L’Asie du Sud-Est insulaire, 1600–1660
Comment une compagnie de commerce hollandaise, simple acheteur parmi d’autres en 1600, devint-elle en 1660 la puissance que les cours des îles devaient combattre ou avec laquelle il leur fallait traiter ?
▶ Voir l’atlas commenté (narration en anglais) · 13 minLes territoires en 1660, aux couleurs de qui les tenait. Hachuré : les territoires qui ont changé de mains entre 1600 et 1660.
Dans chaque période ci-dessous, les événements numérotés de la carte renvoient à la liste qui la suit et aux repères du texte ; rien ne bouge.
Les périodes
- ILes ports du poivre1600–1602
- IILes îles du girofle1605–1606
- IIIJohor et Ternate1606–1607
- IVLe jeune Alexandre1607–1619
- VJayakarta devient Batavia1618–1619
- VIBanda et Amboine1620–1623
- VIIDeux sièges1625–1629
- VIIILa chute de Malacca1636–1641
- IXUne paix et une pension1646–1652
- XLa guerre du girofle1651–1659
- XILe dernier port ouvert1659–1660
Les ports du poivre
- 1⌂Comptoir anglais — 1602 · le premier de la compagnie anglaise dans les îles
En bref
En 1600, le sultanat d’Aceh tenait la pointe nord de Sumatra, à l’entrée du détroit de Malacca. Son sultan, Alauddin Riayat Syah, était un vieux soldat qui s’était emparé du trône en 1589, et les navires du Gujarat, du Bengale et du Siam venaient commercer dans son port. Dans sa prison croupissait un navigateur hollandais, Frederik de Houtman, capturé en 1599 quand une visite hollandaise avait tourné à l’affrontement. Mais les Portugais de Malacca étaient les ennemis d’Aceh, et ceux des Hollandais. En 1601, le sultan relâcha Houtman, autorisa les Hollandais à commercer et envoya deux ambassadeurs aux Provinces-Unies. En mars 1602, les Hollandais fondirent leurs compagnies de commerce rivales en une seule, la VOC, qui avait le droit de conclure des traités, de bâtir des forts et de faire la guerre en Asie. En juin, une flotte anglaise commandée par James Lancaster atteignit Aceh avec une lettre de la reine Élisabeth, et le sultan s’allia à l’Angleterre. Lancaster poursuivit sa route jusqu’à Banten, dans l’ouest de Java, le grand port du poivre, où régnait un sultan enfant sous la tutelle de régents. Il y ouvrit le premier comptoir1 de la compagnie anglaise dans les îles.
La chaîne, période par période
Alauddin Riayat Syah, un vieux soldat qui s’était emparé du trône d’Aceh en 1589, régnait sur ce port du poivre à l’entrée du détroit. En 1599, ses hommes capturèrent le navigateur hollandais Frederik de Houtman, quand une visite hollandaise tourna à l’affrontement. En 1601, comme les Portugais de Malacca étaient leurs ennemis communs, il le libéra, autorisa les Hollandais à commercer et envoya deux ambassadeurs aux Provinces-Unies.
Frederik de Houtman passa environ deux ans dans la prison d’Aceh et en profita pour apprendre le malais. Rentré à Amsterdam, il publia en 1603 le premier dictionnaire néerlandais-malais et néerlandais-malgache, avec un appendice qui donnait la position de plus de 300 étoiles australes. Il revint en Orient avec la première grande flotte de la Compagnie et devint en 1605 le premier gouverneur hollandais d’Amboine, jusqu’en 1611.
James Lancaster, à la tête de la première flotte de la Compagnie anglaise des Indes orientales, atteignit Aceh en juin 1602 avec une lettre de la reine Élisabeth et conclut une alliance avec le sultan. Alauddin désigna deux nobles pour négocier avec lui. L’un était un chef religieux vénéré, le « grand évêque du royaume », qui l’interrogea en arabe avant que le sultan n’accorde aux Anglais le droit de commercer.
Shamsuddin al-Sumatrani, auteur soufi dans la lignée de Hamzah Fansuri, comptait parmi les lettrés les plus éminents de la cour d’Alauddin, puis d’Iskandar Muda. Les historiens l’identifient généralement au « grand évêque » qui négocia avec Lancaster, bien que celui-ci ne le nomme pas. On ignore s’il exerça une charge officielle, comme celle de cheikh al-islam.
Ali Riayat Syah, deuxième fils d’Alauddin, avait été associé au trône de son vieux père. En avril 1604, le vieux sultan fut déposé, ou, selon une autre version, se retira pour cause de maladie, et Ali monta sur le trône. Son bref règne apporta sécheresse et famine, ainsi qu’une querelle avec son frère de Pidie qui conduisit leur neveu Perkasa Alam, le futur Iskandar Muda, dans la prison d’Ali.
Senapati, né Sutawijaya, avait bâti le royaume intérieur de Mataram, au centre de Java, à partir du fief accordé à son père, et s’était retourné contre Pajang, la cour qui l’avait élevé. Il mourut en 1601 à Jenar. Ses successeurs allaient porter les guerres de Mataram des rizières de l’intérieur jusqu’aux ports marchands de la côte nord de Java.
Mas Jolang, fils de Senapati et de sa reine principale, avait failli être tué quand, prince héritier, il combattait le frère de sa mère, le rebelle Adipati Pragola de Pati. Il régna à partir de 1601 sous le nom de Panembahan Hanyakrawati jusqu’à sa mort dans un accident de chasse dans la forêt de Krapyak en 1613, qui lui valut son nom posthume, « celui qui mourut à Krapyak ».
Ratu Mas Adi, née Dyah Banawati, était une fille du Pangeran Benawa de Pajang, si bien que son mariage liait la nouvelle dynastie de Mataram à l’ancienne maison royale qu’elle avait supplantée. Son fils, Raden Mas Jatmika, appelé aussi Rangsang, avait une vingtaine d’années à la mort de son père ; il régnerait sous le nom d’Agung.
Banten, le grand port du poivre de l’ouest de Java, avait un sultan enfant : Pangeran Ratu avait cinq mois quand son père mourut en 1596, au cours d’une expédition contre Palembang. Des régents gouvernaient en son nom. Quand Lancaster quitta Aceh en 1602, cette régence autorisa les Anglais à ouvrir à Banten le premier comptoir de leur compagnie dans les îles.
En mars 1602, les Hollandais fondirent leurs compagnies de commerce rivales en une seule, la Compagnie unie des Indes orientales, la VOC, qui avait le droit de conclure des traités, de bâtir des forts et de faire la guerre en Asie. Désormais, ses flottes ne vinrent plus en voyages commerciaux séparés, mais comme le bras armé d’une compagnie unique, avec Aceh, Banten et les îles aux épices pour premières escales.
Olivier van Noort, capitaine de Rotterdam qui menait le premier voyage hollandais autour du monde, atteignit les Philippines à la fin de 1600 avec ses deux derniers navires et, depuis un mouillage proche de Corregidor, s’attaqua aux navires qui se rendaient à Manille. Son voyage était l’œuvre d’une compagnie privée des années antérieures à la VOC.
Antonio de Morga, juge de l’Audiencia de Manille qui n’avait jamais vu une bataille, reçut une flotte de fortune. Le 14 décembre 1600, au large de l’île Fortune, son San Diego surchargé aborda le Mauritius de Van Noort, puis sombra avec peut-être 350 hommes ; Morga nagea quatre heures jusqu’à un îlot. Les Espagnols prirent le second navire hollandais, et Van Noort rentra au pays. En 1609, Morga publia son histoire des îles.
Deux nouveaux venus, les Hollandais et les Anglais, avaient acheté leur place à Aceh et à Banten, et la succession d’Aceh se défaisait.
Les îles du girofle
- 2♜Le fort d’Amboine se rend — févr. 1605 · première possession de la Compagnie
- 3⚔Le fort de Tidore pris — 1605 · Hollandais et Ternatais
- 4⚔Chute de Ternate — 1er avr. 1606 · Espagnols et Tidorais
En bref
La première grande flotte de la Compagnie atteignit les îles du girofle au début de 1605. Son amiral, Steven van der Hagen, mouilla devant Amboine, où les Portugais tenaient un fort au milieu des villages producteurs de girofle. Les insulaires prirent le parti des Hollandais, et en février le fort se rendit sans qu’un coup de feu fût tiré :2 c’était la première possession de la Compagnie en Asie. Plus au nord se trouvait Ternate, dont les sultans avaient chassé les Portugais en 1575. Son sultan, Saidi Berkat, accueillit les Hollandais, et peu après des navires de la flotte de Van der Hagen prirent d’assaut le fort portugais de Tidore,3 la rivale de Ternate de l’autre côté du détroit. Depuis 1580, l’Espagne et le Portugal avaient le même roi, et Manille riposta. Son gouverneur, Pedro Bravo de Acuña, partit des Visayas avec plus de 3 000 hommes. Le sultan de Tidore se joignit à lui, et le 1er avril 1606 les Espagnols prirent Ternate d’assaut.4 Saidi s’enfuit à Halmahera, puis se rendit. Acuña l’emmena à Manille avec la plus grande partie de la famille royale et les fit défiler à travers la ville. Parmi les captifs se trouvait le cousin du sultan, Hamza.
La chaîne, période par période
Steven van der Hagen commandait la première grande flotte de la Compagnie. En février 1605, il mouilla dans la baie de Hitu, à Amboine, où une flotte portugaise venait de punir les insulaires de leurs tractations avec les Hollandais. Le 25 février, le fort portugais se rendit sans qu’un coup de feu fût tiré : c’était la première possession territoriale de la Compagnie en Asie. Il en confia le gouvernement à Frederik de Houtman.
Cornelis Matelief vint pour Malacca même. En mai 1606, il signa un traité avec Johor et assiégea la ville avec les hommes de Johor ; en août, une flotte portugaise venue de Goa la secourut, et au large du cap Rachado il perdit deux navires et se retira. Il fit voile vers l’est et, le 26 mai 1607, signa un contrat avec le nouveau sultan de Ternate.
Tepil était le fils de l’ancien kapitan Hitu, le chef musulman de la côte nord d’Amboine, que les Portugais venaient de tuer avec sa famille pour avoir pris le parti des Hollandais ; Tepil s’était réfugié à Céram. Après la chute du fort en 1605, il revint comme kapitan Hitu et, pendant vingt-huit ans, resta fidèle à la Compagnie.
Saidi Berkat, sultan de Ternate depuis 1583, accueillit les Hollandais. En 1605, ses navires de guerre aidèrent les hommes de Van der Hagen à prendre d’assaut le fort portugais de Tidore, la rivale de Ternate de l’autre côté du détroit. Les Hollandais laissèrent derrière eux une garnison trop faible, et les Espagnols de Manille ripostèrent.
Mole Majimu, sultan de Tidore depuis 1599, restait fidèle à la vieille alliance de son royaume avec les Ibériques ; son père avait été assassiné par un sultan de Ternate. En 1606, il se joignit avec quelque 600 hommes à l’expédition espagnole contre Ternate.
Mudafar, fils de Saidi, un garçon d’environ onze ans, fut proclamé sultan par les grands de Ternate alors qu’il se cachait à Halmahera. Le 26 mai 1607, son conseil signa le contrat de Matelief : la Compagnie protégerait Ternate contre l’Espagne, et Ternate ne vendrait son girofle à personne d’autre. Les Hollandais bâtirent un fort sur la côte est de l’île, et Ternate se trouva partagée entre les deux puissances.
Pedro Bravo de Acuña, gouverneur des Philippines depuis 1602, partit des Visayas en 1606 avec plus de 3 000 hommes, l’Espagne et le Portugal ayant alors le même roi. Le 1er avril, ses troupes prirent Ternate d’assaut. Saidi Berkat s’enfuit à Halmahera et se rendit ; Acuña l’emmena à Manille avec la plus grande partie de la famille royale, dont le cousin du sultan, Hamza.
Raja Bongsu, co-souverain de Johor avec son demi-frère, avait aidé les Hollandais à s’emparer d’une caraque portugaise à l’embouchure de la rivière Johor en 1603 et envoyé la première ambassade de Johor aux Provinces-Unies. En mai et en septembre 1606, il ratifia les traités avec Matelief : Malacca serait prise en commun, les Hollandais la garderaient, et Johor commercerait librement avec eux.
Alauddin Riayat Shah III, sultan de Johor depuis 1597, régnait depuis Batu Sawar, en amont, et ratifia les mêmes traités. Quand les Portugais bloquèrent la rivière Johor en 1608 et 1609, la cour fit la paix avec Malacca en octobre 1610.
Tun Abdul Jamil, laksamana (amiral) de Johor, mena au siège de Malacca de 1606 les forces de Johor, quelque cinquante navires de guerre et 3 000 hommes. Quand les Hollandais furent battus sur mer, il dut renoncer au siège par terre, et une seconde tentative, en septembre, échoua elle aussi.
Iskandar Muda, alors le prince Perkasa Alam, petit-fils d’Alauddin, croupissait dans la prison de son oncle Ali. Quand une flotte portugaise attaqua Aceh en juin 1606, il demanda à mener la défense et repoussa le débarquement. Sa mère distribua de l’argent aux orang kaya, et quand Ali mourut, le 4 avril 1607, il gagna la garde du palais et prit le trône le jour même.
Dato ri Bandang, né Abdul Makmur, juriste de Koto Tangah, en pays minangkabau, prêcha l’islam avec deux autres lettrés dans les royaumes du sud de Sulawesi. À Gowa et à Tallo, les deux royaumes jumeaux de Makassar, il trouva des souverains disposés à l’écouter.
Karaeng Matoaya, souverain de Tallo et premier ministre de Gowa depuis 1593, prononça la chahada le 22 septembre 1605 et prit le nom d’Abdullah. Il déclara aux Hollandais que Dieu avait donné la mer à tous les hommes en commun, et son port resta ouvert à tous les marchands. À partir de 1608, il mena des guerres qui firent entrer les royaumes bugis dans l’islam, Bone en dernier, en 1611.
I Mangerangi, placé enfant sur le trône de Gowa par Matoaya, se convertit la même année sous l’influence de Dato ri Bandang et prit le nom de sultan Alauddin. Sous son règne et celui de Matoaya, Gowa éleva des forts autour de son palais de Somba Opu et déclara ses mers ouvertes à tous les marchands. Il régna jusqu’à sa mort, en juin 1639.
La Compagnie avait son premier fort et deux partenaires liés par traité, l’Espagne tenait la moitié de Ternate, et Makassar était devenue une puissance musulmane au port ouvert.
Johor et Ternate
- 5♜Siège de Malacca — mai–août 1606 · Hollandais et Johor
- 6⚔Cap Rachado — août 1606 · victoire portugaise
- 7⌂Fort hollandais de Malayo — 1607 · futur fort Oranje
En bref
L’amiral suivant de la Compagnie, Cornelis Matelief, vint pour Malacca même. Il mouilla dans la rivière Johor, où siégeait le sultanat que les Portugais avaient chassé de Malacca en 1511. En mai 1606, le co-souverain de Johor, Raja Bongsu, signa avec lui un traité : ils prendraient Malacca ensemble, les Hollandais garderaient la ville, et Johor commercerait librement avec eux. Matelief mit le siège devant Malacca.5 En août, une grande flotte portugaise venue de Goa vint secourir la ville, et au large du cap Rachado6 les deux flottes se battirent pendant plusieurs jours. Matelief perdit deux navires et se replia sur la rivière Johor. Puis il fit voile vers l’est, vers les Moluques. Les grands de Ternate avaient proclamé un nouveau sultan, le fils de Saidi, Mudafar, un enfant caché à Halmahera. Le 26 mai 1607, Matelief signa un contrat avec lui. La Compagnie protégerait Ternate contre l’Espagne ; Mudafar ne vendrait son girofle à personne d’autre. Les Hollandais bâtirent un fort sur la côte est de Ternate,7 et l’île se trouva partagée entre Hollandais et Espagnols.
Le jeune Alexandre
En bref
À Aceh, le vieil Alauddin avait cédé la place à son fils en 1604. Ce fils mourut en avril 1607, et le jour même son neveu s’empara du trône : Iskandar Muda, le jeune Alexandre, qui s’était fait un nom l’année précédente en repoussant un débarquement portugais.8 Petit-fils d’Alauddin, il entreprit de se rendre maître du détroit. En 1613, sa flotte mit à sac la capitale de Johor et emmena à Aceh sa famille royale,9 dont Raja Bongsu, ainsi que les marchands hollandais qui s’y trouvaient. Bongsu épousa la sœur du sultan et fut renvoyé régner sur Johor sous la surveillance d’Aceh. En 1617, Aceh prit Pahang, plus haut dans la péninsule, et avec elle le fils du sultan de Pahang, un petit garçon. Iskandar Muda l’éleva comme son propre fils et, en 1619, lui donna sa fille en mariage. Pendant ce temps, la Compagnie cherchait une capitale à elle.
La chaîne, période par période
Pieter Verhoeff amena de Hollande treize navires avec ordre de fortifier les îles Banda, seule source au monde de noix muscade et de macis ; parmi ses sous-marchands se trouvait Jan Pieterszoon Coen. Les Bandanais voulaient continuer à vendre au plus offrant. Lors d’un pourparler, à la fin de mai 1609, leurs chefs l’attirèrent dans les bois et le tuèrent ; 46 Hollandais périrent.
Le commandement passa au capitaine de navire Simon Jansz Hoen, François Wittert, absent, étant reconnu comme amiral. Les Hollandais pillèrent des villages et brûlèrent des embarcations, achevèrent leur fort de Banda Neira, le fort Nassau, et imposèrent la paix en août 1609 : les Bandanais acceptèrent l’autorité hollandaise et un monopole qu’ils n’allaient pas respecter.
François Wittert, vice-amiral de Verhoeff, avait été envoyé en avant vers Makassar et les Moluques. Reconnu comme amiral après la mort de Verhoeff, il fit voile vers Manille, s’empara de jonques chinoises qui s’y rendaient et fut tué le 23 avril 1610, quand une escadre espagnole surprit ses navires à Playa Honda.
Pieter Both fut nommé en novembre 1609 premier gouverneur général de la Compagnie, assisté d’un conseil, pour remplacer le gouvernement d’amiraux de passage. Il atteignit Banten en décembre 1610 et se rendit à Jayakarta en janvier 1611 pour obtenir l’autorisation d’y bâtir un fort ; la Compagnie y avait déjà un comptoir. Il rebaptisa le fort d’Amboine Kasteel Victoria et renforça le fort Nassau à Banda.
Ranamanggala, fils d’un ancien sultan de Banten, sortit victorieux d’une guerre civile qui déchira la cour de mars 1608 à mars 1609. À la paix, il devint mangkubumi et régent du jeune Pangeran Ratu. Il châtia les princes corrompus, fixa de nouvelles conditions aux marchands européens et, en 1613, fit abattre le comptoir hollandais, bâti sur deux étages sans autorisation.
Wijayakrama, petit-fils du fondateur de Banten, gouvernait le port de Jayakarta sous l’autorité de Banten. En 1610, il permit aux Hollandais d’ouvrir un comptoir sur le Ciliwung, et il entendait tirer profit des deux compagnies, hollandaise et anglaise. L’une et l’autre jugeaient qu’il fallait l’entretenir, comme une courtisane, à force de présents et de flatteries.
Tun Sri Lanang, né Tun Muhammad, était le bendahara de Johor, son premier ministre. En 1612, à la demande de Raja Bongsu et sur l’ordre du sultan, il dirigea la mise en forme et la compilation de la Sejarah Melayu, les Annales malaises, l’histoire de la dynastie de Malacca dont descendaient les rois de Johor. L’ouvrage remaniait des textes plus anciens plutôt qu’il ne partait de rien.
Juan de Silva arriva comme gouverneur des Philippines à Pâques 1609. En avril 1610, son escadre surprit la flotte de Wittert à Playa Honda pendant qu’elle déchargeait des jonques capturées, prit le navire amiral et tua l’amiral. Il projeta ensuite une armada hispano-portugaise pour chasser les Hollandais des Moluques.
Francisco Blancas de San José, dominicain arrivé à Manille en 1595, apprit le tagalog dans le Bataan pour y prêcher. Il travailla avec un imprimeur chinois chrétien, Juan de Vera, à monter une presse, et écrivit des livres de dévotion et une grammaire tagalog à l’usage des religieux.
Tomás Pinpin, d’Abucay dans le Bataan, entra comme apprenti à la presse dominicaine du lieu en 1609 et la dirigeait moins d’un an plus tard. En 1610, il imprima l’Arte y reglas de la lengua tagala de Blancas ; son propre livre pour enseigner l’espagnol aux Tagals, le Librong pagaaralan, fut imprimé la même année par son assistant Diego Talaghay. On se souvient de lui comme du premier imprimeur philippin.
Le monopole par contrat avait coûté un amiral à la Compagnie à Banda ; elle avait désormais un gouvernement permanent et des vues sur Jayakarta.
En 1613, la flotte d’Iskandar Muda mit à sac la capitale de Johor et emmena à Aceh sa famille royale, avec les marchands hollandais qui s’y trouvaient. En 1617, il prit Pahang, plus haut dans la péninsule, et en ramena le sultan, Ahmad, et son jeune fils. Kedah et Perak suivirent en 1619 et 1620.
Raja Bongsu épousa l’une des sœurs d’Iskandar Muda et fut renvoyé régner sur Johor sous le nom de sultan Abdullah Ma’ayat Shah ; son demi-frère Alauddin s’était enfui et mourut probablement vers 1615. En 1618, Abdullah s’installa à Lingga, gagna l’appui des gens de la mer et des Hollandais, répudia son épouse acehnaise et entra en guerre contre Aceh.
Tun Sri Lanang fut parmi les captifs de 1613. Quand la famille royale de Johor rentra chez elle, il choisit de rester. Aceh lui donna le fief de Samalanga, où il fut le conseiller d’Iskandar Muda et de ses deux successeurs jusqu’à sa mort en 1659.
Iskandar Thani était né prince de Pahang, fils du sultan Ahmad, et avait environ sept ans quand Aceh l’emmena en 1617 ; les sources l’appellent Raja Mughal. Iskandar Muda, qui voyait dans l’enfant un garçon prometteur, l’adopta et lui donna le titre de Raja Bungsu et un palais à côté du sien.
Agung monta sur le trône de Mataram en 1613, vers l’âge de vingt ans, après qu’un demi-frère à qui la couronne avait été promise l’eut tenue un seul jour. Le premier envoyé de la Compagnie à sa cour, en 1614, trouva un jeune homme au visage rouge, « comme un Turc ». Il attaqua Surabaya et l’Est cette année-là et échoua, puis prit Wirasaba en 1615.
Gerard Reynst, marchand d’Amsterdam et l’un des fondateurs de la Compagnie, succéda à Pieter Both à la fin de 1614 ; Both se noya au large de l’île Maurice sur le chemin du retour. Chargé de briser l’emprise anglaise sur Banda, Reynst attaqua Pulau Ai en mai 1615 et fut repoussé avec 27 morts. Il mourut de la dysenterie à Jayakarta en décembre.
Laurens Reael, juriste et beau-frère d’Arminius, gouvernait les Moluques depuis Ternate et fut choisi comme gouverneur général par le conseil en juin 1616. Il estimait que la Compagnie devait l’emporter par le commerce et les traités, protesta contre les raids menés contre les insulaires et n’entendait agir contre les Anglais que dans les limites du droit des gens. Les directeurs le jugeaient faible.
Jan Pieterszoon Coen avait navigué dans la flotte de Verhoeff et vu les tueries de Banda en 1609. Directeur général à partir de 1614, il soutenait que le monopole des épices devait être imposé de force aux Anglais comme aux insulaires, et il se querella avec Reael au sujet des Anglais, des marchands chinois et du prix de la muscade. Le 25 octobre 1617, les directeurs le nommèrent gouverneur général.
John Jourdain, facteur anglais qui avait commercé à Surate et à Moka, fut laissé à la tête du commerce de la compagnie anglaise à Bantam. Les Hollandais, écrivit-il, menaçaient de devenir de pires ennemis que les Portugais. En 1616, il envoya le Swan et le Defence relancer le commerce anglais à Ai et à Run, aux Banda, quoi qu’en disent les traités hollandais.
Nathaniel Courthope débarqua à Run avec le Swan et le Defence le 25 décembre 1616. Les insulaires de Run et d’Ai reconnurent le roi Jacques pour souverain et promirent leur muscade aux Anglais. Quand les Hollandais lui prirent l’un de ses navires, il fortifia l’îlot avec ses canons et s’y installa, avec 39 hommes, pour soutenir un siège.
La compagnie anglaise ouvrit un comptoir à Makassar en 1613, et des marchands danois suivirent en 1618. Le port vendait du riz aux îles aux épices et achetait le girofle et la muscade que les Hollandais revendiquaient pour eux seuls. Jourdain jugeait les Makassar « le peuple le plus aimable envers les étrangers de toutes les Indes ».
Les envoyés de Silva convinrent en 1615 avec le vice-roi de Goa que des galions portugais rejoindraient une armada espagnole à Malacca. Il appareilla en février 1616 avec dix galions et quelque 5 000 hommes, la plus grande flotte européenne vue jusque-là dans ces mers. Mais les Hollandais avaient déjà détruit l’escadre portugaise. Silva mourut à Malacca le 19 avril 1616, et l’armada rentra.
Aceh tenait les familles royales du détroit à la fois captives et alliées par le sang, et la Compagnie avait choisi l’homme qui prendrait Jayakarta par la force.
Jayakarta devient Batavia
- 10⌂Fort hollandais de Jayakarta — 1618
- 11⚔Jayakarta prise d’assaut et incendiée — 30 mai 1619
- Batavia (approx.) → La Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC)
En bref
À partir de 1618, le gouverneur général de la Compagnie fut Jan Pieterszoon Coen. Arrivé comme sous-marchand en 1607, il était avec la flotte à Banda en 1609, quand les insulaires en avaient tué l’amiral au cours d’un pourparler. Il voulait désormais une capitale qui appartienne à la Compagnie. À Banten, le régent Ranamanggala taxait et pressurait les marchands étrangers depuis 1609 ; Hollandais et Anglais avaient donc déplacé une partie de leur commerce plus à l’est sur la côte, à Jayakarta, un port gouverné par le prince Wijayakrama, vassal de Banten. En 1618, Coen fit entourer de murs l’entrepôt hollandais pour en faire un fort.10 En décembre, une flotte anglaise commandée par Sir Thomas Dale arriva devant Jayakarta, et le prince prit le parti des Anglais. Les navires de Dale affrontèrent ceux de Coen dans la baie, et Coen partit vers l’est chercher des renforts, laissant sa garnison assiégée. C’est alors que Banten intervint. Ranamanggala ne voulait pas laisser son vassal livrer le port aux Anglais : en février 1619, ses hommes s’emparèrent de Wijayakrama et l’envoyèrent en exil. Le 28 mai, Coen revint. Deux jours plus tard, ses hommes prirent Jayakarta d’assaut et l’incendièrent,11 et sur ses ruines il bâtit la capitale de la Compagnie, Batavia.
La chaîne, période par période
Quand une flotte anglaise arriva à Jayakarta en décembre 1618, Wijayakrama prit le parti des Anglais, et ses hommes se joignirent au siège du fort que Coen avait bâti autour des entrepôts hollandais. Banten vit un vassal conclure ses propres alliances au sujet d’un port qu’elle revendiquait.
Ranamanggala ne voulait pas laisser son vassal livrer Jayakarta aux Anglais. En février 1619, ses hommes s’emparèrent de Wijayakrama et l’exilèrent à Tanara, et Banten prit le contrôle de la ville. Wijayakrama tenta plus tard de reprendre Jayakarta et mourut en exil.
En 1618, Coen fit entourer de murs les entrepôts hollandais de Jayakarta pour en faire un fort. Quand la flotte de Dale affronta ses navires dans la baie, il partit chercher des renforts aux Moluques, laissant le fort assiégé, et y succéda à Reael en mars 1619. Le 28 mai, il revint ; deux jours plus tard, ses hommes prirent Jayakarta d’assaut et l’incendièrent. Sur ses ruines, il bâtit Batavia.
Sir Thomas Dale, soldat qui avait été gouverneur adjoint de la Virginie, arriva avec la flotte de la compagnie anglaise et affronta les navires de Coen au large de Jayakarta en décembre 1618. Il se querella avec Jourdain pour savoir qui commandait les navires anglais, et le siège du fort hollandais échoua. Dale mourut à Masulipatam en août 1619.
Jourdain, revenu en Orient à la fin de 1618 comme président du conseil anglais, dirigea depuis Jayakarta les combats contre les Hollandais. En 1619, il fit voile vers Patani pour remettre en ordre le comptoir anglais. Le 17 juillet, une escadre hollandaise envoyée par Coen surprit ses navires ; il monta sur le pont pour parlementer sous un pavillon blanc et fut abattu.
Souw Beng Kong, marchand né au Fujian qui avait été le chef des Chinois de Banten, se rangea du côté de la Compagnie. Coen lui demanda de s’installer dans la nouvelle capitale, et il vint avec quelque 170 familles chinoises. Nommé en 1619 premier Kapitein der Chinezen de Batavia, il occupa ce poste pendant dix-sept ans, installant les immigrants et dirigeant le commerce chinois de la ville.
Pendant quatre ans, Courthope tint Run avec sa petite garnison, à court de vivres et d’eau, et refusa toutes les occasions de partir. En octobre 1620, il fit route de nuit vers Lontor ; les Hollandais, prévenus par un espion, l’attendaient. Touché à la poitrine, il se jeta à la mer et on ne le revit jamais. Les Anglais quittèrent Run peu après.
Au début de 1621, Coen amena dix-neuf navires, plus de 1 600 soldats hollandais et 286 mercenaires japonais, et prit Lontor en mars. On arracha sous la torture aux orang kaya l’aveu d’un complot, et le 8 mai 44 d’entre eux furent décapités. Sur quelque 15 000 Bandanais, il en resta environ 1 000 ; les autres furent tués, moururent de faim, furent réduits en esclavage ou chassés. Des planteurs de la Compagnie prirent possession des muscadiers, cultivés par des esclaves.
En 1619, Iskandar Muda maria sa fille, Putri Sri Alam, encore petite, au prince de Pahang, alors âgé d’environ neuf ans. Le couple vivait dans un palais appelé Sri Warna, à côté de celui du sultan. Vingt-deux ans plus tard, elle régnerait sur Aceh sous le nom de Safiatuddin.
Alonso Fajardo de Tenza prit en charge les Philippines en juillet 1618, succédant à l’Audiencia qui gouvernait depuis la mort de Silva. Une flotte hollandaise bloqua Manille d’octobre 1618 à mai 1619 et repartit quand il eut armé ses navires. Son gouvernement envoya des soldats à la conquête des mines d’or de la Cordillère, et il eut bientôt des soulèvements à réprimer dans les Visayas.
Buisan, souverain de Maguindanao, à Mindanao, mena les raids musulmans contre les Visayas espagnoles : en 1602, ses 145 navires de guerre frappèrent Mindoro et le sud de Luçon, et en 1603 il attaqua Leyte et entraîna certains de ses chefs dans son alliance. Il mourut en 1616 ou en 1619, selon les calculs.
Muhammad Kudarat, fils de Buisan, obtint l’appui des datus pour sa succession, bien que la coutume favorisât un candidat du Lanao, qui fit alors sécession. Son règne, daté d’environ 1616 ou 1619, dura jusqu’en 1671. Il vendait du riz et des captifs visayens aux Hollandais et les jouait contre les Espagnols.
La Compagnie avait une capitale à elle et une île qu’elle avait vidée ; Banten n’avait soustrait Jayakarta aux Anglais que pour la perdre au profit des Hollandais.
Banda et Amboine
- 12◆Run sous le roi Jacques — Noël 1616 · les Anglais tiennent Run
- 13⚔Lontor prise — 11–12 mars 1621
- 14†44 orang kaya décapités — 8 mai 1621
- 15✠Les Banda vidées — sur quelque 15 000, environ 1 000 survivants
- 16†Les exécutions d’Amboine — mars 1623 · dix Anglais
En bref
La noix muscade ne poussait qu’en un seul endroit au monde, les dix petites îles Banda, et la Compagnie entendait en être l’unique acheteur. Les insulaires continuaient de vendre aux marchands anglais, javanais et makassar. Depuis Noël 1616, un Anglais, Nathaniel Courthope, tenait l’île de Run avec 39 hommes, et ses habitants avaient reconnu le roi Jacques pour souverain.12 En octobre 1620, les Hollandais surprirent Courthope de nuit dans une embarcation ; il se jeta à la mer et mourut. Au début de 1621, Coen vint en personne, avec dix-neuf navires et des soldats japonais à la solde de la Compagnie, et prit en deux jours l’île principale, Lontor.13 Comme ses habitants continuaient de se battre depuis les collines, ses hommes arrachèrent sous la torture à leurs anciens l’aveu d’un complot, et le 8 mai 44 d’entre eux furent décapités.14 Sur quelque 15 000 Bandanais, il en resta environ 1 000 ;15 les autres furent tués, moururent de faim, furent réduits en esclavage ou chassés. À Amboine, les marchands anglais qui partageaient le comptoir hollandais avaient pour chef Gabriel Towerson. En 1623, le gouverneur, Herman van Speult, les fit torturer en les accusant d’avoir comploté de s’emparer du fort hollandais. En mars, dix Anglais furent décapités, dont Towerson.16
La chaîne, période par période
Pieter de Carpentier, marchand d’Anvers qui avait pris part à la conquête de Jayakarta, succéda à Coen le 1er février 1623, quand celui-ci rentra au pays. Il développa Batavia, avec un hôtel de ville, une école et un orphelinat, et gouverna jusqu’en septembre 1627.
Herman van Speult, gouverneur d’Amboine pour la Compagnie depuis 1618, se méfiait des marchands anglais qui partageaient le comptoir. En février 1623, un soldat japonais à la solde de la Compagnie fut surpris à étudier les défenses du château et interrogé sous la torture ; ses aveux, puis ceux des Anglais qui suivirent, aboutirent à la thèse d’un complot pour s’emparer du fort.
Gabriel Towerson était le chef des marchands anglais d’Amboine. Le 9 mars 1623, il fut décapité avec neuf autres hommes de la compagnie anglaise, ainsi que des soldats japonais et un Portugais ; il y eut vingt et un morts en tout. En Angleterre, le « massacre d’Amboine » resta pendant des décennies un grief contre les Hollandais.
Tamblot, babaylan (prêtre indigène) de Bohol, annonça aux insulaires en 1621 qu’une diwata, un esprit, les aiderait à chasser les Espagnols s’ils abandonnaient le christianisme et lui bâtissaient un sanctuaire. Des villages autour de Loboc et de Baclayon se rallièrent à lui, et ses partisans élevèrent une place forte dans les collines.
Juan de Alcarazo, alcalde mayor de Cebu, débarqua à Bohol le jour de l’an 1622 avec une cinquantaine d’Espagnols et un millier de soldats philippins. Dans un combat sous une pluie battante, ses mousquetaires mirent en déroute les hommes de Tamblot et prirent la place forte ; un second soulèvement, six mois plus tard, fut écrasé de la même façon. Quelques meneurs furent pendus, et les captifs condamnés à dix ans d’esclavage.
Bankaw, datu de Limasawa, à Leyte, avait accueilli Legazpi en 1565 et reçu le baptême. Devenu vieux, il renia le christianisme après le soulèvement de Tamblot, éleva un sanctuaire à une diwata avec son fils Pagali, un babaylan, et souleva six villes. Alcarazo, envoyé par le gouverneur Fajardo, les écrasa à leur tour, et la tête de Bankaw fut plantée sur un pieu de bambou en guise d’avertissement.
Agung prit un à un les ports de la côte nord de Java, puis Madura en 1624, après quoi il prit le titre de susuhunan. Surabaya, la plus forte, résista jusqu’en 1625, quand elle se rendit après cinq ans de guerre. À l’ouest, seuls Banten et les Hollandais de Batavia échappaient encore à son pouvoir.
Pangeran Pekik, fils du souverain de Surabaya, Jayalengkara, était à la fois prince et lettré musulman. La reddition de Surabaya fit de l’héritier du plus puissant ennemi d’Agung un prince sujet de Mataram, et Agung choisit de l’attacher à sa cour plutôt que de le détruire.
Ranamanggala, malade, quitta la régence en janvier 1624, et Pangeran Ratu, qui approchait alors de la trentaine, gouverna Banten lui-même. Ranamanggala mourut en mai 1626 en recommandant au sultan, selon la tradition de Banten, de ne jamais se lier d’amitié avec les Hollandais.
Abdul Jalil, né Raja Bujang, fils du sultan Alauddin de Johor, avait été placé à la tête de Pahang avec l’aval des Portugais en 1615, jusqu’à ce que l’invasion acehnaise de 1617 le chasse à Lingga. Quand son oncle Abdullah mourut aux îles Tambelan en mars 1623, toujours traqué par Aceh, il devint sultan de Johor.
En 1625, la Compagnie avait brisé les Anglais dans les îles aux épices, Manille ses propres rebelles, et Mataram tous les ports rivaux de Java sauf Banten.
Deux sièges
- 17♜Surabaya se rend — 1625 · après cinq ans de guerre
- 18♜Premier siège de Batavia — août–déc. 1628
- 19†744 corps sans tête — déc. 1628 · Agung châtie ses commandants
- 20♜Aceh assiège Malacca — juin–oct. 1629
- 21⚔Rivière Duyon — oct.–déc. 1629 · victoire portugaise
- Surabaya et l’Est (approx.) → Mataram
En bref
L’intérieur de Java avait son propre conquérant. Agung, roi de Mataram depuis 1613, prit un à un les ports de la côte nord, et en 1625, après cinq ans de guerre,17 Surabaya se rendit. À l’ouest, seuls Banten et les Hollandais résistaient encore. En août 1628, la flotte d’Agung se présenta devant Batavia en demandant à commercer, et commença à débarquer des troupes ;18 une armée arrivait par voie de terre derrière elle. Les assauts se brisèrent les uns après les autres contre les murailles, et en décembre ses hommes mouraient de faim. Agung envoya des bourreaux à ses commandants, et les Hollandais trouvèrent 744 corps sans tête19 dans les camps abandonnés. En 1629, il revint, avec du riz caché dans des dépôts le long de la côte. Des espions hollandais découvrirent les dépôts et les brûlèrent. Le choléra éclata dans la ville assiégée, et le 21 septembre Coen mourut, très probablement de la maladie. L’armée d’Agung se retira. La même année, Aceh tenta sa chance contre Malacca. L’armada d’Iskandar Muda, quelque 236 navires et 19 000 hommes, mit le siège devant la ville.20 En octobre, une flotte portugaise commandée par Nuno Álvares Botelho l’enferma dans la rivière Duyon, et les navires de Johor vinrent prêter main-forte. D’après les Portugais, pas un seul navire acehnais ne rentra au pays.21
La chaîne, période par période
Hamza, cousin de Saidi Berkat, avait passé vingt et un ans captif à Manille, baptisé sous le nom de Pedro de Acuña, d’après le gouverneur qui l’avait capturé. Autorisé à rentrer en 1627 en ami de l’Espagne, il fut choisi comme sultan par le conseil de Ternate à la mort de Mudafar, en juin. Il revint à l’islam, se retourna contre ses anciens geôliers et maintint l’alliance hollandaise.
Ngarolamo, fils unique de Mole Majimu, succéda au vieux sultan à sa mort, le 23 mai 1627. Entêté et mal vu des grands de Tidore, il interdit bientôt à ses sujets de vendre du girofle au capitaine espagnol et négocia avec Hamza, qui voulait épouser sa fille. Les Espagnols commencèrent à le soupçonner de pencher vers les Hollandais.
Coen revint comme gouverneur général en septembre 1627. Il tint Batavia pendant les deux sièges d’Agung, mais le choléra éclata dans la ville assiégée et, le 21 septembre 1629, il mourut, très probablement de la maladie.
Jacques Specx, le marchand qui avait fondé en 1609 le commerce de la Compagnie avec le Japon à Hirado, devint gouverneur général par intérim à la mort de Coen. Il occupa le poste jusqu’en 1632, à la tête d’une capitale qui avait survécu à deux sièges sans avoir gagné à la Compagnie la moindre prise sur l’intérieur de Java.
Bahureksa, premier régent de Kendal, fut nommé commandant d’Agung contre Batavia le 26 août 1628. Sa flotte se présenta en demandant à commercer et commença à débarquer des troupes, tandis qu’une armée arrivait par voie de terre. Les assauts échouèrent contre les murailles. Bahureksa mourut à Batavia : de ses blessures, avec deux de ses fils, selon la tradition de Kendal.
Dipati Ukur, gouverneur des hautes terres de Priangan pour Mataram, conduisit ses hommes contre Batavia par voie de terre en 1628. Repoussé le 21 octobre, il refusa de retourner affronter Agung ; il se cacha dans les montagnes au nord de l’actuelle Bandung et se retourna contre Mataram. Sa révolte dura jusque dans les années 1630, jusqu’à ce qu’il soit capturé et, selon une version, exécuté en 1632.
En décembre 1628, l’armée d’Agung mourait de faim, et il envoya des bourreaux aux commandants qui revenaient. En 1629, il fit une nouvelle tentative, avec du riz stocké dans des dépôts cachés à Karawang et à Cirebon. Des espions hollandais les découvrirent et les brûlèrent ; la maladie se répandit dans les camps comme dans la ville, et son armée se retira. Il n’attaqua plus jamais Batavia.
En 1629, Iskandar Muda envoya quelque 236 navires et 19 000 hommes prendre Malacca, et ils assiégèrent la ville à partir de juin. En octobre, une flotte de secours portugaise enferma l’armada dans la rivière Duyon, et les navires de Johor vinrent prêter main-forte aux Portugais. D’après les Portugais, pas un seul navire acehnais ne rentra au pays ; l’amiral fut capturé à Pahang au début de 1630.
Nuno Álvares Botelho atteignit Malacca le 21 octobre 1629 avec la flotte de secours portugaise. Il enferma l’armada acehnaise dans l’embouchure de la rivière et, avec à ses côtés les navires de Johor d’Abdul Jalil, la détruisit ou la captura. La défaite mit fin aux grandes campagnes de conquête d’Aceh.
Shamsuddin al-Sumatrani mourut le 25 février 1630, quelques mois après la perte de l’armada. Le Bustan al-Salatin de Raniri mentionne sa mort juste après le récit du désastre de Malacca, ce qui a conduit certains auteurs ultérieurs à affirmer qu’il périt dans la campagne ; le texte ne le dit pas.
Deux grandes armées asiatiques s’étaient brisées contre des forts européens ; Batavia et la Malacca portugaise avaient tenu, et Coen et le vieux lettré d’Aceh étaient morts.
En 1633, Agung maria Pangeran Pekik à sa sœur, Ratu Pandansari, liant la maison royale de Surabaya à la sienne. Il envoya ensuite Pekik, descendant du saint Sunan Ampel, contre Giri, la ville sainte dont les habitants refusaient de se soumettre ; elle fut soumise trois ans plus tard. La fille de Pekik épousa le fils d’Agung, le futur Amangkurat.
La Compagnie imposa le blocus de Banten pour lui arracher le monopole du poivre, attaquant les jonques et les embarcations moluquoises qui gagnaient son port. En novembre 1633, la querelle tourna à la guerre. En janvier 1634, une flotte hollandaise ferma la baie, et Banten brisa le blocus en incendiant les navires de nuit. La paix ne revint qu’en 1639. Entre-temps, l’ambassade du sultan avait fait voile vers La Mecque en 1633.
Hendrik Brouwer, qui avait découvert en 1611 la route rapide vers les Indes par les vents d’ouest des mers australes, devint gouverneur général en avril 1632, après des négociations avec les Anglais à Londres. Il gouverna jusqu’en 1636, pendant la guerre contre Banten.
Hamza tira parti des querelles de Tidore. En avril 1634, il fit passer à Tidore son neveu Gorontalo, que les grands et le capitaine espagnol acceptèrent comme sultan, et Ngarolamo fut chassé. Hamza offrit au roi déposé et à 200 de ses partisans un refuge à Ternate, tenant ainsi les deux sultans de Tidore pour ses obligés, au grand agacement des Hollandais.
Gorontalo, de la branche rivale de la maison royale de Tidore, vivait à la cour de Ternate depuis 1616 environ et jouissait de plus de respect que Ngarolamo. Intronisé en 1634 avec l’aide de Hamza et l’aval du capitaine espagnol, il resta dépendant de Ternate ; les Hollandais notèrent que les deux sultans envoyaient des émissaires à Manille.
Tepil, l’allié de la Compagnie depuis 1605, mourut en 1633, et son fils Kakiali devint kapitan Hitu. Le girofle de Hitu allait aux acheteurs de Makassar plutôt qu’à la Compagnie. En 1634, un nouveau gouverneur hollandais fit arrêter Kakiali et d’autres chefs, déclenchant un soulèvement ; pendant des années, des guérilleros combattirent depuis les collines de Hitu.
Juan Niño de Tabora, gouverneur depuis 1626, mourut en juillet 1632, et l’Audiencia gouverna jusqu’à l’arrivée de Juan Cerezo de Salamanca comme gouverneur par intérim en août 1633. À la demande des jésuites, il fit commencer le 23 juin 1635 un fort de pierre à Zamboanga, à la pointe occidentale de Mindanao, pour arrêter les raids venus de Maguindanao et de Sulu.
Chaque puissance avait absorbé ou acheté les vaincus des années 1620, et le fort de Zamboanga portait la guerre de l’Espagne aux portes de Kudarat.
La chute de Malacca
- 22♜Siège de Malacca — août 1640 – janv. 1641 · Hollandais et Johor
- Malacca → La Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC)
- Pahang → autres (rendu)
En bref
Iskandar Muda mourut à la fin de 1636. Son héritier était Iskandar Thani, le prince de Pahang qu’il avait élevé. À Batavia, le gouverneur général, Antonio van Diemen, résolut de prendre enfin Malacca. Le sultan de Johor, Abdul Jalil, neveu de Raja Bongsu, se joignit à lui. Aceh avait promis son aide, mais Iskandar Thani refusa de combattre aux côtés de Johor. En août 1640, les troupes de la Compagnie et les hommes de Johor débarquèrent devant Malacca et se retranchèrent autour des murailles.22 La maladie et la faim épuisèrent les deux camps ; trois commandants hollandais moururent l’un après l’autre. Le 14 janvier 1641, quelque 650 soldats hollandais prirent d’assaut la citadelle, et après 130 ans de domination portugaise Malacca passa à la Compagnie. Un mois plus tard, Iskandar Thani mourut. Après trois jours de troubles, les grands d’Aceh placèrent sur le trône sa veuve, la fille d’Iskandar Muda, qui régna sous le nom de sultane Safiatuddin. Sous son règne, Aceh renonça à son emprise sur Pahang et sur Johor.
La chaîne, période par période
Antonio van Diemen devint gouverneur général en janvier 1636. En 1637, il fit voile vers les Moluques avec dix-sept navires, prit le fort des contrebandiers de Luhu, à Hoamoal, rétablit Kakiali comme kapitan Hitu et conclut de nouveaux contrats avec Ternate. En 1639, son gouvernement fit la paix avec Banten, et en mai 1640 Batavia résolut de prendre Malacca.
Iskandar Muda mourut le 27 décembre 1636, et son gendre, le prince de Pahang, lui succéda sous le nom d’Iskandar Thani. Après un complot d’empoisonnement en 1637, quelque 400 personnes furent mises à mort, selon le décompte d’un visiteur. Il refusa de se joindre aux Hollandais contre Malacca dès lors que Johor faisait partie de l’alliance.
Nuruddin al-Raniri, lettré originaire de Rander, au Gujarat, arriva en 1637 et devint le mufti du sultan, puis cheikh al-islam. Il condamna Hamzah Fansuri et Shamsuddin al-Sumatrani comme hérétiques et fit brûler leurs livres. En 1638, il entreprit le Bustan al-Salatin, le Jardin des rois, une histoire du monde et des rois d’Aceh en sept parties.
L’ambassade à La Mecque rapporta ce que Pangeran Ratu voulait : en 1638, le chérif de La Mecque le reconnut comme sultan Abu al-Mafakhir, premier souverain de l’archipel à porter officiellement ce titre, et son fils comme sultan cadet. Agung rechercha le même honneur et l’obtint en 1641.
Abu al-Ma’ali Ahmad, le prince héritier, fut nommé sultan muda, sultan cadet, aux côtés de son père en 1638. Il ne vécut pas assez pour régner : il mourut de maladie en 1650, un an avant son père, si bien que le trône allait revenir à son propre fils, Pangeran Surya.
Alauddin mourut le 15 juin 1639, et son fils Malikussaid lui succéda comme sultan de Gowa. Son règne, jusqu’en 1653, vit Makassar à son apogée : un port franc où marchands portugais, anglais, danois et asiatiques achetaient les épices que revendiquaient les Hollandais, et une puissance qui faisait pression sur ses voisins du sud de Sulawesi.
Karaeng Pattingalloang, deuxième fils de Matoaya, devint premier ministre de Gowa en 1639 et souverain de Tallo en 1641. Il parlait le portugais comme un Lisboète, lisait l’espagnol et le latin, collectionnait les livres européens et, en 1644, paya une cargaison de bois de santal pour un grand globe des cartographes d’Amsterdam. Malgré les exigences hollandaises, il garda le port ouvert à tous.
Sebastián Hurtado de Corcuera, vétéran des Flandres, prit en charge les Philippines le 25 juin 1635. Il entra aussitôt en conflit avec l’archevêque Hernando Guerrero au sujet d’un meurtrier arraché à l’asile d’une église et pendu, et l’archevêque jeta l’interdit sur la ville. En mai 1636, Corcuera exila Guerrero sur l’île de Mariveles et le laissa revenir moins d’un mois plus tard à des conditions humiliantes.
Le 13 mars 1637, Corcuera débarqua à Lamitan, la place forte de Kudarat, avec quelque 800 hommes et la prit avec ses canons. Kudarat s’échappa vers la région du lac Lanao, où il exhorta les datus à ne pas se vendre en servitude aux Espagnols, et les Maranao reprirent bientôt le fort que les Espagnols y avaient laissé.
Muwallil Wasit, prince de Brunei qui régnait sur Sulu depuis 1610 environ, connu des Espagnols sous le nom de Rajah Bongsu, avait donné sa fille en mariage à Kudarat en 1632. Quand Corcuera attaqua Jolo en janvier 1638, il tint son fort pendant trois mois avec 4 000 hommes et des alliés de Bornéo et de Makassar, jusqu’à ce que la maladie le force à se replier sur Tawi-Tawi. Une garnison espagnole tint Jolo jusque vers 1645.
Ngarolamo, qui vivait pauvrement à Ternate, entama des pourparlers avec les Espagnols pour retrouver son trône. Hamza et son conseil, au su de Gorontalo, décidèrent sa mort : en juillet 1639, on le fit monter dans une embarcation, censée le conduire vers une nouvelle demeure à Jailolo, et des mousquetaires tidorais l’abattirent en chemin.
Quelques semaines plus tard, le 10 août 1639, un officier espagnol vint du fort de Gamalama pour s’entretenir avec Gorontalo au sujet de prisonniers ; l’un de ses hommes poignarda le sultan, que les Espagnols soupçonnaient de comploter contre eux avec Ternate. Le fils de Gorontalo, Golofino, s’échappa vers la forteresse royale.
Saidi, fils de Ngarolamo, fut amené en secret de Ternate et, après un différend avec le parti de Golofino, devint sultan en 1640 comme candidat de l’Espagne ; Golofino s’enfuit à Ternate. Saidi promit aux Espagnols des troupes, du girofle et la liberté pour les missionnaires et, à les en croire, ne tint aucune de ces promesses, menant le commerce du girofle de Tidore dans son propre intérêt.
Chaque cour avait un nouveau maître, Manille avait porté la guerre à Mindanao et à Sulu, et à Tidore un poignard espagnol avait réglé la succession.
Tun Abdul Jamil, qui avait mené les hommes de Johor à Malacca en 1606, les mena de nouveau : en août 1640, une quarantaine de navires de guerre de Johor et 1 500 hommes débarquèrent devant la ville avec les Hollandais. Après la chute de Malacca, il devint l’homme de confiance du sultan, exerçant dans les faits les pouvoirs d’un bendahara, et finit par placer ses propres fils aux plus hautes charges.
Iskandar Thani mourut le 15 février 1641. Après trois jours de troubles, les grands d’Aceh mirent sur le trône sa veuve, la fille d’Iskandar Muda, sous le nom de sultane Safiatuddin, la première des quatre reines qui allaient régner. Sous son règne, Aceh renonça à son emprise sur Johor et Pahang et conserva l’étain de Perak, tandis que les grands chefs reprenaient au trône une bonne part du pouvoir.
Raniri resta à la cour pendant les premières années du règne de Safiatuddin, mais en 1643–1644 un lettré minangkabau, Sayf al-Rijal, le contesta et gagna des appuis à la cour. Après cette controverse, en 1644, Raniri quitta Aceh pour Rander ; il mourut en Inde en 1658.
La faim et la maladie épuisèrent les deux camps à Malacca, et trois commandants hollandais moururent l’un après l’autre. Minne Caertekoe détenait le commandement à la fin, mais il était malade quand environ 650 soldats hollandais prirent d’assaut la citadelle, le 14 janvier 1641. Le gouverneur, Manuel de Sousa Coutinho, capitula, et la Malacca portugaise passa à la Compagnie après 130 ans.
Avant de mourir, le 19 avril 1645, Van Diemen fit désigner par le conseil Cornelis van der Lijn comme son successeur, contre les règles des directeurs. Van der Lijn, administrateur prudent, consolida les acquis de Van Diemen, fit la paix avec Banten, Mataram et d’autres, et signa en septembre 1646 le premier traité de la Compagnie avec un roi javanais.
Kakiali, rétabli, poursuivit la lutte. En 1641, les Hollandais détruisirent une flotte de Makassar qui lui apportait de l’aide et achetait du girofle, et lui et ses hommes tinrent bon dans les collines de Hitu, à Wawane. Une campagne hollandaise les brisa au début de 1643, et le 16 août 1643 Kakiali fut tué dans son sommeil par un déserteur espagnol, Francisco de Tairo, soudoyé par la Compagnie.
Gerard Demmer gouverna Amboine pour la Compagnie de 1642 à 1647. Il agrandit ses forts, paya le meurtrier de Kakiali et poussa la guerre jusque dans les montagnes, où les derniers combattants de Hitu se rassemblèrent à Kapahaha.
Telukabessy, né Ahmad Leikawa, mena la résistance de Hitu après la mort de Kakiali depuis Kapahaha, un rocher fortifié dans les collines de Leihitu, où se rassemblaient les capitaines dont les places fortes étaient tombées. Gowa envoya trois capitaines makassar l’aider contre les flottes hollandaises.
La Maddaremmeng, roi de Bone, imposa à ses nobles un islam rigoriste et libéra leurs esclaves ; sa propre mère les conduisit demander l’aide de Gowa. L’armée de Malikussaid, avec Wajo et Soppeng, battit Bone le 8 octobre 1643 et fit plus de 30 000 prisonniers, et La Maddaremmeng fut emmené à Gowa.
En novembre 1643, Gowa mit à la place du roi déposé un noble de Bone de son choix, Tobala. Les gens de Bone désignèrent plutôt comme souverain le frère cadet de La Maddaremmeng, La Tenriaji, à l’insu de Gowa.
Diego Fajardo Chacón, neveu de l’ancien gouverneur Alonso Fajardo, prit en charge les Philippines en août 1644. Il fit juger son prédécesseur Corcuera et l’emprisonna pendant cinq ans, envoya un émissaire qui fit la paix avec Kudarat, et abandonna les affaires du gouvernement à son secrétaire, Manuel Estacio Venegas.
Manuel Estacio Venegas, riche habitant de Manille, gouverna au nom de Fajardo à partir de 1644, punissant ses ennemis, laïcs et clercs, de prison, de confiscation et d’exil. En 1651, le provincial des augustins, Jerónimo de Medrano, persuada Fajardo d’ouvrir une enquête ; le 16 septembre, Venegas fut arrêté et interrogé sous la torture.
La Compagnie tenait Malacca, la reine d’Aceh lâchait la péninsule, la guerre de Hitu était presque perdue, et Bone était passé sous la sujétion de Gowa.
Une paix et une pension
- 23✒Paix avec la Compagnie — 24 sept. 1646
- 24♛Hamza fait sultan — 1627 · retour à l’islam
- 25◆Les troupes de la Compagnie contre Hitu — années 1630–1640 · à l’appel de Hamza
- 26✒Le traité du girofle — 31 juil. 1652 · 12 000 rixdales par an
En bref
À la mort d’Agung, son fils Amangkurat monta sur le trône, et en septembre 1646 il fit la paix avec la Compagnie.23 Il y vit la soumission de Batavia : chaque année, des envoyés hollandais apportaient des présents à sa cour, et il envoyait en retour du riz et du bois. Aux Moluques, le sultan de Ternate était un homme que l’Espagne avait façonné. Hamza, l’un des captifs d’Acuña en 1606, avait été baptisé à Manille sous le nom même du gouverneur, puis autorisé à rentrer chez lui en 1627 en ami de l’Espagne. Le conseil de Ternate le fit sultan ;24 il revint à l’islam et se retourna contre ses anciens geôliers. Quand les chefs producteurs de girofle de Hitu et de l’ouest de Céram le défièrent, il fit appel aux troupes de la Compagnie,25 et les rebelles demandèrent la protection de Makassar. Hamza mourut en 1648. Passant outre au choix des grands, la Compagnie installa sur le trône le plus jeune fils de Mudafar, élevé sous l’œil des Hollandais, sous le nom de sultan Mandar Syah. En juillet 1652, celui-ci renonça à son girofle :26 tous les girofliers de Ternate seraient abattus, et il abandonnait ses gouvernements autour d’Amboine, contre une pension de 12 000 rixdales par an.
La chaîne, période par période
Agung mourut en 1645, et son fils, proclamé roi la même année et couronné en 1646, régna sous le nom d’Amangkurat. En septembre 1646, il fit la paix avec la Compagnie : des comptoirs à Mataram, le commerce javanais dans les îles tenues par les Hollandais, un traité qu’il interpréta comme la soumission de Batavia. Il entreprit de mettre au pas les grands du règne de son père.
Le tumenggung Wiraguna, l’un des grands commandants d’Agung, avait des raisons de craindre le nouveau roi : en 1637, le prince héritier avait eu une liaison avec sa femme. En 1647, Amangkurat l’envoya vers l’est, officiellement contre Blambangan, pour le faire tuer loin de ses partisans, et ordonna aussi la mort d’autres personnes mêlées au scandale.
Pangeran Alit, frère cadet d’Amangkurat, avait pris le parti de Wiraguna en 1637. En le voyant tué, il attaqua le palais de Plered ; le soulèvement échoua et Alit y trouva la mort. Amangkurat, qui craignait les religieux ayant soutenu Alit, ordonna de les massacrer avec leurs familles : 5 000 à 6 000 personnes, selon le seul récit dont on dispose, celui de l’envoyé hollandais Van Goens.
Rijcklof van Goens, marchand de la Compagnie, se rendit comme envoyé à la cour d’Amangkurat lors de missions répétées entre 1648 et 1654. Son rapport, le Javaense Reyse, décrivit le gouvernement despotique du roi, la place des femmes à la cour, ainsi que le pays, et donna à Batavia sa vue la plus rapprochée de Mataram.
En juillet 1646, les troupes de la Compagnie trouvèrent un sentier escarpé menant au sommet du rocher et prirent Kapahaha après un combat acharné. Telukabessy s’échappa, mais il fut plus tard capturé et pendu à Amboine le 3 septembre 1646 ; ses hommes furent amnistiés, et certains entrèrent dans l’armée de la Compagnie. Avec Kapahaha prit fin l’indépendance de Hitu.
L’imam Rijali, l’un des chefs musulmans de Hitu, combattit dans la guerre de Kapahaha aux côtés de Telukabessy. Il survécut à la défaite et écrivit, avant 1657, la Hikayat Tanah Hitu, l’Histoire du pays de Hitu : un récit de ses origines, de ses liens avec Java, Banten et Gowa, et de ses guerres.
Hamza s’était servi de la Compagnie pour mettre au pas les chefs de Hitu et de l’ouest de Céram et, en 1641, à l’instigation de la Compagnie, avait fait de Majira son gouverneur de Hoamoal. Il mourut le 6 mai 1648 sans fils. Les grands de Ternate voulaient pour sultan Manilha, fils de Mudafar ; les religieux musulmans voulaient son frère Kalamata.
La Compagnie imposa le plus jeune fils de Mudafar, Tahubo, élevé sous l’œil des Hollandais, et l’installa sur le trône sous le nom de sultan Mandar Syah. Son commissaire lui remit des joyaux et la pension que touchait Hamza. L’élite de Ternate supportait mal un roi qui devait tout à Batavia ; il donna à certains de ses fils les noms d’Amsterdam et de Rotterdam.
En août 1650, les quatre grandes maisons de Ternate et ses chefs proclamèrent sultan Manilha, le frère de Mandar Syah, et Mandar se réfugia dans le fort hollandais. La Compagnie refusa de lâcher son homme. Manilha maintint sa prétention depuis Jailolo, à Halmahera.
Quand une flotte hollandaise vint contre Manille en 1646, Fajardo ne disposait que de deux vieux galions d’Acapulco, l’Encarnación et le Rosario. Il en confia le commandement à Lorenzo Ugalde de Orellana, avec Sebastián López comme amiral ; leurs équipages comptaient de nombreux volontaires philippins. En cinq engagements cette année-là, ils repoussèrent les escadres hollandaises : ce fut La Naval de Manila.
La Tenriaji, soutenu par la famille d’Arung Palakka, de Soppeng, souleva Bone contre Gowa. Malikussaid envoya une armée commandée par Karaeng Cenrana avec Wajo, Luwu et Soppeng et, à Passempe, du 18 avril au 25 mai 1646, Bone fut de nouveau battu. La Tenriaji fut fait prisonnier, les nobles de Bone furent exilés à Gowa, et Bone fut gouverné en pays sujet.
Arung Palakka, alors âgé d’environ onze ans, fut parmi les nobles de Bone et de Soppeng emmenés après Passempe. Il fut placé comme serviteur dans la maison de Pattingalloang, le premier ministre de Gowa, et grandit à la cour du royaume qui avait conquis le sien.
Mataram avait la paix avec Batavia et un roi qui tuait les hommes de son père ; le trône de Ternate appartenait désormais au candidat de la Compagnie.
La guerre du girofle
- 27⚑Soulèvement de Hoamoal — 1651 · comptoirs de la Compagnie incendiés
- 28⚔Asahudi prise d’assaut — juil. 1655
- 29◆Hoamoal vidée — 1656 · quelque 12 000 déportés à Amboine
- 30♜Blocus de Banten — 1656–1659
En bref
Tous les seigneurs ternatais ne pliaient pas devant la Compagnie. Majira, gouverneur du sultan à Hoamoal, dans l’ouest de Céram, s’était soulevé contre elle en 1651, et ses hommes avaient incendié ses comptoirs.27 Il avait pour allié Makassar, dont le premier ministre depuis 1639, Pattingalloang, gardait le port ouvert à tous les marchands ; en 1652, Makassar envoya quarante navires de guerre à Céram. L’amiral de la Compagnie Arnold de Vlamingh traqua les rebelles et, en juillet 1655, prit d’assaut leur place forte d’Asahudi.28 Majira s’échappa, semble-t-il vers Makassar. La Compagnie déporta à Amboine quelque 12 000 habitants29 de Hoamoal, et désormais le girofle ne poussa plus qu’à Amboine et dans trois petites îles voisines. Makassar fit la paix en 1656. À l’ouest, la Compagnie avait un autre ennemi. Joan Maetsuycker, gouverneur général depuis 1653, avait affaire à Banten, où Ageng avait succédé à son grand-père en 1651. Ageng construisait ses propres navires et commerçait avec les Anglais et les Danois. En 1656, la guerre éclata : la Compagnie imposa le blocus de Banten,30 et les pillards de Banten s’en prirent aux navires et aux fermes de Batavia. En 1659, les deux adversaires firent la paix.
La chaîne, période par période
Pangeran Ratu, le sultan Abu al-Mafakhir, mourut le 10 mars 1651. Son fils Abu al-Ma’ali étant mort l’année précédente, ce fut son petit-fils, Pangeran Surya, qui lui succéda sous le nom de sultan Abu al-Fath Abdulfattah, resté dans les mémoires comme Ageng Tirtayasa. Il développa la flotte marchande de Banten et commerça avec les Anglais et les Danois au mépris de Batavia.
Majira, kimelaha de Hoamoal pour Ternate, dans l’ouest de Céram, avait aidé la Compagnie contre Hitu. Mais les exigences de la Compagnie sapaient désormais son autorité et son commerce, et en 1651, avec le prince Saidi, seigneur de la mer de Ternate, il poussa la population à détruire les comptoirs de la Compagnie : ce fut le début de la grande guerre d’Amboine.
Arnold de Vlamingh van Oudshoorn, ancien gouverneur d’Amboine, revint aux Moluques en 1651 pour rétablir l’ordre. Il combattit les rebelles avec une efficacité impitoyable, pressa Mandar Syah de renoncer à ses droits sur Hoamoal et ses îles et, en janvier 1653, contraignit Manilha et Kalamata à se soumettre à Mandar.
Le 31 juillet 1652, Mandar Syah renonça à son girofle : tous les girofliers des terres de Ternate situées hors du quartier d’Amboine tenu par la Compagnie seraient abattus, et il abandonnait ses gouvernements de la région, contre 12 000 rixdales par an. La pension assura la position du roi et ruina les provinces qui vivaient du girofle.
Kalamata, fils de Mudafar et expert en droit islamique, rejoignit Manilha à Jailolo en 1652, puis se proclama lui-même sultan. Après 1653, il combattit dans le camp des rebelles, puis partit pour Makassar, où il gagna la confiance de Hasanuddin et épousa en 1656 une fille de Karaeng Tallo.
En 1652–1653, Makassar envoya une flotte de quarante navires de guerre soutenir les rebelles de Céram, et ses hommes fortifièrent Asahudi, sur la côte. Malikussaid mourut en 1653.
Hasanuddin, fils de Malikussaid, né en 1631, lui succéda en 1653. Une première guerre avec la Compagnie au sujet du commerce des épices d’Amboine valut au port de Makassar un blocus hollandais en 1654–1655.
Pattingalloang mourut le 15 septembre 1654. Après sa mort, Hasanuddin déclara qu’il serait son propre chancelier, mettant fin au partenariat dans lequel les seigneurs de Tallo guidaient les rois de Gowa depuis l’époque de Matoaya.
Carel Reyniersz, ancien gouverneur de la côte de Coromandel, succéda à Van der Lijn en octobre 1650 et mourut en fonction en 1653. Ses années furent celles de la révolte de Ternate et du début de la guerre de Céram, que De Vlamingh mena pour lui.
Joan Maetsuycker, juriste d’Amsterdam qui avait gouverné Ceylan pour la Compagnie, devint gouverneur général en 1653 et occupa le poste pendant vingt-cinq ans. Sous son gouvernement, la Compagnie acheva la guerre du girofle, combattit Banten et envoya ses flottes contre Makassar.
Rumphius, Georg Eberhard Rumpf, un Allemand qui avait déjà navigué pour la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales et été prisonnier au Portugal, arriva à Batavia en juillet 1653 comme soldat de la Compagnie, puis à Amboine en 1654, et servit dans les campagnes de De Vlamingh. Il devint enseigne et ingénieur, puis marchand, et passa le reste de sa vie à décrire les plantes et les animaux d’Amboine.
Sabiniano Manrique de Lara succéda à Fajardo aux Philippines en juillet 1653 et gouverna dix ans. Comme ceux qui l’avaient précédé, son gouvernement construisit ses galions et nourrit ses garnisons avec le bois, le riz et le travail arrachés de force aux provinces de Luçon.
La Compagnie avait payé pour faire disparaître le girofle de Ternate et était en guerre avec ceux qui le cultivaient ; Makassar soutenait les cultivateurs.
Le dernier port ouvert
- 31⚔Panakkukang pris — 1660 · la flotte de la Compagnie
- 32✒Traité de 1660 — interdiction de naviguer vers Banda et Amboine · Portugais expulsés
- 33⚑Soulèvement de Bone — 1660
En bref
Makassar était le dernier grand port de l’Est que la Compagnie ne contrôlait pas. En avril 1659, son roi, Hasanuddin, somma Batavia de cesser d’attaquer ses vassaux et déclara son monopole contraire aux lois de Dieu. Maetsuycker envoya trente et un navires. En 1660, ils bombardèrent le fort royal de Somba Opu, et quand la garnison du fort sud, Panakkukang, accourut à l’aide, les Hollandais s’en emparèrent.31 Hasanuddin dut signer : ses navires se tiendraient à l’écart de Banda et d’Amboine, il paierait les frais de la guerre, et les Portugais devraient quitter Makassar.32 Pour creuser de nouvelles défenses le long de la côte, Gowa fit ensuite marcher quelque 10 000 habitants de Bone, un royaume bugis qu’il avait conquis. Ils s’enfuirent chez eux et se soulevèrent,33 menés par le régent de Bone, Tobala, et par un jeune prince élevé à la cour de Pattingalloang, Arung Palakka. En octobre, l’armée de Gowa les écrasa, et Tobala fut tué. Le 25 décembre, Arung Palakka partit en exil à Buton. En 1600, la Compagnie n’était qu’un acheteur parmi d’autres. En 1660, elle tenait Malacca, Banda, Amboine et une capitale à Java, et les cours des îles, de Java aux Moluques, devaient la combattre ou traiter avec elle.
La chaîne, période par période
Les troupes hollandaises, ternataises et ambonaises de De Vlamingh prirent Asahudi d’assaut en juillet 1655. Le prince Saidi fut capturé et mis à mort ; Majira disparut, semble-t-il vers Makassar. Quelque 12 000 habitants de Hoamoal furent déportés à Amboine, et désormais le girofle ne poussa plus qu’à Amboine et dans trois petites îles voisines.
Saidi de Tidore mourut en janvier 1657. Le gouverneur hollandais de Ternate et Mandar Syah soutinrent Golofino, fils de Gorontalo, contre le fils de Saidi en lui fournissant munitions et soldats, et il monta sur le trône sous le nom de Saifuddin. Il promit à la Compagnie d’arracher les girofliers de Tidore et tint parole ; les garnisons espagnoles des Moluques se retrouvèrent assiégées et affamées.
Les navires et le commerce d’Ageng se heurtèrent à la volonté de la Compagnie de contrôler les routes maritimes. En 1656, la guerre éclata : la Compagnie imposa le blocus de Banten, et les pillards de Banten s’en prirent aux navires et aux fermes de Batavia. En 1659, les deux adversaires firent la paix, et Banten resta un port indépendant.
Raden Mas Rahmat, petit-fils de Pekik, était le prince héritier d’Amangkurat. Quand Pekik aida le prince à enlever Rara Oyi, une jeune fille que le roi se réservait, Amangkurat soupçonna un complot de Surabaya et fit mettre à mort Pekik et sa famille, en 1659 selon la datation usuelle. La maison qu’Agung avait unie à la sienne fut détruite par son fils.
En avril 1659, Hasanuddin somma Batavia de cesser d’attaquer ses vassaux et déclara son monopole contraire à la loi de Dieu. Le gouvernement de Maetsuycker répondit en envoyant 31 navires commandés par le major Johan van Dam contre Makassar, le dernier grand port de l’Est que la Compagnie ne contrôlait pas.
Hasanuddin avait fait la paix avec la Compagnie le 2 février 1656. En 1660, la flotte de Van Dam bombarda Somba Opu, et quand la garnison du fort sud, Panakkukang, alla prêter main-forte, les Hollandais s’en emparèrent. En août, Hasanuddin négocia une paix : interdiction de naviguer vers Banda et Amboine, une indemnité de guerre, et le départ des Portugais de Makassar.
Pour creuser de nouvelles défenses côtières, Gowa réquisitionna quelque 10 000 habitants de Bone. Tobala, le régent que Gowa avait placé à la tête de Bone en 1643, se joignit à eux quand ils s’enfuirent chez eux et se soulevèrent. En octobre 1660, l’armée de Gowa, dans les rangs de laquelle se trouvaient les hommes de Kalamata, battit les rebelles dans le nord de Bone, et Tobala fut tué.
Arung Palakka, élevé à la cour de Pattingalloang, mena le soulèvement avec Tobala. Après la défaite, il s’enfuit avec quelque 400 partisans et, le 25 décembre 1660, fit voile de Palette vers Buton, exilé en quête d’alliés contre Gowa.
En 1660, des bûcherons kapampangan, retenus huit mois aux travaux forcés pour les chantiers navals et mal payés pour leur riz, incendièrent leur camp et choisirent pour chef Francisco Maniago, chef du bourg de Mexico, en Pampanga. Ils barrèrent de pieux l’embouchure des rivières pour arrêter le commerce et écrivirent aux autres provinces. Manrique de Lara négocia, et Maniago fit la paix.
Andrés Malong, maestre de campo de Binalatongan, dans le Pangasinan, avait aidé les Espagnols à gouverner les villes de la province. Répondant à l’appel de Maniago, il souleva le Pangasinan en décembre 1660 et en fut proclamé roi. Ses armées tentèrent de porter la révolte en Pampanga et en Ilocos, et le Pangasinan fut repris en février 1661.
En 1660, la Compagnie tenait Malacca, Banda, Amboine et Batavia et avait brisé le commerce du girofle des Moluques ; Makassar tenait encore, et le prince exilé de Bone cherchait des alliés.
Qui est qui
La Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC)
Les rivaux européens de la Compagnie : Espagne, Portugal, Angleterre
Aceh
Mataram
Banten
Gowa–Tallo (Makassar)
Autres : Ternate, Johor, Bone
Chronologie
- 1⌂Comptoir anglais — 1602 · le premier de la compagnie anglaise dans les îles 1600–1602
- 2♜Le fort d’Amboine se rend — févr. 1605 · première possession de la Compagnie 1605–1606
- 3⚔Le fort de Tidore pris — 1605 · Hollandais et Ternatais 1605–1606
- 4⚔Chute de Ternate — 1er avr. 1606 · Espagnols et Tidorais 1605–1606
- 5♜Siège de Malacca — mai–août 1606 · Hollandais et Johor 1606–1607
- 6⚔Cap Rachado — août 1606 · victoire portugaise 1606–1607
- 7⌂Fort hollandais de Malayo — 1607 · futur fort Oranje 1606–1607
- 8⚔Un débarquement portugais repoussé — 1606 1607–1619
- 9♜Johor mise à sac — 1613 · Aceh 1607–1619
- 10⌂Fort hollandais de Jayakarta — 1618 1618–1619
- 11⚔Jayakarta prise d’assaut et incendiée — 30 mai 1619 1618–1619
- 12◆Run sous le roi Jacques — Noël 1616 · les Anglais tiennent Run 1620–1623
- 13⚔Lontor prise — 11–12 mars 1621 1620–1623
- 14†44 orang kaya décapités — 8 mai 1621 1620–1623
- 15✠Les Banda vidées — sur quelque 15 000, environ 1 000 survivants 1620–1623
- 16†Les exécutions d’Amboine — mars 1623 · dix Anglais 1620–1623
- 17♜Surabaya se rend — 1625 · après cinq ans de guerre 1625–1629
- 18♜Premier siège de Batavia — août–déc. 1628 1625–1629
- 19†744 corps sans tête — déc. 1628 · Agung châtie ses commandants 1625–1629
- 20♜Aceh assiège Malacca — juin–oct. 1629 1625–1629
- 21⚔Rivière Duyon — oct.–déc. 1629 · victoire portugaise 1625–1629
- 22♜Siège de Malacca — août 1640 – janv. 1641 · Hollandais et Johor 1636–1641
- 23✒Paix avec la Compagnie — 24 sept. 1646 1646–1652
- 24♛Hamza fait sultan — 1627 · retour à l’islam 1646–1652
- 25◆Les troupes de la Compagnie contre Hitu — années 1630–1640 · à l’appel de Hamza 1646–1652
- 26✒Le traité du girofle — 31 juil. 1652 · 12 000 rixdales par an 1646–1652
- 27⚑Soulèvement de Hoamoal — 1651 · comptoirs de la Compagnie incendiés 1651–1659
- 28⚔Asahudi prise d’assaut — juil. 1655 1651–1659
- 29◆Hoamoal vidée — 1656 · quelque 12 000 déportés à Amboine 1651–1659
- 30♜Blocus de Banten — 1656–1659 1651–1659
- 31⚔Panakkukang pris — 1660 · la flotte de la Compagnie 1659–1660
- 32✒Traité de 1660 — interdiction de naviguer vers Banda et Amboine · Portugais expulsés 1659–1660
- 33⚑Soulèvement de Bone — 1660 1659–1660
Sources
- Dutch East India Company — Wikipedia (la charte du 20 mars 1602 et ses pouvoirs) — source
- Alauddin Ri'ayat Syah Sayyid al-Mukammal; Iskandar Muda; Iskandar Thani; Taj ul-Alam — Wikipedia (les souverains d’Aceh, la captivité de Houtman, les conquêtes de 1613–1617) — source
- Saidi Berkat; Mudafar Syah I; Hamza of Ternate; Mandar Syah — Wikipedia (la conquête espagnole de 1606, le contrat de Matelief, le traité du girofle de 1652, la grande guerre d’Amboine) — source
- Battle of Cape Rachado; Abdullah Ma'ayat Shah of Johor — Wikipedia (le traité entre les Hollandais et Johor de 1606) — source
- Jayakarta War; Batavia, Dutch East Indies; Pangeran Wijayakrama (id) — Wikipedia (Jayakarta devient Batavia, 1618–1619) — source
- Dutch conquest of the Banda Islands — Wikipedia ; Bloedbad van Banda — Wikipedia en néerlandais (la sentence du 8 mai 1621 contre 44 orang kaya) — source
- Amboyna massacre — Wikipedia (Van Speult, Towerson, mars 1623) — source
- Siege of Batavia — Wikipedia ; Sultan Agung dari Mataram — Wikipedia en indonésien (les dépôts de riz de 1629) — source
- Battle of Duyon River — Wikipedia (l’armada d’Aceh devant Malacca, 1629) — source
- Siege of Malacca (1640–1641) — Wikipedia — source
- Banten Sultanate; Ageng Tirtayasa of Banten; Amangkurat I (id) — Wikipedia (la régence de Ranamanggala, la guerre de 1656–1659, le traité de Mataram de 1646) — source
- Hasanuddin of Gowa; Karaeng Pattingalloang; Arung Palakka (en, id) — Wikipedia (Makassar en 1659–1660, le soulèvement de Bone, la fuite à Buton) — source
Chaque affirmation du texte a été vérifiée dans les sources ci-dessus. Frontières : historical-basemaps (A. Ourednik, GPL-3.0), l’état de c.1600, simplifié — schématique, les bons États à peu près aux bons endroits. Territoires ayant changé de mains : provinces modernes (Natural Earth) ou états plus tardifs tenant lieu des frontières historiques. Terres, lacs et fleuves : Natural Earth. Portraits : crédités ci-dessous avec auteur, licence et source.
Portraits
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- Arnold de Vlamingh — MP, portrait of Arnold de Vlamingh van Oudshoorn aged 43, c. 1657–1663; Livinus Bor manuscript Ms. 17982 frontispiece, KBR Brussels / Atlas of Mutual Heritage · public domain — source
- Kakiali — Kakiali, named illustration on page 5 by Melroy Bisel, Lisa van den Broek and Vormgeving Onbekend bv (Vensters op de Molukse Geschiedenis); Xaf Lasomer text, Nanneke Wigard adaptation, 2024 · copyrighted image — source
- Telukabessy — Nicky Saliha, named modern illustration of Kapitan Telukabessy, Pahlawan Maluku / Stichting Cerita Fakta, 2024 · copyrighted image — source
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- Ali Riayat Syah — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Alauddin Riayat Shah III — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Tun Abdul Jamil — Artist unrecorded, later illustration explicitly captioned Dato Laksamana Paduka Raja Sri Paduka Tun Abdul Jamil; WZWH, February 2016 · copyrighted image — source
- Tun Sri Lanang — Named painting of Tun Seri Lanang, courtesy Yayasan Karyawan and a DBP Malaysia publication; Berita Harian, 6 April 2015; painter and original date unrecorded · copyrighted image — source
- Mas Jolang — Panembahan Hanyakrawati / Raden Mas Jolang, explicitly named right-hand portrait in the Kebangkitan Mataram panel, Makam Kotagede, Bantul government, 2022; artist unrecorded · copyrighted image — source
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- Abu al-Ma’ali Ahmad — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Pangeran Pekik — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Bahureksa — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Dipati Ukur — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Pangeran Alit — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Wiraguna — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- François Wittert — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- John Jourdain — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Souw Beng Kong — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Minne Caertekoe — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mole Majimu — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Ngarolamo — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Gorontalo — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Rijali — Imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); headcloth and collar informed by the named 2014 IAIN Ambon cover of Imam Rijali; face imagined. · generated illustration
- Karaeng Matoaya — Imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); cap, red tunic and white beard informed by the named Serambimuslim painting, 30 October 2024; its available photograph remains blurred when cropped. · generated illustration
- La Tenriaji — Inscribed modern drawing of La Tenriaji Tosenrima, Raja Bone XIV; reproduced in Kesultanan dan Kerajaan di Indonesia, June 2020; artist unrecorded · copyrighted image — source
- Tepil — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Saidi de Tidore — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Gerard Demmer — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Manilha — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Kalamata — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Dato ri Bandang — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Bankaw — Datu Bankaw portrait on the 2021 Bankaw Revolt commemorative medal; design by Jericho Benavente, Alamat Commemorative Coins; photograph reproduced by Numista · copyrighted image — source
- Francisco Maniago — Francisco Maniago, acrylic painting by Joel Mallari; Singsing, Memorable Kapampangans, printed page 20, text by Robby Tantingco, Holy Angel University Center for Kapampangan Studies · copyrighted image — source
- Juan de Silva — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Buisan — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Alonso Fajardo de Tenza — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Juan de Alcarazo — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Juan Cerezo de Salamanca — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Muwallil Wasit — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Diego Fajardo Chacón — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Malikussaid — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Manuel Estacio Venegas — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Lorenzo Ugalde de Orellana — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Sabiniano Manrique de Lara — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Andrés Malong — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Javanese manuscript and mural painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration