Le Mutapa, 1600–1660
Comment un roi shona qui avait mis ses mines en gage contre les armes portugaises laissa-t-il ses successeurs vassaux de la couronne de Portugal ?
▶ Voir l’atlas commenté (narration en anglais) · 7 minLes territoires en 1660, aux couleurs de qui les tenait. Hachuré : les territoires qui ont changé de mains entre 1600 et 1660.
Dans chaque période ci-dessous, les événements numérotés de la carte renvoient à la liste qui la suit et aux repères du texte ; rien ne bouge.
Les périodes
L’acte de donation des mines
- 1◆Les foires de l’or — Masapa · un commerce soumis à l’accord du Mutapa
- 2⚑La rébellion contre Gatsi — à partir de 1597 · des chefs en armes
- 3✒L’argent de Chicova — 1607 · cédé contre les armes portugaises
- 4♛Gatsi rétabli — v. 1609 · par les armes portugaises
En bref
En 1600, le Mutapa était Gatsi Rusere, roi depuis la fin des années 1580 du Mukaranga, le pays shona au sud du Zambèze. Les marchands portugais fréquentaient ses foires de l’or1 à ses conditions : le capitaine de Mozambique lui envoyait un riche présent d’étoffes, la kuruva, en échange du droit de commercer. Ses propres chefs rompirent la paix de Gatsi. Des rebelles se soulevèrent contre lui2 dès la fin des années 1590, et en 1606 l’un d’eux, Matuzvianye, se proclama Mutapa et chassa Gatsi de son zimbabwe, la ville royale. Gatsi se tourna vers un marchand portugais du fleuve, Diogo Simões Madeira, capable de lever des hommes en armes. En 1607, Gatsi céda ses mines : l’argent à Madeira,3 qui en fit don à son roi, et tout le reste à la couronne portugaise. Madeira arrêta la marche de Matuzvianye sur Tete. Puis Goa envoya des soldats remonter le fleuve sous les ordres de Nuno Álvares Pereira, et avec eux Gatsi reprit son zimbabwe, vers 1609. Matuzvianye fut assassiné plus tard. Gatsi avait retrouvé son trône,4 et le Portugal détenait un acte de donation de ses mines.
La chaîne, période par période
Gatsi Rusere était Mutapa depuis la fin des années 1580. Après que des envahisseurs venus d’au-delà du Zambèze lui eurent échappé en 1597, il fit mettre à mort son oncle Ningomoxa, son général, pour ne pas les avoir rattrapés. La parenté et les amis de Ningomoxa, les premiers personnages du royaume, se soulevèrent contre lui. Gatsi se tourna vers les marchands portugais de ses foires de l’or, qui avaient des fusils.
Dans son camp sur la Mazoe, devant les hommes de Madeira assemblés et le notaire Miguel Nunes, Gatsi donna au roi de Portugal toutes les mines d’or, de cuivre, de fer, de plomb et d’étain de son royaume, à condition que le roi le maintienne sur son trône et envoie des forces reprendre sa cour et détruire Matuzvianye. L’argent, il le donna à Madeira, qui le donna à son roi. Gatsi signa de trois croix et remit à Madeira deux de ses fils, pour qu’il les élève en chrétiens.
Chiraramuro, l’un des seigneurs soulevés après la mort de Ningomoxa, s’empara de la plus grande partie de l’Antauara. Gatsi marcha contre lui avec les Portugais de Masapa. Chiraramuro s’enfuit sans combattre chez un chef qu’il croyait son ami, lequel lui coupa la tête et l’envoya à Gatsi plutôt que d’être accusé de l’avoir abrité. Sa mort ne mit pas fin au soulèvement.
Matuzvianye, ancien gardien de bétail, dit-on, avait été l’un des capitaines de Chiraramuro. Il se fit le chef de tous les rebelles et, en 1606, prit le titre de roi du Mukaranga. Il partagea le royaume entre ses lieutenants pour que chacun puisse faire la guerre à Gatsi de son côté, et garda pour lui les monts Matarira, entre Masapa et la cour.
Anconhe tenait l’Antauara pour les insurgés. Quand le capitaine de Masapa marcha contre lui avec les marchands et leurs esclaves, il refusa le combat : la route et le pays, fit-il savoir, étaient à lui et aux Portugais, dont il était l’ami. Il tint parole envers eux et continua de combattre Gatsi, jusqu’à ce que l’armée de Madeira le mette en déroute en 1607.
Francisco da Cunha était capitaine de Masapa, la principale foire de l’or, où un capitaine portugais délivrait les licences aux marchands et les taxait au nom du Mutapa. Quand Gatsi lui demanda son aide contre Chiraramuro, Cunha rassembla tous les Portugais qu’il put et rejoignit l’armée royale ; le rebelle s’enfuit avant son arrivée, et l’armée brûla ses villages.
António Ferreira, capitaine de Masapa pendant la guerre des rebelles, marcha sur Anconhe et rebroussa chemin quand Anconhe lui offrit son amitié : la route des marchands restait sûre tant que durait la guerre contre Gatsi. Faute d’aide de Sena, Gatsi menaça alors de piller tous les Portugais de son royaume. Ferreira adressa ses envoyés à Diogo Simões Madeira.
Diogo Simões Madeira, marchand de Tete qui avait déjà combattu pour Gatsi, rassembla en une armée les Portugais de Sena, de Tete et des foires, avec leurs esclaves, et remporta pour lui plusieurs combats. Gatsi lui promit toutes les mines d’argent de son royaume ; Madeira le persuada ensuite de céder aussi à la couronne toutes les autres mines.
Gatsi poursuivit sa guerre en engageant les mines du Mukaranga au Portugal et en confiant deux de ses fils à un marchand portugais.
Le fort de l’argent
- 5◆Les foires fermées — v. 1610 · les marchandises portugaises saisies
- 6⌂Le fort São Miguel — 1614 · le fort de l’argent de Madeira
- 7♜São Miguel incendié — août 1616 · abandonné, puis brûlé
En bref
La couronne voulait son argent. En 1609, le vice-roi, à Goa, confia la conquête des mines à Estêvão de Ataíde, le capitaine de Mozambique. Ataíde cessa de verser la kuruva, et Gatsi riposta en saisissant les marchandises portugaises et en fermant ses foires aux Portugais.5 Ataíde fut rappelé en 1612 et laissa le commandement à Madeira. En 1614, Madeira éleva un fort de bois à Chicova, en amont de Tete, et le nomma São Miguel.6 Ses hommes y extrayaient de l’argent, assez pour payer la garnison pendant des mois. Gatsi ne voulait pas qu’on en trouve. Ses devins l’avertissaient que l’argent causerait la perte de son royaume, et son fils aîné fit la guerre au fort. Puis un juge royal, Francisco da Fonseca Pinto, remonta le fleuve en 1615 pour vérifier les dires de Madeira. Il déclara qu’il n’y avait pas d’argent, condamna Madeira comme rebelle et le chassa. En 1616, la garnison abandonna Chicova, et les gens de Gatsi brûlèrent le fort.7
La chaîne, période par période
En 1608, Gatsi marcha sur le Barue, qui avait cessé de lui payer tribut, et fit tuer en chemin le seigneur des Mongas, ami de Matuzvianye. Les Mongas se soulevèrent, tuèrent le fils aîné de Gatsi et le blessèrent. Battu aussi au Barue, il revint au fort de Madeira à Inyabanzo, s’y reposa trois mois, puis gagna Chidima, sur la route de Chicova.
Gatsi envoya un nouveau Ningomoxa, le deuxième personnage du royaume, camper près du fort portugais de Masapa pour le protéger des rebelles de Quizinga. Il y resta six mois. Aucune kuruva ne vint, et les marchands achetaient de l’or sans payer à Gatsi ses droits ; il ordonna donc une empata : les marchandises portugaises furent saisies dans tout le royaume, et les marchands qui résistèrent furent tués.
Pendant que Gatsi était au Barue, Matuzvianye s’empara de tout le Mukaranga et poussa jusqu’à Inyabanzo, tout près de Tete. En 1609, les Portugais et l’armée de Gatsi le battirent en rase campagne et reprirent la ville royale ; son attaque de nuit contre elle échoua. Chassé des monts Matarira, il fut poignardé à mort par un ami que Gatsi avait acheté.
Madeira chassa d’Inyabanzo les hommes de Matuzvianye avec cinquante hommes armés de fusils et quatre mille combattants de Tete, et y bâtit un fort. En juin 1609, Pereira le nomma capitaine général de l’armée de campagne : avec plus de cent hommes armés de fusils, il conduisit Gatsi à Chicova, où le seigneur du lieu livra trois petites barres d’argent et disparut, puis rétablit Gatsi par les armes dans sa ville royale.
Archevêque de Goa et gouverneur par intérim de l’Inde portugaise, Frei Aleixo de Menezes reçut l’ordre royal de 1608 d’envoyer cinq cents hommes pour l’argent de Chicova. Il ne put les lever. Il nomma Nuno Álvares Pereira capitaine général de la conquête et lui donna une centaine de soldats.
Pereira atteignit les Rivières en mars 1609. Il envoya trente soldats garder Gatsi à Chidima et, en juin, mit Madeira à la tête de l’armée de campagne, avec le présent du vice-roi pour Gatsi. Une fois Gatsi rentré dans sa ville royale, ses envoyés descendirent à Sena pour remettre les mines d’argent, mais Pereira reçut l’ordre de partir pour l’Inde avant de pouvoir en prendre possession.
Rui Lourenço de Távora, vice-roi de l’Inde à partir de 1609, confia la conquête des mines à Estêvão de Ataíde par un contrat qui lui promettait de grands honneurs en cas de succès. Le roi jugea plus tard que Távora n’avait pas le pouvoir de les promettre et ordonna l’annulation du contrat.
Ataíde, ancien capitaine de Mozambique, reçut à Sena les envoyés de Gatsi : ils venaient remettre les mines et recevoir en retour la kuruva. Il ne paya rien. Quand Gatsi lui offrit plus tard Chicova en paix contre la kuruva, Ataíde renvoya les envoyés sans réponse et parla de guerre. Appelé en 1612 à défendre Mozambique contre les Hollandais, rappelé en 1613, il mourut à Mozambique.
Diogo Carvalho bâtit un fort de bois à Masapa avec cinquante soldats et promit à Gatsi des étoffes pour les mines, qu’il n’envoya jamais. Quand l’empata frappa, il conclut un pacte secret avec les rebelles de Quizinga et, à l’aube, tomba sur le camp de Ningomoxa, qui le gardait depuis six mois. Puis il abandonna Masapa et se replia sur Tete, laissant le pays en armes contre les Portugais.
Muzura régnait sur les Maravi, au nord du Zambèze ; selon les rapports portugais, il avait autrefois dirigé les travailleurs de la plantation d’un colon et était un chasseur réputé. En 1608, les Portugais recrutèrent quelque quatre mille de ses guerriers pour la guerre dans le royaume de Gatsi et, en retour, l’aidèrent contre ses rivaux maravi, faisant de lui le plus puissant de leurs souverains.
Gatsi avait retrouvé son royaume et la couronne détenait son acte de donation, mais ses capitaines refusaient de verser la kuruva dont dépendait sa bonne volonté.
Chargé de la conquête sans aucuns fonds, Madeira prit des étoffes dans les magasins du capitaine de Mozambique pour payer ses hommes et partit de Sena le 10 août 1613. Chombe lui barra le fleuve. Cette guerre gagnée, Gatsi lui offrit Chicova contre des étoffes. Madeira en paya pour quatre mille cruzados, atteignit Chicova le 8 mai 1614 et y bâtit le fort São Miguel.
Quand Madeira descendit à Tete le 24 juin 1614, Diogo Teixeira Barroso resta à São Miguel avec quarante-quatre soldats portugais. Il accueillit le fils fugitif de Gatsi et, sur la parole de celui-ci, garda dans les fers Cherema, le seigneur de Chicova. Il abattit aussi d’un coup de feu le fils d’un seigneur voisin, Inhamocucura, à la suite d’une querelle dans un champ de millet. Le 18 mars 1615, sa garnison repoussa l’armée de Gatsi.
Dom Diogo, le fils cadet de Gatsi, resta dans la maison de Madeira après que son frère eut été ramené chez lui. Il parlait, lisait et écrivait le portugais et servait la messe au fort. À Chicova, il raconta à un frère avoir vu apporter à son père des barres d’argent de la montagne de Nobiry, en amont, dans le Beza, d’où le Mutapa tirait son propre argent.
Gaspar Bocarro, vieux colon des Rivières et ami de Madeira, prêta deux mille cruzados pour faire tenir le fort et proposa de porter son argent au roi par voie de terre, en évitant Mozambique, où les ennemis de Madeira auraient pu le saisir. Il quitta Tete en mars 1616, traversa le pays de Muzura et atteignit Kilwa en cinquante-trois jours. La guerre en Perse l’arrêta à Mombasa, et il revint par mer.
Sans ravitaillement, la garnison vivait de tamarins roulés dans la cendre. Quand le juge remonta le fleuve avec cent cinquante hommes armés de fusils, Madeira, craignant d’être arrêté, passa au fort de Santo António, sur l’autre rive, et le juge fit demi-tour. Le 17 août 1616, les derniers soldats quittèrent São Miguel, et les gens de Gatsi le brûlèrent. Déclaré hors la loi, Madeira se réfugia chez Quitambo, près de Sena.
En 1614, Gatsi envoya son neveu Inhaxangue, un grand seigneur, mettre Madeira en possession de Chicova. En chemin, il défendit les droits du Mutapa face au chef de Chidima. À Chicova, il déclara au seigneur du lieu, devant tous, que la terre appartenait désormais au roi de Portugal et que ses mines devaient être montrées. Le seigneur se cacha et ne revint jamais.
Dom Filipe, baptisé à Tete, avait été rappelé par son père et retenu des années auprès de lui en habit shona ; Gatsi fit mettre à mort les serviteurs qui l’avaient accompagné lors d’une évasion. En 1614, il atteignit São Miguel en moins de trois jours. Là, il convoqua Cherema en prétendant apporter les ordres de son père, lui reprocha de cacher les mines et le fit détenir jusqu’à ce qu’il les montre.
Gatsi ne voulait pas que l’argent soit trouvé : ses devins l’avertissaient qu’il causerait la perte de son royaume. La fuite de son fils, l’emprisonnement du seigneur de Chicova et le meurtre du fils d’un voisin le tournèrent contre le fort, et en mars 1615 son armée de Botonga du fleuve l’attaqua ; après l’échec, il désavoua l’attaque. En 1616, le juge Fonseca Pinto lui dit que Madeira était un rebelle, et Gatsi lui fit de nouveau la guerre.
Chombe, chef puissant sur le fleuve entre Sena et Tete, devait à Sena une redevance annuelle en millet. Poussé par des colons de Sena qui affirmaient que Madeira n’avait aucune autorité, il la refusa, garda les esclaves fugitifs de Sena et de Tete, tenta de saisir les embarcations de Madeira et exigea un péage pour passer. Il avait cent cinquante fusils et deux canons, achetés à des marchands portugais.
Quitambo, chef puissant et ami des Portugais, amena ses combattants au siège de la palissade de Chombe, aux côtés des hommes de Sena menés par le chef Samacanqua. Au bout de deux mois et demi, elle tomba le 17 novembre 1613 et Chombe s’enfuit ; Madeira accorda à Quitambo la palissade et la terre contre la redevance que Chombe avait refusée. En 1616, Quitambo abrita Madeira mis hors la loi.
Cherema, un estropié qui avait apporté à Gatsi un morceau d’argent de Chicova, fut envoyé par Gatsi montrer les mines, et Madeira le fit seigneur de Chicova. Il ne déterra que quelques morceaux et prétendit que les esprits lui montraient l’argent en rêve. Madeira le fit battre et emprisonner. Détenu de nouveau sur la parole de Dom Filipe, il conduisit en avril 1615 les soldats, ligoté, jusqu’à un minerai riche.
En 1616, Muzura reçut Gaspar Bocarro dans sa ville, Maravi, pendant quinze jours, accepta ses présents d’étoffes et son lit, lui donna de l’ivoire et des vivres, et envoya devant lui des guides porteurs de sa parole aux chefs de la route de Kilwa, dont certains lui obéissaient. Le journal de Bocarro est le premier récit écrit du royaume maravi.
Le vice-roi envoya le juge Francisco da Fonseca Pinto avec des étoffes et des provisions pour ravitailler Chicova et vérifier l’argent. Il atteignit Quelimane en mai 1616. Selon les amis de Madeira, il vendit plutôt les marchandises contre de l’or, saisit les terres de Madeira, mit son neveu aux fers, razzia ses esclaves, interdit à quiconque de ravitailler le fort et dit à Gatsi que Madeira était un rebelle. Puis il déclara que l’argent était une fable.
Frei Francisco do Avelar, dominicain à Tete, avait baptisé le fils cadet de Gatsi sous le nom de Dom Diogo. En juillet 1615, il partit avec trois morceaux de minerai de Chicova et les déclarations sous serment des soldats, par Mozambique et Goa, pour Lisbonne et Madrid, où l’argent enchanta le roi et sa cour.
Frei João dos Santos, vieux dominicain de ces Rivières et auteur de l’Ethiópia Oriental, répondit à l’appel de la garnison, qui réclamait un prêtre : treize soldats étaient morts sans les sacrements. Il atteignit São Miguel à la fin de janvier 1616, partagea sa famine et, en août, dépouilla son autel quand on l’abandonna. Ce qu’il raconta à António Bocarro est la source de la chronique pour ces années.
Le fort prouva qu’il y avait de l’argent à Chicova mais ne trouva aucune mine, et le juge de la couronne elle-même le fit tomber.
L’envoyé et le vassal
- 8✠L’envoyé tué — 17 nov. 1628 · guerre aux Portugais
- 9⚔Batailles près de Masapa — déc. 1628 – mai 1629 · Kapararidze en déroute
- 10✒Le traité de vassalité — 24 mai 1629 · mines, missions, commerce
- 11◆Mavura baptisé Filipe — v. 1630 · par Luís do Espírito Santo
En bref
Gatsi garda son royaume et son argent. Il mourut en 1623 ou 1624, et son fils Nyambo Kapararidze monta sur le trône. La coutume donnait la royauté à une autre branche de la maison royale, et son aîné, Mavura, l’oncle de Kapararidze, la lui disputa. En 1627, Nuno Álvares Pereira, qui avait jadis aidé Gatsi à rentrer chez lui, était de nouveau capitaine de Mozambique. Il choisit Jerónimo de Barros, un colon de Tete, pour porter la kuruva dans l’intérieur. Le 17 novembre 1628, Kapararidze fit tuer Barros et toute sa suite, et ordonna que tous les Portugais de son pays8 soient tués et dépouillés. Depuis Sena, un frère dominicain, Luís do Espírito Santo, leva les colons et leurs combattants africains et les mena en remontant le fleuve jusque sur le plateau. Près de Masapa, ils battirent l’armée de Kapararidze,9 en décembre puis de nouveau en mai 1629, et Luís fit roi Mavura. Le 24 mai 1629, Mavura devint vassal du roi de Portugal :10 il ouvrit ses mines, admit les frères et promit d’expulser les marchands musulmans. Pereira posta à sa cour trente soldats portugais armés de mousquets. Moins d’un an plus tard, Luís l’avait baptisé sous le nom de Filipe.11
La chaîne, période par période
L’argent arrivé à Madrid fit naître un nouveau plan. Pereira, qui commandait alors à Ceylan, fut nommé gouverneur et conquérant des rivières de Cuama et du Monomotapa, avec des mineurs et des fonds promis par Lisbonne. Il atteignit le Zambèze en 1619 et envoya des émissaires à Gatsi, qui renouvela sa donation des mines.
Cristóvão Tirado, un mineur castillan, accompagna Pereira à Chicova pour faire du minerai épars une mine en exploitation. Les querelles et la maigreur des résultats mirent fin à la recherche, et aucune mine ne fut trouvée. En 1622, le roi ordonna le rappel de Pereira et l’abandon de la conquête : le capitaine de Mozambique devait regagner le Mutapa par les présents coutumiers.
Lisbonne condamna la procédure du juge et ordonna que Madeira soit rétabli. En 1618, il leva des hommes pour une nouvelle marche sur Chicova, avant que la nomination de Pereira ne le supplante. Le roi ne cessait de lui promettre un titre de noblesse et une commanderie s’il trouvait les mines, mais en 1624 le vice-roi se retourna contre lui à cause de propositions qu’il avait faites et projeta de l’arrêter.
Avec l’aide des Portugais, Muzura vainquit en 1622 le Lundu, le souverain maravi du bas Shire, et devint la puissance incontestée au nord du Zambèze. Une fois Gatsi mort, il se retourna contre ses anciens alliés : il envahit le sud, attaqua Sena et Tete, et fut repoussé.
Gatsi mourut en 1623 ou 1624, maître de son royaume, sans qu’aucune mine portugaise y fût en activité. Pendant ses guerres, le Barue et le Manyika avaient sans doute cessé de reconnaître le Mutapa pour suzerain. Sa mort ouvrit au sein de la maison royale une querelle de succession.
Deux expéditions de la couronne avaient échoué à trouver l’argent, et la puissance maravi que les Portugais avaient armée attaquait leurs villes.
Nyambo Kapararidze, fils de Gatsi, monta sur le trône en 1623 ou 1624, écartant la maison de Negomo, dont l’aîné, son oncle Mavura, le revendiquait selon la coutume. Il était hostile aux Portugais et jaloux de Mavura, que les frères favorisaient. En novembre 1628, peu après avoir reçu la kuruva, il fit tuer l’envoyé qui l’avait apportée et ordonna que tous les Portugais de son pays soient tués et dépouillés.
Parmi les prisonniers de la guerre de 1628–1629 se trouvait un enfant royal, envoyé à Goa et baptisé sous le nom de Dom Miguel. Les dominicains le disaient frère de Kapararidze, les services du vice-roi, un fils de roi ; sa parenté reste incertaine. Élevé par les frères, il entra dans leur ordre selon des récits dominicains postérieurs et mourut vicaire d’un couvent de Goa.
Mavura, fils aîné de l’ancien Mutapa Negomo, était l’oncle de Kapararidze et, selon la coutume qui faisait passer le trône d’une maison à l’autre, l’héritier légitime. Instruit par le dominicain Manuel Sardinha, il penchait vers la foi des frères. Quand Kapararidze se retourna contre les Portugais en 1628, il se réfugia auprès d’eux aux foires, et leur armée, sur le conseil des frères, le proclama Mutapa.
Jerónimo de Barros, colon marié de Tete, porta la kuruva à la cour de Kapararidze en novembre 1628, comme envoyé du capitaine de Mozambique, Nuno Álvares Pereira. Le 17 novembre, Kapararidze le fit tuer avec toute sa suite.
André Ferreira, capitaine des portes, l’officier portugais attaché à la cour royale, fut averti par des serviteurs de l’ordre de tuer les Portugais. Il s’enfuit la nuit même à Masapa, remit en état sa vieille palissade et prévint les marchands dans tout le pays. Les chrétiens et leurs gens, Mavura parmi eux, se rassemblèrent à Masapa et à Luanze et tinrent tête à l’armée royale.
L’armée montée de Sena et de Tete choisit Manuel Gomes Serrão pour capitaine-major. Sous ses ordres, elle battit Kapararidze, puis repoussa deux contre-attaques. Le 24 mai 1629, Serrão lut le traité de vassalité à Mavura devant l’armée assemblée et le signa avec les frères et les autres capitaines. En 1631, le roi recommanda sa conduite à Mavura.
Mavura se déclara, lui et ses descendants, vassal du roi de Portugal. Il ouvrit son pays aux frères et aux marchands, permit aux Portugais de chercher et de creuser des mines, d’argent surtout, promit d’expulser les marchands musulmans dans un délai d’un an, renonça aux terres de Tete et s’engagea à envoyer de l’or à chaque nouveau capitaine de Mozambique. Trente soldats portugais armés de mousquets furent postés à sa cour.
Frei Manuel Sardinha, dominicain, instruisit Mavura dans la foi avant son arrivée au pouvoir et resta à ses côtés comme conseiller pendant tout son règne. Par lui, les frères firent du prétendant de la maison de Negomo leur candidat au trône.
Frei Luís do Espírito Santo, vicaire de Tete, né à Mozambique, leva les colons de Sena et leurs combattants africains et les fit monter au secours des foires. Après les batailles de décembre 1628 et de mai 1629, il mit Mavura en possession du royaume, écrivit le nom de Mavura au bas du traité et, quelque huit mois plus tard, le baptisa sous le nom de Filipe.
Pereira fut capitaine de Mozambique pour la troisième fois à partir de 1627. Il envoya Barros porter la kuruva en 1628. Après la victoire, ses hommes gardèrent prisonnier un enfant royal, que Pereira remit au nouveau vice-roi quand celui-ci fit escale à Mozambique en route vers Goa.
Miguel de Noronha, comte de Linhares, vice-roi de l’Inde à partir de 1629, jugea malséant de garder un fils de roi comme serviteur. À Goa, il confia l’enfant aux dominicains pour qu’ils l’éduquent, paya lui-même son entretien et le présenta au roi comme prisonnier de la couronne.
En faisant tuer un envoyé, Kapararidze donna aux Portugais leur guerre : au milieu de 1629, le Mutapa était un vassal qu’ils avaient choisi et qu’ils gardaient désormais.
Le retour du roi déposé
- 12⚔Le camp portugais anéanti — 1631 · quelque 400 Portugais tués
- 13♜Quelimane assiégée — 1631 · des guerriers maravi
- 14†Le roi du Manyika tué — 1632 · le Chikanga, par Meneses
- 15⚔Kapararidze en déroute — juin 1632 · le jour de la Saint-Jean
En bref
Kapararidze avait été battu, non pris. En 1631, soutenu par les marchands musulmans et par des chefs pleins de ressentiment, il revint. Son armée mit en déroute la troupe qui tenait le Mukaranga pour Mavura, tuant quelque quatre cents Portugais12 et des milliers de leurs soldats africains. Les survivants s’enfermèrent dans Tete et Sena. Les hommes de Kapararidze s’emparèrent du frère qui avait fait Mavura roi. Luís do Espírito Santo refusa de s’incliner devant Kapararidze et fut mis à mort ; un autre dominicain fut tué lui aussi. Sur la côte, des guerriers maravi assiégèrent Quelimane.13 Les secours vinrent de Mozambique. Son nouveau capitaine, Diogo de Sousa de Meneses, débarqua à Quelimane avec deux cents hommes armés de mousquets et brisa le siège. Il remonta le fleuve, incendia la ville du roi du Manyika et le fit tuer,14 puis se lança contre Kapararidze avec douze mille soldats africains. En juin 1632, il le trouva sur le champ même de sa victoire et le mit en déroute.15 Kapararidze s’enfuit au nord, au-delà du Zambèze. Mavura était de nouveau roi.
La chaîne, période par période
Battu mais jamais pris, Kapararidze rallia des chefs et les marchands musulmans que le traité menaçait d’expulsion. À la fin de 1631, il surprit le camp qui tenait le Mukaranga pour Mavura, tuant quelque quatre cents Portugais et des milliers de leurs soldats africains. Le roi du Manyika se déclara pour lui. Les Portugais ne gardèrent que Sena, Tete et quelques foires.
Mis en déroute le jour de la Saint-Jean 1632, Kapararidze perdit ses bagages, ses femmes et son bétail, et s’enfuit au nord, au-delà du Zambèze. Il ne fut jamais capturé, et pendant vingt ans la menace de son retour pesa sur la cour de Mavura.
Fait prisonnier pendant le soulèvement, Luís fut conduit devant Kapararidze et sommé de faire la prosternation coutumière. Il refusa, disant qu’un tel hommage n’était dû qu’à Dieu, et fut attaché à un arbre et tué à coups de lance.
Frei João da Trindade, dominicain pris avec Luís et grièvement blessé, fut torturé et jeté dans un précipice. Kapararidze se montra particulièrement cruel envers les frères qui avaient fait roi son rival.
Selon la chronique dominicaine, Manuel Sardinha rassembla quelque vingt mille combattants, pour la plupart issus de peuples du Zambèze hostiles aux Karanga, et rejoignit l’armée du capitaine contre Kapararidze ; un autre frère, Damião do Espírito Santo, en amena six mille de plus. Les frères la menèrent comme une guerre sainte : si Kapararidze l’emportait, c’en était fini de leur mission.
En 1631, des guerriers maravi menés par un fils de Muzura assiégèrent Quelimane, le poste portugais de l’embouchure nord du Zambèze. L’attaque survint dans les mêmes mois que le soulèvement de Kapararidze, mais les documents ne montrent pas qu’ils aient agi selon un plan commun. Les secours venus de Mozambique brisèrent le siège.
Diogo de Sousa de Meneses, capitaine de Mozambique depuis dix mois, fit voile vers les Rivières avec deux cents arquebusiers, brisa le siège de Quelimane, incendia la ville du roi du Manyika, le fit tuer et mit un vassal à sa place. Avec trois cents hommes armés de fusils et douze mille soldats africains, il mit Kapararidze en déroute le jour de la Saint-Jean, en juin 1632, sur le champ de la victoire de Kapararidze.
Linhares, ennemi mortel de Meneses selon ce dernier, fit retirer la capitainerie à Meneses par le juge en chef Paulo Rebello, en invoquant les plaintes des colons mariés de Mozambique, que Meneses avait contraints à partir en guerre. Quand Meneses vint protester à Goa, il fut emprisonné un an et demi. En 1636, le roi ordonna une enquête.
En avril 1631, le roi écrivit à Mavura, désormais baptisé Filipe, et lui envoya l’habit de l’ordre du Christ et une licence pour le commerce des étoffes. Quelques mois plus tard, l’attaque surprise de Kapararidze lui coûta le Mukaranga. La victoire de Meneses le lui rendit en 1632, et il régna dès lors avec une garnison portugaise dans sa capitale pour le défendre.
Le soulèvement fut écrasé par les armes portugaises, et le capitaine qui l’avait écrasé fut ruiné par son propre vice-roi.
Un roi sous bonne garde
- 16◆Une garde portugaise à la cour — années 1630–1650 · des soldats armés de mousquets
- 17◆Point de mine d’argent — 1633–1636 · la dernière recherche
- 18◆Les premiers prazos — à partir de 1634 · domaines de la couronne autour de Tete
En bref
Mavura régna encore vingt ans, vassal d’un roi lointain. Des soldats portugais gardaient sa cour,16 et le dominicain qui l’avait instruit, Manuel Sardinha, se tenait à ses côtés comme conseiller. La couronne cessa de lui verser la kuruva : ses capitaines, statua le roi, ne pouvaient payer tribut à son propre vassal. Elle envoya plutôt des mineurs. En 1633, une nouvelle équipe fouilla Chicova17 sans trouver de mine qui valût la dépense, et en 1637 la couronne avait renoncé à sa conquête de l’argent. Les colons restèrent. À partir de 1634, les terres autour de Tete furent réparties en prazos,18 des domaines affermés par la couronne. Leurs détenteurs entretenaient des armées privées de dépendants africains et razziaient les villages du Mutapa pour en tirer du bétail et des captifs. Au-delà du Zambèze, le roi déposé courait toujours, et sa menace pesa sur la cour pendant vingt ans. Le 25 mai 1652, Mavura mourut.
La chaîne, période par période
En 1633 et 1634, Linhares envoya au roi des échantillons de métaux du pays du Mutapa, du Manyika, du Kiteve et de Chicova. En février 1635, le roi répondit par un grand projet : des forts aux embouchures des fleuves, des soldats et des familles de colons venus du Portugal, et un gouverneur des mines. Peu de tout cela arriva jamais.
Andrés de Vides y Albarado, un Castillan, arriva sur le Zambèze en 1633 à la tête d’une équipe de mineurs envoyée pour trouver enfin l’argent. Il écrivit au roi, avec rapports et échantillons, mais les recherches à Chicova furent brèves et vaines, et l’entreprise prit fin avec la mort des mineurs.
Filipe Mascarenhas, qui avait reçu la capitainerie de Meneses, se vit imputer le coût des mineurs envoyés aux Rivières et protesta que cette dépense ne figurait pas dans son contrat, qui l’obligeait déjà à verser quarante mille pardaos par an. Trouvant la charge trop lourde, il y renonça au bout d’un an. Il fut plus tard vice-roi de l’Inde.
Pero da Silva, vice-roi à partir de décembre 1635, envoya au roi en 1637 et 1638 les résultats des essais des mines faits devant le surintendant des Rivières, Francisco Figueira de Almeida. En février 1640, le roi conclut que le meilleur moyen d’avoir de l’or était d’échanger des étoffes avec les orpailleurs africains, et que l’on ne savait rien de certain sur l’argent : l’entreprise devait attendre des temps meilleurs.
Trente soldats portugais accompagnaient Mavura partout où il allait. Au lieu de la kuruva, la couronne lui envoyait désormais un cadeau de même valeur, comme il convenait à un vassal, et il perdit le droit de taxer les marchands. Il conservait pourtant les institutions karanga et une grande part de son autorité, et concédait des terres aux Portugais sous forme de prazos.
Après la guerre, les dominicains se répandirent sur le plateau : des frères vivaient aux foires, une église fut commencée à la résidence de Mavura, et ils possédaient des terres sur les Rivières avec leurs dîmes, que le roi confirma en 1638 tout en leur refusant tout droit sur les mines. En 1635, leur vicaire général annonçait qu’ils avaient baptisé l’empereur et ses frères.
En 1640, la couronne avait renoncé à chercher l’argent ; ce qu’elle gardait sur le plateau, c’était un roi vassal, avec les marchands et les frères qui l’entouraient.
À partir de 1634, les terres autour de Tete et de Sena furent affermées aux colons sous forme de prazos, des domaines de la couronne. Autour de Sena seulement, quelque trente mille personnes y vivaient. Leurs détenteurs gouvernaient les villages comme des chefs, entretenaient des armées privées de dépendants africains et razziaient les vassaux du Mutapa pour en tirer du bétail et des esclaves.
Sisnando Dias Baião, colon de Sena, aida le souverain du Kiteve dans une guerre, et en 1644 le Kiteve lui avait concédé la chefferie de Gobira, appelée plus tard Cheringoma, qui étendait les terres de Sena jusqu’à Sofala. La même année, l’armée d’un détenteur de prazo rétablit le souverain exilé du Butua, loin au sud-ouest : les détenteurs de prazos menaient désormais leurs propres guerres.
Júlio Moniz da Silva, capitaine de Mozambique, écrivit au roi en 1645 sur l’état des Rivières et le manque d’obéissance des colons. Le vice-roi répondit que ce qui manquait avant tout aux Rivières, c’étaient davantage de colons, et en 1649 le roi ordonna d’en envoyer davantage.
En 1649, un mémoire et une lettre de soumission de Mavura parvinrent au roi à Lisbonne. Le roi demanda à son vice-roi, Filipe Mascarenhas, de veiller à la sécurité de Mavura, car, chrétien, il craignait ses propres vassaux. Au-delà du Zambèze, Kapararidze était toujours en vie. Mavura mourut le 25 mai 1652.
Sardinha resta aux côtés de Mavura ; Siti rappela plus tard que son père avait gouverné avec l’aide du frère. Les dominicains élevèrent aussi Siti, le fils de Mavura, qui vécut loin de la cour, comme l’exigeait la coutume royale, jusqu’à la mort de son père.
Mavura conservait son trône grâce aux fusils portugais, tandis que les colons protégés par ces fusils se faisaient les seigneurs du fleuve.
Dom Domingos
- 19◆Dambarare en alerte — mai–juin 1652
- 20◆Siti baptisé Dom Domingos — 4 août 1652 · avec sa reine et ses nobles
- 21✒Sous la protection du Portugal — 14 août 1652 · la lettre de Siti
En bref
L’héritier de Mavura était son fils, Siti Kazurukumusapa, élevé par les dominicains et vivant, comme l’exigeait la coutume royale, loin de la cour. Des frères lui apportèrent la nouvelle. Craignant un soulèvement du vieux prétendant, Siti fit mettre en alerte les Portugais de Dambarare19 avant de se mettre en route. Son précepteur, le dominicain João de Melo, se rendit à Dambarare pour régler ses affaires, puis le rejoignit à la cour. Le 4 août 1652, jour de la fête de saint Dominique, Siti se rendit en procession à l’église des frères avec ses nobles et les soldats de la garnison, et João de Melo le baptisa sous le nom de Dom Domingos,20 avec sa reine. Dix jours plus tard, Siti scella une lettre21 priant le roi de Portugal, son frère, de garder le royaume sous sa protection. On ignore combien de temps Siti régna : selon une lecture des documents, il mourut dans les trois ans ; selon une autre, il régna jusqu’en 1663. En 1600, le Mutapa avait mis ses mines en gage contre les armes portugaises et gardé son royaume. En 1660, ses successeurs régnaient en vassaux du Portugal, gardés par ses soldats, tandis que ses colons tenaient les terres du fleuve.
La chaîne, période par période
Siti Kazurukumusapa, fils de Mavura, avait été hostile aux Portugais sous le règne de son père, mais il craignait un soulèvement de Kapararidze et fit mettre en alerte les Portugais de Dambarare avant de venir à la cour. Le 4 août 1652, il fut baptisé sous le nom de Dom Domingos ; dix jours plus tard, il scella une lettre plaçant son royaume sous la protection du roi de Portugal.
L’épouse principale de Siti fut baptisée avec lui le 4 août 1652 et prit le nom de Dona Luísa ; deux de leurs fils et de nombreux dignitaires karanga furent baptisés le même jour. Son nom shona n’a pas été conservé.
La durée du règne de Siti est discutée. Selon Rodrigues, il mourut en 1654 et les Portugais installèrent un successeur que leurs rapports ne nomment pas, probablement Cikate, baptisé Dom João ; selon Mudenge, il mourut en 1655 et son oncle lui succéda ; selon Beach, il régna jusqu’en 1663. En 1655, le roi reçut à Lisbonne des lettres d’un Mutapa chrétien qui sollicitait sa faveur.
Frei João de Melo, le précepteur dominicain de Siti, régla ses affaires à Dambarare et le rejoignit à la cour le 1er juillet 1652. Le jour de la fête de saint Dominique, il baptisa le roi et sa maison devant les nobles et les soldats de la garnison ; la nouvelle fut célébrée à Rome et à Lisbonne.
Vers 1659, un détenteur de prazo conquit le Barue, le royaume situé entre Sena et le Manyika. Le capitaine de Sena, qui ne voulait pas laisser un seul détenteur de prazo devenir si puissant, soutint le souverain du Barue, le makombe, et le conquérant se retira bientôt. L’armée privée d’un colon pouvait désormais prendre un royaume, et il fallait un capitaine de la couronne pour le lui faire rendre.
En 1660, les rois du Mutapa étaient des vassaux baptisés sous la garde de soldats portugais, et le pouvoir sur le fleuve appartenait aux détenteurs de prazos.
Qui est qui
Les rois du Mutapa
Les prétendants rebelles
Marchands et colons du Zambèze
Les officiers de la couronne portugaise
Les frères dominicains
Autres
Chronologie
- 1◆Les foires de l’or — Masapa · un commerce soumis à l’accord du Mutapa 1600–1609
- 2⚑La rébellion contre Gatsi — à partir de 1597 · des chefs en armes 1600–1609
- 3✒L’argent de Chicova — 1607 · cédé contre les armes portugaises 1600–1609
- 4♛Gatsi rétabli — v. 1609 · par les armes portugaises 1600–1609
- 5◆Les foires fermées — v. 1610 · les marchandises portugaises saisies 1609–1616
- 6⌂Le fort São Miguel — 1614 · le fort de l’argent de Madeira 1609–1616
- 7♜São Miguel incendié — août 1616 · abandonné, puis brûlé 1609–1616
- 8✠L’envoyé tué — 17 nov. 1628 · guerre aux Portugais 1623–1629
- 9⚔Batailles près de Masapa — déc. 1628 – mai 1629 · Kapararidze en déroute 1623–1629
- 10✒Le traité de vassalité — 24 mai 1629 · mines, missions, commerce 1623–1629
- 11◆Mavura baptisé Filipe — v. 1630 · par Luís do Espírito Santo 1623–1629
- 12⚔Le camp portugais anéanti — 1631 · quelque 400 Portugais tués 1631–1632
- 13♜Quelimane assiégée — 1631 · des guerriers maravi 1631–1632
- 14†Le roi du Manyika tué — 1632 · le Chikanga, par Meneses 1631–1632
- 15⚔Kapararidze en déroute — juin 1632 · le jour de la Saint-Jean 1631–1632
- 16◆Une garde portugaise à la cour — années 1630–1650 · des soldats armés de mousquets 1632–1652
- 17◆Point de mine d’argent — 1633–1636 · la dernière recherche 1632–1652
- 18◆Les premiers prazos — à partir de 1634 · domaines de la couronne autour de Tete 1632–1652
- 19◆Dambarare en alerte — mai–juin 1652 1652–1660
- 20◆Siti baptisé Dom Domingos — 4 août 1652 · avec sa reine et ses nobles 1652–1660
- 21✒Sous la protection du Portugal — 14 août 1652 · la lettre de Siti 1652–1660
Sources
- Rapport du gouverneur général Diogo da Cunha de Castelbranco sur les mines d’argent de Chicova, 7 févr. 1619 (Madeira, Pereira, Ataíde, le fort São Miguel, Fonseca Pinto), dans G. M. Theal, Records of South-Eastern Africa, vol. 4, p. 147–162 — source
- Lettre de Diogo de Sousa de Meneses au roi, 17 févr. 1635 (la victoire de Kapararidze en 1631, la délivrance de Quelimane, le Manyika, la bataille de juin), Theal, Records, vol. 4, p. 277–280 — source
- Pedro Barreto de Rezende, revu par António Bocarro (1635) : la kuruva, Jerónimo de Barros, la vassalité de Mavura, la garde à sa cour ; la lettre de frère Luís do Espírito Santo de 1630 et les Avis de Goa de 1630, Theal, Records, vol. 2, p. 414–429 — source
- Témoignage de Siti lui-même sur son baptême sous le nom de Dom Domingos, scellé le 14 août 1652, Theal, Records, vol. 2, p. 445–448 — source
- E. Rodrigues, « Chicova », Encyclopedia of Portuguese Expansion (la donation de 1607, le fort de 1614–1616, les recherches de 1633–1637) — source
- E. Rodrigues, biographies des souverains du Munhumutapa, The Routledge History of Monarchy, ressources en ligne (Gatsi Rusere, Kapararidze, Mavhura, Siti) — source
- Mutapa Empire — Wikipedia (d’après S. I. G. Mudenge, A Political History of Munhumutapa, 1988, et D. N. Beach) : la succession, les clauses de 1629, les prazos de 1634, le débat sur le règne de Siti — source
- Portuguese–Mutapa conflicts — Wikipedia (d’après M. Newitt, A History of Mozambique, 1995 ; P. Denis, The Dominican Friars in Southern Africa, 2016 ; I. Pikirayi, The Zimbabwe Culture, 2002) — source
- Estêvão de Ataíde — Wikipedia (le contrat de 1609, le tribut retenu, le rappel) — source
- The decline of the Mutapa state c.1623 — Zimbabwe Field Guide (d’après Mudenge et Axelson) — source
Chaque affirmation du texte a été vérifiée dans les sources ci-dessus. Frontières : historical-basemaps (A. Ourednik, GPL-3.0), l’état de c.1600, simplifié — schématique, les bons États à peu près aux bons endroits. Territoires ayant changé de mains : provinces modernes (Natural Earth) ou états plus tardifs tenant lieu des frontières historiques. Terres, lacs et fleuves : Natural Earth. Portraits : crédités ci-dessous avec auteur, licence et source.
Portraits
- Comte de Linhares — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Filipe Mascarenhas — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Pero da Silva — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Aleixo de Menezes — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Rui Lourenço de Távora — Unknown authorUnknown author · Public domain — Commons
- Mavura — Later depiction by Nicolas de Larmessin I, c.1655–1680; identified as Mavura Mhande Felipe by Mireille Mosler. · Public domain — source
- Siti Kazurukumusapa — Siti (Dom Domingos) in the baptism of 4 August 1652, engraving by Coenraed Lauwers after Erasmus Quellinus II, 1660; Leiden University Library PK-P-131.342. · Public domain — source
- Dona Luísa — Dona Luísa (Ludovica in the inscription), queen in the baptism of 4 August 1652, engraving by Coenraed Lauwers after Erasmus Quellinus II, 1660; Leiden University Library PK-P-131.342. · Public domain — source
- Gatsi Rusere — Later imagined depiction of Gatsi Rusere by Cedric Herbert, Zimbabwe 12c stamp, issued 18 September 1985 for the National Archives 50th anniversary (SG 681); reproduced in the Philatelic Bureau bulletin extract, pp. 1–3. · Copyright status not stated — source
- Matuzvianye — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
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- Nyambo Kapararidze — imagined likeness, generated in the manner of sober naturalistic painted portrait in period dress (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
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