L’Asie du Sud-Est continentale, 1600–1660
Comment les royaumes périphériques que Naresuan avait gagnés au Siam finirent-ils par lui échapper ?
▶ Voir l’atlas commenté (narration en anglais) · 12 minLes territoires en 1660, aux couleurs de qui les tenait. Hachuré : les territoires qui ont changé de mains entre 1600 et 1660.
Dans chaque période ci-dessous, les événements numérotés de la carte renvoient à la liste qui la suit et aux repères du texte ; rien ne bouge.
Les périodes
- IPégou en cendres1599–1600
- IILa dernière campagne du suzerain1602–1605
- IIILa chute de Syriam1605–1613
- IVLe Lan Na perdu1613–1614
- VUne épouse venue des Nguyễn1619–1623
- VILe rempart du Maître1623–1631
- VIILes faiseurs de rois1628–1630
- VIIILe régent et le sultan1627–1642
- IXLa Compagnie deux fois battue1643–1648
- XLe roi en cage1656–1659
- XIRetour sur la Gianh1655–1660
Pégou en cendres
- 1♜Chute de Pégou — déc. 1599 · à Toungoo et à l’Arakan
- 2♜Siège de Toungoo — mars–mai 1600 · abandonné
En bref
En décembre 1599, Nanda Bayin, dernier roi du grand empire birman, livra sa capitale, Pégou. Ses vassaux avaient fait défection l’un après l’autre. Le roi de Toungoo, Minye Thihathu, qui avait été l’un d’eux, s’était joint au roi d’Arakan, Min Razagyi, pour assiéger la ville.1 Ils se partagèrent son trésor, et Nanda fut emmené captif à Toungoo. Puis les Arakanais incendièrent la ville. En février 1600, Naresuan, le roi de Siam, y entra et la trouva en cendres. Il avait libéré le Siam de la domination birmane ; à présent, il voulait le roi déchu. Il assiégea Toungoo et exigea qu’on lui livre Nanda,2 mais Minye Thihathu refusa. Des raids arakanais coupèrent les lignes de ravitaillement siamoises, et en mai Naresuan se replia, en gardant la côte jusqu’à Martaban au nord. À Syriam, le port de Pégou, Min Razagyi laissa le commandement à un capitaine portugais, Filipe de Brito. En novembre, à Toungoo, Natshinnaung, le fils de Minye Thihathu, tua Nanda, son captif. Nanda lui avait jadis refusé la femme qu’il aimait.
La dernière campagne du suzerain
- 3✒Soumission du Lan Na — 1602 · vassal du Siam
En bref
Pendant quelques années, Naresuan fut le suzerain de ses voisins. En 1602, le souverain du Lan Na, à Chiang Mai, devint son vassal.3 La même année, il laissa un prince cambodgien rentrer chez lui depuis Ayutthaya, où des membres de la famille royale du Cambodge étaient retenus en otages depuis que les Siamois avaient pillé leur capitale en 1594. Ce prince, Srei Soriyopear, régna sur le Cambodge avec la permission de Naresuan, et son fils resta à Ayutthaya. Au nord-ouest montait une nouvelle puissance birmane. Nyaungyan, demi-frère de Nanda, s’était fait roi à Ava et soumettait un à un les États shan des collines. En 1604, il tenait Mone, à la frontière du Lan Na. Au début de 1605, Naresuan marcha vers le nord pour l’affronter. À Mueang Haeng, sur la frontière, il tomba malade, et il mourut en avril. Son frère Ekathotsarot, désormais roi, ramena l’armée.
La chaîne, période par période
Nanda Bayin, roi depuis 1581, avait vu ses vassaux faire défection l’un après l’autre. En décembre 1599, il livra Pégou aux rois de Toungoo et d’Arakan et fut emmené captif à Toungoo. En 1600, Naresuan, roi de Siam, assiégea Toungoo pour s’emparer de lui, et Minye Thihathu refusa de le livrer.
Natshinnaung, fils de Minye Thihathu et poète, aimait depuis des années la princesse veuve Yaza Datu Kalaya, et Nanda avait refusé l’union. Persuadé que le captif inspirait encore le refus de son père, il tua Nanda à Toungoo le 30 novembre 1600. Mécontent, son père fit au roi déchu des funérailles respectueuses.
Yaza Datu Kalaya, fille de Bayinnaung et veuve du prince héritier de Nanda, était elle-même poétesse et avait dix-neuf ans de plus que Natshinnaung. Les poèmes qu’il lui adressa comptent parmi les plus beaux de la langue birmane. Minye Thihathu finit par céder : ils se marièrent quand Natshinnaung fut fait prince héritier, en mars 1603, et elle mourut en novembre de la même année.
Min Razagyi, roi d’Arakan, avait assiégé Pégou avec Toungoo, l’avait incendiée et avait gardé son port, Syriam. En juin 1600, il y laissa comme gouverneur le capitaine de ses mercenaires portugais, Filipe de Brito. Quand de Brito se révolta en 1603, le prince héritier d’Arakan, envoyé reprendre Syriam, tomba dans une embuscade et fut capturé ; Min Razagyi paya une rançon et renonça à Syriam.
Filipe de Brito, Nga Zinga pour les Birmans, construisit des forts à Syriam, y attira des colons portugais et, en mars 1603, avec l’appui du vice-roi de Goa, la déclara possession du Portugal. Il se lia ensuite au seigneur de Martaban qui tenait la ville pour le Siam, Binnya Dala, dont la fille épousa le fils de Filipe de Brito.
Nyaungyan, demi-frère de Nanda, s’était fait roi à Ava en 1600 et reconstruisait la Haute-Birmanie à partir de ses terres à riz. Il soumit un à un les États shan des collines et, en 1604, tenait Mone, à la frontière du Lan Na. Cette avancée dans des terres que le Siam comptait parmi les siennes fit marcher Naresuan vers le nord.
Naresuan, qui avait libéré le Siam de la suzeraineté birmane, se posait désormais en suzerain de ses voisins. Il se replia de Toungoo en mai 1600, quand des raids arakanais eurent coupé son ravitaillement, mais garda la côte jusqu’à Martaban au nord. En 1602, le souverain du Lan Na devint son vassal, et il renvoya un prince cambodgien régner chez lui.
Au début de 1605, Naresuan marcha vers le nord pour arrêter Nyaungyan. À Mueang Haeng, sur la frontière, il tomba malade, et il mourut le 25 avril. Son frère Ekathotsarot devint roi et renonça à l’invasion ; Ava n’était plus menacée.
Des membres de la famille royale du Cambodge étaient retenus à Ayutthaya depuis la prise de Longvek par les Siamois en 1594. En 1602, Naresuan laissa l’un d’eux, Srei Soriyopear, rentrer régner sur le Cambodge avec sa permission. Son fils Chey Chettha resta à Ayutthaya et ne rentra que plus tard.
Vorapita, un roturier marié à une princesse de la lignée royale, gouvernait le Lan Xang pour son fils, fait roi en 1596 vers l’âge de onze ans. Quand une armée qu’il avait envoyée contre le Lan Na revint battue et à court de vivres, il lui ferma les portes de Vientiane et menaça ses chefs, qui se tournèrent vers le jeune roi et assiégèrent la capitale.
Pendant des mois, le père et le fils se disputèrent Vientiane, jusqu’à ce que le clergé bouddhique les réconcilie. Vorapita renonça à la régence et se retira à Nakhon Phanom ; en 1603, Voravongsa fut couronné sous le nom de Thammikarath, le roi juste, et rejeta la suzeraineté que la Birmanie exerçait depuis 1575. Les chroniques ne s’accordent pas sur les dates, certaines plaçant sa prise du pouvoir en 1599.
Nguyễn Hoàng gouvernait le Thuận Hóa et le Quảng Nam pour les Lê, mais, depuis 1593, la cour des Trịnh le retenait auprès d’elle, et cela durait depuis huit ans. À l’été 1600, il prit le commandement contre une révolte que, selon la chronique du Nord, il avait lui-même fomentée, et s’éclipsa vers le sud. Pour préserver la paix, il donna une fille en mariage à Trịnh Tráng, fils de Trịnh Tùng, et laissa au Nord un fils et un petit-fils en otages.
Trịnh Tùng avait repris Thăng Long aux Mạc pour le compte des Lê en 1592. En 1599, il contraignit l’empereur à le nommer Bình An Vương et établit son propre palais à côté du trône ; les nominations, les impôts et l’armée passaient désormais par le palais du seigneur. Quand l’empereur mourut cette année-là, il écarta le prince héritier au profit d’un fils cadet.
Lê Kính Tông, de son nom Lê Duy Tân, devint empereur en octobre 1599, à douze ans, choisi par Trịnh Tùng, et épousa la fille de Tùng. Quand éclata la révolte de 1600, le seigneur et l’empereur durent fuir Thăng Long, et les Mạc tinrent la ville jusqu’à ce que les armées de Tùng les refoulent dans les collines.
Phùng Khắc Khoan, lettré et poète au service de la cause des Lê depuis les années 1550, conduisit en 1597 l’ambassade auprès de la cour des Ming, où il échangea des poèmes par écrit avec l’envoyé coréen Yi Su-gwang. Kính Tông le fit ministre des Travaux en 1599, puis des Finances en 1602 ; il se retira ensuite dans son village et mourut en 1613.
En 1605, la Birmanie était partagée entre Ava, Toungoo, l’Arakan et une Syriam portugaise, le Siam avait perdu son conquérant, le Lan Xang et le Cambodge avaient leurs propres rois, et les Nguyễn gouvernaient le Sud sous le nom des Lê.
La chute de Syriam
- 4♜Prise de Prome — juil. 1608 · confiée à Thalun
- 5◆Sac de Toungoo — par Syriam et Martaban
- 6♜Chute de Syriam — 29 mars 1613 · victoire birmane
- Martaban, à la Birmanie → La Birmanie (les rois de Toungoo)
En bref
Nyaungyan mourut en campagne dans les collines shan, et son fils Anaukpetlun reprit l’œuvre de reconstruction de la Birmanie. En 1608, il prit Prome4 et la confia à son frère Thalun. En 1610, il prit Toungoo, où régnait désormais Natshinnaung, et l’y laissa comme vassal. Natshinnaung ne s’y résigna pas. Il appela Filipe de Brito, qui avait fait de Syriam une forteresse portugaise, et l’allié de celui-ci, Binnya Dala, qui tenait Martaban au nom du Siam ; un fils de Filipe de Brito avait épousé la fille de Binnya Dala. Leurs hommes pillèrent Toungoo5 et emmenèrent Natshinnaung à Syriam. Anaukpetlun descendit vers le sud avec une armée et une flotte fluviale. Syriam tomba6 en mars 1613. En avril, de Brito fut empalé, et Natshinnaung mis à mort avec lui. Les prisonniers portugais furent emmenés vers le nord pour servir comme artilleurs du roi. En mai, Binnya Dala livra Martaban à Anaukpetlun.
La chaîne, période par période
Nyaungyan mourut en campagne dans les collines shan, et son fils Anaukpetlun reprit l’œuvre de reconstruction de la Birmanie. Il prit Prome en juillet 1608, Toungoo en 1610 et Syriam en mars 1613, après un siège par terre et par le fleuve ; en mai, Martaban se soumit à lui. La royauté se rebâtit en prenant les ports et les hommes qui les tenaient.
Thalun, frère cadet d’Anaukpetlun, reçut le gouvernement de Prome après sa prise en 1608. Pendant les vingt années suivantes, il commanda dans les guerres de son frère, de la côte aux États shan de la frontière chinoise, et acquit le prestige qui lui permettrait de revendiquer le trône quand son frère serait assassiné.
Natshinnaung succéda à son père à Toungoo en 1609, mais en 1610 Anaukpetlun prit la ville et ne lui laissa que le rang de vassal. Refusant de s’y résoudre, il appela de Brito et Binnya Dala ; leurs hommes pillèrent Toungoo et l’emmenèrent à Syriam. Quand Syriam tomba, il fut mis à mort avec de Brito, en avril 1613.
La Syriam de Filipe de Brito était le port le plus fort de la côte. Anaukpetlun l’assiégea avec une armée et une flotte fluviale, et elle tomba le 29 mars 1613, au bout de trente-six jours. De Brito fut empalé, et les prisonniers portugais furent emmenés vers le nord pour servir le roi birman comme artilleurs.
Binnya Dala tenait Martaban pour le Siam ; il était lié à de Brito par le mariage de sa fille et avait pris part avec lui au raid sur Toungoo. Syriam perdue, il livra Martaban à Anaukpetlun le 14 mai 1613, et l’emprise du Siam sur la côte au nord de Tavoy prit fin.
Ekathotsarot préserva la paix que Naresuan avait gagnée. En 1608, son ambassade atteignit La Haye et rencontra Maurice de Nassau. Il leva des régiments de volontaires étrangers, dont des Japonais, et commerça avec le Japon des Tokugawa. Il mourut en 1610 ou 1611, affligé, disait-on, par la mort de son fils Suthat, qui s’était empoisonné après que le roi l’eut accusé de rébellion.
Le fils cadet d’Ekathotsarot, Si Saowaphak, régna moins d’un an : des marchands japonais prirent d’assaut le palais, le retinrent en otage, et il fut tué. Un autre fils, Songtham, ancien moine dont on a retenu la piété, monta sur le trône en 1611. Sa cour en vint à reposer sur le commerce étranger et les soldats étrangers.
Voravongsa régnait sur un Lan Xang en paix. En 1612, selon les sources siamoises, ayant appris qu’Ayutthaya était tombée aux mains d’étrangers pendant les troubles japonais, il descendit jusqu’à Lopburi. Les récits lao disent qu’il découvrit que la nouvelle était fausse et rentra chez lui ; une version italienne veut que Songtham l’ait battu en avril 1612, le roi s’échappant à cheval.
En 1613, un seul roi birman tenait toute la côte, de Syriam à Martaban, et le roi de Siam était monté sur le trône à la faveur d’un meurtre au palais.
Le Lan Na perdu
- 7⚔Tavoy — 26 déc. 1613 · victoire birmane
- 8⚔Ténasserim tient bon — mars 1614 · les Birmans repoussés
- 9♜Siège de Chiang Mai — août–déc. 1614
- Lan Na, vassal de la Birmanie → La Birmanie (les rois de Toungoo)
En bref
Martaban n’avait appartenu au Siam que de nom. Anaukpetlun s’en prit alors à la côte siamoise elle-même. En décembre 1613, son armée battit les Siamois à Tavoy7 et poussa vers le sud, jusqu’à ce que les canons portugais de Ténasserim8 la repoussent. Le roi de Siam était désormais Songtham, fils d’Ekathotsarot et ancien moine. Anaukpetlun se tourna alors vers le Lan Na, autre vassal que le Siam ne tenait que de nom. En avril 1614, ses armées marchèrent sur Chiang Mai, depuis Martaban au sud et depuis Mone au nord. Le souverain du Lan Na, Thado Kyaw, appela à l’aide. Aucun secours ne vint d’Ayutthaya. Il vint du Lan Xang, le royaume lao du Mékong, et des troupes lao se joignirent à la défense. En août, les Birmans tenaient les deux armées enfermées autour de Chiang Mai.9 Le 22 décembre 1614, la ville capitula. Le Lan Na allait relever de la Birmanie pendant plus d’un siècle, et le Siam ne tenta pas de le reprendre avant près de cinquante ans.
La chaîne, période par période
Après Syriam, Anaukpetlun s’en prit à la côte siamoise elle-même : son armée battit les Siamois à Tavoy en décembre 1613, mais fut repoussée par les canons portugais de Ténasserim. Le 30 avril 1614, deux de ses armées, venues de Martaban et de Mone, envahirent le Lan Na, un vassal que le Siam ne tenait que de nom.
Thado Kyaw, souverain du Lan Na à Chiang Mai, appela à l’aide. Aucun secours ne vint d’Ayutthaya ; des troupes lao du Lan Xang se joignirent à la défense. En août, les deux armées étaient enfermées autour de Chiang Mai, et le 22 décembre 1614 la ville capitula. Le Lan Na allait relever de la Birmanie pendant plus d’un siècle.
Nguyễn Phúc Nguyên, sixième fils de Nguyễn Hoàng, succéda à son père en 1613. Il tenait toujours ses titres des Lê, mais il gouvernait le Sud comme son bien propre : à partir de 1615, il fit fondre des canons avec l’aide des Portugais, et il nomma son fils aîné gouverneur du Quảng Nam, la province du port de Hội An.
Nguyễn Phúc Kỳ fut nommé gouverneur du Quảng Nam en 1615, poste qui le désignait comme héritier, et le gouverna seize ans. Il était bien disposé envers les missionnaires occidentaux, qui purent, sous sa protection, vivre et travailler à Hội An et au chef-lieu de la province, Thanh Chiêm. Il mourut en 1631, avant son père.
Trần Đức Hòa, originaire de Bồng Sơn, était l’inspecteur des Nguyễn à Quy Nhơn, si proche de Nguyễn Phúc Nguyên que le seigneur l’appelait son frère juré. Il stocka du grain pour la guerre contre le Nord et protégea les jésuites qui s’installèrent à Nước Mặn, dans sa province.
Francesco Buzomi, jésuite napolitain envoyé de Macao, débarqua à Đà Nẵng le 18 janvier 1615 avec la première mission jésuite du Sud. Il servit les chrétiens japonais de Hội An, s’établit à Thanh Chiêm et, en 1618, fonda la mission de Nước Mặn, dans la province de Trần Đức Hòa.
Francisco de Pina, jésuite portugais, arriva dans le Sud en 1617. Il fut le premier Européen à parler couramment le vietnamien et à y prêcher sans interprète, compila un premier vocabulaire en 1619 et mit au point une manière d’écrire la langue en lettres latines, l’origine de l’alphabet vietnamien moderne.
Cristoforo Borri, jésuite milanais, mathématicien et astronome, s’embarqua avec Pedro Marques et atteignit le Sud en 1618. Il travailla depuis Nước Mặn avec Buzomi et Pina jusqu’en 1622. Son récit de la mission, imprimé à Rome en 1631, devint la principale description du Sud des Nguyễn dont disposait l’Europe.
Le Lan Na passa du Siam à la Birmanie, et dans le Sud des Nguyễn la protection d’un seigneur permit aux premiers jésuites de s’installer.
Une épouse venue des Nguyễn
- 10⚔Échec de l’invasion siamoise — 1622 · victoire cambodgienne
- 11⌂Postes de douane des Nguyễn — 1623 · prêtés par le Cambodge
- Le Sud des Nguyễn (approx.) → Les Nguyễn, au sud du Đại Việt
En bref
Le Cambodge se détacha plus discrètement. Le fils de Srei Soriyopear, Chey Chettha, était rentré d’Ayutthaya, et vers 1619 son père lui céda le trône. Chey Chettha cessa de verser au Siam le tribut que lui payait le Cambodge et fit d’Oudong sa capitale. Il avait épousé une fille du seigneur Nguyễn qui gouvernait le sud du Đại Việt. Le grand-père de la princesse avait quitté la cour des Trịnh, à Thăng Long, en 1600 pour gouverner les provinces du Sud comme son bien propre ; son père, Nguyễn Phúc Nguyên, les tenait à présent. Les chroniques khmères l’appellent Ang Cuv ; la tradition vietnamienne la nomme Ngọc Vạn. En 1622, Songtham envoya une armée au Cambodge, et elle fut repoussée.10 En 1623, une ambassade arriva de la cour des Nguyễn. Invoquant leur conflit avec les Trịnh, les Nguyễn demandèrent les postes de douane de Prey Nokor, là où se trouve aujourd’hui Saïgon. Nguyễn Phúc Nguyên pria sa fille d’intercéder auprès de son mari, et Chey Chettha leur prêta les postes.11
La chaîne, période par période
Chey Chettha, rentré d’Ayutthaya, reçut le trône de son père vers 1619. Il cessa de verser le tribut au Siam, fit d’Oudong sa capitale et épousa une fille de Nguyễn Phúc Nguyên. Songtham conduisit lui-même une armée au Cambodge en 1621 et fut repoussé ; une deuxième, en 1622, sous son frère Si Sin, échoua elle aussi.
Ngọc Vạn, Ang Cuv dans les chroniques khmères, tenait à Oudong sa propre maison et une garde vietnamienne. En 1623, une ambassade de son père demanda les postes de douane de Prey Nokor, invoquant la guerre contre le Nord ; à sa demande, elle pressa son mari, et Chey Chettha les prêta. Les Nguyễn avaient pris pied dans le delta pour le commerce, pas encore pour y gouverner.
Le règne de Songtham fut un temps de commerce : un traité avec les Hollandais en 1617, des ambassades auprès des shoguns à partir de 1621. Ses guerres tournèrent mal. Le Cambodge cessa de payer le tribut et repoussa ses invasions de 1621 et 1622, et en 1622 la Birmanie prit Tavoy. Il s’appuya sur des soldats étrangers, avant tout les Japonais.
Yamada Nagamasa commandait les volontaires japonais de la garde royale et portait le titre siamois d’okya Senaphimuk. Les Japonais d’Ayutthaya étaient marchands autant que soldats, et par lui la cour de Songtham prit part au commerce avec le Japon des Tokugawa.
En 1620, deux frères de Nguyễn Phúc Nguyên, Hiệp et Trạch, demandèrent en secret à Trịnh Tùng de les aider à s’emparer du Sud, promettant de se soumettre à lui. Tùng envoya 5 000 hommes au Nhật Lệ, mais le complot fut découvert et les frères arrêtés. Dès lors, le Sud n’envoya plus d’impôts au Nord.
Lê Kính Tông supportait mal la tutelle de Trịnh Tùng. En 1619, il complota avec le fils de Tùng, Trịnh Xuân, qui convoitait la succession, pour tuer le seigneur ; une arme à feu dissimulée, tirée sur le cortège de Tùng, ne fit que briser son parasol. Les conjurés avouèrent, et le 23 juin 1619 l’empereur se pendit. Il fut enterré en empereur, mais exclu du temple dynastique.
Trịnh Xuân perdit ses charges et fut assigné à résidence après le complot, mais son père le libéra en 1620. En juillet 1623, Tùng étant mourant, le seigneur nomma commandant son fils Tráng, et Xuân seulement adjoint. Xuân se révolta, pilla le palais du seigneur et mit le feu à Thăng Long ; son oncle Trịnh Đỗ l’attira dans un piège et le fit tuer.
Lê Thần Tông, de son nom Lê Duy Kỳ, fils aîné de Kính Tông et de la fille de Trịnh Tùng, fut placé sur le trône en 1619 à la prière de l’impératrice, bien qu’un autre prince Lê le convoitât. Petit-fils du seigneur, il liait les deux maisons. Lors du soulèvement de 1623, Trịnh Tráng le fit escorter hors de la capitale pour le mettre en sûreté.
Trịnh Tráng, nommé commandant alors que son père se mourait, en juillet 1623, devint seigneur quand Tùng mourut sur la route, en quittant la capitale en flammes. Il repoussa une armée Mạc qui tentait sa chance, ramena l’empereur, prit le titre de Thanh Đô Vương et exigea que les Nguyễn lui envoient leurs impôts et se soumettent.
En 1621, Voravongsa se rendit à Luang Prabang, laissant son héritier aux commandes à Vientiane. Apprenant que le prince comptait s’emparer du trône, il ordonna son arrestation ; le prince s’enfuit avec des troupes, et une partie de l’armée et de la cour se rallia à lui. Voravongsa fut traqué et tué sur l’ordre de son fils, en 1621 ou 1622.
Le prince, connu seulement par son titre d’Upayuvarat, l’héritier, fut couronné à Vientiane. Les récits thaïs attribuent le soulèvement à un seigneur nommé Vieng, qui s’empara de la capitale au nom du prince, poursuivit le vieux roi et le tua. Le nouveau roi mourut au bout de quelques mois, neuf selon la tradition, de causes que les chroniques ne précisent pas.
Phaya Vieng, le seigneur qui avait fait roi le prince, voulait qu’un autre fils de Voravongsa, Mom Kaeo, lui succède. La cour en décida autrement, et Vieng se souleva aussi contre le nouveau roi.
La cour écarta les fils de Voravongsa et choisit un grand seigneur de l’ancienne lignée royale, le gouverneur de Sikhottabong, sur le moyen Mékong, qui régna à partir de 1623 environ sous le nom de Phothisarat II. La révolte de Vieng montra combien ce choix avait peu réglé. Phothisarat mourut en 1627.
Le Cambodge avait troqué le Siam contre les Nguyễn, un empereur et un fils de seigneur étaient morts pour avoir comploté contre les Trịnh, et le roi du Lan Xang avait été tué par son héritier.
Le rempart du Maître
- 12⚔Nhật Lệ — 1627 · échec de l’attaque des Trịnh
- 13⌂Le rempart du Maître — 1630–1631 · remparts de Trường Dục et du Nhật Lệ
En bref
En 1623 mourut le vieux seigneur Trịnh, qui gouvernait le Nord au nom des empereurs Lê, et son fils Trịnh Tráng lui succéda. Il exigea que le Sud lui envoie ses impôts et se soumette. Nguyễn Phúc Nguyên refusa. En 1627, Trịnh Tráng descendit vers le sud avec l’armée royale et attaqua les Nguyễn à l’embouchure du Nhật Lệ. Les canons des Nguyễn, fondus sur des modèles portugais, tinrent bon.12 Selon la chronique des Nguyễn, un jeune officier, Nguyễn Hữu Dật, fit alors courir le bruit que des parents de Trịnh Tráng complotaient dans le Nord, et Trịnh Tráng rentra en hâte. Cette année-là, Nguyễn Phúc Nguyên prit à son service un lettré du Nord, Đào Duy Từ, qu’on avait écarté des examens du Nord parce qu’il était fils de comédien. Sur son conseil, les Nguyễn élevèrent deux longs remparts de terre en travers de l’étroite plaine côtière, près du Nhật Lệ, en 1630 et 1631.13 On appela cette ligne le rempart du Maître. Le Đại Việt avait désormais deux gouvernements, et ils étaient en guerre.
La chaîne, période par période
Nguyễn Phúc Nguyên rejeta les exigences de Trịnh Tráng, qui réclamait impôts et soumission. En 1627, Tráng descendit vers le sud, emmenant l’empereur avec lui, et attaqua les Nguyễn à l’embouchure du Nhật Lệ. Les canons des Nguyễn tinrent bon, et l’armée du Nord rentra chez elle.
Nguyễn Hữu Dật, fils d’un officier venu dans le Sud avec Nguyễn Hoàng, avait réussi l’examen du seigneur à seize ans. En 1627, il était surveillant de l’armée au sud de la Gianh. Selon la chronique des Nguyễn, il fit courir le bruit que des parents de Tráng, Trịnh Gia et Trịnh Nhạc, allaient se révolter dans le Nord, et Tráng se retira, alarmé.
Un lettré du Nord, Đào Duy Từ, s’enfuit vers le sud à l’hiver 1625 et, faute de pouvoir approcher le seigneur, se rendit chez Trần Đức Hòa, à Quy Nhơn. Hòa l’accueillit, lui donna sa fille en mariage et le présenta à Nguyễn Phúc Nguyên en 1627.
Đào Duy Từ avait été écarté des examens du Nord parce qu’il était fils de comédien. Entré au service de Nguyễn Phúc Nguyên en 1627, il devint son principal conseiller pour la guerre et le gouvernement, et le seigneur le traita en maître.
Trịnh Tráng gouvernait au nom de l’empereur depuis le palais du seigneur. En 1625, son fils Trịnh Kiều captura le prétendant Mạc à Cao Bằng et le fit tuer. En 1627, il emmena l’empereur vers le sud pour soumettre les Nguyễn, et rentra les mains vides.
Alexandre de Rhodes, jésuite d’Avignon, atteignit Hội An en décembre 1624 et apprit le vietnamien auprès de Francisco de Pina. Le 19 mars 1627, il débarqua avec Pedro Marques au Thanh Hóa ; en juillet, ils atteignirent Thăng Long, où Trịnh Tráng leur donna une maison et les laissa prêcher.
Pedro Marques, jésuite qui avait fait route vers le Sud avec Borri, partit au nord avec Rhodes en 1627 pour ouvrir la mission du Tonkin. Pendant plus d’un an, les deux hommes prêchèrent librement dans la capitale avant d’être assignés à résidence.
À la mort de Phothisarat II, en 1627, le trône revint à la lignée de Voravongsa : à son fils Mom Kaeo, frère de l’éphémère Upayuvarat. Son règne fut rempli des querelles entre prétendants. Vieng, qui avait fait et défait des rois, se révolta une fois de plus ; il fut vaincu et exécuté.
La guerre de 1627 laissa le Đại Việt avec deux gouvernements, qui tenaient tous deux les Lê pour leurs empereurs.
Les faiseurs de rois
- 14♛Couronnement de Prasat Thong — 1629 · après deux règnes éclair
En bref
En juillet 1628, Anaukpetlun fut tué sur l’ordre de son propre fils, qui craignait d’être puni pour une liaison avec l’une des épouses du roi. Le fils tenait Pégou, et guère plus. Le frère d’Anaukpetlun, Thalun, revint de campagne dans les collines shan, et en 1630 la garde du palais de Pégou lui livra le meurtrier, qui fut exécuté. Thalun reconstitua le royaume, Lan Na compris. Au Siam, Songtham mourut à la fin de 1628. Un courtisan qu’il avait favorisé, l’homme dont on a retenu le nom de Prasat Thong, plaça sur le trône le jeune fils de Songtham, avec l’aide de Yamada Nagamasa, le capitaine japonais de la garde japonaise du roi. En 1629, Prasat Thong fit tuer le jeune roi, couronna un petit frère encore enfant et, en quelques semaines, prit la couronne pour lui-même.14 Yamada protesta. Prasat Thong l’envoya au sud gouverner Ligor et, en 1630, le fit empoisonner. Une nouvelle maison occupait le trône du Siam.
La chaîne, période par période
En juillet 1628, Anaukpetlun fut tué sur l’ordre de son fils Minyedeippa. Le roi avait découvert la liaison du prince avec une reine de second rang, fille du chef de Kengtung, et lui avait dit que ce crime méritait qu’on le fasse rôtir vif.
Minyedeippa, âgé d’une vingtaine d’années, força les ministres de Pégou à le proclamer roi pendant que ses oncles étaient au loin dans les États shan. Il ne régna jamais au-delà de Pégou. En 1630, son oncle Thalun descendit d’Ava ; en août, le commandant de la garde du palais se saisit de Minyedeippa et le livra, et il fut exécuté en novembre.
Thalun faisait campagne autour de Kengtung avec son frère Minye Kyawswa quand Anaukpetlun mourut. Les deux frères revinrent, tinrent la Haute-Birmanie et firent de Thalun le point de ralliement contre le parricide. Proclamé héritier, il prit Pégou en 1630 et entreprit de rebâtir le royaume.
Songtham voulait que son jeune fils Chetthathirat lui succède plutôt que Si Sin, le prince du Palais de devant, héritier selon la coutume. Il demanda au favori en qui il avait confiance, l’okya Siworawong, d’y veiller, et mourut en décembre 1628.
L’okya Siworawong, cousin de Songtham selon le récit de van Vliet, était passé d’une jeunesse dissipée et de la prison à la faveur royale. Avec l’aide de Yamada, il plaça Chetthathirat sur le trône et fit exécuter ceux qui s’y opposaient ; nommé ministre de la Guerre, le Kalahom, il domina le jeune roi. En 1629, il le fit tuer, couronna un petit frère encore enfant, et prit bientôt la couronne pour lui-même sous le nom de Prasat Thong.
Si Sin, frère de Songtham selon van Vliet et son fils selon les chroniques siamoises, chercha refuge dans le monachisme. Attiré au palais et arrêté, il fut envoyé mourir à Phetchaburi ; délivré, disent les chroniques, par des moines, il mena une brève révolte, que Yamada écrasa. Il fut capturé et exécuté.
Chetthathirat, âgé d’une quinzaine d’années, régna quelque huit mois, simple créature du Kalahom. Quand le ministre célébra pour l’un de ses parents une crémation digne d’un roi et que la plus grande partie de la cour y assista au lieu de se rendre à l’audience royale, le roi menaça de sévir. Les hommes du Kalahom prirent d’assaut le palais, et le roi fut capturé et exécuté en 1629.
Athittayawong, âgé d’une dizaine d’années, fut couronné tandis que le Kalahom gouvernait. Au bout de trente-six jours environ, les dignitaires déclarèrent que le royaume avait deux rois ; l’enfant fut déposé, puis exécuté, et le Kalahom monta sur le trône sous le nom de Prasat Thong. La lignée de Songtham était éteinte.
Yamada avait aidé à faire roi Chetthathirat et avait écrasé Si Sin. Il protesta quand le Kalahom prit le trône, et Prasat Thong l’envoya au sud comme gouverneur de Ligor. En 1630, Yamada fut empoisonné, et le nouveau roi chassa les Japonais d’Ayutthaya.
Chey Chettha mourut en 1627. Son fils aîné était moine, et la cour offrit la couronne au frère du roi, Outey ; il la refusa et gouverna comme ubhayorach, un titre que portait d’ordinaire un roi ayant abdiqué, en gardant le trône pour son neveu. Il épousa sa nièce Ang Vathi, la princesse promise à ce neveu.
Ponhea To, fils aîné de Chey Chettha, quitta l’état monastique et fut couronné vers 1628, laissant le gouvernement à son oncle. Il aimait Ang Vathi, devenue l’épouse de son oncle ; la querelle tourna à la guerre, et il fut tué par les mercenaires européens d’Outey, entre 1630 et 1632 selon les chroniques.
En 1629, Trịnh Tráng envoya au sud un émissaire porteur de titres pour le seigneur Nguyễn et d’exigences : un fils à la cour, des éléphants et des navires de guerre. Đào Duy Từ conseilla d’accepter les titres pour l’heure et de refuser le reste. Sur son conseil, les Nguyễn élevèrent un rempart à Trường Dục en 1630, prirent le sud du Bố Chính à l’automne et, en 1631, dressèrent une ligne plus solide le long du Nhật Lệ, le rempart du Maître.
En 1630, Trịnh Tráng maria sa fille Trịnh Thị Ngọc Trúc à son neveu, l’empereur Lê Thần Tông, liant le trône plus étroitement encore à la maison du seigneur.
Trịnh Thị Ngọc Trúc avait été mariée à un prince Lê, Lê Trụ, mort en prison après un crime grave, et en avait eu une fille. Elle avait trente-cinq ans. Les ministres s’opposèrent à l’union ; l’empereur répondit, selon la chronique, que la chose était faite et qu’il la prendrait. Bouddhiste fervente, elle était connue pour son étude du Sūtra du Diamant.
La mission du Tonkin, écrivirent les jésuites, se mit à dos les femmes et les eunuques de la cour en prêchant une seule épouse par homme, et ceux-ci firent courir le bruit que les prêtres étaient des sorciers. En mai 1630, Trịnh Tráng expulsa Rhodes et Marques, qui partirent pour Macao.
En 1630, un usurpateur régnait sur le Siam, Thalun rebâtissait la Birmanie, Outey gouvernait le Cambodge derrière ses neveux, et les Nguyễn fermaient le Sud derrière leurs remparts.
Le régent et le sultan
En bref
Au Cambodge, Chey Chettha était mort en 1627, et le pouvoir réel était passé à son frère Outey. Outey refusa la couronne et gouverna en régent pour ses neveux. Le premier d’entre eux se brouilla avec lui au sujet d’une princesse qu’Outey avait prise pour épouse, et fut tué par les soldats étrangers de son oncle ;15 les chroniques situent sa mort entre 1630 et 1632. Un frère cadet régna jusqu’en 1640 et, à sa mort, Outey fit roi son propre fils. Un autre fils de Chey Chettha, Ponhea Chan, refusa d’être écarté. Soutenu par des combattants malais et chams, il fit tuer Outey et le fils d’Outey en janvier 1642 et monta sur le trône sous le nom de Ramathipadi. Peu après, il se fit musulman,16 seul roi du Cambodge à l’avoir fait, et les Européens l’appelèrent le sultan Ibrahim. La veuve de Chey Chettha, Ngọc Vạn, tenait toujours sa propre cour à Oudong. Avec d’autres, elle plaida pour la vie des fils d’Outey. Les garçons furent épargnés, et ils attendirent leur heure.
La chaîne, période par période
Đào Duy Từ donna aux Nguyễn de nouveaux officiers autant que des remparts. En 1631, un jeune homme de son propre district natal, au Thanh Hóa, Nguyễn Hữu Tiến, vint le trouver ; Duy Từ le recommanda au seigneur et lui donna sa fille en mariage. Il mourut en décembre 1634, après huit ans au service du seigneur.
Nguyễn Hữu Tiến, né en 1602, commença comme capitaine dans la marine des Nguyễn et s’éleva jusqu’au commandement des armées du seigneur. En 1633, avec Nguyễn Hữu Dật, il mena les troupes qui fondirent sur le camp de Trịnh Tráng au Nhật Lệ et mirent en déroute sa deuxième invasion.
Nguyễn Phúc Anh, troisième fils du seigneur, reprit le Quảng Nam à la mort de son frère aîné Kỳ, en 1631. Convoitant la succession, il écrivit en 1633 à Trịnh Tráng pour lui proposer de se soulever dans le Sud si les Trịnh attaquaient. Il ne donna aucun signal, et l’armée Trịnh qu’il avait appelée fut mise en déroute.
Trịnh Tráng, élevé au rang de Thanh Vương en 1629, compta sur l’offre de Nguyễn Phúc Anh et emmena de nouveau l’empereur vers le sud en 1633. Il attendit au Nhật Lệ plus de dix jours un signal qui ne vint jamais, fut mis en déroute et rentra en laissant son gendre Nguyễn Khắc Liệt tenir le nord du Bố Chính.
Thalun passa trois ans à soumettre de nouveau le Lan Na, achevant la tâche en 1632, et fut couronné à Pégou en décembre 1633. En 1634–1635, il ramena la cour à Ava, dans les terres à riz de la Haute-Birmanie, et fit de son frère Minye Kyawswa son héritier.
Minye Kyawswa, frère cadet de Thalun et gouverneur d’Ava, avait combattu à ses côtés dans les États shan dans les années 1620, puis contre le parricide. Quand la cour s’installa à Ava, il fut fait maha uparaja, héritier du trône. Il fit bâtir un monastère de quatre étages au bord du fleuve, à Sagaing.
La manière dont Prasat Thong s’était emparé du trône permit à ses vassaux de contester son droit. La reine de Patani cessa d’envoyer les fleurs d’or du tribut ; les expéditions qu’il lança contre elle en 1632 et 1634 échouèrent toutes deux, la seconde parce que les navires hollandais promis en renfort arrivèrent trop tard.
Raja Ungu, reine de Patani depuis 1624, avait abandonné le titre siamois que portaient ses sœurs. En 1632, elle maria sa fille au sultan de Johor, bien que la jeune femme eût déjà un mari, le vassal siamois de Phatthalung, qui poussa le Siam à attaquer. Patani repoussa les deux attaques, mais son commerce déclina ; la reine mourut en 1634 ou 1635.
Après la mort de Ponhea To, Outey refusa de nouveau la couronne et la donna à un autre fils de Chey Chettha, en gardant le gouvernement entre ses mains.
Ponhea Nou, couronné au milieu des années 1630 sous le nom d’Ang Tong Reachea, régna tandis que son oncle gouvernait. Son règne vit des querelles avec les Hollandais au sujet de navires et de cuivre saisis, puis, à partir de 1638, l’ouverture d’un comptoir hollandais au Cambodge. Il mourut en juin 1640.
Le règne de Mom Kaeo ne sortit jamais des querelles entre prétendants rivaux. Il mourut en 1633, et le trône passa à son fils Tone Kham, qu’il avait fait héritier en 1627.
Tone Kham, héritier depuis 1627 avec le titre d’Upayuvarat, régna, selon la chronologie habituelle, de 1633 à 1637 ; les chroniques lao et thaïes divergent sur ces règnes brefs. L’un de ses fils fut le futur roi Sourigna Vongsa.
En 1634, les remparts des Nguyễn avaient tenu deux fois, Thalun avait refait l’unité de la Birmanie, et Patani avait montré qu’on pouvait défier Prasat Thong.
Depuis Ava, Thalun fit d’une armée de conquête un État. Une enquête fiscale de 1635 dénombra quelque deux millions d’habitants dans la vallée de l’Irrawaddy, et un recensement des hommes et des terres suivit. Il installa des captifs de guerre sur les terres irriguées de Kyaukse pour les cultiver et servir à la guerre.
Kaingza Manuraza, un ministre qui tenait le village de Kaing, répondit aux questions de Thalun sur le droit en s’appuyant sur les anciens textes juridiques de Manu. Ses réponses, le Maharajasat, appelées aussi les réponses de Manuraza, devinrent un livre de lois du règne.
Taungpila Sayadaw, moine né à Salin en 1578, était le maître que Thalun honorait : le roi lui conféra le titre de Tipiṭakālaṅkāra à son avènement et, quand il se retira dans la forêt en 1638–1639, Thalun et Minye Kyawswa rivalisèrent de dons pour lui. Ses œuvres comprennent des réponses aux questions du roi et le livre de lois Manusāra. Il mourut vers 1650.
Nguyễn Phúc Nguyên mourut en 1635, et son deuxième fils, Nguyễn Phúc Lan, héritier depuis la mort de Kỳ, lui succéda. En 1636, il transféra la résidence du seigneur à Kim Long, près de l’actuelle Huế, et permit à la Compagnie hollandaise d’ouvrir un comptoir à Hội An.
Nguyễn Phúc Anh se souleva au Quảng Nam dès l’avènement de Lan, fortifiant Cu Đê et tenant le port de Đà Nẵng avec sa flotte. Son secrétaire, secrètement acquis à Lan, trahit ses plans. Les troupes de Lan frappèrent par terre et par mer, prirent Anh dans sa fuite et le ramenèrent enchaîné au Thuận Hóa.
Nguyễn Phúc Khê, oncle de Lan, fut celui auprès de qui Lan pleura, offrant de renoncer au pouvoir plutôt que de tuer un frère. Khê répondit que la loi passait avant la parenté et poussa à l’attaque ; quand Anh implora sa grâce, Khê et les généraux réclamèrent sa mort, et Anh fut exécuté avec les hommes inscrits sur sa liste de conjurés.
Tống Thị, veuve de Nguyễn Phúc Kỳ, vint à la cour en 1639 plaider sa cause et devint la maîtresse de Lan. Son père était passé aux Trịnh en 1631. Enrichie par les pots-de-vin et menacée par Trung, frère de Lan, elle écrivit, disent les annales, par l’intermédiaire de son père à Trịnh Tráng, pour le presser d’envahir le Sud.
Raja Kuning succéda à sa mère comme reine de Patani vers 1635. Quand le Siam prépara une nouvelle attaque, le raja de Kedah s’entremit ; elle fit la paix en 1636, envoya de nouveau le tribut et, en 1641, se rendit elle-même à la cour d’Ayutthaya.
Jeremias van Vliet dirigea le comptoir de la Compagnie hollandaise à Ayutthaya de 1633 à 1642, face à un roi qui gardait le commerce entre les mains de la couronne. Il écrivit le récit de la guerre de succession qui porta Prasat Thong au pouvoir, qui en reste la source principale. En 1642, il partit gouverner Malacca, devenue hollandaise.
Osoet Pegua, marchande môn, avait à la cour les relations dont la Compagnie avait besoin et servait d’intermédiaire pour le commerce de Prasat Thong avec les Hollandais. De 1638 à 1642, elle fut la compagne de van Vliet, et ils eurent trois filles. À son départ, il lui disputa les enfants ; elles restèrent avec elle jusqu’à sa mort, en 1658.
Vichai, frère de Tone Kham, prit le trône à la mort de celui-ci, en 1637, et mourut dans l’année. Ses fils s’enfuirent quand leur cousin fut couronné.
Sourigna Vongsa, fils de Tone Kham, fut choisi par les nobles de préférence à ses deux frères aînés vers 1637–1638. Il assura son trône en éloignant ses rivaux, un frère au Vietnam et un autre dans un monastère, et commença un règne de cinquante-sept ans dont on a fait l’âge d’or du Lan Xang.
Gerrit van Wuysthoff, marchand de la Compagnie hollandaise, remonta le Mékong depuis le Cambodge à partir du 20 juillet 1641 avec des présents pour le roi, afin de voir si le commerce avec le Lan Xang serait rentable et si le fleuve pourrait le porter. Sourigna Vongsa le reçut avec honneur, mais les chutes du Mékong rendaient un comptoir impraticable.
À la mort de Ponhea Nou, en 1640, Outey enfreignit sa propre règle : il fit roi son fils Ang Non, âgé d’environ vingt et un ans. Les fils survivants de Chey Chettha furent écartés.
En 1641, Thalun régnait depuis Ava sur une Birmanie rebâtie, le Lan Xang avait un roi qui allait durer, et Outey avait fait passer la couronne du Cambodge à sa propre branche.
La Compagnie deux fois battue
- 17⚔Embouchure de la Gianh — été 1643 · victoire des Nguyễn
- 18⚔La flotte hollandaise battue — 1644 · sur le Mékong · victoire cambodgienne
- 19⚔Trường Dục — 1648 · victoire des Nguyễn
En bref
La Compagnie néerlandaise des Indes orientales commerçait dans le nord du Đại Việt et au Cambodge, et elle avait pris le parti des Trịnh dans leur guerre. À l’été 1643, trois navires de guerre hollandais commandés par Pieter Baeck firent voile vers l’embouchure de la Gianh pour se joindre à une attaque des Trịnh. Le petit-fils de Nguyễn Phúc Nguyên, Nguyễn Phúc Tần, sortit à leur rencontre avec cinquante ou soixante petites jonques de guerre. Le navire de Baeck vola en éclats, et il périt avec lui. Les autres s’enfuirent.17 En novembre, à Oudong, l’envoyé de la Compagnie, Pieter van Regemortes, se présenta au palais pour exiger des réparations, et les soldats de Ramathipadi le tuèrent, lui et ses hommes. La flotte que la Compagnie envoya l’année suivante remonter le Mékong pour châtier le roi fut battue sur le fleuve.18 En 1648, les Trịnh redescendirent vers le sud, et Tần les mit en déroute par une attaque de nuit au pied des remparts des Nguyễn.19 Son père, le seigneur Nguyễn, mourut cette année-là, et Tần lui succéda.
La chaîne, période par période
Ponhea Chan, un autre fils de Chey Chettha, refusa d’être écarté. Soutenu par des musulmans malais et chams, ainsi que par des Japonais, il fit tuer Outey et Ang Non le 5 janvier 1642 et monta sur le trône sous le nom de Ramathipadi. Il se fit bientôt musulman, seul roi cambodgien à l’avoir fait, et les Européens l’appelèrent le sultan Ibrahim.
Ngọc Vạn, veuve de Chey Chettha, tenait toujours sa propre cour à Oudong. Avec d’autres membres de la famille royale et des moines, elle demanda au nouveau roi d’épargner les descendants d’Outey, et les jeunes fils d’Outey furent épargnés.
Pieter van Regemortes vint faire valoir les revendications de la Compagnie hollandaise auprès de la nouvelle cour. Le 27 novembre 1643, alors qu’il se rendait à une audience à Oudong, il fut massacré avec son escorte ; les hommes de la Compagnie, à son comptoir et à bord de deux de ses navires, furent tués ou réduits en esclavage.
Le capitaine Harouse commandait la flotte que la Compagnie envoya remonter le Mékong en 1644 pour châtier le roi. Les Cambodgiens l’affrontèrent sur le fleuve près de Phnom Penh ; 156 de ses 432 hommes périrent, Harouse parmi eux, et des navires furent perdus. Batavia renonça à une seconde attaque ; les 29 captifs survivants furent libérés au bout de trois ans environ, et la paix fut signée en 1656.
Nguyễn Phúc Tần, fils et héritier de Lan, affronta les Hollandais sur mer. À l’été 1643, trois navires de guerre de la Compagnie vinrent à la Gianh pour se joindre à une attaque des Trịnh ; sans attendre l’ordre de son père, il sortit à leur rencontre avec une cinquantaine de jonques de guerre.
Le lourd navire amiral de Pieter Baeck fut rattrapé, démâté et pris à l’abordage. Il sauta, de la main même de Baeck selon le récit vietnamien, et Baeck périt avec une grande partie de son équipage ; les deux autres navires s’échappèrent. La Compagnie n’envoya plus de navires de guerre contre les Nguyễn.
Rhodes revint dans le Sud en 1640 et, entre deux expulsions, y travailla jusqu’en 1645. Il forma une compagnie de catéchistes vietnamiens, liés par serment au service de l’Église pour la vie, qui prenaient le relais quand les prêtres étrangers étaient chassés. En 1645, il fut expulsé pour de bon.
André de Phú Yên, baptisé avec sa mère en 1641 vers l’âge de quinze ans, devint l’un des plus proches auxiliaires de Rhodes et entra parmi ses catéchistes. En juillet 1644, quand le gouverneur s’en prit à la mission sur l’ordre du seigneur, des soldats qui cherchaient un autre catéchiste emmenèrent André à sa place. Refusant de renier sa foi, il fut tué à Kẻ Chàm le 26 juillet, premier martyr vietnamien.
Poussé, disent les annales des Nguyễn, par une lettre de Tống Thị, Trịnh Tráng attaqua de nouveau le Sud en 1643, prit le sud du Bố Chính et se retira dans la chaleur de l’été. En novembre de la même année, après un scandale né de ses avances à une jeune épouse de l’empereur, selon les chroniques, il contraignit Lê Thần Tông à abdiquer en faveur de son fils.
Lê Chân Tông, de son nom Lê Duy Hựu, devint empereur le 23 novembre 1643, quand son père fut contraint de se retirer ; Lê Thần Tông vécut désormais en empereur retiré. Les Trịnh gouvernèrent au nom du nouvel empereur comme ils l’avaient fait au nom de son père.
Trịnh Tạc, fils de Tráng, devint héritier à la mort de son frère aîné en 1642 et reçut en 1645 le commandement des armées et le gouvernement. Deux frères écartés, Trịnh Sầm et Trịnh Lịch, se soulevèrent cet été-là pendant que leur père était malade ; Tạc les écrasa, et tous deux furent tués.
Phạm Công Trứ, docteur des examens de 1628, avait marché vers le sud avec l’armée en 1643. Censeur général adjoint en 1645, il pressa avec Đào Quang Nhiêu le palais du seigneur de frapper avant que les princes rebelles n’aient rassemblé leurs hommes, et la révolte fut écrasée.
Ngọc Trúc devint impératrice douairière en 1643. Elle était l’élève du moine chinois Chuyết Chuyết, qui lui donna le nom bouddhique de Pháp Tánh. Après le retrait de Thần Tông, elle alla vivre avec sa fille au temple de Ninh Phúc, à Bút Tháp, et en finança la restauration.
Chuyết Chuyết, moine chan de l’école Linji originaire de Haicheng, au Fujian, avait prêché dans le delta du Mékong et dans le Sud des Nguyễn avant de venir dans le Nord. Il atteignit Thăng Long en 1633, fut honoré par Trịnh Tráng et consulté par l’empereur, devint en 1642 abbé de Bút Tháp restauré, et y mourut en 1644.
Minh Hành, disciple chinois que Chuyết Chuyết avait recueilli dans le Sud des Nguyễn, le suivit dans le Nord et fut renvoyé en Chine chercher des écritures à la demande du seigneur. Il succéda à son maître comme abbé de Bút Tháp et compila ses paroles. Il mourut en 1659.
Giovanni Maria Leria, jésuite, atteignit Vientiane en 1642 avec l’autorisation de Sourigna Vongsa, premier missionnaire catholique au Lan Xang. En cinq ans passés au milieu de ses puissants monastères, il fit très peu de convertis, et en 1647 il partit pour Macao en passant par le Vietnam. Sa description du palais royal est l’une des rares images européennes du Lan Xang à son apogée.
Le Cambodge avait un roi musulman qui avait battu les Hollandais, les Nguyễn les avaient battus sur mer, et au Nord les Trịnh faisaient et défaisaient les empereurs à leur guise.
Minye Kyawswa mourut en 1647 ou 1648 ; les dates divergent. Thalun fit de son propre fils Pindale son héritier. Le fils de Minye Kyawswa, qui convoitait ce titre, se souleva, pilla le palais et contraignit Thalun à se réfugier dans un monastère de Sagaing. La révolte échoua, et ses chefs furent brûlés vifs.
Pindale succéda à Thalun à sa mort, en 1648. Les guerres de Chine l’atteignirent bientôt : en 1651, des armées Ming fuyant les Qing entrèrent à Kengyun, sur sa frontière nord-est, et les cinq régiments qu’il envoya furent repoussés en décembre. Il ne disputa plus la frontière.
En 1648, les Trịnh redescendirent vers le sud, percèrent au Nhật Lệ et battirent en brèche le rempart de Trường Dục ; Tần et Nguyễn Hữu Tiến les mirent en déroute par une attaque de nuit avec une centaine d’éléphants. Lan tomba malade et mourut en mars sur le chemin du retour, et Tần devint seigneur.
Nguyễn Phúc Trung, quatrième fils de Nguyễn Phúc Nguyên, avait commandé la flotte en 1627. Autrefois ennemi de Tống Thị, il devint son amant après la mort de Lan et, disent les annales, elle le poussa à enlever le pouvoir à son neveu. En 1654, l’un de ses hommes dénonça le complot ; Tần épargna la vie de son oncle mais le fit emprisonner, et il mourut en prison.
Tống Thị fut arrêtée avec Trung en 1654. Tần la fit mettre à mort et distribua sa grande fortune aux soldats et au peuple. Les annales des Nguyễn firent d’elle la cause de deux invasions Trịnh et d’un complot dans la maison même du seigneur.
Lê Chân Tông mourut à l’automne 1649 sans laisser de fils. Les Trịnh firent remonter sur le trône son père, Lê Thần Tông ; l’empereur qui s’était retiré en 1643 régna jusqu’à sa mort en 1662.
En 1652, Trịnh Tráng fit élever Trịnh Tạc par l’empereur au rang de Tây Định Vương. Dès lors, l’héritier porta le gouvernement pour son père vieillissant.
Gaspar do Amaral, jésuite portugais, arriva au Tonkin en novembre 1629 et travailla des années depuis Thăng Long. Il parlait le vietnamien et le japonais et compila un dictionnaire vietnamien-portugais, aujourd’hui perdu. Il mourut en 1645 ou 1646.
António Barbosa, jésuite portugais, vint au Tonkin en avril 1636 et y resta jusqu’à ce que la maladie le renvoie à Macao en 1642 ; il mourut à Goa en 1647. Il écrivit de courtes leçons dans la nouvelle écriture romanisée pour des élèves vietnamiens et compila un dictionnaire portugais-vietnamien, perdu lui aussi.
Rhodes arriva à Rome en 1649 et, en 1651, la Propagande imprima son Dictionarium Annamiticum Lusitanum et Latinum, avec 8 000 entrées vietnamiennes, ainsi que son catéchisme en vietnamien. Dans la préface, il nommait Pina comme son premier maître de langue et reconnaissait sa dette envers les dictionnaires d’Amaral et de Barbosa.
La Birmanie et le Sud des Nguyễn avaient de nouveaux souverains, et l’alphabet des missionnaires pour le vietnamien était imprimé.
Le roi en cage
- 20♛Narai s’empare du trône — oct. 1656 · après deux coups d’État
- 21◆Sac d’Oudong — 1658–1659 · par l’armée des Nguyễn
En bref
En 1656, la couronne du Siam changea encore de mains. Prasat Thong mourut, et son fils aîné fut renversé par un oncle avec l’aide de son demi-frère, Narai. En octobre, Narai, avec des combattants persans et japonais, renversa à son tour l’oncle.20 Au Cambodge, en janvier 1658, les fils d’Outey, Ang Sur et son frère, se soulevèrent contre Ramathipadi. Des troupes siamoises entrèrent dans les provinces occidentales du Cambodge, mais les princes regardaient vers l’est. Ngọc Vạn écrivit pour eux à son neveu, Nguyễn Phúc Tần. En octobre, une armée de deux ou trois mille hommes descendit vers le sud sous Tôn Thất Yến et prit le poste de Mô Xoài. Sur le Tonlé Sap, elle encercla le bateau de Ramathipadi et le fit prisonnier, et il fut emmené vers le nord dans une cage jusqu’au Quảng Bình. Puis les Vietnamiens se retournèrent contre les princes qui les avaient appelés, et pillèrent Oudong.21 En 1659, Ang Sur les chassa et monta sur le trône. Tần avait libéré Ramathipadi contre la promesse d’un tribut, mais celui-ci mourut avant d’avoir regagné son pays.
La chaîne, période par période
En 1655, après un raid des Trịnh sur le sud du Bố Chính, Tần envoya Nguyễn Hữu Tiến et Nguyễn Hữu Dật au-delà de la Gianh. Ils brisèrent l’armée Trịnh, le gouverneur Trịnh du Bố Chính se rendit, et ils prirent les sept districts du Nghệ An situés au sud de la Lam.
Hữu Dật, l’officier de 1627, partageait désormais le commandement avec Tiến. En 1656, les armées des Nguyễn battirent de nouveau les Trịnh et refoulèrent leur commandant jusqu’à An Trường.
Envoyé au Nghệ An comme commandant en 1655, Trịnh Tạc fut rappelé au nord par des troubles avec les Mạc. En 1656, son père envoya au front son plus jeune fils, Trịnh Toàn, et Tạc, inquiet de la popularité de Toàn, envoya son propre fils Trịnh Căn le surveiller. Quand Tráng mourut, le 28 mai 1657, Tạc devint seigneur.
Trịnh Toàn, né en 1631, remporta un premier combat mais fut refoulé jusqu’à An Trường, et s’attacha la fidélité de ses soldats. Après la mort de son père, Tạc lui reprocha de ne pas être rentré prendre le deuil et le convoqua ; Căn le persuada de revenir à la capitale, où il fut accusé de trahison et emprisonné.
Trịnh Căn, fils aîné de Tạc, avait vingt-quatre ans quand son père l’envoya sur le front du Nghệ An en 1656, officiellement pour seconder Toàn. Toàn écarté, il tint le commandement du Sud.
Phạm Công Trứ, parti vers le sud avec les armées en 1655, fut nommé ministre des Rites en 1657, l’année où Tạc devint seigneur. Il allait s’élever jusqu’au rang de premier ministre sous Tạc et diriger l’histoire officielle de la dynastie.
Chai, fils aîné de Prasat Thong, succéda à son père en 1655 ou 1656. La coutume favorisait les frères d’un roi plutôt que ses fils, et son oncle Si Suthammaracha complota avec Narai, demi-frère de Chai. Au bout d’environ neuf mois, ils marchèrent sur le palais ; Chai fut exécuté et Si Suthammaracha couronné.
Si Suthammaracha, frère cadet de Prasat Thong, régna d’août à octobre 1656 et fit de Narai l’héritier du Palais de devant. Il était faible et mené par un ministre ambitieux, et quand il voulut s’imposer à la sœur de Narai, la princesse s’enfuit auprès de son frère, cachée dans un coffre à livres.
Narai s’appuya sur les soldats persans et japonais que son père avait persécutés, sur la Compagnie hollandaise et sur ses frères. Le jour de l’Achoura, ils prirent d’assaut le palais ; Narai affronta son oncle au corps à corps, et Si Suthammaracha fut pris et exécuté le 26 octobre 1656.
Aqa Muhammad, marchand persan d’Astarabad, était venu au Siam dans les années 1640 et avait connu Narai avant son avènement, que des soldats persans contribuèrent à assurer. Narai le fit chef de la communauté persane, et sous lui l’influence persane à la cour de Siam atteignit son apogée.
Les Nguyễn tenaient une partie du Nghệ An, les Trịnh avaient un nouveau seigneur et un nouveau commandant, et Narai avait pris le trône du Siam grâce à des épées étrangères.
Retour sur la Gianh
- 22⚔Au-delà de la Lam — sept.–nov. 1660 · victoire des Trịnh
- Sept districts du Nghệ An (approx.) → Les Nguyễn, au sud du Đại Việt
- Sept districts du Nghệ An (approx.) → Les Lê–Trịnh, au nord du Đại Việt (rendu)
En bref
Les Nguyễn avaient aussi porté la guerre vers le nord. En 1655, Tần envoya deux généraux au-delà de la Gianh : Nguyễn Hữu Tiến, le gendre de Đào Duy Từ, et Nguyễn Hữu Dật, l’officier de 1627. Ils prirent sept districts du Nghệ An, au sud de la Lam. En 1657, Trịnh Tráng mourut, et le nouveau seigneur Trịnh confia le commandement du Sud à son propre fils, Trịnh Căn. À l’automne 1660, Trịnh Căn franchit la Lam et enfonça les lignes des Nguyễn.22 Les deux généraux Nguyễn s’étaient brouillés, et Hữu Tiến se replia sans prévenir Hữu Dật. En novembre, les Trịnh tenaient de nouveau les sept districts, et la guerre revint sur la Gianh. À Ayutthaya, Narai régnait sur un Siam qui avait perdu les royaumes périphériques conquis par Naresuan. Martaban et le Lan Na relevaient de la Birmanie. Le Cambodge avait rompu avec le Siam quarante ans plus tôt, et la dernière armée à atteindre sa capitale était venue des Nguyễn.
La chaîne, période par période
Ang Sur, l’un des fils d’Outey épargnés en 1642, se souleva avec son frère Ang Tan contre Ramathipadi le 25 janvier 1658, soulevant les provinces du Sud et tenant Phnom Penh. Des troupes siamoises entrèrent dans les provinces occidentales, mais les princes regardaient vers l’est, vers les Nguyễn.
Ngọc Vạn, qui vivait auprès des princes, écrivit à son neveu Nguyễn Phúc Tần pour lui demander des troupes en leur faveur ; certaines chroniques ne la font rejoindre les rebelles que tardivement.
Tôn Thất Yến, commandant en second à Trấn Biên, conduisit vers le sud deux ou trois mille soldats Nguyễn en octobre 1658. Ils prirent le poste de Mô Xoài, encerclèrent le bateau de Ramathipadi sur le Tonlé Sap et le capturèrent, puis l’envoyèrent au nord dans une cage jusqu’au Quảng Bình. Tần le libéra contre la promesse d’un tribut, mais il mourut en 1659 avant d’avoir regagné son pays.
Ang Tan, qui mena la révolte avec son frère, vit l’armée des Nguyễn se retourner contre les princes qui l’avaient appelée, une fois le roi entre ses mains : elle pilla Oudong. En 1659, les deux frères la chassèrent, et Ang Sur monta sur le trône.
En 1660, l’occupation du Nghệ An durait depuis cinq ans, et les deux généraux Nguyễn s’étaient brouillés. À l’automne, Trịnh Căn franchit la Lam et enfonça les lignes des Nguyễn ; Hữu Tiến se replia sans prévenir Hữu Dật.
Laissé à découvert par le repli de Tiến, Hữu Dật recula à son tour, et en novembre les Trịnh tenaient de nouveau les sept districts ; la guerre revint sur la Gianh. Dật défendit ensuite cette frontière et repoussa encore les Trịnh en 1672.
Trịnh Căn, renforcé par son père, remporta une grande victoire à la fin de 1660, reprenant les sept districts au sud de la Lam et le nord du Bố Chính. Tạc le récompensa par le commandement suprême et le désigna comme héritier.
Wu Sangui, le général Ming dont la reddition, en 1644, avait ouvert la Chine aux Qing, mena les armées Qing au Yunnan. En mars 1659, avec Jobtei, il battit Li Dingguo près de Kunming, et le dernier empereur Ming s’enfuit vers la Birmanie.
Zhu Youlang, l’empereur Yongli, dernier des Ming du Sud, chercha refuge auprès de Pindale. Le roi birman le laissa vivre à Sagaing, près d’Ava, à condition que ses hommes rendent leurs armes ; il atteignit Ava en juin 1659, hôte coupé de ses armées.
Pindale accueillit l’empereur, mais ne put tenir les armées Ming à l’écart. Dès le début de 1659, des troupes Ming occupèrent Nyaungshwe et Mone, dans les collines shan, et razzièrent la Haute-Birmanie, menaçant Ava elle-même. En juin 1661, son frère Pye le renversa.
Li Dingguo, ancien général rebelle devenu, comme prince de Jin, le principal défenseur de la cour de Yongli, se replia dans le nord de la Birmanie après sa défaite de 1659. Il resta en armes sur la frontière, coupé de l’empereur, jusqu’à ce que Wu Sangui l’en chasse ; il mourut en 1662 près de la frontière lao.
Bai Wenxuan, fait prince de Gongchang pour avoir pris le parti de Li Dingguo contre Sun Kewang en 1657, continua le combat aux côtés de Li dans l’ouest du Yunnan avec quelque cinquante mille hommes. Après la fuite de l’empereur, ses forces restèrent sur la frontière birmane jusqu’à sa reddition aux Qing en 1661.
Michał Boym, jésuite polonais, avait porté au pape des lettres de l’impératrice douairière chrétienne de la cour de Yongli. Reçu enfin en 1655, il reprit la mer ; interdit de séjour à Macao, il gagna Ayutthaya par voie de terre, puis le Tonkin par mer, ne trouva aucun guide pour le Yunnan et mourut au Guangxi le 22 juin 1659, sans avoir jamais rejoint l’empereur.
En 1660, la Birmanie abritait un empereur chinois fugitif, le Cambodge avait un roi que les Nguyễn avaient aidé à faire puis combattu, et la frontière entre Trịnh et Nguyễn était revenue sur la Gianh.
Qui est qui
Le Siam (Ayutthaya)
La Birmanie (les rois de Toungoo)
Le Lan Xang
Le Cambodge
Les Nguyễn, au sud du Đại Việt
Les Lê–Trịnh, au nord du Đại Việt
Autres (l’Arakan, le Lan Na, les Portugais et les Hollandais)
Chronologie
- 1♜Chute de Pégou — déc. 1599 · à Toungoo et à l’Arakan 1599–1600
- 2♜Siège de Toungoo — mars–mai 1600 · abandonné 1599–1600
- 3✒Soumission du Lan Na — 1602 · vassal du Siam 1602–1605
- 4♜Prise de Prome — juil. 1608 · confiée à Thalun 1605–1613
- 5◆Sac de Toungoo — par Syriam et Martaban 1605–1613
- 6♜Chute de Syriam — 29 mars 1613 · victoire birmane 1605–1613
- 7⚔Tavoy — 26 déc. 1613 · victoire birmane 1613–1614
- 8⚔Ténasserim tient bon — mars 1614 · les Birmans repoussés 1613–1614
- 9♜Siège de Chiang Mai — août–déc. 1614 1613–1614
- 10⚔Échec de l’invasion siamoise — 1622 · victoire cambodgienne 1619–1623
- 11⌂Postes de douane des Nguyễn — 1623 · prêtés par le Cambodge 1619–1623
- 12⚔Nhật Lệ — 1627 · échec de l’attaque des Trịnh 1623–1631
- 13⌂Le rempart du Maître — 1630–1631 · remparts de Trường Dục et du Nhật Lệ 1623–1631
- 14♛Couronnement de Prasat Thong — 1629 · après deux règnes éclair 1628–1630
- 15†Le jeune roi tué — 1630–1632 · les dates divergent 1627–1642
- 16♛Ramathipadi Ier — 1642 · un roi musulman 1627–1642
- 17⚔Embouchure de la Gianh — été 1643 · victoire des Nguyễn 1643–1648
- 18⚔La flotte hollandaise battue — 1644 · sur le Mékong · victoire cambodgienne 1643–1648
- 19⚔Trường Dục — 1648 · victoire des Nguyễn 1643–1648
- 20♛Narai s’empare du trône — oct. 1656 · après deux coups d’État 1656–1659
- 21◆Sac d’Oudong — 1658–1659 · par l’armée des Nguyễn 1656–1659
- 22⚔Au-delà de la Lam — sept.–nov. 1660 · victoire des Trịnh 1655–1660
Sources
- Military history of Myanmar — la restauration de Nyaungyan : Syriam (1613), la soumission de Martaban, Tavoy, Ténasserim et la chute de Chiang Mai (1613–1614), avec l’aide du Lan Xang au Lan Na — source
- Minye Thihathu II of Toungoo et Nanda Bayin — la chute de Pégou, le siège de Toungoo par Naresuan, de Brito à Syriam, la mort de Nanda (d’après Harvey, Lieberman et les chroniques birmanes) — source
- Nyaungyan Min — les campagnes shan, Mone, et la mort de Naresuan à Mueang Haeng, le 25 avril 1605 — source
- M. Vickery, compte rendu de Mak Phoeun, Histoire du Cambodge de la fin du XVIe au début du XVIIIe siècle, BEFEO 83 (1996) : le retour de Soriyopear d’Ayutthaya (1602), l’invasion siamoise de 1622, le mariage Nguyễn — source
- Mak Phoeun et Po Dharma, « La première intervention militaire vietnamienne au Cambodge (1658–1659) », BEFEO 73 (1984) : la régence d’Outey, Ramathipadi Ier, la princesse Nguyễn, Prey Nokor (1623), l’intervention de 1658 — source
- Trịnh–Nguyễn phân tranh (Wikipédia en vietnamien, d’après le Toàn thư et le Đại Nam thực lục) : les campagnes de 1627, 1648 et 1655–1660 — source
- Đào Duy Từ et Lũy Thầy (Wikipédia en vietnamien) : sa carrière et les remparts de 1630–1631 — source
- Battle of the Gianh River (1643) — l’escadre de Pieter Baeck et Nguyễn Phúc Tần (d’après Buch, BEFEO 1936, et les archives de la VOC) — source
- Cambodian–Dutch War — le meurtre de Pieter van Regemortes (27 nov. 1643) et l’expédition manquée de 1644 — source
- Prasat Thong et Yamada Nagamasa — la succession de 1628–1630 (d’après van Vliet) — source
- Narai et Si Suthammaracha — les trois rois de 1656 — source
- Lan Na — la suzeraineté siamoise à partir de 1602 et la domination birmane après 1614 — source
Chaque affirmation du texte a été vérifiée dans les sources ci-dessus. Frontières : historical-basemaps (A. Ourednik, GPL-3.0), l’état de c.1650, simplifié — schématique, les bons États à peu près aux bons endroits. Territoires ayant changé de mains : provinces modernes (Natural Earth) ou états plus tardifs tenant lieu des frontières historiques. Terres, lacs et fleuves : Natural Earth. Portraits : crédités ci-dessous avec auteur, licence et source.
Portraits
- Narai — Rijksmuseum · CC0 — Commons
- Trịnh Thị Ngọc Trúc — Hoangkid · Public domain — Commons
- Alexandre de Rhodes — unknown author · Public domain — Commons
- Nanda Bayin — Cepyita · CC0 — Commons
- Min Razagyi — Arezarni · CC BY-SA 4.0 — Commons
- Naresuan — Mixvasuvadh at Thai Wikipedia · Public domain — Commons
- Natshinnaung — Phyo WP · CC BY-SA 4.0 — Commons
- Ekathotsarot — Heinrich Damm (User:Hdamm, Hdamm at de.wikipedia.org) · CC BY 2.0 — Commons
- Songtham — FrameHotep · CC BY-SA 4.0 — Commons
- Nguyễn Phúc Nguyên — Họa sĩ Nhật Bản khuyết danh · Public domain — Commons
- Đào Duy Từ — Daoduyan09 · CC BY-SA 4.0 — Commons
- Thalun — Kantabon · CC BY-SA 4.0 — Commons
- Prasat Thong — Sun Colreone · CC BY-SA 4.0 — Commons
- Yamada Nagamasa — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Wu Sangui — Author in Qing Dynasty · Public domain — Commons
- Michał Boym — Athanasiusa Kirchera · Public domain — Commons
- Sourigna Vongsa — Vila Phounvongsa · CC BY-SA 4.0 — Commons
- Trịnh Tùng — Trịnh Như Tấu · Public domain — Commons
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- Trịnh Tạc — Trịnh Như Tấu · Public domain — Commons
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- Nguyễn Hoàng — Nguyễn Hoàng Quý · CC BY-SA 4.0 — Commons
- André de Phú Yên — Kimkha at Vietnamese Wikipedia · Public domain — Commons
- Trịnh Tráng — Trịnh Như Tấu · Public domain — Commons
- Trịnh Căn — Trịnh Như Tấu · Public domain — Commons
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- Nguyễn Phúc Tần — Lê Phi Hùng, Lịch sử Việt Nam bằng tranh, volume 51: Chúa Hiền chúa Nghĩa (Nhà xuất bản Trẻ, 2013), printed p. 7; modern named depiction · copyrighted image — source
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- Minh Hành — Chốn Thiêng, Tượng Tổ Minh Hành, Bút Tháp pagoda, named statue photograph (2023) · copyrighted image — source
- Nguyễn Phúc Lan — Lâm Chí Trung and Nguyễn Huy Khôi, Lịch sử Việt Nam bằng tranh, volume 44: Chiến tranh Trịnh–Nguyễn (Nhà xuất bản Trẻ, 2011), printed p. 59; modern captioned depiction of the seated Nguyễn Phúc Lan · copyrighted image — source
- Tống Thị — Lâm Chí Trung and Nguyễn Huy Khôi, Lịch sử Việt Nam bằng tranh, volume 44: Chiến tranh Trịnh–Nguyễn (Nhà xuất bản Trẻ, 2011), printed p. 59; modern captioned depiction of Tống Thị, the sole woman beside the ruler · copyrighted image — source
- Nguyễn Phúc Trung — Lâm Chí Trung and Nguyễn Huy Khôi, Lịch sử Việt Nam bằng tranh, volume 44: Chiến tranh Trịnh–Nguyễn (Nhà xuất bản Trẻ, 2011), printed p. 59; modern captioned depiction of Nguyễn Phúc Trung, the standing general · copyrighted image — source
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- Trịnh Xuân — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century mainland Southeast Asian mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Lê Thần Tông — Phật giáo Việt Nam, named statue of Lê Thần Tông with his consorts at Mật pagoda (2021); central male king · copyrighted image — source
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- Trịnh Toàn — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century mainland Southeast Asian mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Phạm Công Trứ — Nguyễn Trọng Văn / Công an Nhân dân, named temple statue of Phạm Công Trứ, 24 May 2022 · copyrighted image — source
- Gaspar do Amaral — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century mainland Southeast Asian mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- António Barbosa — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century mainland Southeast Asian mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Pedro Marques — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century mainland Southeast Asian mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Cristoforo Borri — Portrait captioned Cristoforo Borri by Felice Stoppa, Atlas Coelestis, January 2024; original painter and date unrecorded; https://www.atlascoelestis.com/borri%201631.htm · copyrighted image
- Francesco Buzomi — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century mainland Southeast Asian mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Trần Đức Hòa — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century mainland Southeast Asian mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Nguyễn Phúc Kỳ — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century mainland Southeast Asian mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Nguyễn Phúc Anh — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century mainland Southeast Asian mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Nguyễn Phúc Khê — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century mainland Southeast Asian mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration