659 · la dernière armée de Dara défaite
- 35⚔Pratapgad — nov. 1659 · Afzal Khan tué, son armée en déroute
En bref
Deux frères étaient encore libres. En janvier 1659, Aurangzeb et Mir Jumla battirent Shuja à Khajwa, et Mir Jumla le chassa du Bengale.33 Dara leva une nouvelle armée au Gujarat. Jaswant Singh l’invita à Ajmer, puis l’abandonna, et en mars l’armée de Dara fut défaite à Deorai. Dara s’enfuit vers l’ouest,34 chez un chef afghan, Malik Jiwan de Dadar, dont il avait autrefois obtenu la grâce auprès de Shah Jahan. En juin, Malik Jiwan le livra. Aurangzeb fit promener Dara enchaîné dans les rues de Delhi, puis le fit mettre à mort comme apostat. Dans le Dekkan, Bijapur envoya son général Afzal Khan contre Shivaji. En novembre 1659, Shivaji le tua lors d’une entrevue au pied de Pratapgad et mit son armée en déroute.35 En soixante ans, le trône était passé d’Akbar à Aurangzeb, et chaque héritier s’était d’abord dressé contre son père. En 1660, l’empire s’enfonçait loin dans le Dekkan, où la résistance était passée de Malik Ambar au fils de son officier, Shivaji.
La chaîne, période par période
Shuja avança de nouveau depuis le Bengale. À Khajwa, le 5 janvier 1659, Aurangzeb et Mir Jumla l’affrontèrent avec une armée bien plus nombreuse et le battirent, et Mir Jumla fut lancé à sa poursuite au Bengale.
Shah Nawaz Khan, un prince safavide dont les filles avaient épousé Aurangzeb et Murad, avait été emprisonné par Aurangzeb pour avoir refusé de le suivre, puis était devenu gouverneur du Gujarat. En janvier 1659, il ouvrit Ahmedabad et le trésor de Murad à Dara en fuite, et en mars il fut tué en combattant pour lui à Deorai, près d’Ajmer.
Dara leva une nouvelle armée au Gujarat et marcha sur Ajmer, comptant sur Jaswant Singh, qui lui fit défaut. Battu à Deorai en mars 1659, il s’enfuit vers l’ouest à travers le désert et le Sind, en direction de la Perse, avec une troupe qui fondait en chemin.
Nadira Banu, fille de Parviz et épouse de Dara depuis 1633, avait été malade pendant toute la fuite ; il n’avait jamais pris d’autre épouse. Elle mourut le 6 juin 1659 sur la route de Dadar, près du col de Bolan, et fut ensevelie à Lahore.
Malik Jiwan, le chef afghan de Dadar, devait la vie à Dara : le prince avait jadis obtenu sa grâce auprès de Shah Jahan. Il accueillit Dara, puis, le 9 juin, se saisit de lui et le livra aux officiers d’Aurangzeb.
Dara fut promené enchaîné dans les rues de Delhi. Le soir même, le conseil de l’empereur débattit de son sort : Danishmand Khan plaida pour sa vie ; Shaista Khan, Muhammad Amin Khan et d’autres exigèrent sa mort, et Roshanara la réclama avec insistance. Les théologiens le condamnèrent comme apostat, et il fut mis à mort le 30 août 1659 (9 septembre selon le nouveau calendrier).
Jaswant Singh avait fait sa paix avec Aurangzeb après Samugarh. La nuit qui précéda Khajwa, il tomba sur le camp de l’empereur, le pilla et rentra chez lui. Il promit ensuite son soutien à Dara. Aurangzeb envoya une armée placer un rival sur le trône du Marwar, mais tant que Dara tenait la campagne, il avait besoin des Rathore.
Jai Singh, désormais l’homme d’Aurangzeb, écrivit à Jaswant comme un grand prince hindou à un autre, l’avertissant qu’il courait à sa ruine s’il défiait l’empereur. Ses lettres détachèrent Jaswant de Dara ; il fut pardonné, et Dara marcha seul vers Ajmer.
François Bernier, médecin français et disciple de Gassendi, arriva en Inde en octobre 1658. Au début de 1659, il fut quelque temps le médecin de Dara en fuite ; après la chute de Dara, il trouva une place à la cour d’Aurangzeb.
Danishmand Khan, Mulla Shafi’a de Yazd, noble lettré et plus tard gouverneur de Delhi, devint le protecteur de Bernier, son « Agha ». Bernier lui expliqua l’anatomie de Harvey et de Pecquet et la philosophie de Gassendi et de Descartes, en les traduisant en persan, tandis qu’un pandit naguère pensionné par Dara discutait avec eux deux de philosophie indienne.
Har Rai, le septième guru des sikhs, avait pris le parti de Dara dans la guerre de succession. En 1660, Aurangzeb le convoqua pour qu’il s’explique sur son soutien au prince exécuté.
Dara mort et Shuja en fuite, la succession était tranchée ; les savants de l’ancienne cour trouvèrent de nouveaux protecteurs sous le nouvel empereur.
Bijapur, de nouveau en paix avec les Moghols, envoya en 1659 son général Afzal Khan contre Shivaji. Il ordonna aux chefs du Maval de se joindre à lui pour détruire Shivaji, sous peine de perdre leurs terres, et pénétra dans Javli pour rencontrer Shivaji lors d’une entrevue.
Kanhoji Jedhe, deshmukh de la vallée de Rohid, près de Bhor, et vieux fidèle de Shahji, reçut l’ordre de Bijapur. Il le porta à Shivaji à Rajgad, renonça à ses terres plutôt que d’obéir et rallia les autres deshmukhs du Maval derrière Shivaji.
Le 10 novembre 1659, Shivaji rencontra Afzal Khan au pied de Pratapgad. Dans l’accolade qui ouvrit l’entrevue, Afzal Khan fut tué, après avoir frappé le premier selon les récits marathes, et les troupes de Shivaji mirent son armée en déroute. Dix-huit jours plus tard, Shivaji prit Panhala.
Netaji Palkar, le chef de la cavalerie de Shivaji, avait ravagé les terres de Bijapur avant l’entrevue. Après elle, les Marathes s’enfoncèrent en territoire bijapuri et battirent une autre armée, commandée par Rustam-i Zaman, près de Kolhapur à la fin de 1659.
Ali Adil Shah II envoya alors Siddi Jauhar, un général éthiopien, qui assiégea Shivaji dans Panhala en 1660 tandis que Netaji harcelait les assiégeants de l’extérieur. Quand Shivaji ouvrit des pourparlers secrets avec Jauhar, le sultan soupçonna une trahison et se mit lui-même en campagne.
Shivaji s’échappa de Panhala de nuit avec une troupe d’élite et prit la direction de Vishalgad. Baji Prabhu Deshpande tint derrière lui le défilé de Ghod Khind contre les poursuivants jusqu’à ce que Shivaji ait atteint le fort, et il y mourut ; le défilé s’appelle depuis Pavan Khind. Panhala retomba aux mains de Bijapur.
Aurangzeb envoya dans le Dekkan comme vice-roi son oncle maternel Shaista Khan, le fils d’Asaf Khan. Celui-ci atteignit Aurangabad en janvier 1660, prit Pune, le cœur des terres de Shivaji, et s’empara du fort de Chakan. Shivaji était pris entre Bijapur et les Moghols.
Servant sous Mir Jumla contre Shuja, Muhammad Sultan passa au camp de son oncle dans la nuit du 18 juin 1659 ; Shuja lui avait offert le trône et sa fille Gulrukh Banu, qui lui était promise depuis des années. Il l’épousa, mais rejoignit son père en février 1660 et fut emprisonné en mai.
Refoulé sur Tanda, puis sur Dacca, Shuja quitta le Bengale en mai 1660 et s’embarqua pour l’Arakan avec sa famille. Mir Jumla atteignit Dacca et fut nommé gouverneur du Bengale, avec ordre de conquérir l’Assam et l’Arakan.
Sulaiman Shikoh, coupé de tout à l’est après Samugarh, s’enfuit dans les montagnes, d’abord au Kumaon, puis, en 1659, au Garhwal, dont le raja l’accueillit.
Sanda Thudhamma, roi d’Arakan à Mrauk U, accorda l’asile à Shuja quand il arriva le 26 août 1660. En décembre, il s’empara de l’or et des joyaux du prince ; les combats qui suivirent anéantirent Shuja et sa maison l’année suivante.
Prithvipati Shah, raja du Garhwal à Srinagar, refusa toutes les demandes de livrer Sulaiman, bien qu’Aurangzeb ait fait écrire Jai Singh encore et encore, avec promesses et menaces. Il ne voulait pas, répondit-il, ternir son nom en livrant un homme qui avait cherché sa protection.
Son fils Medini Shah, brouillé avec son père, complota avec Ram Singh, le fils de Jai Singh. Sulaiman tenta de s’échapper vers le Tibet, fut trahi par des villageois, saisi par Medini et remis à Ram Singh. En janvier 1661, il fut amené devant Aurangzeb et envoyé à Gwalior.
Quand Shuja emmena l’armée du Bengale vers l’ouest en 1657, le Kamrup resta à découvert. Le roi koch s’en empara ; puis les forces ahoms de Jayadhwaj Singha chassèrent les Koch et poussèrent vers l’ouest jusqu’à la Sankosh, et au début de 1659 le commandant moghol de Guwahati prit la fuite.
À la fin de 1660, Aurangzeb tenait le trône et tous les rivaux survivants sauf Shuja ; Bijapur et Golconde tenaient bon, les Ahoms avaient avancé vers l’ouest, et Shivaji avait survécu à deux armées.
Qui est qui
La maison moghole
Ahmadnagar (les Nizam Shahi)
Bijapur (les Adil Shahi)
Les Marathes de la maison Bhonsle
Maisons rajputes
La Perse safavide
Autres
Chronologie
- 1♜Chute d’Ahmadnagar — août 1600 · les Moghols prennent la capitale 1600–1601
- 2♜Asirgarh — janv. 1601 · Akbar prend la forteresse du Khandesh 1600–1601
- 3†Abu’l-Fazl assassiné — août 1602 · près de Narwar 1602–1605
- 4♛Jahangir couronné — nov. 1605 · Agra 1602–1605
- 5♜Lahore assiégée — avr. 1606 · la révolte de Khusrau 1606–1607
- 6†Le guru Arjan meurt en captivité — mai 1606 · date traditionnelle 1606–1607
- 7✒Le Mewar se soumet — 1615 · la paix avec Khurram 1611–1617
- 8♜Burhanpur assiégée — 1620 · la coalition de Malik Ambar dans le Dekkan 1620–1622
- 9◆Khadki incendiée — 1621 · la nouvelle capitale de Malik Ambar 1620–1622
- 10♜Chute de Kandahar — juin 1622 · prise par le chah Abbas 1620–1622
- 11⚔Bilochpur — 1623 · Khurram tenu en échec près de Delhi 1623–1626
- 12⚔Rajmahal — avr. 1624 · le frère de Nur Jahan tué 1623–1626
- 13⚔Bhatvadi — 1624 · Malik Ambar met en déroute Moghols et Bijapuris 1623–1626
- 14⚑Le coup de force de Mahabat Khan — mars 1626 · l’empereur capturé 1626–1628
- 15⚔Shahryar vaincu — 1627–1628 · devant Lahore 1626–1628
- 16♛Shah Jahan couronné — févr. 1628 · Agra 1626–1628
- 17⌂Le Taj Mahal — son tombeau à Agra 1629–1636
- 18†Fath Khan tue son sultan — v. 1631–1632 1629–1636
- 19♜Chute de Daulatabad — juin 1633 · le dernier Nizam Shah capturé 1629–1636
- 20✒Golconde se soumet — avr. 1636 · Shah Jahan devient son suzerain 1636–1653
- 21♜Kandahar de nouveau perdue — févr. 1649 · la Perse la reprend · moghole depuis 1638 1636–1653
- 22♜Les sièges d’Aurangzeb — 1649 et 1652 · deux échecs 1636–1653
- 23♜Le siège de Dara — 1653 · échec 1636–1653
- 24♜Golconde assiégée — févr.–mars 1656 1653–1657
- 25♜Bidar et Kalyani — mars–août 1657 · prises à Bijapur 1653–1657
- 26♛Shuja se couronne — nov. 1657 · Rajmahal 1657–1658
- 27♛Murad se couronne — fin 1657 · Ahmedabad 1657–1658
- 28⚔Bahadurpur — févr. 1658 · Shuja mis en déroute près de Bénarès 1657–1658
- 29⚔Dharmat — avr. 1658 · l’armée impériale écrasée 1657–1658
- 30⚔Samugarh — 29 mai 1658 · Dara défait 1657–1658
- 31♜Le fort d’Agra se rend — juin 1658 · Shah Jahan prisonnier 1657–1658
- 32♛Alamgir couronné — juil. 1658 · Delhi 1657–1658
- 33⚔Khajwa — janv. 1659 · Shuja battu 1659–1660
- 34⚔Deorai — mars 1659 · la dernière armée de Dara défaite 1659–1660
- 35⚔Pratapgad — nov. 1659 · Afzal Khan tué, son armée en déroute 1659–1660
Sources
- Jadunath Sarkar, History of Aurangzib, vol. I–II (1618–1659), 2e éd. 1925 : le règlement de 1636, Golconde et Bijapur en 1655–1657, Kandahar, la guerre de succession, la fin de Dara — source
- History of Jahangir (traduction de Gladwin, éd. 1930) : la mort d’Akbar, la révolte de Khusrau, la révolte de Khurram et sa route vers le Bengale, le coup de force du Jhelum — source
- Chand Bibi — Wikipedia (la chute d’Ahmadnagar, 1600) — source
- Malik Ambar — Wikipedia — source
- Abu'l-Fazl ibn Mubarak — Wikipedia (son assassinat près de Narwar, 1602) — source
- Khusrau Mirza — Wikipedia — source
- Guru Arjan — Wikipedia (sa mort aux mains des Moghols, 1606) — source
- Battle of Bhatvadi — Wikipedia (1624) — source
- Siege of Daulatabad — Wikipedia (1633) — source
- Shahaji — Wikipedia (au service de Malik Ambar, la reddition de 1636, les domaines de Pune) — source
- Mughal–Safavid wars — Wikipedia (les guerres pour Kandahar, 1622–1623 et 1649–1653) — source
- Battle of Pratapgarh — Wikipedia (novembre 1659) — source
Chaque affirmation du texte a été vérifiée dans les sources ci-dessus. Frontières : historical-basemaps (A. Ourednik, GPL-3.0), l’état de c.1650, simplifié — schématique, les bons États à peu près aux bons endroits. Territoires ayant changé de mains : provinces modernes (Natural Earth) ou états plus tardifs tenant lieu des frontières historiques. Terres, lacs et fleuves : Natural Earth. Portraits : crédités ci-dessous avec auteur, licence et source.
Portraits
- Akbar — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Malik Ambar — Hashim (made) · Public domain — Commons
- Jahangir — 1610 artist · Public domain — Commons
- Abu’l-Fazl — Govardhan · Public domain — Commons
- Man Singh — unknown author · CC0 — Commons
- Khusrau — 1610 artist · Public domain — Commons
- Arjan — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Nur Jahan — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Asaf Khan — Bichitr · Public domain — Commons
- Shah Jahan — Bichitr · Public domain — Commons
- Abbas Ier — c. 1617, attributed to Bishandas · Public domain — Commons
- Shahryar — Indian School of the 17th century (AD) (Mughal) · Public domain — Commons
- Mahabat Khan — Manohar (active ca. 1582–1624) · Public domain — Commons
- Dara Shikoh — Unknown Indian · Public domain — Commons
- Aurangzeb — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Muhammad Adil Shah — Ali Riza (The Bodleian Painter) · Public domain — Commons
- Shivaji — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Jahanara — La'lchand · Public domain — Commons
- Abdullah Qutb Shah — Unknown (production) · Public domain — Commons
- Shah Shuja — Golkonda Painter · Public domain — Commons
- Murad Bakhsh — anonymous · Public domain — Commons
- Jaswant Singh — Mughal Style · Public domain — Commons
- Daniyal — Nar Singh · Public domain — Commons
- Abd al-Rahim Khan-i Khanan — Hashim · Public domain — Commons
- Ibrahim Adil Shah II — Ali Riza (The Bodleian Painter) (attribution) · Public domain — Commons
- Aziz Koka — Mughal painter · Public domain — Commons
- Hargobind — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Thomas Roe — After Michiel Jansz. van Mierevelt · Public domain — Commons
- Sultan Muhammad Qutb Shah — Hashim · Public domain — Commons
- Abu’l-Hasan — Daulat · Public domain — Commons
- Dawar Bakhsh — Indian School · Public domain — Commons
- Lakhuji Jadhav — Hashim / <span title="Iranian arti · CC0 — Commons
- Ali Mardan Khan — c. 1700 · Public domain — Commons
- Mulla Shah — Unknown artistUnknown artist · Public domain — Commons
- Nadr Muhammad Khan — Circa 1650, Isfahan · Public domain — Commons
- Abbas II — Circa 1647 · Public domain — Commons
- Ali Adil Shah II — Unknown artistUnknown artist · Public domain — Commons
- Diler Khan — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Niccolao Manucci — Unknown Indian artist · Public domain — Commons
- Chand Bibi — AnonymousUnknown author · Public domain — Commons
- Mumtaz Mahal — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Amar Singh — Nanha · Public domain — Commons
- Shahji Bhonsle — अज्ञात · Public domain — Commons
- Khan Jahan Lodi — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Fath Khan — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Mir Jumla — unknown author · Public domain — Commons
- Jai Singh — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Afzal Khan — Parasnis, Dattatraya Balwant, Rao bahadur · Public domain — Commons
- Burhan Nizam Shah III — Unknown artistUnknown artist · CC BY-SA 3.0 — Commons
- Ghiyas Beg — unknown author · Public domain — Commons
- Karan Singh — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Mariam-uz-Zamani — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Muhammad Quli Qutb Shah — Ali Riza (The Bodleian Painter) · Public domain — Commons
- Venkata II — Own work · CC BY-SA 3.0 — Commons
- Parviz — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Gaj Singh — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Jagat Singh — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Jijabai — India Post, Government of India · GODL-India — Commons
- Ahmad Lahori — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Khawas Khan — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Tirumala Nayak — K.ManojNayak · Public domain — Commons
- Sa’dullah Khan — Unknown authorUnknown author · CC BY-SA 4.0 — Commons
- Har Rai — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Abd al-Aziz Khan — collective · Public domain — Commons
- Dadoji Kondadev — DNA India · Public domain — Commons
- Raj Singh — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Baba Lal — Mir Kalan Khan · CC0 — Commons
- Muhammad Sultan — Gurkan1526 · CC0 — Commons
- Sulaiman Shikoh — Gurkan1526 · CC0 — Commons
- Muhnot Nainsi — Djkosuyebikanernjais · CC BY-SA 4.0 — Commons
- Chhatra Sal — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Shah Nawaz Khan — Hashim · Public domain — Commons
- Nadira Banu — Balchand · Public domain — Commons
- François Bernier — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Baji Prabhu Deshpande — Ankur P from Pune, India · CC BY-SA 2.0 — Commons
- Shaista Khan — Mughal Style · Public domain — Commons
- Jayadhwaj Singha — ComparingQuantities · CC BY-SA 4.0 — Commons
- Bir Singh Deo — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Malik Jiwan — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Bahadur Nizam Shah — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Murtaza Nizam Shah II — Unknown authorUnknown author · CC BY-SA 3.0 — Commons
- Firishta — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Islam Khan — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Musa Khan — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Pratapaditya — Pratapaditya, modern painted likeness reproduced in Sriman Chakraborty, Swastika magazine, 20 May 2024, page 33; artist unrecorded · copyrighted magazine illustration — source
- William Hawkins — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Thomas Best — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mir Muhammad Mu’min — Mir Muhammad Momin-e-Astarabadi, explicitly captioned illustration in Telangana: Land & People, volume 2, page 330 / PDF page 343, MCR HRD Institute, 2023; artist and original date unrecorded · copyrighted book illustration — source
- Hayat Bakhshi Begum — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Sriranga II — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Jagga Raya — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Rama Deva Raya — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Yachama Nayaka — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Raghunatha Nayak — Captioned Sculpture of Raghunatha Nayaka, reproduced by Telugu Wikipedia from Balija Mahanadu (2021); photographer and statue date unrecorded · copyrighted source photograph; fair use — source
- Parikshit Narayan — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Bali Narayan — Bali Narayan alias Dharma Narayan, named Mangaldai statue by Biren Singha, unveiled 7 March 2021; Northeast Now photograph in Mayukh Goswami article, 7 March 2021; later depiction · copyrighted source photograph — source
- Pratap Singha — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Achyuta Pisharati — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Narayana Bhattathiri — Captioned Melpathoor Narayana Bhattathiri, District Census Handbook Thrissur, Census of India 2011, printed p.194 / PDF p.195; artist and original date unrecorded; later depiction · government publication illustration — source
- Mansur — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Talib Amuli — محک · CC BY-SA 3.0 — Commons
- Ahmad Sirhindi — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Ladli Begum — Portrait of Ladli Begum, Delhi, circa 1880, unknown artist, gouache with gold on ivory; Olympia Auctions, 6 November 2014, lot 160; later depiction · copyrighted auction photograph of public-domain artwork — source
- Ibrahim Khan — Ibrahim Khan Fath-i-Jang, explicitly captioned 1620s miniature, P/16/15, Royal Museums Greenwich, unknown artist; South Asian People in the Collections guide, printed p.7 / PDF spread p.4 · Royal Museums Greenwich reproduction of public-domain artwork — source
- Jujhar Singh — Bichitr · Public domain — Commons
- Murar Jagdev — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mustafa Khan — Rijksmuseum · CC0 — Commons
- Randaula Khan — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Venkata III — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Damarla Venkatadri — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Francis Day — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Sriranga III — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Momai Tamuli — Imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); dress and turban informed by the named Momai Tamuli Borbarua brass relief at Sukapha Khetra, Assam; face imagined. · generated illustration
- Chandrabhan Brahman — Chanderbhan Brahman, individually labelled standing reader, right of centre, in the sketch reproduced by Ghaus Siwani, Awaz-the Voice, 22 March 2021; original artist and date unrecorded; later depiction · copyrighted source illustration — source
- Abd al-Hamid Lahori — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Munisvara — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Roshanara — by *l'Abbé Antoine François Prévost* with maps and views by *Jacques-Nicolas Bellin* · Public domain — Commons
- Champat Rai — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Kanhoji Jedhe — Sardar Kanhoji Jedhe, explicitly inscribed modern bust, Pinak Art Studio, Pune; studio photograph via TradeIndia; individual sculptor and artwork date unrecorded · copyrighted source photograph — source
- Netaji Palkar — Netaji Palkar, named single figure on the cover of Prabhakar Bhave's Shivrayanche Shiledar Netaji Palkar, Varada Prakashan, Pune, ISBN 8173580278; cover artist and publication date unrecorded; modern depiction · copyrighted book-cover illustration — source
- Sanda Thudhamma — Imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); Arakanese dress/headgear informed by the named Mrauk-U palace scene; no usable portrait was retrieved, and that scene cannot yield a readable face. · generated illustration
- Chandrarao More — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Khadija Sultana — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Kamalakara — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Danishmand Khan — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); a surviving Ramdas portrait at Raza Library, Rampur, is documented, but its image could not be retrieved · generated illustration
- Siddi Jauhar — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Prithvipati Shah — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Medini Shah — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Mughal miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration