La Moscovie, 1600–1660
Comment la Moscovie passa-t-elle d’un trône que nul ne parvenait à garder à un tsarat des Romanov en guerre pour l’Ukraine ?
▶ Voir l’atlas commenté (narration en anglais) · 14 minLes territoires en 1660, aux couleurs de qui les tenait. Hachuré : les territoires qui ont changé de mains entre 1600 et 1660.
Dans chaque période ci-dessous, les événements numérotés de la carte renvoient à la liste qui la suit et aux repères du texte ; rien ne bouge.
Les périodes
- ILes Romanov tonsurés1600–1603
- IILe retour d’un prince mort1604–1605
- IIINeuf jours après les noces1605–1606
- IVLe tsar Dmitri est vivant1606–1608
- VSecours suédois, guerre polonaise1609–1610
- VIKlouchino1610–1611
- VIILa terre se soulève1611–1612
- VIIIUn tsar Romanov1613–1618
- IXDeux grands souverains1619–1634
- XLe sel et le Code1645–1649
- XILe patriarche et l’hetman1652–1654
- XIIKonotop et Tchoudnov1655–1660
Les Romanov tonsurés
- 1♛Boris élu tsar — 1598 · par une assemblée de la terre
- 2◆La grande famine — 1601–1603 · 127 000 inhumés à Moscou
- 3⚑La bande de Khlopko — sept. 1603 · battue aux portes de Moscou
En bref
En 1600, le tsar de Moscovie était Boris Godounov, et il n’était pas de l’ancienne lignée royale. Cette lignée s’était éteinte en 1598 avec le fils d’Ivan le Terrible, le tsar Fédor, dont l’épouse était la sœur de Boris ; une assemblée de la terre avait alors élu Boris.1 La famille la plus proche de l’ancienne dynastie était celle des Romanov, cousins germains du dernier tsar. En novembre de cette année-là, un délateur affirma qu’ils gardaient des racines magiques pour faire périr par sorcellerie la famille du tsar. En 1601, l’aîné des frères, Fédor Romanov, fut contraint de se faire moine sous le nom de Philarète et enfermé au monastère Antoniev-Siïski, dans le Grand Nord. Sa femme dut prendre le voile, et leur jeune fils fut envoyé au loin. Puis les récoltes manquèrent. La famine de 1601 à 16032 tua des centaines de milliers de personnes ; Moscou seule en enterra 127 000 dans des fosses communes. Boris distribua du grain et de l’argent jusqu’à épuisement du trésor. Des bandes de serfs fugitifs prirent les routes, et en 1603 l’une d’elles affronta les troupes du tsar3 aux portes de Moscou.
La chaîne, période par période
Job devait son siège à Boris, qui avait persuadé le patriarche de Constantinople de faire de Moscou un patriarcat en 1589. Quand le tsar Fédor mourut sans enfant en 1598, Job proposa Boris à l’assemblée de la terre et conduisit au couvent de Novodievitchi la procession qui le supplia d’accepter la couronne. La légitimité du tsar élu reposait sur cette bénédiction.
Un tsar élu avait besoin d’une dynastie, et les Romanov, cousins germains du dernier tsar, formaient la maison rivale la plus proche du trône. En 1600–1601, le gouvernement de Boris les accusa de garder des racines magiques pour faire périr la famille régnante, et dispersa la famille. Puis les récoltes manquèrent. Pendant la famine de 1601–1603, Boris distribua du grain et de l’argent jusqu’à épuisement du trésor, mais la faim et le brigandage usèrent la confiance en son pouvoir.
Fédor Romanov, l’aîné des frères, fut contraint de se faire moine sous le nom de Philarète et enfermé au monastère Antoniev-Siïski, dans le Grand Nord. La tonsure devait mettre fin à sa carrière à la cour. Elle le plaça au contraire sur l’échelle de l’Église : en moins de cinq ans il était métropolite, et il finirait patriarche et corégent aux côtés de son fils.
La femme de Fédor, Xenia Chestova, fut contrainte de prendre le voile sous le nom de Marfa et exilée à Tolvouïa, au bord du lac Onega, séparée de ses enfants. Leur fils Michel, qui n’avait pas encore cinq ans, fut envoyé à Beloozero. Douze ans plus tard, une assemblée de la terre allait choisir cet enfant pour tsar.
La famine fit des serfs fugitifs, que leurs maîtres ne voulaient plus nourrir, des bandes armées. La plus importante, qui opérait près de Moscou même, suivait un chef dont la mémoire a retenu le nom de Khlopko Kossolap et comptait jusqu’à six cents hommes. Ils pillaient pour se nourrir plutôt que pour le pouvoir, et certains avaient servi dans les maisons des boyards purgés.
En août 1603, Boris envoya l’okolnitchi Ivan Basmanov avec cent streltsy contre la bande de Khlopko. À la mi-septembre, les rebelles leur tendirent une embuscade à l’ouest de Moscou. Basmanov fut tué, mais ses hommes l’emportèrent et prirent Khlopko blessé, qui fut exécuté. Une partie des survivants s’enfuit vers le sud, où ils allaient rejoindre le soulèvement de Bolotnikov.
Boris avait écarté ses rivaux dynastiques, mais la famine remplit les routes d’hommes armés qui ne devaient rien à sa dynastie.
Le retour d’un prince mort
- 4⚔Dobrynitchi — janv. 1605 · victoire de l’armée du tsar
- 5⚑Kromy — mai 1605 · l’armée du tsar change de camp
En bref
En mars 1604, à Cracovie, un jeune homme qui se disait Dmitri, le plus jeune fils d’Ivan le Terrible, se présenta devant le roi Sigismond III de Pologne. Le vrai Dmitri était mort à Ouglitch en 1591, la gorge tranchée par un couteau ; une enquête officielle avait conclu qu’il s’était frappé lui-même au cours d’une crise. Le gouvernement de Boris identifia le prétendant comme Grigori Otrepiev, un moine fugitif. Sigismond l’accueillit, mais ne lui promit aucune armée. Les troupes vinrent de Jerzy Mniszech, voïvode de Sandomierz, et le prétendant promit d’épouser la fille de Mniszech. En octobre 1604, Dmitri passa en Moscovie avec quelques milliers d’hommes, et les villes frontalières du sud-ouest se rallièrent à lui. En janvier 1605, l’armée du tsar le mit en déroute à Dobrynitchi,4 mais il tint bon dans Poutivl. En avril, Boris mourut, et son fils de seize ans devint le tsar Fédor II. En mai, l’armée qui assiégeait Kromy changea de camp.5 Piotr Basmanov, le chef que Boris avait récompensé pour avoir tenu Novgorod-Severski contre Dmitri, passa à l’ennemi avec elle. En juin, les hommes de Dmitri étranglèrent Fédor II et sa mère. Dmitri entra dans Moscou le même mois.
La chaîne, période par période
En Pologne-Lituanie, un jeune homme prétendit être Dmitri, le plus jeune fils d’Ivan le Terrible, mort à Ouglitch en 1591. Le gouvernement de Boris l’identifia comme Grigori Otrepiev, un moine fugitif ; sa véritable identité est encore débattue. En octobre 1604, il passa en Moscovie avec quelques milliers d’hommes, et les villes frontalières du sud-ouest se rallièrent à lui.
Jerzy Mniszech, voïvode de Sandomierz, leva les troupes du prétendant parmi ses amis et sa parenté. Dmitri promit d’épouser sa fille Marina et, en juin 1604, lui concéda la moitié des terres de Smolensk et la principauté de Severie. En décembre, les forces de Mniszech battirent l’armée du tsar à Novgorod-Severski ; en janvier 1605, malade, il rentra chez lui.
Le prince Fédor Mstislavski, premier boyard de la Douma, commandait l’armée de Boris. Battu et blessé à Novgorod-Severski en décembre 1604, il mit le prétendant en déroute à Dobrynitchi en janvier 1605, et Dmitri se replia sur Poutivl. Mstislavski échoua ensuite devant Kromy, que des Cosaques du Don tenaient pour Dmitri, et conserva son rang de premier boyard sous tous les souverains qui suivirent.
En mars 1604, à Cracovie, le roi Sigismond III reçut le prétendant et lui accorda son appui, sans lui promettre d’armée ; l’expédition fut levée par des magnats et des volontaires. La guerre du roi lui-même contre la Moscovie viendrait cinq ans plus tard, contre un autre tsar.
Boris mourut subitement en avril 1605, et son fils Fédor, seize ans, lui succéda sous la régence de sa mère. Le nouveau gouvernement avait besoin de l’armée sans délai, et confia le commandement devant Kromy au prince Andreï Teliatevski, gendre du puissant Semion Godounov, passant par-dessus Piotr Basmanov.
Basmanov avait tenu Novgorod-Severski contre le prétendant, et Boris l’avait fait boyard pour cela. Placé au-dessous de Teliatevski, un affront au regard des règles de préséance, il passa à Dmitri avec l’armée qui assiégeait Kromy le 7 mai 1605, ouvrant la route de Moscou. Il servit le nouveau tsar jusqu’au bout.
Le prince Vassili Golitsyne, l’un des chefs de l’armée devant Kromy et l’un des Golitsyne à l’origine du complot, se joignit à la défection en se faisant ligoter pour passer pour prisonnier. En juin, Dmitri l’envoya en avant à Moscou, où il dirigea le meurtre de Fédor II.
Maria, veuve de Boris et fille de Malouta Skouratov, l’homme de main d’Ivan le Terrible, exerça la régence pour son fils. Le 10 juin 1605, les hommes de Dmitri l’étranglèrent avec Fédor, et dix jours plus tard le prétendant entra dans Moscou. La dynastie des Godounov avait duré sept ans.
Les Godounov tombèrent moins sous les coups de l’armée du prétendant, que Mstislavski battit, que par le changement de camp de leurs propres chefs.
Neuf jours après les noces
- 6♛Dmitri couronné — juil. 1605
- 7⚑Le coup d’État de Chouïski — 17 mai 1606 (a. s.)
- 8♛Chouïski proclamé tsar — 19 mai 1606 (a. s.)
En bref
En juillet 1605, Dmitri fut couronné au Kremlin.6 La veuve d’Ivan le Terrible, mère du vrai Dmitri, le reconnut publiquement pour son fils. Il libéra les Romanov, et Philarète revint du Nord pour être fait métropolite de Rostov. Dmitri épargna aussi Vassili Chouïski, le boyard qui avait conduit l’enquête d’Ouglitch, alors qu’un conseil l’avait condamné à mort pour complot. En mai 1606, Marina Mniszech arriva avec son père et une nombreuse suite polonaise. Le 8 mai, selon le calendrier russe, elle fut couronnée tsarine et mariée à Dmitri. Sa foi catholique et sa suite polonaise irritèrent bien des Moscovites. Neuf jours plus tard, les hommes de Chouïski prirent le Kremlin d’assaut.7 Basmanov mourut en défendant la porte. Dmitri sauta par une fenêtre, fut rattrapé et tué ; son corps fut brûlé, et l’on raconte que ses cendres furent tirées au canon en direction de la Pologne. Deux jours plus tard, les partisans de Chouïski le proclamèrent tsar.8 Marina et son père furent envoyés prisonniers à Iaroslavl.
La chaîne, période par période
Job resta fidèle aux Godounov et exhorta Moscou à résister au prétendant. En juin 1605, des partisans armés de Dmitri firent irruption dans la cathédrale de la Dormition, Basmanov le dénonça comme traître, et un concile le mit à la retraite pour raison d’âge et de santé. Il fut renvoyé dans son ancien monastère de Staritsa, où il devint aveugle.
Ignace, un Grec de Crète devenu archevêque de Riazan, avait reçu le serment des partisans de Dmitri à Toula avant que le prétendant n’atteigne Moscou. Élu patriarche le 30 juin 1605, il couronna Dmitri en juillet et, en mai 1606, couronna Marina et maria le couple. Après le coup d’État, Chouïski le déposa et l’enferma au monastère Tchoudov.
Dmitri, soucieux de se montrer parent de l’ancienne noblesse, libéra les Romanov. Philarète revint du Nord pour devenir métropolite de Rostov, et Marfa retrouva leur fils. En juin 1606, Chouïski envoya Philarète à Ouglitch rapporter à Moscou la dépouille du vrai Dmitri, qui fut vénérée comme celle d’un saint, et les Chouïski désignèrent désormais Boris comme le meurtrier de l’enfant.
Maria Nagaïa, dernière épouse d’Ivan le Terrible, avait dû prendre le voile après la mort de son fils Dmitri à Ouglitch ; elle portait elle aussi le nom de Marfa. Le 18 juillet 1605, elle entra dans Moscou et reconnut publiquement le prétendant pour son fils, la preuve la plus forte qu’il pût avoir. Quand il fut tué, elle le renia, et en juin 1606 elle reçut la dépouille de son vrai fils.
Marina Mniszech arriva à Moscou en mai 1606 avec son père et une nombreuse suite polonaise, et le 8 mai, selon le calendrier russe, fut couronnée tsarine et mariée à Dmitri. Le contrat de mariage lui permettait de rester catholique, et les Polonais armés présents dans la ville irritaient les Moscovites : l’occasion qu’attendaient les conjurés.
Le prince Vassili Chouïski avait conduit en 1591 l’enquête qui avait conclu à la mort accidentelle du vrai Dmitri. Condamné pour complot en 1605, il fut gracié sur l’échafaud. Le 17 mai 1606, ses hommes prirent le Kremlin d’assaut et tuèrent Dmitri et Basmanov. Proclamé tsar, il jura sur la croix de ne mettre personne à mort sans l’avis des boyards, mais l’étroitesse de son coup d’État laissa beaucoup de gens peu disposés à l’accepter.
Dmitri gagna la mère du prince mort, le patriarche et les Romanov, et perdit le trône au profit du boyard qui avait certifié la mort du prince.
Le tsar Dmitri est vivant
- 9⚑Poutivl se soulève — été 1606 · pour le « tsar Dmitri »
- 10⚔Kolomenskoïe — déc. 1606 · les rebelles écrasés
- 11♜Toula — oct. 1607 · Bolotnikov se rend
En bref
En quelques semaines, le bruit courut que Dmitri avait échappé vivant au Kremlin. Poutivl, la ville9 qui l’avait déjà abrité, se souleva de nouveau, et une armée marcha sur Moscou en son nom. Elle avait pour chef Ivan Bolotnikov, un serf fugitif qui avait jadis ramé sur une galère turque. En octobre 1606, son camp était établi à Kolomenskoïe, aux portes de la capitale. En novembre, Prokopi Liapounov fit passer les hommes de Riazan du côté de Chouïski. Puis le jeune parent du tsar, Mikhaïl Skopine-Chouïski, repoussa les rebelles.10 En octobre 1607, Bolotnikov se rendit à Toula contre une promesse de grâce ;11 Chouïski lui fit crever les yeux et le fit noyer. Il s’était battu pour un Dmitri qui n’était jamais venu. À l’été 1607, un autre homme avait pris ce nom : le second Dmitri, que nul n’a jamais identifié. En 1608, il installa sa cour à Touchino, aux portes de Moscou. Chouïski avait libéré Marina Mniszech en vertu d’une trêve avec la Pologne, mais on l’amena à Touchino, où elle reconnut le second Dmitri pour son époux. Ses hommes s’emparèrent de Philarète à Rostov, et le second Dmitri le nomma patriarche.
La chaîne, période par période
Hermogène, métropolite de Kazan, avait été éloigné de Moscou pour s’être opposé au mariage de Dmitri avec une catholique. Sous Chouïski, il fut installé patriarche le 3 juillet 1606. Il soutint le nouveau tsar contre les rebelles, dénonçant l’armée de Bolotnikov comme l’œuvre de Satan, et refuserait plus tard tout tsar qui resterait catholique.
Le prince Grigori Chakhovskoï était passé à Dmitri en 1605. Après le coup d’État, Chouïski l’éloigna de Moscou en le nommant voïvode de Poutivl, la ville qui avait abrité le prétendant. Là, il annonça aux habitants que les boyards avaient assassiné un autre homme à la place de Dmitri et que le tsar était vivant. Les villes de Severie se soulevèrent, et il chercha quelqu’un pour tenir le rôle du tsar.
Ivan Bolotnikov, un serf fugitif qui avait ramé sur une galère turque, arriva à Poutivl porteur d’une lettre attestant qu’il servait le tsar Dmitri, et Chakhovskoï lui confia le commandement. Avec des Cosaques, des serfs fugitifs, des citadins et quelques nobles de service, il marcha vers le nord et, en octobre 1606, campait à Kolomenskoïe, aux portes de Moscou. Repoussé, il tint Kalouga puis Toula, où il se rendit en octobre 1607 contre une promesse de grâce. Chouïski lui fit crever les yeux et le fit noyer.
Prokopi Liapounov, chef des nobles de Riazan, marcha sur Moscou avec le soulèvement à l’automne 1606. Le 15 novembre, gagné par un rang à la Douma et de l’argent, il fit passer les hommes de Riazan du côté de Chouïski. Sa défection sépara la noblesse rebelle de ses Cosaques et de ses fugitifs, et il prit ensuite part au siège de Toula.
Le prince Mikhaïl Skopine-Chouïski, le parent du tsar âgé de vingt ans, attaqua les camps rebelles de Kolomenskoïe le 2 décembre 1606 et rejeta Bolotnikov vers le sud. Il prit part au siège de Toula en 1607 et devint le chef de guerre le plus prometteur du gouvernement.
Chouïski vainquit Bolotnikov, mais non le nom sous lequel Bolotnikov combattait.
Secours suédois, guerre polonaise
- 12✒Traité de Vyborg — févr. 1609 · Korela contre des troupes suédoises
- 13♜Siège de Smolensk — à partir de sept. 1609
- 14◆Moscou délivrée — mars 1610 · Skopine-Chouïski acclamé
En bref
Les armées de Touchino tenaient les routes autour de Moscou ; Chouïski acheta donc de l’aide à l’étranger. En février 1609, à Vyborg,12 ses envoyés promirent au roi de Suède la forteresse frontalière de Korela en échange de troupes. Jacob De la Gardie conduisit une armée suédoise jusqu’à Novgorod, puis marcha vers le sud avec Skopine-Chouïski. Le roi Sigismond III était le neveu et l’ennemi du roi de Suède, dont il revendiquait toujours la couronne ; cette alliance lui fournit un motif de guerre. En septembre 1609, il franchit la frontière et mit le siège devant Smolensk,13 que tenait Mikhaïl Cheïne. Beaucoup de Polonais de Touchino partirent rejoindre leur roi, et le second Dmitri s’enfuit à Kalouga, caché dans une charrette. En mars 1610, Skopine-Chouïski et De la Gardie entrèrent à cheval dans Moscou, et le jeune prince fut acclamé comme le sauveur14 de la terre. Certains voyaient déjà en lui le prochain tsar. Quelques semaines plus tard, il mourut d’un mal soudain, et la rumeur accusa le frère du tsar, qui prit alors le commandement de son armée.
La chaîne, période par période
Un second homme se disant Dmitri apparut à Starodoub à l’été 1607, alors que Bolotnikov tenait encore Toula ; son identité n’a jamais été établie, et les appels de Bolotnikov restèrent sans réponse. En 1608, des aventuriers polonais et des Cosaques le conduisirent aux portes de Moscou, et à Touchino il établit une cour rivale, avec ses boyards, ses chancelleries et son propre patriarche.
Le prince Roman Różyński, un noble polono-lituanien qui avait levé des troupes avec de l’argent emprunté, s’empara du commandement de l’armée du prétendant par un coup de force à Orel en avril 1608. Les 10 et 11 mai, il mit en déroute le frère du tsar, Dmitri Chouïski, à Bolkhov et ouvrit la route de Touchino. Quand le camp se désagrégea, il partit rejoindre le roi, et mourut de ses blessures en avril 1610.
Ivan Zaroutski, un ataman cosaque de Ternopil qui avait combattu dans le soulèvement de Bolotnikov, amena quelque cinq mille Cosaques du Don au prétendant à Orel au printemps 1608. À Touchino, il siégea au conseil du prétendant et fut fait boyard.
Jan Piotr Sapieha, un chef de guerre lituanien qui avait combattu à Kircholm, rejoignit le prétendant en août 1608 avec quelque sept mille cavaliers. De septembre 1608 à janvier 1610, il assiégea le monastère de la Trinité-Saint-Serge sans parvenir à le prendre. Il continua de se battre près de Moscou jusqu’à sa mort au Kremlin en octobre 1611.
Libérée avec son père en vertu de la trêve conclue par Chouïski avec la Pologne en 1608, Marina fut amenée à Touchino au lieu de rentrer chez elle, et là, poussée par son père, reconnut le second Dmitri pour son époux. Son consentement liait le nouveau prétendant à la tsarine couronnée de 1606.
En 1608, des troupes de Touchino prirent Rostov et emmenèrent le métropolite Philarète au prétendant, qui le nomma patriarche alors qu’Hermogène restait patriarche à Moscou. On discute encore de la bonne volonté avec laquelle Philarète servit ; en 1610, il fut repris aux gens de Touchino.
Le prince Dmitri Troubetskoï, mécontent du règne de Chouïski, passa à Touchino en décembre 1608 après les combats de la Khodynka, et le prétendant le fit boyard. Avec Zaroutski, il allait plus tard mener les camps cosaques qui assiégèrent les Polonais dans Moscou.
Charles IX avait pris le trône de Suède à son neveu catholique Sigismond III, et offrait son aide à Chouïski depuis 1606. Par le traité de Vyborg, en février 1609, il envoya une armée en échange d’une solde et de la forteresse frontalière de Korela avec son district.
Jacob De la Gardie, vingt-six ans, sortit de Novgorod au printemps 1609 à la tête de quelque douze mille mercenaires, aux côtés de l’armée russe que levait Skopine-Chouïski. Le manque de solde retarda plusieurs fois ses troupes, mais ensemble ils dégagèrent les routes au nord de Moscou.
Skopine-Chouïski, envoyé à Novgorod pour obtenir l’aide suédoise, marcha vers le sud avec De la Gardie, prit Tver et Torjok, battit Sapieha à Kaliazine et le contraignit à lever le siège du monastère de la Trinité. En mars 1610, les deux hommes entrèrent à cheval dans Moscou ; le jeune prince fut acclamé comme le sauveur de la terre, et certains voyaient en lui le prochain tsar.
Sigismond III, neveu de Charles IX, revendiquait toujours la couronne de Suède que son oncle lui avait prise, et tint l’alliance suédoise de Chouïski pour un motif de guerre. En septembre 1609, il franchit lui-même la frontière et mit le siège devant Smolensk. La plupart des Polonais de Touchino abandonnèrent le prétendant pour leur roi, et en décembre le second Dmitri s’enfuit à Kalouga.
Mikhaïl Cheïne, voïvode de Smolensk depuis 1607, tint la ville pendant vingt mois. Quand les Polonais la prirent enfin d’assaut en juin 1611, il se battit jusqu’à sa capture, fut torturé pour qu’il révèle où les habitants avaient caché leurs trésors, et fut emmené en Pologne avec sa famille. Il ne rentrerait qu’en 1619.
Mikhaïl Glebovitch Saltykov, un boyard qui avait fouillé la maison des Romanov à la recherche des racines magiques en 1600 et était passé à Dmitri devant Kromy, dirigeait le groupe le plus propolonais de Touchino. Quand le camp se désagrégea, il conduisit ses nobles russes auprès de Sigismond devant Smolensk, et en février 1610 convint des conditions auxquelles Ladislas, le fils du roi, deviendrait tsar.
L’alliance suédoise de Chouïski brisa le camp de Touchino et fournit à Sigismond son motif d’invasion.
Klouchino
- 15⚔Klouchino — 4 juil. 1610 · victoire polonaise
- 16◆Chouïski déposé — juil. 1610 · contraint de prononcer ses vœux
- 17♛Ladislas élu tsar — août 1610 · jamais couronné
En bref
Le frère du tsar marcha vers l’ouest pour dégager Smolensk, avec à ses côtés les mercenaires de De la Gardie. Le 4 juillet 1610, à Klouchino, le hetman Stanisław Żółkiewski fondit sur eux15 avec une armée bien plus petite et les mit en déroute. Une partie des troupes étrangères soldées changea de camp ; les autres rentrèrent chez elles. Trois semaines plus tard, des boyards de Moscou déposèrent Vassili Chouïski16 et le contraignirent à prononcer des vœux monastiques. Sept boyards gouvernaient désormais. Ils craignaient le second Dmitri, qui marchait de nouveau sur Moscou, plus que les Polonais. En août, ils élurent tsar Ladislas, le fils de Sigismond, un garçon de quinze ans, en demandant qu’il se fasse orthodoxe.17 En octobre, les troupes de Żółkiewski entrèrent au Kremlin pour y tenir garnison, et lui-même emmena Chouïski en Pologne, où l’ancien tsar mourut captif. En décembre, le second Dmitri fut abattu à Kalouga par un prince tatar qui le servait. Philarète, libéré de Touchino, s’était rendu au camp de Sigismond devant Smolensk avec l’ambassade chargée d’en régler les conditions. Le roi voulait la couronne pour lui-même. En 1611, il fit des envoyés ses prisonniers.
La chaîne, période par période
Skopine-Chouïski mourut subitement en avril 1610, quelques semaines après son triomphe ; la rumeur voulut que la femme de Dmitri Chouïski, sœur de Maria, la veuve de Boris, l’eût empoisonné à l’instigation de son mari. Dmitri, frère et héritier du tsar sans enfant, prit le commandement de l’armée. Le 4 juillet 1610, à Klouchino, les forces bien moins nombreuses de Żółkiewski le mirent en déroute, lui et les mercenaires de De la Gardie.
Sans armée, Vassili Chouïski ne pouvait tenir Moscou. Le 17 juillet 1610, selon le calendrier russe, boyards et nobles le chassèrent du trône et le firent tonsurer moine. Lui et son frère Dmitri furent emmenés prisonniers en Pologne, et tous deux moururent à Gostynin en 1612.
Le prince Fédor Mstislavski, premier de la Douma depuis plus de vingt ans, était à la tête des sept boyards qui gouvernaient désormais. Craignant le second Dmitri, de nouveau proche de Moscou, plus que les Polonais, ils acceptèrent le 17 août 1610 de prendre pour tsar Ladislas, le fils de Sigismond, à condition qu’il se fasse orthodoxe, et en septembre laissèrent une garnison polonaise entrer au Kremlin.
Le prince Vassili Golitsyne, qui avait contribué à la chute de Dmitri comme à celle de Chouïski, conduisit à l’automne 1610 la grande ambassade au camp de Sigismond devant Smolensk, avec Philarète à ses côtés. Le roi voulait la reddition de Smolensk et la couronne pour lui-même ; les envoyés refusèrent de céder, et au printemps 1611 ils furent faits prisonniers. Golitsyne mourut en captivité en 1619.
Stanisław Żółkiewski, hetman de campagne de la Couronne, l’emporta à Klouchino malgré une forte infériorité numérique, et une partie des troupes étrangères soldées passa de son côté. Il marcha sur Moscou et négocia le traité qui fit de Ladislas le tsar. En octobre, il laissa une garnison au Kremlin et rejoignit le roi avec Chouïski déposé. Ses mémoires de la guerre critiquent sévèrement la politique de Sigismond.
Ladislas, quinze ans, était le fils aîné de Sigismond. Moscou lui prêta serment et frappa monnaie à son nom, mais son père refusa de l’envoyer comme de le laisser se convertir, et proposa de gouverner lui-même comme régent. Ladislas ne vint jamais et ne fut jamais couronné, mais il porta le titre de grand-duc de Moscou jusqu’en 1634.
Aleksander Gosiewski, un chef de guerre lituanien, reçut le commandement de la garnison du Kremlin et, après le départ de Żółkiewski, devint le véritable maître de Moscou. À la fin de 1610, il fit arrêter le patriarche Hermogène, opposé à Ladislas. Quand la ville se souleva en mars 1611, il ordonna d’y mettre le feu pour garder le Kremlin.
De Kalouga, le second Dmitri marcha de nouveau sur Moscou à l’été 1610, ce qui poussa les boyards à accepter Ladislas en toute hâte. Soupçonnant une trahison, il fit tuer le khan de Kassimov, Ouraz-Mohammed, qui s’était rendu au camp du roi.
Le prince Piotr Ourousov, un mirza nogaï baptisé qui commandait la garde tatare du prétendant, qualifia en face la mort du khan d’assassinat et passa six semaines en prison avant que Marina ne le fasse libérer. Le 11 décembre 1610, chevauchant avec le prétendant près de Kalouga, il l’abattit et s’enfuit vers le sud. Quelques jours plus tard, Marina mit au monde un fils.
En six mois, Moscou perdit son tsar, en élut un polonais qui ne vint jamais, et reçut à la place une garnison polonaise.
La terre se soulève
- 18◆Moscou incendiée — mars 1611 · la garnison met le feu à la ville
- 19♜Chute de Smolensk — juin 1611 · après vingt mois
- 20♜Novgorod — juil. 1611 · prise par les Suédois
- 21⚔Bataille de Moscou — 1er–3 sept. 1612 · l’armée de secours repoussée
- 22♜Le Kremlin capitule — nov. 1612 · Moscou libérée
- Novgorod, tenue par la Suède → La Suède
En bref
Le patriarche Hermogène refusait un tsar qui resterait catholique, et il écrivit aux villes de se soulever. Au printemps 1611, une première milice marcha sur Moscou. Prokopi Liapounov, répondant à l’appel du patriarche, en menait les nobles ; Dmitri Troubetskoï et Ivan Zaroutski, qui avaient servi le second Dmitri à Touchino, en menaient les Cosaques. Quand Moscou se souleva en mars, la garnison mit le feu à la ville.18 En juin, Smolensk tomba19 après vingt mois de siège, et Cheïne fut emmené prisonnier en Pologne. En juillet, les Suédois prirent Novgorod.20 Le même mois, des Cosaques à qui l’on avait montré un faux ordre de la main de Liapounov prescrivant de les tuer l’abattirent, et ses nobles rentrèrent chez eux. À l’automne, Kouzma Minine, un marchand de viande élu ancien de Nijni Novgorod, appela les habitants à payer une nouvelle armée. Le prince Dmitri Pojarski, blessé dans les combats de mars, accepta de la commander, avec Minine à ses côtés. En février 1612, Hermogène mourut de faim dans sa cellule. En septembre, la nouvelle armée, avec les Cosaques de Troubetskoï, repoussa aux portes de Moscou le hetman lituanien Jan Karol Chodkiewicz. En novembre,21 la garnison affamée22 capitula.
La chaîne, période par période
Hermogène refusa de signer le moindre appel à Sigismond comme de condamner les milices. En décembre 1610, il écrivit aux villes pour les exhorter à se soulever contre les Polonais, et il soutint ouvertement l’armée de Liapounov. Enfermé au monastère Tchoudov, il bénit de sa cellule la nouvelle milice de Nijni Novgorod, et en février 1612 il y mourut de faim.
Denys était devenu archimandrite du monastère de la Trinité-Saint-Serge en février 1610, juste après que Skopine-Chouïski en eut levé le siège. Fort du rayonnement du monastère, il envoya en 1611 et 1612 des lettres aux villes pour les exhorter à soutenir les milices, et à l’été 1612 il bénit l’armée de Pojarski en route vers Moscou.
Avraami Palitsyne, le cellérier du monastère, rédigea les lettres avec Denys ; des copies de juin et d’octobre 1611 et d’avril 1612 nous sont parvenues. Le 24 août 1612, il se rendit dans le camp cosaque de Troubetskoï et persuada les Cosaques de se joindre à la bataille. Son histoire des Troubles, achevée vers 1620, est une source essentielle, même s’il y grossit son propre rôle.
Répondant à l’appel d’Hermogène, Liapounov leva la première milice et au printemps 1611 fit sa jonction sous les murs de Moscou avec Troubetskoï et Zaroutski, deux anciens boyards de Touchino. Ils prirent la plus grande partie de la ville et enfermèrent les Polonais dans le Kremlin et Kitaï-gorod. Mais le décret de son conseil rendant aux maîtres leurs droits sur les fugitifs irrita les Cosaques, et le 22 juillet, après qu’on leur eut montré un faux ordre de sa main prescrivant de les tuer, ils l’abattirent.
La plupart des nobles de Liapounov rentrèrent chez eux ; Troubetskoï et Zaroutski poursuivirent le siège avec les camps cosaques. Un troisième « Dmitri », fils de diacre connu sous le nom de Sidorka, avait été reçu à Pskov en décembre 1611, et le 2 mars 1612 le cercle cosaque devant Moscou lui prêta serment. La milice de Nijni Novgorod le rejeta. Il fut capturé à Pskov à la fin de mai, et exécuté après l’élection de Michel.
Zaroutski défendait les droits du jeune fils de Marina, Ivan, qu’Hermogène demandait aux villes de rejeter. Quand la milice de Nijni Novgorod approcha à l’été 1612, il quitta le siège avec une partie des Cosaques et emmena Marina et l’enfant à Kolomna.
Après la dislocation de la première milice, Kouzma Minine, un marchand de viande élu ancien de Nijni Novgorod, appela les habitants à l’automne 1611 à payer une nouvelle armée en donnant le tiers ou le cinquième de leurs biens. Puis il chercha un chef au nom respecté, et en trouva un qui se remettait encore de ses blessures.
Le prince Dmitri Pojarski avait combattu la garnison lors du soulèvement de mars 1611 et avait été grièvement blessé. Il accepta de mener la nouvelle armée à condition que Minine en gère l’argent. D’avril à juillet 1612, la milice stationna à Iaroslavl, que ses parents Dmitri et Roman Pojarski lui avaient assurée, et son Conseil de toute la terre gouverna les villes qu’elle tenait.
Les Cosaques de Troubetskoï assiégeaient le Kremlin depuis 1611 et se méfiaient de l’armée des nobles. Quand Chodkiewicz attaqua en août 1612, ils se joignirent au combat au moment décisif, et en septembre Troubetskoï et Pojarski convinrent d’agir ensemble. Le 22 octobre, selon le calendrier russe, ses Cosaques prirent d’assaut Kitaï-gorod, et la garnison entama des pourparlers.
Jan Karol Chodkiewicz, grand hetman de Lituanie, apporta à la fin d’août 1612 des vivres et des renforts à la garnison affamée du Kremlin. En trois jours de combats sous les murs, la milice de Pojarski et les Cosaques de Troubetskoï le repoussèrent. Gosiewski avait déjà remis le commandement à Mikołaj Strus, et à la fin d’octobre la garnison capitula.
Moscou fut libérée à la seconde tentative, par une armée de citadins et les camps cosaques agissant ensemble.
Un tsar Romanov
- 23♛Michel élu tsar — févr. 1613 (a. s.) · par une assemblée de la terre
- 24♛Michel couronné — juil. 1613
- 25◆Zaroutski et Marina capturés — 1614 · sur le Iaïk
- 26✒Traité de Stolbovo — 1617 · Novgorod rendue, l’Ingrie perdue
- 27♜Siège de Moscou — oct. 1618 · l’assaut échoue
- 28✒Trêve de Deoulino — déc. 1618 · quatorze ans et demi
- Novgorod, tenue par la Suède → La Moscovie et ses tsars (rendu)
- L’Ingrie et Korela, à la Suède (schématique) → La Suède
- Smolensk et la Severie, à la République des Deux Nations → La Pologne-Lituanie
En bref
Au début de 1613, une assemblée de la terre, pressée par les Cosaques qui campaient encore dans Moscou, élut un tsar :23 Michel Romanov, seize ans, dont le père était prisonnier en Pologne. Michel avait passé le siège à l’intérieur du Kremlin. Les envoyés de l’assemblée le trouvèrent auprès de sa mère, moniale depuis la purge de Boris, au monastère Ipatiev près de Kostroma, et en juillet il fut couronné à Moscou.24 Zaroutski s’était enfui vers le sud avec Marina et le jeune fils qu’elle avait eu du second Dmitri, héritier rival du trône. En 1614, les hommes de Michel les rattrapèrent au-delà d’Astrakhan.25 Zaroutski fut empalé, l’enfant pendu, et Marina mourut en prison. La Suède tenait toujours Novgorod. En 1617, De la Gardie conclut la paix pour la Suède à Stolbovo : Novgorod26 fut rendue, mais la Suède garda l’Ingrie et Korela, et la Moscovie perdit sa côte sur la Baltique. Ladislas se disait toujours tsar. En 1618, il marcha sur Moscou et fut repoussé de ses murailles.27 En décembre, à Deoulino, les envoyés de Michel28 achetèrent une trêve de quatorze ans et demi en cédant Smolensk et les terres de Severie. Parmi les prisonniers à échanger figurait le père du tsar.
La chaîne, période par période
L’assemblée de la terre élut Michel Romanov, seize ans, en février 1613 : parent du dernier tsar de l’ancienne dynastie, issu d’une famille que Boris avait persécutée, il avait l’appui du clergé, des boyards et des Cosaques qui campaient encore dans Moscou. Mstislavski signa le premier des boyards la charte d’élection. Le père de Michel, Philarète, était prisonnier en Pologne, et les guerres continuaient.
Marfa refusa d’abord de laisser partir son fils, qu’elle disait trop jeune. Une fois Michel couronné, la « grande moniale » façonna sa cour depuis ses appartements du couvent, en y faisant entrer sa propre parenté, sans toutefois gouverner à ses côtés. En 1618, elle approuva la dure punition infligée à Denys, l’archimandrite de la Trinité, pour ses corrections du livre liturgique.
Boris Saltykov, fils de la sœur de Marfa et donc cousin germain de Michel, dirigeait le bureau du Grand Palais et fut fait boyard en décembre 1613. Pojarski, chargé de proclamer cette promotion, refusa comme indigne de son rang et rentra chez lui. En 1614, De la Gardie apprit de captifs que rien ne se décidait à la Douma sans Saltykov.
Mikhaïl Saltykov, le frère cadet de Boris, dirigea le bureau des Apothicaires à partir de 1615. En 1616, Michel choisit Maria Khlopova pour fiancée, et les Saltykov dressèrent sa mère contre elle. Quand la jeune fille tomba malade, Mikhaïl affirma au tsar que les médecins la jugeaient incurable ; Marfa exigea son renvoi, et elle fut exilée à Tobolsk avec sa famille.
Ivan, le fils que Marina avait eu du second Dmitri, naquit à Kalouga quelques jours après le meurtre de son père. Kalouga, Kazan et Viatka lui prêtèrent serment comme héritier, et l’assemblée de 1613 rejeta expressément « le fils de la Marinka ». Ses partisans l’appelaient le tsarévitch Ivan Dmitrievitch ; pour Moscou, il était Vorionok, « le petit du brigand ».
Zaroutski emmena Marina et l’enfant vers le sud. Battu près de Voronej à l’été 1613, il franchit le Don et s’empara d’Astrakhan, où ses violences provoquèrent un soulèvement en mai 1614, et il s’enfuit sur le Iaïk.
Le prince Ivan Odoïevski le Jeune, fait boyard en décembre 1613, poursuivit Zaroutski de Riazan à Voronej, puis le long de la Volga jusqu’à Astrakhan. Le 23 juin 1614, des officiers des streltsy capturèrent Zaroutski, Marina et l’enfant sur le Iaïk. À Moscou, Zaroutski fut empalé et l’enfant de trois ans pendu ; Marina mourut en prison à Kolomna.
Après Klouchino, De la Gardie tourna son armée contre le nord-ouest. Le 16 juillet 1611, il prit Novgorod après une brève défense, et dix jours plus tard les chefs de la ville signèrent un traité acceptant pour souverain l’un des fils de Charles IX et le roi de Suède pour protecteur. Des garnisons suédoises tinrent la terre de Novgorod pendant six ans.
Isidore, métropolite de Novgorod, qui avait couronné Vassili Chouïski en 1606, livra le kremlin avec le voïvode Ivan Odoïevski l’Aîné et signa le traité du 25 juillet 1611. Il écrivit même à la milice de Iaroslavl pour l’exhorter à élire un prince suédois, mais ne prêta jamais lui-même serment aux Suédois.
Charles Philippe, le fils cadet de Charles IX, avait dix ans quand De la Gardie avança son nom. Sa mère refusa de le laisser partir pour la Russie, et son frère doutait du sérieux de l’offre. À l’été 1613, il se rendit à Vyborg pour en discuter les conditions, mais Moscou avait déjà élu Michel, et il rentra chez lui.
Gustave Adolphe hérita de la guerre de Russie à la mort de Charles IX en octobre 1611. La terre de Novgorod resta aux mains des Suédois, et la tentative de Troubetskoï pour la reprendre fut battue à Bronnitsy en 1614. En 1615, le roi assiégea lui-même Pskov, perdit beaucoup d’hommes par la maladie et la faim, se retira, et se tourna vers la négociation.
Sir John Merrick, qui avait grandi dans les comptoirs de la Compagnie de Moscovie et servi comme ambassadeur d’Angleterre auprès de Boris, revint en 1614 comme envoyé de Jacques Ier et servit de médiateur entre la Russie et la Suède. À Stolbovo, en février 1617, la Suède rendit Novgorod mais garda l’Ingrie et Korela, coupant la Moscovie de la Baltique.
Ladislas, qui avait désormais vingt-deux ans, portait toujours le titre de tsar, et en 1617 il envahit le pays pour prendre le trône par la force. Son armée, sous Chodkiewicz, prit Dorogobouj et Viazma, mais l’argent vint à manquer et la Diète ne voulut financer que la campagne de 1618. En octobre 1618, ils campèrent à Touchino, où le second Dmitri avait tenu sa cour, et se préparèrent à donner l’assaut à Moscou.
Petro Sahaïdatchny, hetman de l’Armée zaporogue, mena environ vingt mille Cosaques vers le nord à l’été 1618, saccageant Livny et Ielets en chemin, et rejoignit Ladislas devant Moscou. Dans la nuit du 10 au 11 octobre, leur assaut contre les murailles fut repoussé.
Fédor Chérémétiev, l’un des Sept Boyards de 1610 et chef du gouvernement de Michel jusqu’en 1619, conduisait les envoyés russes. À Deoulino, près du monastère de la Trinité, ils signèrent en décembre 1618 une trêve de quatorze ans et demi : Smolensk et les terres de Tchernigov et de Severie passaient à la République des Deux Nations, Ladislas gardait son titre, et les prisonniers devaient être échangés, Philarète parmi eux.
Hessel Gerritsz, graveur et cartographe d’Amsterdam, publia en 1613 une carte de la Russie dressée sous Fédor Godounov, du temps où celui-ci était tsarévitch, et la réédita, corrigée, en 1614. La maison Blaeu continua de la réimprimer jusqu’en 1665 : le levé des Godounov survécut ainsi à la dynastie dans les atlas de l’Europe.
Ivan Timofeïev, commis de chancellerie en poste à Novgorod depuis 1607, vécut l’occupation suédoise dans l’entourage d’Isidore. Une note de son manuscrit indique que le métropolite le pressa de consigner ce qui s’était passé. Son Vremennik se demande pourquoi souverains et nobles manquèrent à leur foi pendant les Troubles ; ses entrées vont jusqu’en 1627–1628.
Le gouvernement de Michel survécut en capturant le dernier héritier rival et en achetant la paix au prix de la côte baltique et de Smolensk.
Deux grands souverains
- 29♛Philarète intronisé patriarche — juin 1619
- 30♜Siège de Smolensk — oct. 1632 – févr. 1634
- 31◆Cheïne capitule — févr. 1634 · ses canons abandonnés
- 32†Cheïne exécuté — avr. 1634 · place Rouge
- 33✒Paix de Polianovka — juin 1634 · Ladislas renonce au trône
En bref
En juin 1619, Philarète rentra après huit ans de captivité en Pologne, échangé avec Cheïne et d’autres. Quelques jours plus tard, il fut intronisé patriarche.29 Il prit le titre de grand souverain, celui-là même du tsar, et les chartes partirent désormais au nom du père et du fils. Quatorze ans durant, Philarète gouverna aux côtés de son fils, et dans ses dernières années il engagea des officiers étrangers pour former des régiments à l’occidentale. En 1632, le roi de Pologne mourut, alors que la trêve touchait à sa fin. Michel envoya Cheïne, l’ancien défenseur de Smolensk, reprendre la ville. En octobre 1633,30 Philarète mourut. Le fils du roi défunt, devenu le roi Ladislas IV, vint avec une armée de secours et encercla les assiégeants. En février 1634, Cheïne capitula31 en abandonnant ses canons. À Moscou, il fut jugé pour trahison et exécuté sur la place Rouge.32 Cet été-là, à Polianovka,33 Ladislas garda Smolensk, mais renonça à ses prétentions au trône de Russie. Michel régna encore onze ans.
La chaîne, période par période
En 1616, Michel ordonna à Denys de corriger le livre des rites de l’Église. Lui et ses collaborateurs retirèrent les mots « et par le feu » de la prière pour la bénédiction des eaux à l’Épiphanie, et en juillet 1618 un concile les condamna comme hérétiques ; Denys fut puni avec l’accord de Marfa.
Théophane III, patriarche de Jérusalem, arriva à Moscou en avril 1619. Le 24 juin, il intronisa Philarète patriarche ; une semaine plus tard, un concile rouvrit l’affaire de l’archimandrite de la Trinité et acquitta entièrement Denys et ses collaborateurs. Théophane visita le monastère de la Trinité cette année-là, et en 1620, à Kiev, y rétablit la hiérarchie orthodoxe.
Échangé en vertu de la trêve de Deoulino, Philarète arriva à Moscou le 14 juin 1619 et fut intronisé patriarche dix jours plus tard. Il prit le titre de grand souverain, celui-là même du tsar, et les chartes partirent au nom du père et du fils. Quatorze ans durant, il dirigea le gouvernement, des nominations à la politique étrangère.
Ivan Gramotine avait servi tour à tour Dmitri, Chouïski, le prétendant de Touchino et le roi Sigismond, dirigeant le bureau des Ambassadeurs sous plusieurs d’entre eux, et était resté en Pologne jusqu’en 1618. Rétabli comme secrétaire de la Douma, il traita sous Philarète les ambassades d’Angleterre et de Turquie.
Michel n’avait pas renoncé à la fiancée que les Saltykov avaient fait renvoyer. Philarète, en désaccord avec Marfa, reprocha à son fils d’avoir cédé, et en 1621 la jeune fille fut transférée à Nijni Novgorod, dans la maison qui avait été celle de Kouzma Minine. En 1623, une enquête menée par Fédor Chérémétiev interrogea les médecins, la trouva en bonne santé et révéla le mensonge des deux frères. Marfa refusa pourtant toujours le mariage.
Boris et Mikhaïl Saltykov furent privés de leurs rangs à la cour et relégués avec leurs familles sur des domaines lointains en 1623. Ils y restèrent dix ans, jusqu’à la mort de Philarète.
Arthur Dee, fils du savant élisabéthain John Dee, vint à Moscou sur la recommandation de Jacques Ier comme l’un des médecins du tsar et y resta environ quatorze ans. Il y compila le Fasciculus Chemicus, une anthologie d’écrits alchimiques, achevée en 1629 et imprimée à Paris en 1631.
Le retour de Philarète mit fin au règne de la parenté de Marfa et plaça l’État entre les mains d’un patriarche.
Khlopova écartée, Marfa choisit la princesse Maria Dolgoroukova, et Michel l’épousa le 19 septembre 1624 avec la bénédiction de Philarète. Cinq mois plus tard, elle était morte, et le trône n’avait toujours pas d’héritier.
Evdokia Strechneva, fille d’un petit noble de Mechtchovsk, fut choisie lors d’une revue des fiancées en 1626, quand Michel passa une seconde fois en revue les dernières candidates ; des messagers durent aller chercher son père sur son lointain domaine pour qu’il bénisse l’union. Ils se marièrent en février.
Alexis naquit en mars 1629, premier fils du couple. Boris Morozov allait devenir son précepteur en 1634. Avec un héritier mâle, la dynastie qu’une assemblée avait élue en 1613 pouvait enfin transmettre le trône par la naissance.
Gramotine continua ses intrigues, et en 1626 la patience de Philarète fut à bout : il fit reléguer le secrétaire de la Douma à Alatyr. Gramotine ne revint qu’après la mort de Philarète, et en 1634 il fut fait garde du sceau.
Iefim Telepnev, maître de la Monnaie de Moscou, était le commis chargé en 1609 de remettre Korela aux Suédois en vertu du traité de Vyborg. Il prit la tête du bureau des Ambassadeurs le 22 décembre 1626, bien que la politique étrangère relevât de Philarète. En juillet 1630, il fut renvoyé, privé de son rang et exilé.
Fédor Likhatchev, secrétaire de la Douma au bureau militaire, qui avait porté le plat rituel aux deux mariages de Michel, prit la tête du bureau des Ambassadeurs en 1630. En 1627, avec un collègue, il avait reconstitué le Livre de la Grande Carte, le registre qui décrivait la grande carte d’arpentage de l’État.
Christopher Galloway, un horloger écossais venu à Moscou vers 1621 à la demande de Jacques Ier, proposa une nouvelle horloge pour la porte Frolov du Kremlin et une tour pour la porter. Avec le bâtisseur russe Bajen Ogourtsov, il éleva la tour à toit pyramidal en 1624–1625 ; son cadran tournait tandis que l’aiguille restait fixe. C’est aujourd’hui la tour Spasskaïa. En 1633, il construisit la machine élévatoire des eaux du Kremlin.
Alexander Leslie, un colonel écossais, avait combattu pour la Pologne, été capturé à Smolensk en 1616, servi brièvement la Russie, puis la Suède. Il revint à Moscou avec une mission suédoise en janvier 1630 et entra au service du tsar en mars. En 1631, il partit en Suède engager des soldats pour les nouveaux régiments de type occidental que le gouvernement de Philarète levait en vue de Smolensk.
En 1630, les Romanov avaient un héritier, les commis de Philarète dans les chancelleries, et des officiers étrangers qui exerçaient des régiments en vue d’une guerre pour Smolensk.
Cheïne, défenseur de Smolensk en 1609–1611 et l’un des plus proches conseillers de Philarète depuis qu’ils étaient rentrés ensemble, reçut l’armée quand Sigismond III mourut en 1632 et que la trêve prit fin. Il partit de Mojaïsk en octobre et mit le siège devant Smolensk au début de décembre 1632, avec Leslie à la tête de deux des nouveaux régiments.
Artemi Izmaïlov, un okolnitchi qui avait été proche de Vassili Chouïski, était le second commandant de Cheïne. Tout au long de 1633, le siège traîna tandis que les officiers étrangers se querellaient, que la maladie se répandait et que les soldats désertaient pour rentrer chez eux. Après la capitulation, la Douma condamna les deux hommes pour trahison, et le 28 avril 1634 ils furent exécutés sur la place Rouge, Izmaïlov avec son fils Vassili.
Krzysztof Radziwiłł, hetman de campagne de Lituanie depuis 1615 et seigneur de Biržai, maintint la pression sur les assiégeants jusqu’à l’arrivée des secours, et contribua de façon décisive à contraindre l’armée russe à capituler.
Ladislas, élu roi après la mort de son père, atteignit Smolensk en août 1633, brisa le siège et encercla à son tour le camp de Cheïne. En février 1634, Cheïne capitula et sortit en abandonnant ses canons. Le roi qui avait jadis été élu tsar avait vaincu le gouvernement qui l’avait écarté.
Le prince Alexeï Lvov, un okolnitchi, négocia la paix de Polianovka avec Fédor Chérémétiev en 1634. La Moscovie renonça à ses conquêtes et Smolensk resta à la République des Deux Nations, mais pour 20 000 roubles Ladislas renonça à ses prétentions au trône de Russie et rendit les regalia emportés pendant les Troubles.
Philarète mourut en octobre 1633, alors que l’armée était toujours immobilisée devant Smolensk. Son successeur désigné, Joasaph, archevêque de Pskov et autrefois moine à Solovki sous Isidore, fut élu patriarche le 1er février 1634. Le nom du patriarche ne figura plus à côté de celui du tsar sur les chartes de l’État ; Joasaph s’en tint à la discipline de l’Église.
Smolensk resta polonaise et deux chefs le payèrent de leur tête, mais Polianovka mit fin aux prétentions polonaises au trône de Moscou.
Régnant seul à partir de 1633, Michel rappela les Saltykov d’exil et gouverna par l’intermédiaire de Fédor Chérémétiev et de sa propre parenté. Après la défaite de Smolensk, il évita de nouvelles guerres, rechercha capitaux et savoir-faire étrangers, et chercha pour sa fille un époux étranger.
Andries Winius, un marchand hollandais qui avait exporté du grain russe, découvrit un bon minerai près de Toula et obtint en 1632 le droit d’y bâtir des forges, à condition d’enseigner le métier aux hommes du tsar. Avec son associé Peter Marselis, il ouvrit les premières forges sur la Toulitsa en 1637, point de départ de l’industrie du fer et des armes de Toula.
Adam Olearius était le secrétaire des ambassades que le duc Frédéric III de Holstein-Gottorp envoya en Perse à travers la Russie en quête d’une route de la soie ; elles entrèrent à Moscou en août 1634 et en mars 1636. Michel lui offrit un poste d’astronome de la cour, qu’il déclina. Sa Description du voyage en Moscovie, publiée en 1647 et augmentée en 1656, fit connaître le pays aux lecteurs européens.
Irina, la fille aînée de Michel, avait treize ans quand il décida en 1640 de la marier à Valdemar Christian, un fils de Christian IV de Danemark, et Marselis fut envoyé à Copenhague pour arranger l’affaire. Les Danois exigèrent que le fiancé garde sa foi luthérienne.
Le comte Valdemar Christian arriva à Moscou en janvier 1644 et refusa de se faire orthodoxe. Le patriarche Joseph le pressa, et clercs orthodoxes et luthériens débattirent de juin 1644 à juillet 1645 ; quand il demanda à rentrer chez lui, on le mit sous garde. Il ne fut libéré qu’après la mort de Michel, par le nouveau tsar Alexis.
Après la mort de Joasaph en 1640, le siège resta vacant près d’un an et demi, jusqu’à ce que Joseph soit tiré au sort en 1642. Sous lui, l’Imprimerie de Moscou publia plus de livres liturgiques que jamais, quatre-vingt-douze titres, fixant les textes russes que Nikon devait plus tard réviser. Il mena aussi les pressions sur Valdemar Christian pour qu’il se convertisse.
En 1637, les Cosaques du Don prirent d’assaut, de leur propre chef, la forteresse ottomane d’Azov à l’embouchure du Don. En 1641, une grande armée ottomane et criméenne l’assiégea, et l’ataman Ossip Petrov dirigea la défense jusqu’à ce que les assaillants renoncent. Garder Azov signifiait désormais la guerre avec le sultan ; les Cosaques l’offrirent donc au tsar.
Fédor Porochine, secrétaire de l’Armée du Don, passe généralement pour l’auteur du Récit du siège d’Azov, une relation poétique de la défense écrite vers 1641–1642 pour presser Moscou de garder la forteresse. Une assemblée de la terre débattit de l’offre en 1642, le tsar refusa une guerre avec les Ottomans, et l’été venu les Cosaques quittèrent Azov après en avoir démoli les murailles.
Piotr Golovine, nommé en 1638 premier voïvode du pays de la Lena, y arriva en 1641 et fit de Iakoutsk la base de l’extrême nord-est, déplaçant son fortin en 1643 sur un site qu’avait trouvé Vassili Poïarkov. Il gouverna durement, torturant les officiers qu’il soupçonnait de complot, et dut faire face à un soulèvement iakoute en 1642.
Vassili Poïarkov quitta Iakoutsk en juillet 1643 avec une troupe de Cosaques pour trouver les terres à grain des Daours. Il franchit les monts Stanovoï, atteignit l’Amour par la Zeïa en 1644, le descendit jusqu’à la mer et revint par la côte de la mer d’Okhotsk en 1646 avec une petite partie de ses hommes ; beaucoup étaient morts de faim et dans les combats contre les peuples du fleuve.
La dernière décennie de Michel ajouta des forges et des fleuves sibériens, et abandonna Azov plutôt que de combattre les Ottomans.
Le sel et le Code
- 34◆L’impôt sur le sel — 1646 · supprimé en 1647
- 35⚑L’émeute du sel — juin 1648 · des dignitaires lynchés, la moitié de la ville brûlée
- 36◆Le Code de 1649 — janv. 1649 · le servage rendu perpétuel
En bref
Michel mourut en juillet 1645, et son fils Alexis devint tsar à seize ans. Le précepteur d’Alexis depuis l’enfance, le boyard Boris Morozov, gouverna dès lors en son nom. Morozov réduisit les soldes et, en 1646, frappa le sel d’un lourd impôt.34 Celui-ci pesait surtout sur ceux qui vivaient de poisson salé, et il fut supprimé l’année suivante ; on réclama à la place les arriérés des anciens impôts. En janvier 1648, Morozov arrangea le mariage du tsar, et dix jours plus tard épousa lui-même la sœur de la mariée. En juin, une foule arrêta le jeune tsar dans la rue pour se plaindre de ses dignitaires, et quand ses gardes la repoussèrent, Moscou se souleva.35 Les émeutiers mirent en pièces à coups de hache le chef du tribunal de police de la ville et tuèrent le dignitaire qui avait imaginé l’impôt sur le sel. L’incendie ravagea la moitié de la ville. Pour sauver Morozov, Alexis l’envoya dans un monastère du Nord ; il était de retour en octobre. Une assemblée de la terre se réunit, et en janvier 1649 elle adopta un nouveau code de lois.36 Il attachait les paysans à leurs maîtres pour toujours : un fugitif pouvait désormais être réclamé quelle que fût la durée de son absence.
La chaîne, période par période
Michel mourut en juillet 1645, et Alexis, seize ans, devint tsar ; Valdemar Christian fut autorisé à rentrer chez lui. La confiance du jeune tsar alla à l’homme qui l’élevait depuis 1634.
Boris Morozov prit la direction des bureaux clés des finances, de l’armée et de la cour, et y plaça ses propres hommes. Son gouvernement réduisit les soldes et chercha de nouvelles sources de revenus.
Nazar Tchistoï, un marchand de Iaroslavl devenu secrétaire de la Douma, était le principal conseiller économique de Morozov et, à partir de 1647, chef du bureau des Ambassadeurs. Sa taxe sur le sel de février 1646 remplaça deux impôts directs, mais le sel devint si cher que les ventes chutèrent, et en décembre 1647 elle fut supprimée ; le gouvernement réclama alors deux années d’arriérés des anciens impôts.
En janvier 1648, Alexis épousa Maria Miloslavskaïa, fille d’un noble au service de Morozov. Dix jours plus tard, Morozov épousa sa sœur Anna, si bien que le premier ministre du tsar devint son beau-frère.
Ilia Miloslavski, le père des deux mariées, avait servi Morozov comme envoyé à Constantinople en 1643 et aux Provinces-Unies en 1646–1647. Après les mariages, il fut fait okolnitchi puis, la même année, boyard, et sa parenté prit des postes autour de la cour.
En 1648, Morozov et les Miloslavski tenaient la cour, et le coût de leurs réformes retombait sur les citadins.
Leonti Plechtcheïev, chef du bureau du Zemski, qui assurait la police et la justice à Moscou, usait de sa parenté avec les Miloslavski pour pressurer les habitants. Le 25 mai 1648, selon le calendrier russe, une foule arrêta le cheval du tsar pour lui présenter une supplique contre lui ; des courtisans chargèrent la foule et Moscou se souleva. Plechtcheïev fut livré et battu à mort, et Tchistoï fut tué lui aussi.
Piotr Trakhaniotov, beau-frère de Plechtcheïev et l’un des hommes de Morozov, dirigeait le bureau de l’Artillerie. Les émeutiers saccagèrent sa maison et réclamèrent sa tête. Alexis l’éloigna comme voïvode d’Oustioujna, mais il fut ramené et exécuté le 5 juin. Pour sauver Morozov, le tsar l’envoya au monastère Kirillov ; il était de retour en octobre.
Pour répondre aux suppliques, Alexis chargea à l’été 1648 le prince Nikita Odoïevski de présider une commission qui devait rassembler et classer toutes les lois promulguées depuis 1607 et rédiger un code. Une assemblée de la terre le débattit et l’amenda, et le 29 janvier 1649 le Code fut achevé.
Fédor Griboïedov, un commis qui avait déjà servi sous Odoïevski, siégea à la commission et contribua à rédiger le code. Celui-ci permettait aux seigneurs de réclamer les paysans fugitifs sans limite de temps, ce qui rendait le servage perpétuel, et interdisait aux boyards de prendre pour serviteurs asservis les contribuables du tsar.
Stefan Vonifatiev, archiprêtre de la cathédrale de l’Annonciation au Kremlin et confesseur du jeune tsar, animait un cercle qu’on appela plus tard les Zélateurs de la piété : Ivan Neronov, Avvakoum et d’autres prêtres qui voulaient une vraie prédication, des offices en bon ordre et un clergé sobre. En février 1649, il s’en prit au vieux patriarche Joseph et aux évêques, qui faisaient obstacle à la réforme.
Nikon rencontra le jeune tsar en 1646 et fut fait archimandrite du monastère Novospasski à Moscou, où il rejoignit le cercle de Stefan. En mars 1649, le patriarche de Jérusalem, de passage, le sacra métropolite de Novgorod. Quand Novgorod se souleva contre la cherté du grain en mars 1650, il maudit du haut de la chaire les meneurs des rebelles et fut battu par la foule.
Petro Mohyla, métropolite orthodoxe de Kiev dans la République des Deux Nations, fonda en 1632 le collège qui enseignait le grec et le latin au clergé de Kiev. Il mourut au début de 1647, mais son collège forma les savants dont Moscou avait désormais besoin pour ses livres.
Fédor Rtichtchev, l’un des plus proches amis d’Alexis, bâtit à ses frais en 1648 un monastère aux abords de Moscou. À la demande du tsar, le métropolite de Kiev y envoya des moines lettrés en 1649 ; ils formèrent une confrérie qui traduisait des livres et ouvrit une école en 1652.
Épiphane Slavinetski avait enseigné le grec et le latin à Kiev. Appelé à Moscou en 1649 pour préparer une nouvelle Bible, il vécut au monastère de Rtichtchev, compila un lexique latin et traduisit, entre bien d’autres ouvrages, l’anatomie de Vésale et la cosmographie de Blaeu. À partir de 1653, Nikon le chargea de corriger les livres liturgiques d’après le grec.
À Pskov, le grain acheté pour payer la Suède en échange des réfugiés venus des terres cédées à Stolbovo fit flamber les prix. La ville se souleva en février 1650, et Gavriil Demidov, l’ancien élu de la ville, prit la tête de son conseil, partageant le grain et les biens pris aux riches et refusant l’entrée aux troupes du tsar.
Le prince Ivan Khovanski entra sans combat dans Novgorod révoltée le 13 avril 1650, puis assiégea Pskov plus de trois mois sans la prendre. Une assemblée de la terre promit des concessions, une délégation conduite par l’évêque de Kolomna ramena la ville à l’obéissance, et à la fin d’août l’autorité des voïvodes fut rétablie ; en octobre, les meneurs furent arrêtés et exilés.
Semion Dejnev, un Cosaque de service qui levait le tribut en fourrures sur la Kolyma, se joignit à l’expédition commerciale de Fedot Alekseïev Popov, l’agent d’un marchand de Moscou. En juin 1648, leurs bateaux descendirent la Kolyma puis longèrent vers l’est la côte arctique, doublant la pointe nord-est de l’Asie. Dejnev fit naufrage au sud de celle-ci et atteignit l’Anadyr ; son rapport resta oublié près d’un siècle.
Ierofeï Khabarov, un marchand des confins, partit à ses frais pour l’Amour en 1649, et le voïvode de Iakoutsk, Dmitri Frantsbekov, l’y renvoya avec davantage d’hommes en 1650. Sa troupe s’empara de bourgs daours et leva le tribut par la force, et à Atchansk, en mars 1652, repoussa une attaque de la garnison Qing de Ningguta. En 1653, un envoyé de Moscou lui retira le commandement et le ramena à Moscou pour y être jugé.
L’émeute donna à la Russie son Code et un servage sans limite ; les amis du tsar rassemblèrent les hommes qui allaient diviser son Église.
Le patriarche et l’hetman
- 37◆La réforme de Nikon — 1653 · trois doigts et non plus deux
- 38✒Pereïaslav — janv. 1654 · les Cosaques prêtent serment au tsar
- 39♜Smolensk reprise — sept. 1654 (a. s.) · 43 ans après sa chute
- Hetmanat de la rive gauche et Kiev, sous le tsar → La Moscovie et ses tsars
- Hetmanat de la rive droite, sous le tsar → La Moscovie et ses tsars
- Smolensk et la Severie, à la République des Deux Nations → La Moscovie et ses tsars (rendu)
- Lituanie orientale, prise en 1654–1655 → La Moscovie et ses tsars
En bref
En 1652, Alexis fit patriarche son ami Nikon, et Nikon commença par faire promettre au tsar de lui obéir en matière de foi. Nikon entreprit d’aligner le culte russe sur le culte grec. En 1653, il ordonna aux fidèles de se signer avec trois doigts et non plus avec deux.37 Avvakoum, un archiprêtre issu du même cercle de réformateurs, refusa, et la même année il fut exilé en Sibérie avec sa famille. Au sud, l’hetman zaporogue Bohdan Khmelnytsky était en guerre contre la Pologne depuis 1648, et il demanda au tsar orthodoxe de prendre ses Cosaques sous sa haute main. En octobre 1653, une assemblée de la terre y consentit. En janvier 1654, à Pereïaslav, les officiers cosaques prêtèrent serment d’allégeance au tsar.38 Ils demandèrent à son envoyé de jurer en retour que leurs libertés seraient respectées ; il refusa, car un tsar ne prêtait pas serment à ses sujets. La guerre avec la Pologne suivit. Alexis partit vers l’ouest avec son armée, et à l’automne Smolensk se rendit à39 lui. Ses armées poursuivirent jusqu’à prendre l’est du grand-duché de Lituanie.
La chaîne, période par période
Bohdan Khmelnytsky, un officier cosaque dont le domaine avait été saisi par un dignitaire polonais, souleva les Zaporogues en 1648. Avec la cavalerie criméenne, il anéantit l’armée de la Couronne, et un État cosaque prit forme en Ukraine ; ses Cosaques massacrèrent aussi des dizaines de milliers de Polonais et de Juifs. Il demanda la protection du tsar orthodoxe, mais Moscou, qui redoutait une guerre avec la Pologne, se tint sur la réserve.
Islam III Giray, khan de Crimée depuis 1644, envoya les cavaliers qui gagnèrent les premières batailles de Khmelnytsky. Mais il combattait pour les intérêts propres de la Crimée : il aida à vaincre à Zboriv en 1649, puis fit la paix avec le roi, et à Berestetchko, en 1651, ses Tatars s’enfuirent du champ de bataille en emmenant Khmelnytsky comme otage.
Ivan Bohoun, un colonel cosaque, prit le commandement du camp de Berestetchko le 9 juillet 1651, après la fuite du khan avec l’hetman. Il fit jeter des ponts sur le marais et en fit sortir une partie de l’armée avant que les Polonais ne submergent le camp, et resta l’un des principaux chefs de l’Armée.
Mikołaj Potocki, grand hetman de la Couronne, marcha contre le soulèvement en 1648 au mépris des ordres du roi. À Korsoun, en mai, son armée fut anéantie, et lui-même et le hetman de campagne furent faits prisonniers.
Ladislas IV mourut en mai 1648, en pleine crise, et son frère Jean Casimir fut élu roi. Il alterna négociations et guerre avec les Cosaques, et en 1651 battit Khmelnytsky à Berestetchko, réduisant les acquis des premières années.
Janusz Radziwiłł, fils du Krzysztof qui avait harcelé Cheïne devant Smolensk, conduisit l’armée lituanienne contre les Cosaques, l’emporta à Loïev en 1649 puis de nouveau en 1651, et prit Kiev le 4 août 1651. Pris en étau au nord et à l’ouest, Khmelnytsky redoubla ses appels à Moscou.
Cinq ans de guerre laissèrent à Khmelnytsky un État mais aucun allié sûr, et placèrent Moscou devant le choix de la guerre avec la Pologne.
Païsios, patriarche de Jérusalem, arriva à Moscou en janvier 1649 en compagnie de l’envoyé de Khmelnytsky, et se porta garant auprès du tsar des intentions de l’hetman. En mars, il sacra Nikon métropolite de Novgorod, et lui offrit une maquette du Saint-Sépulcre qui inspira son monastère de la Nouvelle-Jérusalem.
Arseni Soukhanov, un moine diplomate, quitta Moscou avec Païsios en juin 1649 pour décrire les usages de l’Église grecque. Il disputa avec les Grecs pour défendre les usages russes et consigna ces débats pour le bureau des Ambassadeurs. De retour en 1653, il fut envoyé par Nikon au mont Athos et en Orient acheter des manuscrits grecs pour la correction des livres.
Joseph mourut en avril 1652, et Alexis fit Nikon patriarche après que celui-ci lui eut fait promettre obéissance en matière de foi. Avant le carême de 1653, Nikon ordonna aux fidèles de se signer avec trois doigts et non plus avec deux, et un concile entreprit en 1654 de corriger les livres d’après le grec.
Ivan Neronov, archiprêtre de la cathédrale de Kazan sur la place Rouge et ami d’Avvakoum, protesta contre les changements. Un concile l’envoya en exil en 1653, d’un monastère du Nord à un autre. À la différence d’Avvakoum, il fit la paix avec Nikon en 1657.
Avvakoum refusa le nouveau rite et prêcha contre lui. En septembre 1653, il fut jeté dans une cave du monastère Andronikov ; le tsar intercéda pour lui, et il fut exilé avec sa famille à Tobolsk, puis envoyé plus à l’est, en Daourie, avec le voïvode Afanassi Pachkov, qui le traita brutalement.
Paul, que Nikon avait lui-même sacré évêque de Kolomna en octobre 1652, s’opposa à la réforme au concile de 1654. Nikon le déposa de sa propre autorité, le fit maltraiter et l’envoya en exil, où il mourut. La querelle avait gagné l’épiscopat.
Le cercle réformateur se brisa : son membre le plus fort devint patriarche, et ses prédicateurs furent ses premiers exilés.
En 1653, craignant que les Cosaques ne se tournent vers les Ottomans, Moscou résolut d’agir, et en octobre une assemblée de la terre consentit à prendre l’Armée zaporogue sous la haute main du tsar. Almaz Ivanov, nouvellement placé à la tête du bureau des Ambassadeurs, annonça la décision aux envoyés de l’hetman le 4 octobre et mena la diplomatie qui suivit.
Le boyard Vassili Boutourline conduisit l’ambassade qui reçut le serment de l’Armée à Pereïaslav en janvier 1654. Les officiers cosaques lui demandèrent de jurer au nom du tsar que leurs libertés seraient respectées ; il refusa, disant qu’un tsar ne prêtait pas serment à ses sujets, et renvoya leurs droits à des négociations ultérieures.
Pavlo Teteria, colonel de Pereïaslav, se rendit à Moscou en mars 1654 avec le juge général Samiïlo Bohdanovytch-Zaroudny. Les articles qu’ils rapportèrent conservaient à l’Armée sa propre armée, ses tribunaux et ses revenus sous la suzeraineté du tsar ; ce que chaque partie entendait par là resta contesté.
Ivan Zolotarenko, colonel de Nijyn et hetman par intérim de Khmelnytsky dans le nord, mena environ vingt mille Cosaques dans le grand-duché de Lituanie en 1654, prit Gomel et d’autres villes, et en 1655 contribua à la prise de Minsk et de Vilnius. Ses hommes revendiquaient des districts que les voïvodes du tsar revendiquaient aussi, et étaient connus pour leur cruauté. Il fut tué en assiégeant Stary Bykhov en octobre 1655.
La guerre avec la Pologne suivit le serment. Le prince Iakov Tcherkasski, premier commandant de l’armée principale qui partit vers l’ouest avec le tsar en mai 1654, fut envoyé contre Janusz Radziwiłł ; il prit Orcha et, en août, battit les Lituaniens à Chklov.
Le prince Alexeï Troubetskoï, cousin du Dmitri Troubetskoï de 1612, mena l’armée du sud-ouest hors de Briansk. Le 24 août 1654, il mit Radziwiłł en déroute à Chepelevitchi, ce qui brisa l’armée de campagne lituanienne et scella le sort de Smolensk.
Leslie avait été réengagé en 1647 ; accusé en 1652 de s’être moqué des rites orthodoxes, il fut arrêté puis, sur l’insistance du tsar et d’Ilia Miloslavski, baptisé dans l’orthodoxie sous le nom d’Avraam. Désormais premier général au service de la Russie, il dirigea le siège de Smolensk aux côtés du tsar ; la ville capitula le 23 septembre 1654, et il en devint le voïvode.
Macaire III, patriarche d’Antioche, arriva à Moscou en 1655 avec son fils et y resta jusqu’en mai 1656, tandis que le tsar faisait campagne et que Nikon gouvernait à Moscou. Aux conciles de 1655 et de 1656, il soutint les réformes de Nikon et jeta l’anathème sur ceux qui se signaient avec deux doigts.
Paul d’Alep, fils et archidiacre de Macaire, tint en arabe le récit du voyage à travers l’Ukraine cosaque et la Russie : ses églises et ses offices interminables, la cour du tsar et le pouvoir du patriarche. C’est l’un des regards extérieurs les plus complets sur la Russie d’Alexis.
Prendre les Cosaques sous la haute main du tsar rendit Smolensk en moins d’un an et ouvrit une guerre qui allait durer au-delà de la période.
Konotop et Tchoudnov
- 40♜Siège de Riga — août–oct. 1656 · un échec
- 41✒Traité de Hadiatch — sept. 1658 · union avec la Pologne
- 42⚔Konotop — 29 juin 1659 (a. s.) · la cavalerie russe anéantie
- 43♜Tchoudnov — sept.–nov. 1660 · Chérémétiev capitule
- Hetmanat de la rive droite, sous le tsar → La Pologne-Lituanie (rendu)
En bref
En juillet 1655, le nouveau roi de Suède envahit à son tour la Pologne, et en quelques mois il tint Varsovie et Cracovie. Alexis redoutait une Baltique suédoise plus qu’une Pologne brisée. En 1656, il cessa de combattre les Polonais et marcha lui-même sur Riga, ville suédoise ; le siège échoua en octobre.40 Bohdan Khmelnytsky, tenu à l’écart de la trêve polonaise, mourut en 1657. Son chancelier, Ivan Vyhovsky, devint hetman et rompit en 1658 avec le tsar en signant une union avec la Pologne à Hadiatch.41 En 1659, le prince Alexeï Troubetskoï assiégea Konotop. Cet été-là, Vyhovsky et le khan de Crimée attirèrent sa cavalerie de l’autre côté d’une rivière, dans des terres inondées,42 et la taillèrent en pièces. Pourtant les Cosaques se retournèrent contre Vyhovsky et choisirent le fils de Bohdan, Iouri Khmelnytsky, qui prêta serment au tsar à des conditions plus dures. En 1660, à Tchoudnov, des armées polonaises et tatares prirent au piège43 Vassili Chérémétiev ; Iouri passa au roi, et Chérémétiev capitula. Les Romanov tenaient désormais le trône depuis près de cinquante ans. Leur tsar régnait de nouveau sur Smolensk, ainsi que sur Kiev et les Cosaques de la rive gauche du Dniepr. La côte de la Baltique restait suédoise, l’Église se déchirait autour des nouveaux rites, et la guerre continuait.
La chaîne, période par période
Charles X Gustave devint roi de Suède à l’abdication de la reine Christine en 1654, et en juillet 1655 envahit la Pologne, prenant Varsovie et Cracovie en quelques mois. Une République des Deux Nations qui s’effondrait entre les mains des Suédois menaçait tout ce que Moscou espérait gagner en Lituanie et sur la Baltique.
Battu par les Russes et Vilnius perdue en août 1655, Janusz Radziwiłł signa à Kėdainiai un traité plaçant le grand-duché sous protection suédoise, puis en octobre une union qui le détachait de la Pologne. La plupart des nobles lituaniens se retournèrent contre lui, et il mourut assiégé à Tykocin le dernier jour de 1655.
Magnus Gabriel De la Gardie, fils du Jacob qui avait combattu aux côtés de Skopine-Chouïski, était de nouveau gouverneur général de Livonie depuis 1655. Il négocia l’union de Kėdainiai avec les seigneurs lituaniens, et en 1656 commanda à Riga face aux Russes.
Alexis redoutait une Baltique suédoise plus qu’une Pologne brisée. Suspendant la guerre contre les Polonais, il marcha lui-même sur Riga et l’assiégea à partir d’août 1656, mais faute de navires il ne put empêcher les vivres d’y parvenir par la mer, et en octobre il se retira. La trêve avec la Pologne fut signée à Vilnius en novembre.
Afanassi Ordine-Nachtchokine, un noble de Pskov dont la conduite lors du soulèvement de 1650 avait attiré l’attention du tsar, gouverna Kokenhusen, prise sur la Daugava, et en 1657 prit Marienburg. Le 20 décembre 1658, il signa la trêve de Valiesaari, qui laissait à la Russie ses conquêtes livoniennes pour trois ans, et fut fait noble de la Douma.
Siméon, un moine qui enseignait à l’école de la confrérie orthodoxe de Polotsk, ville que les troupes russes avaient prise en 1654, accueillit Alexis par des vers de sa composition quand le tsar y passa en 1656. Ce fut son premier contact avec la cour, qui allait plus tard le faire venir à Moscou comme précepteur et poète de cour.
Alexis troqua un ennemi contre un autre et n’obtint sur la Baltique qu’une trêve.
Bohdan Khmelnytsky mourut en août 1657, après avoir tenté d’assurer la succession à son fils Iouri. Les officiers choisirent à sa place son chancelier général, Ivan Vyhovsky, un noble qui avait dirigé la chancellerie et la diplomatie de l’hetman. Le nouvel hetman se heurta à des adversaires à l’intérieur et à des frictions croissantes avec Moscou, et se tourna vers la République des Deux Nations.
Martyn Pouchkar, colonel de Poltava et lui-même candidat à l’hetmanat, se souleva contre Vyhovsky en 1657 avec le chef zaporogue Iakiv Barabach, tous deux tournés vers le tsar. Vyhovsky fit appel aux Tatars de Crimée, et le 1er juin 1658 Pouchkar fut tué au combat près de Poltava ; Barabach fut plus tard capturé et exécuté.
Iouri Nemyrytch, un magnat des terres de Kiev, ancien Frère polonais converti à l’orthodoxie, rédigea avec Vyhovsky et Teteria le traité de Hadiatch, signé le 16 septembre 1658. L’Ukraine devait rejoindre la République des Deux Nations comme troisième membre, le grand-duché de Ruthénie, avec Nemyrytch pour chancelier.
Nikon s’était habitué à gouverner en l’absence du tsar, et Alexis lui-même l’avait appelé grand souverain. En 1658, les ennemis de Nikon avaient persuadé le tsar que le patriarche l’éclipsait. Le 10 juillet, Nikon déposa publiquement sa charge dans la cathédrale de la Dormition et se retira dans son monastère de la Nouvelle-Jérusalem, sans renoncer à sa dignité.
Pitirim, que Nikon avait fait métropolite de Kroutitsy en 1655, assura les tâches courantes du patriarche sans porter le titre de locum tenens. Les réformes se poursuivirent sous lui ; l’ancien rite ne fut pas rétabli, et Nikon revendiquait toujours son siège.
Onoufri Stepanov prit la tête des Cosaques de l’Amour quand Khabarov fut emmené en 1653. À court de grain, ses hommes parcouraient l’Amour et la Songhua en s’emparant de vivres et de tribut ; en 1655, ils tinrent leur fortin de Koumara contre une armée Qing, mais les peuples du fleuve désertèrent la vallée plutôt que de les nourrir.
Sarhuda, un vétéran mandchou de la conquête de la Chine, commandait la garnison Qing de Ningguta depuis 1652. En juillet 1658, en aval de l’embouchure de la Songhua, sa flotte d’une quarantaine de bateaux prit au piège les onze de Stepanov. Stepanov fut tué et la plupart de ses bateaux brûlés ou pris ; la vallée de l’Amour resta vide de Russes jusqu’en 1669.
Shin Ryu, un officier de Joseon originaire de la frontière nord, mena quelque deux cents mousquetaires coréens dans la campagne de Sarhuda à la demande de la cour des Qing. Son journal de l’expédition du Nord relate la bataille. Après coup, Sarhuda refusa aux Coréens une part des trois cents fusils russes capturés.
En deux ans, Moscou perdit son hetman au profit de la Pologne, son patriarche dans une querelle et sa tête de pont de l’Amour au profit des Qing.
Moscou répondit à Hadiatch par la guerre. Au printemps 1659, le prince Alexeï Troubetskoï mena la principale armée du sud en Ukraine et assiégea la forteresse de Konotop, tenue pour Vyhovsky, sans pouvoir la prendre.
Mehmed IV Giray, frère d’Islam III et de nouveau khan depuis 1654, s’était allié à la République des Deux Nations dès que Moscou avait pris les Cosaques sous sa protection. À l’été 1659, il mena quelque trente mille cavaliers à Konotop pour combattre aux côtés de Vyhovsky.
Le prince Semion Pojarski, fils du Roman Pojarski qui avait assuré Iaroslavl à la milice de 1612, lança la cavalerie de Troubetskoï à la poursuite de Vyhovsky après une feinte de celui-ci au-delà de la Sosnivka, le 28 juin. Des Cosaques prirent le pont derrière lui, les cavaliers du khan se refermèrent sur lui, et le 29 juin sa troupe fut anéantie. Capturé, il fut décapité devant le khan.
Konotop contraignit Troubetskoï à lever le siège et à battre en retraite, mais la victoire ne maintint pas l’unité de l’Armée. La Diète n’avait ratifié Hadiatch en mai que sous une forme édulcorée, les régiments de la rive gauche restèrent fidèles à Moscou, et Nemyrytch fut tué par ses propres Cosaques. En octobre 1659, Vyhovsky abdiqua et s’enfuit en Pologne.
Les Cosaques choisirent le fils de Bohdan, Iouri, dix-sept ans, pour le nom de son père. Encerclé à Pereïaslav par l’armée de Troubetskoï, il signa le 27 octobre 1659 de nouveaux articles de Pereïaslav : des voïvodes et des garnisons russes dans cinq villes ukrainiennes de plus, et aucune relation étrangère ni aucune guerre sans l’accord du tsar.
Konotop fut la victoire de Vyhovsky et le gain de Moscou : l’Armée revint au tsar à des conditions plus dures.
Le prince Ivan Andreïevitch Khovanski, à ne pas confondre avec l’Ivan Khovanski qui avait assiégé Pskov, commandait l’armée de Novgorod en Lituanie. En 1660, il assiégeait Liakhavitchy, un château de la famille Sapieha, quand la guerre avec la Suède prit fin à l’ouest.
Paweł Jan Sapieha, fils du Jan Piotr qui avait assiégé le monastère de la Trinité pour le second Dmitri, était grand hetman de Lituanie depuis 1656 et comptait Liakhavitchy parmi ses domaines. La paix d’Oliva, signée pour la Suède par Magnus De la Gardie en mai 1660, libéra les troupes de la République des Deux Nations, et il marcha contre Khovanski.
Stefan Czarniecki, vétéran de la guerre contre la Suède, fait voïvode de Ruthénie cette année-là, amena des unités polonaises rejoindre Sapieha. À la fin de juin 1660, à Polonka, leurs hussards prirent l’armée de Khovanski dans une embuscade et la mirent en déroute ; Khovanski s’échappa avec quelques cavaliers, et le siège de Liakhavitchy fut abandonné.
Vassili Chérémétiev, voïvode de Kiev, mena une armée russe en Volhynie en août 1660, comptant sur la jonction des Cosaques de Iouri Khmelnytsky. Il avança en se renseignant mal, s’attendant à un ennemi faible, et en septembre fut surpris près de Lioubar par une force polonaise et tatare bien plus nombreuse.
Stanisław Potocki, grand hetman de la Couronne depuis 1654, avec Lubomirski et les Tatars de Crimée, bloqua l’armée de Chérémétiev dans son camp retranché près de Tchoudnov, aidé par les espions de Vyhovsky.
Jerzy Sebastian Lubomirski, hetman de campagne de la Couronne et grand maréchal, emmena huit mille hommes empêcher l’armée de Iouri Khmelnytsky de rejoindre Chérémétiev et la rencontra près de Slobodychtche au début d’octobre. Certains historiens pensent que le combat fut une mise en scène : Iouri n’avait aucune envie de secourir Chérémétiev.
Le 17 octobre 1660, Iouri signa avec les Polonais un traité, rédigé avec l’aide de Teteria, qui ramenait l’Armée dans la République des Deux Nations. Chérémétiev, resté seul, capitula au début de novembre ; les Tatars emmenèrent toute son armée en captivité, et il passa vingt et un ans en Crimée.
En février 1660, un concile se réunit pour remplacer Nikon, dont le siège était vacant depuis près de deux ans, et jugea qu’il avait perdu jusqu’à sa prêtrise. Épiphane Slavinetski objecta que des évêques russes ne pouvaient juger leur propre patriarche ; le tsar refusa d’appliquer un verdict à la validité douteuse, et l’affaire resta pendante.
La Russie finit l’année 1660 en tenant Smolensk, Kiev et les Cosaques de la rive gauche, mais avec deux armées perdues, un patriarche dans l’incertitude et une guerre qui continuait.
Qui est qui
La Moscovie et ses tsars
Les faux Dmitri et leurs camps
La Pologne-Lituanie
La Suède
Les Cosaques zaporogues
Autres
Chronologie
- 1♛Boris élu tsar — 1598 · par une assemblée de la terre 1600–1603
- 2◆La grande famine — 1601–1603 · 127 000 inhumés à Moscou 1600–1603
- 3⚑La bande de Khlopko — sept. 1603 · battue aux portes de Moscou 1600–1603
- 4⚔Dobrynitchi — janv. 1605 · victoire de l’armée du tsar 1604–1605
- 5⚑Kromy — mai 1605 · l’armée du tsar change de camp 1604–1605
- 6♛Dmitri couronné — juil. 1605 1605–1606
- 7⚑Le coup d’État de Chouïski — 17 mai 1606 (a. s.) 1605–1606
- 8♛Chouïski proclamé tsar — 19 mai 1606 (a. s.) 1605–1606
- 9⚑Poutivl se soulève — été 1606 · pour le « tsar Dmitri » 1606–1608
- 10⚔Kolomenskoïe — déc. 1606 · les rebelles écrasés 1606–1608
- 11♜Toula — oct. 1607 · Bolotnikov se rend 1606–1608
- 12✒Traité de Vyborg — févr. 1609 · Korela contre des troupes suédoises 1609–1610
- 13♜Siège de Smolensk — à partir de sept. 1609 1609–1610
- 14◆Moscou délivrée — mars 1610 · Skopine-Chouïski acclamé 1609–1610
- 15⚔Klouchino — 4 juil. 1610 · victoire polonaise 1610–1611
- 16◆Chouïski déposé — juil. 1610 · contraint de prononcer ses vœux 1610–1611
- 17♛Ladislas élu tsar — août 1610 · jamais couronné 1610–1611
- 18◆Moscou incendiée — mars 1611 · la garnison met le feu à la ville 1611–1612
- 19♜Chute de Smolensk — juin 1611 · après vingt mois 1611–1612
- 20♜Novgorod — juil. 1611 · prise par les Suédois 1611–1612
- 21⚔Bataille de Moscou — 1er–3 sept. 1612 · l’armée de secours repoussée 1611–1612
- 22♜Le Kremlin capitule — nov. 1612 · Moscou libérée 1611–1612
- 23♛Michel élu tsar — févr. 1613 (a. s.) · par une assemblée de la terre 1613–1618
- 24♛Michel couronné — juil. 1613 1613–1618
- 25◆Zaroutski et Marina capturés — 1614 · sur le Iaïk 1613–1618
- 26✒Traité de Stolbovo — 1617 · Novgorod rendue, l’Ingrie perdue 1613–1618
- 27♜Siège de Moscou — oct. 1618 · l’assaut échoue 1613–1618
- 28✒Trêve de Deoulino — déc. 1618 · quatorze ans et demi 1613–1618
- 29♛Philarète intronisé patriarche — juin 1619 1619–1634
- 30♜Siège de Smolensk — oct. 1632 – févr. 1634 1619–1634
- 31◆Cheïne capitule — févr. 1634 · ses canons abandonnés 1619–1634
- 32†Cheïne exécuté — avr. 1634 · place Rouge 1619–1634
- 33✒Paix de Polianovka — juin 1634 · Ladislas renonce au trône 1619–1634
- 34◆L’impôt sur le sel — 1646 · supprimé en 1647 1645–1649
- 35⚑L’émeute du sel — juin 1648 · des dignitaires lynchés, la moitié de la ville brûlée 1645–1649
- 36◆Le Code de 1649 — janv. 1649 · le servage rendu perpétuel 1645–1649
- 37◆La réforme de Nikon — 1653 · trois doigts et non plus deux 1652–1654
- 38✒Pereïaslav — janv. 1654 · les Cosaques prêtent serment au tsar 1652–1654
- 39♜Smolensk reprise — sept. 1654 (a. s.) · 43 ans après sa chute 1652–1654
- 40♜Siège de Riga — août–oct. 1656 · un échec 1655–1660
- 41✒Traité de Hadiatch — sept. 1658 · union avec la Pologne 1655–1660
- 42⚔Konotop — 29 juin 1659 (a. s.) · la cavalerie russe anéantie 1655–1660
- 43♜Tchoudnov — sept.–nov. 1660 · Chérémétiev capitule 1655–1660
Sources
- Time of Troubles, 1598–1613 — vue d’ensemble — source
- Boris Godunov — l’élection, la purge des Romanov, la famine, sa mort — source
- Филарет (Романов) — la tonsure, Rostov, Touchino, la captivité, le retour et le titre de grand souverain — source
- False Dmitry I et False Dmitry II — source
- Polish–Russian War of 1609–1618 : Vyborg, Smolensk, Klouchino, le siège de 1618, Deoulino — source
- Battle of Moscow (1612) : Minine, Pojarski, Troubetskoï contre Chodkiewicz — source
- Treaty of Stolbovo, 1617 — source
- Smolensk War, 1632–1634, et la paix de Polianovka — source
- Moscow uprising of 1648 (l’émeute du sel) et le Code de 1649 — source
- Patriarch Nikon — l’élection, le serment d’obéissance, la réforme — source
- Pereiaslav Agreement, 1654, et le refus de Boutourline de jurer au nom du tsar — source
- Battles of Konotop (1659) et Chudniv (1660) — source
Chaque affirmation du texte a été vérifiée dans les sources ci-dessus. Frontières : historical-basemaps (A. Ourednik, GPL-3.0), l’état de c.1600, simplifié — schématique, les bons États à peu près aux bons endroits. Territoires ayant changé de mains : provinces modernes (Natural Earth) ou états plus tardifs tenant lieu des frontières historiques. Terres, lacs et fleuves : Natural Earth. Portraits : crédités ci-dessous avec auteur, licence et source.
Portraits
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- Prokopi Liapounov — Named conjectural drawing of Prokopy Lyapunov, captioned "This is how he might have looked", Ryazanskie Vedomosti, 1 November 2019, no. 83 (5788), p. 5, reproduced from the Selo Isady na Oke website; artist not stated · published illustration; reuse terms unspecified — source
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- Ivan Neronov — Archpriest Ioann Neronov. Icon by F. A. Pirvits, 2010s; reproduced by the Orthodox Encyclopedia. Later devotional depiction. · copyrighted published illustration; reuse terms unspecified — source
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- Paul d’Alep — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Muscovite parsuna oil portrait (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Sarhuda — Named bronze statue of Sharhuda (沙尔虎达), Jilin Naval Camp Museum; photograph supplied by the museum, reproduced by China Jilin Net, 27 November 2024. Modern conjectural depiction. · published museum photograph; reuse terms unspecified — source
- Ossip Petrov — Later named depiction of Ataman Osip Petrov (Kaluzhenin), reproduced by the Azov Central Children’s Library; artist and date not stated. · published illustration; reuse terms unspecified — source
- Mehmed IV Giray — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Muscovite parsuna oil portrait (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
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- Onoufri Stepanov — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Muscovite parsuna oil portrait (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Shin Ryu — imagined likeness, generated in the manner of seventeenth-century Muscovite parsuna oil portrait (Codex image generation, 2026); a portrait is documented at Sungmusa shrine, Chilgok, but no accessible reproduction could be identified in the consulted sources (Academy of Korean Studies, https://encyk · generated illustration