Kano et Katsina, 1600–1660
Comment les rois de Kano mirent-ils fin à leur longue guerre avec Katsina, et pourquoi ne purent-ils toujours pas garder leur trône ?
▶ Voir l’atlas commenté (narration en anglais) · 7 minLes territoires en 1660, aux couleurs de qui les tenait. Hachuré : les territoires qui ont changé de mains entre 1600 et 1660.
Dans chaque période ci-dessous, les événements numérotés de la carte renvoient à la liste qui la suit et aux repères du texte ; rien ne bouge.
Les périodes
Le prix du lettré
- 1◆Invasion des Kwararafa — règne de Zaki · le pays dévasté
- 2⚔Guraji — sous les murs de Katsina · victoire de Kano
En bref
En 1600, le roi de Kano était Muhammadu Zaki. La Chronique de Kano, sans doute mise par écrit dans les années 1880, fait commencer son règne en 1582 et raconte des années difficiles. Le roi des Kwararafa, une puissance de la vallée de la Bénoué, au sud, envahit le pays, et les habitants de Kano1 s’enfuirent à Daura tandis que les envahisseurs dévastaient tout. Les hommes de Katsina harcelèrent ce qui restait, et une famine dura onze ans. Zaki réunit en conseil ses dignitaires et ses lettrés. Shehu Abubakar, un lettré venu du Maghreb, lui offrit le moyen de repousser Katsina, avec un avertissement : s’il l’emportait, il ne reviendrait jamais à Kano. Zaki accepta et le paya d’une fortune. À la fin du ramadan, l’armée se mit en marche, et à l’aube du jour de la fête elle se tenait sous les murs de Katsina. À Guraji,2 l’armée de Katsina se débanda et prit la fuite. Kano s’empara de quatre cents chevaux et de soixante caparaçons. Sur le chemin du retour, Zaki atteignit Karaye, et il y mourut. Son fils Muhammadu Nazaki monta sur le trône.
La chaîne, période par période
Muhammadu Zaki, fils de Kisoki, régnait sur Kano depuis 1582 selon le calcul de la chronique. Ses hommes l’avertirent que, s’il laissait faire les Katsinawa, ils deviendraient les maîtres de Kano et ne lui laisseraient plus guère de quoi régner. Puis vinrent les Kwararafa, les raids de Katsina et une famine de onze ans, et Zaki réunit en conseil ses dignitaires et ses lettrés.
L’armée quitta Kano le 22 du mois de ramadan et parut sous les murs de Katsina au point du jour, le jour de la fête. À Guraji, les hommes de Kano brisèrent l’armée de Katsina et prirent quatre cents chevaux et soixante caparaçons. Sur le chemin du retour, Zaki atteignit Karaye et y mourut, en 1618 selon la datation de la chronique, comme le Shehu l’avait annoncé.
Le roi des Kwararafa, une puissance de la vallée de la Bénoué, au sud de Kano, attaqua sous le règne de Zaki. Les habitants de Kano quittèrent la ville pour Daura, et les envahisseurs dévorèrent tout le pays, laissant Kano très affaiblie. La fuite à Daura ne peut être datée qu’à l’intérieur du règne de Zaki ; ce fut le premier de plusieurs coups que les Kwararafa portèrent à Kano.
Les hommes de Katsina ne cessaient de harceler Kano affaiblie ; seuls ses lettrés, dit la chronique, les empêchèrent d’entrer dans la ville. La chronique ne nomme jamais le roi de Katsina. Une reconstitution moderne l’identifie à Usman Nayinawa, vers 1600–1618 ; la liste plus ancienne de Hogben place ce roi en 1667–1684. À Guraji, devant ses propres murs, l’armée de Katsina se débanda et prit la fuite.
Shehu Abubakar, un lettré venu du Maghreb, offrit au roi le moyen de repousser Katsina, avec un avertissement : si Zaki repoussait l’ennemi, il ne reviendrait jamais à Kano. Zaki accepta, donna au Shehu de grandes richesses et aux autres lettrés de nombreux présents, et le Shehu tint sa promesse.
Kano acheta une victoire sur Katsina, mais son roi mourut sur le chemin du retour et la guerre passa à son fils.
L’éléphant de Karaye
- 3⚔Karaye — première année de Nazaki · victoire de Kano
- 4◆Les murailles de Giwa — Kano agrandie à ses frais
En bref
Nazaki commença par envoyer des messagers à Katsina pour faire la paix. Le roi de Katsina refusa ses conditions et envahit le pays de Kano. L’armée de Kano rencontra les envahisseurs à Karaye et les battit.3 L’année suivante, Nazaki partit en guerre ailleurs et laissa à Kano son wambai, Giwa, qui était malade. Une fois rétabli, Giwa demanda à ses hommes comment plaire au roi. Agrandissez la ville, lui répondirent-ils. Il bâtit donc de nouveaux pans de la muraille de Kano,4 et chaque matin il nourrissait les ouvriers de mille calebasses de nourriture et de cinquante bœufs. Au retour de Nazaki, Giwa lui offrit cent chevaux couverts de cottes de mailles. Le roi lui donna Karaye. De là, Giwa combattit chaque jour les Katsinawa, jusqu’à commander cent cavaliers en cotte de mailles et mille chevaux. Les chants de Kano le célébraient comme l’éléphant qui réduit ses voisins en servitude. Il devint si puissant qu’on le crut près de se révolter. Au bout de cinq ans, Kutumbi, le fils de Nazaki, lui succéda.
La chaîne, période par période
Muhammadu Nazaki, fils de Zaki et de Kursu, commença son règne en envoyant des messagers à Katsina pour faire la paix. Le roi de Katsina refusa ses conditions et envahit le pays. L’armée de Kano rencontra les envahisseurs à Karaye et les battit. L’année suivante, Nazaki partit en guerre à Kalam et laissa à Kano son wambai, Giwa, qui était malade.
Le roi de Katsina, que la chronique ne nomme toujours pas, refusa les conditions de Nazaki et envoya son armée dans le pays de Kano. Elle fut battue à Karaye, au sud-ouest de Kano, la ville que Nazaki allait bientôt donner à son wambai comme base contre Katsina.
Giwa, le wambai, de son nom Abdullahi, se rétablit et demanda à ses hommes comment il pourrait plaire au roi. « Agrandissez la ville », lui dirent-ils. Il bâtit de nouveaux pans de la muraille de Kano jusqu’à la porte Kansakali, nourrissant chaque matin les ouvriers de mille calebasses de nourriture et de cinquante bœufs, et à la fin il distribua mille boubous et fit abattre trois cents bêtes.
Au retour de Nazaki, Giwa lui offrit cent chevaux de selle, chacun couvert d’une cotte de mailles, et le roi lui donna la ville de Karaye. De là, Giwa combattit chaque jour les Katsinawa, jusqu’à commander cent cavaliers en cotte de mailles et mille chevaux. Les chants de Kano le célébraient comme l’éléphant qui réduit ses voisins en servitude, et l’on commença à craindre qu’il ne se révolte.
Kano tint Katsina en respect, mais en récompensant un seigneur de la frontière, le roi bâtit une puissance que son successeur allait craindre.
Celui qui ferme la grande porte
- 5⚑Le camp de Kwoshi — la ferme du roi · neuf jours
- 6◆Meurtre de l’esclave d’un envoyé — le prétexte de la guerre
- 7♜Le camp de Dugazawa — neuf mois · Katsina bloquée
En bref
Kutumbi chassa le wambai Giwa de sa charge avant qu’il ne puisse se révolter. Puis il éleva ses propres grands. Un de ses amis gouverna la ville et le pays de Kano pendant douze ans, si complètement que, selon les mots de la chronique, le roi était comme son vizir. À la mort du favori, l’un de ses hommes, Dawaki Kwoshi, passa au premier plan. Il quitta la ville, et dans la ferme du roi, hors des murs, les principaux personnages de Kano se rallièrent à lui.5 Au bout de neuf jours, Kutumbi le fit revenir par de belles paroles. Au-dehors, la vieille guerre se ralluma. Elle eut pour prétexte le meurtre, à Katsina, d’un esclave appartenant à un envoyé de Kano.6 Kutumbi remporta une victoire, fit un grand butin et campa neuf mois à Dugazawa, devant Katsina ;7 personne ne pouvait sortir de la ville. Les chants de Kano le célébraient comme celui qui ferme la grande porte. Katsina ne fut pas prise.
La chaîne, période par période
Kutumbi, appelé aussi Muhammadu Alwali, succéda à son père Nazaki en 1623. Il commença par retirer sa charge au wambai Giwa avant que celui-ci ne puisse se révolter, puis il éleva ses propres hommes et créa de nouvelles charges. Ses descendants, les Kutumbawa, furent la dernière lignée de rois haoussa de Kano.
Bako, fils de Kutumbi, était déjà comme un roi alors qu’il n’était encore que prince, avec six cents chevaux et quatre-vingt-dix cavaliers en cotte de mailles. Il razzia Kurmin Dan Ranko, dans le sud du pays de Katsina, fit un grand butin et reçut le titre de Jarumai. Craignant une guerre civile après la mort de son père, dit la chronique, il pria pour mourir, et il mourut avant son père.
Kutumbi fut le premier roi de Kano à lever le jangali, un impôt en bétail, sur les éleveurs peuls : cent vaches des Jafunawa, soixante-dix des Baawa, et davantage d’autres clans. Il partait en guerre avec cent chevaux de rechange, quarante tambours et cent eunuques richement vêtus, et il pourvut les nouvelles charges de sa maison de ses propres esclaves.
Giwa, maître de Karaye, de cent cavaliers en cotte de mailles et de mille chevaux, était pour le nouveau roi le danger le plus immédiat. Kutumbi lui retira sa charge avant qu’il ne puisse se révolter, et la chronique n’en dit pas davantage sur lui.
Kalina Atuman, ami de Kutumbi, reçut le gouvernement de la ville et du pays de Kano. Son pouvoir grandit jusqu’à égaler celui du roi, et la chronique dit que le roi devint comme son vizir. Il occupa cette place douze ans, puis mourut ; la chronique ne précise pas les années.
Après la mort d’Atuman, Dawaki Kwoshi, l’un de ses hommes, passa au premier plan et devint si puissant qu’il semblait près de se révolter. Il quitta la ville pour Bakin Karre et Yankwosa, puis campa à Rimin Kwoshe, la ferme du roi, où les principaux personnages de Kano se rallièrent à lui. Au bout de neuf jours, Kutumbi le fit revenir par de belles paroles.
Turakin Kuka Allandayi, père de Kwoshi, avait amassé plus de richesses, d’eunuques et de parures que quiconque à Kano. Quand Kutumbi lui retira le quartier de Kofar Kabuga, sa colère donna un proverbe à Kano : le grand homme a de l’humeur.
Magara, le Sarkin Dawaki, partit en guerre contre Bauchi et l’emporta. Au retour, il bâtit une ville à Ganjuwa, s’y installa et envoya deux mille esclaves à Kano. Kutumbi s’en irrita ; l’année suivante, il se rendit lui-même à Ganjuwa, soumit ses habitants au tribut et y laissa cinq cents esclaves, sur un domaine à lui.
Ibo, un esclave de Kutumbi, fut fait Sarkin Shanu, chef du bétail, une fois le premier jangali perçu. On l’appela ensuite Ibo na Kutumbi, « l’Ibo de Kutumbi ».
Mandawali fut fait Sarkin Samri, chef des jeunes gens, parce qu’il avait la charge de tous les jeunes esclaves du roi, que Kutumbi appelait les Kirdua.
Gumki fut fait Sarkin Dogarai, chef des dogarai, les gardes du roi : l’une des charges de la maison royale par lesquelles Kutumbi répartissait l’autorité entre des hommes qui la tenaient de lui seul.
Agurmaji fut fait Sarkin Shamaki, autre chef de la maison du roi. La chronique explique qu’on l’appelait Buayi parce qu’il était un mouton noir.
Muhammadu Wari régna sur Katsina d’environ 1631 à 1641 selon la reconstitution de Y. B. Usman, que suit l’histoire de l’UNESCO ; lui et ses successeurs affermirent la puissance de Katsina. Pour ce siècle, les listes royales de Katsina divergent de plusieurs décennies, et la Chronique de Kano ne nomme jamais les rois de sa rivale.
Muhammad ibn Masani, dit Dan Masani, naquit à Katsina vers 1595 dans une famille originaire du Bornou. Juriste et grammairien, il acheva son œuvre la plus longue en juillet ou août 1640 : al-Nafḥa al-ʿanbariyya, un commentaire des ʿIshrīniyyāt de ʿAbd al-Raḥmān al-Fazāzī. Il mourut en 1667 ; on le vénère comme l’un des trois saints patrons de Katsina.
Muhammad ibn al-Sabbagh, dit Dan Marina, vivait dans le quartier de Marina, à Katsina, et fut surtout actif vers 1650. Il écrivit lui aussi un commentaire des ʿIshrīniyyāt d’al-Fazāzī, et on lui attribue un poème sur la victoire du Bornou sur les Kwararafa. La tradition de Katsina fait de lui l’élève de Dan Masani ; d’autres récits inversent les rôles.
Kutumbi écarta un serviteur trop puissant pour en élever d’autres, tandis que les lettrés de Katsina faisaient de la ville un foyer de savoir.
La nuit à la porte occidentale
- 8⚔La porte occidentale de Katsina — 1648 · une attaque de nuit met Kano en déroute
- 9◆Déposition d’Alhaji — 1649 · au bout de huit mois
En bref
Le roi de Katsina était alors, selon une reconstitution moderne, Muhammadu Uban Yara ; la tradition de Katsina se souvient de lui comme du roi dont les guerres coûtèrent la vie à Kutumbi. Au cours de ce qui allait être la dernière année de son règne, Kutumbi marcha de nouveau sur Katsina et campa près de sa porte occidentale. Avant l’aube, les Katsinawa sortirent et surprirent le camp, et toute l’armée de Kano prit la fuite.8 Dans la déroute, un lancier s’en prit à Kutumbi ; l’un des capitaines du roi se jeta sur l’homme et le tua. Kutumbi remonta à cheval et reprit la route de Kano avec les quelques hommes qui lui restaient, tandis que les Katsinawa poursuivaient et harcelaient l’armée en fuite. Certains dirent que le roi mourut à Katsina ; le chroniqueur préféra la version selon laquelle il atteignit Kano. Trois jours plus tard, il était mort. Son fils Alhaji lui succéda, et huit mois après, Alhaji fut déposé,9 pour une raison que le chroniqueur avoue avoir oubliée.
La chaîne, période par période
Muhammadu Uban Yara succéda à son père Wari vers 1641 selon le calcul d’Usman et régna jusque vers 1671 ; la liste plus ancienne de Hogben place un roi de ce nom en 1704–1707. La tradition de Katsina se souvient d’Uban Yari, Muhammadu dan Wari, comme du roi dont les guerres coûtèrent la vie aux rois de Kano.
Un esclave appartenant à un représentant de Kano, venu en mission à Katsina, y fut tué. Ce meurtre servit de prétexte à une nouvelle guerre, la première que Kutumbi mena contre Katsina même ; ni l’année ni le nom de l’esclave ne sont établis avec certitude.
Kumaza, un guerrier de Katsina, brandit sa lance dans la déroute de l’armée de Kano et frappa Kutumbi lui-même. Il fut tué avant de pouvoir frapper une seconde fois.
Kutumbi marcha sur Katsina, remporta une bataille et fit un grand butin, puis campa neuf mois à Dugazawa, juste devant la ville. Personne n’osait sortir de Katsina, et les chants de Kano le célébraient comme Alwali, celui qui ferme la grande porte. Mais Katsina ne fut pas prise.
Kutumbi mena une autre armée contre Katsina et campa près de sa porte occidentale. Avant l’aube, les Katsinawa sortirent et surprirent le camp, et toute l’armée de Kano prit la fuite. Attaqué dans la déroute, Kutumbi remonta à cheval et reprit la route de Kano avec quelques hommes, tandis que les Katsinawa harcelaient son armée jusqu’à Yashi.
Kutumbi mourut dans les trois jours qui suivirent la bataille, en 1648 selon la datation de la chronique, après vingt-six ans de règne. Selon les uns, il mourut à Katsina, selon les autres à Kano, version que préférait le chroniqueur ; une version de Katsina le fait tuer à Rumarawa, sur la frontière. Son fils Alhaji lui succéda.
Le madawaki Kimbirni était le plus grand des guerriers de Kutumbi, dit la chronique, devant le makama Banki et Dan Maji. Le chant du siège le nommait aux côtés du roi : Kimbirmi, celui qui ferme la grande porte. On ne sait rien d’autre de ses faits d’armes.
Dan Maji Zartaki, l’un des capitaines de Kutumbi, se jeta sur Kumaza et le tua au moment où il frappait le roi. Les chants de Kano le célébraient comme une poutre de fer, plus solide que le bois de seri. Il sauva le roi dans la déroute, mais ne put lui sauver la vie.
Le plus puissant des rois de Kano assiégea Katsina neuf mois et mourut pourtant d’une attaque de nuit à sa porte.
Une paix jurée par des lettrés
- 10✒La paix des lettrés — 1649–1651 · Kano et Katsina
En bref
Après la déposition d’Alhaji, son fils Shekarau monta sur le trône. À Katsina, selon la même reconstitution, Uban Yara régnait toujours, et sous le bref règne de Shekarau les deux États firent la paix. Ses artisans furent des lettrés musulmans : Shehu Ataman, le liman Yandoiya et un troisième. Shehu Ataman assortit la paix d’une sanction.10 L’État qui se ferait l’agresseur, déclara-t-il, ne l’emporterait jamais, si Dieu le veut, jusqu’au jour du Jugement dernier. Les historiens ont rattaché cette paix à une crainte commune des Kwararafa, dont les raids avaient déjà vidé Kano une fois. La paix tint. Désormais, le danger pour Kano venait de l’intérieur. Au bout de dix-neuf mois, le règne de Shekarau prit fin, et Muhammadu Kukuna, son demi-frère, autre fils d’Alhaji, devint roi.
La chaîne, période par période
Alhaji, fils de Kutumbi et de Fadima, régna sur Kano huit mois et vingt-quatre jours, puis fut déposé ; le chroniqueur avoue ne pas se rappeler pourquoi. Il alla vivre à la campagne, en un lieu appelé Dan Zaki. La tradition de Katsina le compte parmi les rois tués dans ses guerres, ce que contredit la Chronique de Kano.
Shekarau, fils d’Alhaji et de Fari, monta sur le trône en 1649. Sous son règne, Kano et Katsina firent la paix, par l’entremise de lettrés musulmans et non sur un champ de bataille. Il régna un an, sept mois et vingt-quatre jours.
Shehu Ataman conduisit les artisans de la paix et l’assortit d’une sanction : l’État qui se ferait l’agresseur, déclara-t-il, ne l’emporterait jamais, si Dieu le veut, jusqu’au jour du Jugement dernier. Le traité comportait désormais une peine religieuse pour qui le romprait.
Mallam Bawa fut le deuxième des trois artisans de la paix que nomme la chronique. On ne sait rien d’autre de lui, et rien ne montre qu’il fut le Bawa qui devint roi de Kano en 1660.
Le liman Yandoiya, un imam, fut le troisième. Son rôle dans la paix est tout ce que la chronique rapporte de lui sous le règne de Shekarau ; quelques années plus tard, le roi suivant le paierait pour des talismans.
À Katsina, selon le calcul d’Usman, Uban Yara régnait toujours et accepta la paix des lettrés. Elle tint : l’histoire de l’UNESCO ne relève aucune rupture sous son règne ni sous celui de son successeur, et la Chronique de Kano dit qu’il n’y eut pas de guerre au pays de Kano sous Bawa. Les historiens ont rattaché cette paix à une crainte partagée des Kwararafa.
Des lettrés mirent fin à la longue guerre ; le danger pour Kano venait désormais de ses propres chefs.
Roi d’un jour
- 11◆Le conseil des chefs — 1652 · Kukuna rappelé en secret
- 12⚔Hotoro — 1652 · l’armée de Kuma l’abandonne
En bref
Un an après l’avènement de Kukuna, son madawaki, Kuma, le chef de l’armée, le chassa du trône. Kuma donna la couronne à Soyaki, fils de sa sœur et fils de Shekarau. Kukuna s’enfuit à Zazzau. Trois mois plus tard, les chefs de Kano se réunirent en secret11 et le rappelèrent. Kukuna revint en passant par Gaya, dont le chef se joignit à lui. Kuma mena les hommes de Kano à sa rencontre jusqu’à Hotoro, et là ils l’abandonnèrent.12 Kukuna fondit sur lui, la lance à la main. Kuma s’enfuit vers la porte Kawayi en criant qu’on la ferme derrière lui, mais Kukuna passa avant qu’elle ne se referme et gagna le palais. Il trouva Soyaki au milieu de ses eunuques et lui arracha l’épée des mains. Toi, roi d’un jour, lui dit-il : va-t’en, ou je te coupe la tête. Soyaki s’en alla. On lui bâtit une maison à Dukarawa, où il vécut et mourut.
La chaîne, période par période
Muhammadu Kukuna, fils d’Alhaji et de Goro et demi-frère de Shekarau, devint roi en 1651. Au bout d’un an, son madawaki, Kuma, le chassa du trône, et Kukuna s’enfuit à Zazzau.
Kukuna se mit aussitôt en route par Gaya, dont le chef se joignit à lui. Kuma mena les hommes de Kano jusqu’à Hotoro, où ils l’abandonnèrent. Kukuna fondit sur lui, la lance à la main, passa derrière lui la porte Kawayi avant qu’on ait pu la fermer et gagna le palais. Il arracha l’épée des mains de Soyaki : « Toi, roi d’un jour ! Sors d’ici. »
Kuma, le madawaki, chef de l’armée de Kano, déposa Kukuna et donna le trône à Soyaki, le fils de sa sœur. Le commandement de l’armée avait décidé de qui serait roi.
Fasuma, sœur de Kuma, était l’épouse de Shekarau et la mère de Soyaki ; par elle, le neveu du madawaki était fils de roi. La chronique ne lui attribue aucun rôle dans le coup d’État.
Soyaki, fils de Shekarau et de Fasuma, fut installé sur le trône par son oncle en 1652. Il régnait depuis trois mois quand les chefs de Kano se réunirent en secret à son sujet.
Galadima Wari était le premier des chefs de Kano qui se réunirent en secret au sujet de Soyaki. Avec les autres grands dignitaires, il envoya des messagers à Kukuna, à Zazzau, pour l’inviter à revenir.
Makama Mukhtari, autre haut dignitaire de l’État, fut de ceux qui rappelèrent Kukuna. Le rappel fut l’œuvre des grands offices de l’État, non de la maison de Kukuna.
Gogori, le Sarkin Dawaki, chef de la cavalerie, est le dernier des chefs que la chronique nomme dans le complot. Quand Kukuna arriva, les propres hommes du madawaki l’abandonnèrent à Hotoro.
Le chef de l’armée fit un roi, et les autres chefs le défirent en trois mois.
Un talisman pour le trône
En bref
Rétabli, Kukuna fit arrêter Kuma. Il fit hisser le madawaki sur un âne et promener dans la ville par une foule de jeunes filles, et Kuma mourut de honte. La mère de Soyaki, sœur de Kuma, fut chassée. L’année suivante, les Kwararafa revinrent.13 Kukuna se retira quarante jours à Auyo, et à son retour il trouva la porte Kawayi enfoncée. Il la fit reconstruire. Puis il chercha à se prémunir contre une nouvelle déposition. Il fit venir les Maguzawa, les Haoussa restés fidèles à l’ancienne religion, et demanda à leur chef de revenir l’année suivante avec tous ses hommes. Il manda le liman Yandoiya, le lettré qui avait contribué à la paix, et le paya en argent et en or pour des talismans : l’un fut enterré dans le trésor, deux dans les maisons de dignitaires de la cour, et des feux brûlaient en permanence au-dessus. Huit ans après son retour, Kukuna fut déposé malgré tout,14 et son fils Bawa monta sur le trône. Kano avait gardé la paix avec Katsina, mais pas ses rois : en douze ans, trois avaient été déposés, dont l’un deux fois, et les chefs avaient montré qu’ils pouvaient faire et défaire un roi.
La chaîne, période par période
Rétabli en 1652, Kukuna passa soixante jours au palais, puis se vengea de la famille qui l’avait remplacé : le madawaki Kuma et sa sœur Fasuma, mère de Soyaki. Soyaki lui-même vécut et mourut dans une maison bâtie pour lui à Dukarawa.
À son retour, Kukuna attendit sept jours, fit le tour de la ville un samedi et, le lundi, reconstruisit la porte Kawayi ; ces deux actes lui valurent des surnoms. Ce même lundi, il convoqua les Maguzawa pour qu’ils viennent le saluer, puis il fit venir le liman Yandoiya : il voulait se prémunir contre une nouvelle déposition.
Kukuna régna huit ans et sept mois après sa restauration, puis fut déposé, en 1660 ; la chronique ne donne aucune cause et ne nomme aucun conjuré. En douze ans, trois rois de Kano avaient été déposés, Kukuna deux fois.
Bawa, fils de Kukuna et de Lamis, monta sur le trône en 1660 et régna jusqu’en 1670. La chronique le dit savant, juste et bon, affirme qu’il n’y eut pas de guerre au pays de Kano de son temps et lui attribue la construction de Pugachin Kishi, qui servit d’école.
Kuma, le madawaki qui avait fait un roi puis l’avait perdu, fut arrêté, hissé sur un âne et promené dans la ville par une foule de jeunes filles, sur l’ordre de Kukuna. Il mourut, dit la chronique, de dépit.
Fasuma, épouse de Shekarau et mère de Soyaki, fut chassée à cause de la rancune que Kukuna gardait à son fils. Elle se bâtit une maison à Durumin Yer Madawaki.
Adashu, roi des Kwararafa, attaqua Kano l’année qui suivit la restauration de Kukuna, en 1653. Kukuna se retira à Yan Magada, puis à Auyo et à Abewa pendant quarante jours, et les Kwararafa enfoncèrent la porte Kawayi. Ils ne restèrent pas ; en 1671, ils forceraient de nouveau les portes de Kano.
Zanku était le chef des Maguzawa, les Haoussa restés fidèles à l’ancienne religion. Ils restèrent vingt et un jours dans la ville à jouer à se frapper la tête avec du fer, et Kukuna leur fit de nombreux présents. Il demanda à Zanku de revenir l’année suivante avec tous ses hommes : s’il le faisait, plus aucun roi de Kano ne serait chassé.
Le liman Yandoiya, l’un des artisans de la paix avec Katsina, accepta de donner au roi un talisman contre la déposition, mais demanda d’abord davantage de présents ; Kukuna le paya en argent et en or. Les talismans furent enterrés dans la maison du Turaki Mainya, dans celle du Turakin Kuka et dans le trésor, et chaque jour on entretenait un feu au-dessus.
Dan Malam Ali Diko avait étudié avec Bawa avant que celui-ci ne devienne roi, et les deux hommes étaient inséparables. Devenu roi, Bawa lui fit bâtir une maison dans le palais, Soron Diko ; Diko faisait sa prière du matin chez le roi et ne rentrait chez lui qu’après la prière du soir.
Kano garda la paix avec Katsina, mais ni les talismans ni l’ancienne religion ne purent maintenir ses rois sur le trône.
Qui est qui
Les rois de Kano
Les grands dignitaires de Kano
Katsina
Les lettrés
Les Kwararafa
Autres
Chronologie
- 1◆Invasion des Kwararafa — règne de Zaki · le pays dévasté 1600–1618
- 2⚔Guraji — sous les murs de Katsina · victoire de Kano 1600–1618
- 3⚔Karaye — première année de Nazaki · victoire de Kano 1618–1623
- 4◆Les murailles de Giwa — Kano agrandie à ses frais 1618–1623
- 5⚑Le camp de Kwoshi — la ferme du roi · neuf jours 1623–années 1640
- 6◆Meurtre de l’esclave d’un envoyé — le prétexte de la guerre 1623–années 1640
- 7♜Le camp de Dugazawa — neuf mois · Katsina bloquée 1623–années 1640
- 8⚔La porte occidentale de Katsina — 1648 · une attaque de nuit met Kano en déroute 1648–1649
- 9◆Déposition d’Alhaji — 1649 · au bout de huit mois 1648–1649
- 10✒La paix des lettrés — 1649–1651 · Kano et Katsina 1649–1651
- 11◆Le conseil des chefs — 1652 · Kukuna rappelé en secret 1651–1652
- 12⚔Hotoro — 1652 · l’armée de Kuma l’abandonne 1651–1652
- 13◆L’attaque des Kwararafa — 1653 · la porte Kawayi enfoncée 1652–1660
- 14◆Déposition de Kukuna — 1660 1652–1660
Sources
- H. R. Palmer (trad.), 'The Kano Chronicle', Journal of the Royal Anthropological Institute 38 (1908), p. 82–88 : les règnes de Zaki à Bawa — source
- D. Laya, 'The Hausa states', UNESCO General History of Africa V (1992) : les guerres entre Kano et Katsina, l’esclave de l’envoyé, la paix des lettrés, la liste des rois de Katsina (lu dans l’édition portugaise, p. 547–549) — source
- Kano Chronicle — Wikipedia (une liste royale en arabe, sans doute rédigée dans les années 1880) — source
- Wambai Giwa — Wikipedia (les murailles, Karaye, les raids contre Katsina) — source
- El Kutumbi — Wikipedia (ses dignitaires, le siège depuis Dugazawa, sa mort) — source
- Muhammad Kukuna — Wikipedia (le coup d’État, la restauration, l’attaque des Kwararafa, les talismans) — source
- Kingdom of Katsina — Wikipedia (la tradition de Katsina sur les guerres d’Uban Yari contre Kano ; l’ancienne liste royale) — source
- Kwararafa Confederacy — Wikipedia (la puissance de la vallée de la Bénoué ; les attaques contre Kano et la paix des environs de 1650) — source
Chaque affirmation du texte a été vérifiée dans les sources ci-dessus. Frontières : historical-basemaps (A. Ourednik, GPL-3.0), l’état de c.1600, simplifié — schématique, les bons États à peu près aux bons endroits. Territoires ayant changé de mains : provinces modernes (Natural Earth) ou états plus tardifs tenant lieu des frontières historiques. Terres, lacs et fleuves : Natural Earth. Portraits : crédités ci-dessous avec auteur, licence et source.
Portraits
- Muhammadu Zaki — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Shehu Abubakar — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Muhammadu Nazaki — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Wambai Giwa — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Kutumbi — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Dawaki Kwoshi — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Muhammadu Uban Yara — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Alhaji — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Shekarau — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Shehu Ataman — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Liman Yandoiya — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Muhammadu Kukuna — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Kuma — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Soyaki — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Bawa — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Muhammadu Wari — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Kalina Atuman — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Allandayi — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Bako — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Magara — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Ibo — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mandawali — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Gumki — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Agurmaji — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Madawaki Kimbirni — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Kumaza — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Dan Maji Zartaki — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mallam Bawa — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Fasuma — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Galadima Wari — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Makama Mukhtari — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Gogori — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Adashu — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Zanku — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Dan Masani — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Dan Marina — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Dan Malam Ali Diko — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration