L’Empire ottoman, 1600–1660
Comment un empire dont les soldats faisaient et défaisaient les sultans en vint-il, en 1660, à être gouverné par un seul grand vizir ?
▶ Voir l’atlas commenté (narration en anglais) · 13 minLes territoires en 1660, aux couleurs de qui les tenait. Hachuré : les territoires qui ont changé de mains entre 1600 et 1660.
Dans chaque période ci-dessous, les événements numérotés de la carte renvoient à la liste qui la suit et aux repères du texte ; rien ne bouge.
Les périodes
- ILa forteresse et le prince1600–1603
- IIDeux fronts1603–1606
- IIILe Puisatier1606–1612
- IVUn oncle et un neveu1617–1621
- VMeurtre à Yedikule1622–1623
- VIBagdad et la Crimée1623–1624
- VIILe sultan prend les rênes1625–1632
- VIIILa main du sultan1632–1635
- IXBagdad reprise1638–1640
- XIbrahim et la guerre de Crète1640–1648
- XIDeux sultanes validés1648–1656
- XIILes conditions du grand vizir1656–1660
La forteresse et le prince
- 1♜Kanizsa prise — oct. 1600 · après six semaines de siège
- 2♜Kanizsa tient — oct.–nov. 1601 · le siège des Habsbourg levé
- Kanizsa, une nouvelle province → Le gouvernement du sultan
En bref
En 1600, le sultan ottoman était Mehmed III, et sa guerre contre les Habsbourg pour la Hongrie entrait dans sa huitième année. Qui voulait une charge passait d’abord par sa mère, Safiye, qui avait rempli la cour de ses créatures. Le grand vizir, Damat İbrahim, était son gendre : il avait épousé la sœur du sultan. En octobre 1600, son armée prit Kanizsa, la forteresse des Habsbourg qui couvrait la Styrie,1 et en fit le siège d’une nouvelle province. Un an plus tard, une armée impériale assiégea la ville2 et renonça en novembre ; İbrahim était mort l’été précédent. Au palais, les soldats tournaient les yeux vers le fils aîné encore en vie de Mehmed, Mahmud, un prince qui suppliait qu’on lui confie des armées. En 1603, la mère du prince demanda à un devin combien de temps régnerait son époux. La réponse fut interceptée : Mehmed mourrait dans les six mois, et Mahmud prendrait sa place. Poussé par Safiye, Mehmed fit étrangler son fils en juin. En décembre, Mehmed lui-même était mort.
La chaîne, période par période
Mehmed III régnait depuis 1595, et la guerre contre les Habsbourg pour la Hongrie, commencée en 1593, dévorait les hommes et l’argent. On altéra la monnaie pour la financer. À Istanbul, la cavalerie du palais, payée en mauvaise monnaie, s’en prit à ceux qui se tenaient entre elle et le sultan.
La mère de Mehmed, Safiye, la sultane validé, avait rempli la cour de ses créatures et dirigeait une maison d’agents qui géraient son argent, ses présents et ses lettres aux cours étrangères. Qui voulait une charge passait par son entourage, dont les membres devinrent ainsi la cible des soldats.
Esperanza Malchi, une femme d’affaires juive, était la kira de Safiye : elle faisait les achats du harem, maniait son argent et portait les lettres de la validé, jusqu’à Élisabeth Ire d’Angleterre. Quand la cavalerie se souleva au printemps 1600 contre une solde en monnaie altérée, elle exigea sa tête, et le 1er avril elle fut tuée avec son fils aîné.
Gazanfer Ağa, un eunuque d’origine vénitienne qui gardait la porte des appartements privés du sultan, s’était fait l’allié de Safiye. En janvier 1603, les troupes du palais se soulevèrent contre son entourage, et Gazanfer fut décapité à la troisième porte du palais sous les yeux de Mehmed.
Sunullah Efendi, le grand mufti, avait déjà été mis à la retraite une fois après une querelle avec le grand vizir Yemişçi Hasan. Rétabli en janvier 1603, il donna aux cavaliers révoltés une fatwa pour la mort du grand vizir.
Yemişçi Hasan, grand vizir depuis la mort de Damat İbrahim en 1601, se réfugia chez les janissaires, qui massacrèrent les cavaliers révoltés en février 1603 ; il fit destituer Sunullah. Ses exécutions et une nouvelle taxe sur le commerce lui firent des ennemis, et en octobre Mehmed le fit étrangler.
Le fils aîné encore en vie de Mehmed, Mahmud, était populaire chez les janissaires et suppliait qu’on lui confie l’armée. En 1603, la question que sa mère avait posée à un devin fut interceptée : Mehmed mourrait dans les six mois, et Mahmud lui succéderait. Poussé par Safiye, Mehmed fit étrangler son fils le 7 juin ; en décembre, Mehmed lui-même était mort.
Damat İbrahim, grand vizir et époux de la sœur du sultan, commandait sur le front de Hongrie. En octobre 1600, après six semaines de siège, il prit Kanizsa, la forteresse qui couvrait la Styrie, et en fit le siège d’une nouvelle province. Il mourut à Belgrade en juillet 1601.
L’archiduc Ferdinand, souverain de l’Autriche intérieure et futur empereur Ferdinand II, assiégea Kanizsa avec une grande armée impériale en septembre 1601. La faim, le froid et une garnison qui refusait de céder usèrent son camp, et en novembre une sortie le mit en déroute ; il abandonna ses canons.
Tiryaki Hasan, qu’İbrahim avait laissé à Kanizsa, la tint avec peut-être 9 000 hommes, semant de fausses rumeurs chez les assiégeants et cachant ses canons jusqu’à la sortie finale. Il fut récompensé par le gouvernement de la Bosnie, puis de Bude, et mena plus tard les vétérans des Balkans contre les rebelles de l’intérieur.
Karayazıcı, « le scribe noir », ancien cavalier et gouverneur adjoint, rassembla quelque 20 000 mousquetaires mercenaires dans l’est de l’Anatolie ; un chroniqueur dit qu’il se faisait appeler Halim Chah. Acheté par des gouvernements de province en 1600, il retourna au pillage. Mis en déroute près d’Elbistan en août 1601, il mourut peu après dans les monts Canik.
Son frère Deli Hasan prit la tête des bandes, assiégea et tua le gouverneur de Bagdad à Tokat, incendia Kütahya et leva tribut sur Ankara. Faute de pouvoir le vaincre, Yemişçi Hasan l’acheta : en 1603, il fut fait gouverneur de Bosnie et mena 10 000 hommes à la guerre de Hongrie. Il fut plus tard exécuté à Belgrade.
Loin au sud, le lettré zaydite al-Qasim avait fui la Sanaa ottomane et s’était proclamé imam dans les hautes terres du Nord en 1597. Au bord de la défaite en 1604, il se releva quand le seigneur de Hajja le rejoignit, et en 1607 le gouverneur du Yémen reconnut son emprise sur le Nord.
Payer la guerre de Hongrie dressa les soldats contre les favoris du palais, et l’État se mit à acheter les rebelles qu’il ne pouvait pas vaincre.
Deux fronts
- 3♜Tabriz reprise — 21 oct. 1603 · victoire safavide
- 4⚔Sufiyan — 1605 · victoire safavide
- 5⚑La révolte de Canbuladoğlu — 1606–1607 · Alep et la Syrie du Nord
- 6♜Esztergom reprise — 1605 · sur les Habsbourg
- 7♛Une couronne pour Bocskai — nov. 1605 · le présent du grand vizir au prince rebelle
- 8✒Paix de Zsitvatorok — 11 nov. 1606 · fin de la Longue Guerre
- Esztergom reprise → Le gouvernement du sultan
En bref
Le trône passa à son fils de treize ans, Ahmed Ier. Rompant avec la coutume, Ahmed laissa vivre son unique frère, un petit garçon. Sa grand-mère Safiye, il l’envoya au Vieux Palais. En octobre, le chah Abbas de Perse avait repris Tabriz,3 cédée aux Ottomans en 1590, et il prit ensuite Erevan. Ahmed envoya un vétéran, Cığalazade Sinan, né à Messine d’une famille génoise, les reconquérir. Près de Tabriz, en 1605, le chah mit son armée en déroute.4 Pendant la retraite, Cığalazade fit exécuter le gouverneur d’Alep pour être arrivé en retard. Le neveu du gouverneur, Canbuladoğlu Ali, se souleva pour le venger et se rendit maître de la Syrie du Nord.5 À l’ouest, le grand vizir, Lala Mehmed, reprit Esztergom6 aux Habsbourg et envoya une couronne à un rebelle hongrois7 qui se battait contre eux. En novembre 1606, la Longue Guerre prit fin à Zsitvatorok.8 L’empereur cessa de payer son tribut annuel, et pour la première fois le sultan le traita en égal.
La chaîne, période par période
Ahmed Ier monta sur le trône en décembre 1603, à treize ans. Rompant avec la coutume, il laissa vivre son unique frère, le petit Mustafa, et envoya sa grand-mère Safiye au Vieux Palais. Il hérita de la guerre de Hongrie, et de celle de Perse, qui venait de commencer.
La mère d’Ahmed, Handan, une favorite de Mehmed III née en Bosnie, gouverna à ses côtés avec son précepteur ; elle fut la première validé à agir en régente. Elle chassa les protégés de Safiye et promut les siens ; grâce à son appui, le jeune jardinier Derviş devint chef des jardiniers du palais en 1604. Elle mourut en novembre 1605.
Derviş, le compagnon favori du sultan, devint amiral et vizir en 1605. Il pressa Ahmed d’envoyer le grand vizir Lala Mehmed contre la Perse ; menacé, Lala fut frappé d’apoplexie et mourut en juin 1606, et Derviş prit son sceau. En décembre, des rumeurs de complot contre le sultan parvinrent à Ahmed, qui le fit étrangler.
Lala Mehmed, un Bosniaque de la famille Sokollu et un vétéran du front de Hongrie, devint grand vizir en juillet 1604. En octobre 1605, il reprit Esztergom, la forteresse qu’il avait été contraint de rendre dix ans plus tôt, et soutint la révolte hongroise contre l’empereur.
İbrahim Peçevî, né à Pécs d’une mère de la famille Sokollu, s’était attaché tout jeune à son parent Lala Mehmed et se trouvait avec lui dans Esztergom pendant le siège de 1595. Il fit carrière dans les finances ; l’histoire qu’il écrivit après sa retraite, en 1641, est l’une des principales sources sur ces décennies.
Étienne Bocskai, un magnat hongrois protestant, se souleva contre l’empereur Rodolphe en 1604 avec les soldats haïdouks et fut élu prince de Transylvanie en février 1605. En novembre, il rencontra Lala Mehmed à Pest et accepta la couronne que lui envoyait le sultan, mais non comme celle d’un roi. En juin 1606, il fit sa propre paix à Vienne.
L’empereur Rodolphe II avait commencé la Longue Guerre en 1593. La Hongrie en révolte et son Trésor épuisé, sa famille l’obligea à confier les affaires hongroises à son frère Matthias, qui traita avec Bocskai à Vienne et avec le sultan à Zsitvatorok en novembre 1606. La guerre était finie.
Le chah Abbas de Perse frappa pendant que l’armée ottomane était retenue en Hongrie. En octobre 1603, il reprit Tabriz, cédée aux Ottomans en 1590, et en juin 1604 Erevan, avant qu’une armée ottomane ait pu atteindre l’est.
Ahmed confia le commandement de l’est à Cığalazade Sinan, né à Messine dans la famille génoise des Cicala. En 1605, Abbas mit son armée en déroute près de Tabriz. Pendant la retraite, il fit exécuter le gouverneur d’Alep, Canbulad Hüseyin, pour être arrivé en retard, et mourut lui-même cet hiver-là. Le neveu du gouverneur se souleva pour le venger.
La maison d’une nouvelle validé prit le contrôle du palais, et la paix avec les Habsbourg libéra l’armée pour les rebelles de l’intérieur.
Le Puisatier
- 9⚔Oruç Ovası — 24 oct. 1607 · l’armée rebelle brisée
- 10✠Les bandes celali écrasées — 1608 · Kalenderoğlu mis en déroute dans les défilés du Taurus
- 11✒Traité de Nasuh Pacha — 20 nov. 1612 · la paix avec la Perse
- Tabriz et l’Azerbaïdjan → La Perse safavide
- Erevan → La Perse safavide
- Chirvan → La Perse safavide
- Karthli et Kakhétie → La Perse safavide
- Hamadan et le Lorestan → La Perse safavide
En bref
En décembre 1606, Ahmed fit grand vizir Kuyucu Murad, un soldat septuagénaire qui venait de conclure la paix avec les Habsbourg. Celui-ci se retourna contre les rebelles de l’intérieur. En 1607, il fit mine de marcher contre la Perse, puis obliqua vers le sud par les défilés du Taurus. Canbuladoğlu Ali l’affronta dans la plaine d’Oruç Ovası,9 et son armée fut brisée. L’allié d’Ali dans les montagnes du Liban, l’émir druze Fakhr al-Din, acheta son pardon avec de l’argent et un fils livré en otage ; Kuyucu l’avait fait gouverneur des années plus tôt. Puis Kuyucu pourchassa les bandes rebelles d’Anatolie et remplit des fosses communes10 des hommes qu’il faisait exécuter. De là lui vint son surnom : Kuyucu, « le Puisatier ». Il mourut en 1611 à Diyarbekir, en préparant une nouvelle campagne contre la Perse. Nasuh Pacha lui succéda et fit la paix à la place. En novembre 1612, à Istanbul, l’empire rendit11 Tabriz, Erevan, le Chirvan et la Géorgie, tout ce qu’il avait conquis sur la Perse en 1590. C’était le premier traité par lequel les Ottomans acceptaient de céder du terrain.
La chaîne, période par période
Après l’exécution de Derviş, Ahmed fit grand vizir Kuyucu Murad, un soldat de plus de soixante-dix ans qui venait d’achever la paix avec les Habsbourg. Les vétérans des Balkans de Tiryaki Hasan étant libres de servir à l’intérieur, il marcha en 1607 comme contre la Perse, puis obliqua vers le sud par le Taurus sur sa véritable cible.
Canbuladoğlu Ali s’était soulevé en 1606 pour venger son oncle, s’était rendu maître d’Alep et de la Syrie du Nord et avait signé un traité avec la Toscane. Le 24 octobre 1607, Kuyucu brisa son armée à Oruç Ovası. Gracié et envoyé gouverner Temesvár, Ali fut exécuté à Belgrade en 1610.
L’émir druze Fakhr al-Din, gouverneur de Safed, s’était joint à la révolte d’Ali et avait pillé Damas avec lui. Avant l’arrivée de Kuyucu, il lui envoya 300 000 piastres et son fils Ali en otage. Kuyucu, qui l’avait fait gouverneur pour la première fois en 1593, lui pardonna.
Kalenderoğlu Mehmed, le plus puissant des chefs rebelles d’Anatolie, accepta l’offre d’Ankara que lui faisait Kuyucu, mais les habitants lui fermèrent leurs portes, et il reprit ses razzias jusqu’à Bursa. Le 5 août 1608, Kuyucu le surprit dans un défilé du Taurus près d’Adana. Il s’enfuit en Perse, où les détachements de Kuyucu le traquèrent.
Ayn Ali, intendant du Trésor, reçut de Kuyucu l’ordre de consigner l’état des provinces de l’empire, de leurs fiefs et de leurs soldats tel qu’il figurait dans les registres. En 1607, il présenta au grand vizir son Kavânîn-i Âl-i Osmân, qui recensait chaque province et chaque district avec son revenu et les cavaliers qu’il devait.
Kuyucu mourut à Diyarbekir en août 1611, alors qu’il s’apprêtait à marcher sur la Perse. Son successeur, Nasuh Pacha, fit la paix à la place : en novembre 1612, l’empire rendit tout ce qu’il avait conquis sur la Perse en 1590, en échange d’un tribut annuel en soie. Fakhr al-Din avait perdu son protecteur à Istanbul.
Gazi II Giray, khan de Crimée depuis 1588, avait mené ses cavaliers dans la guerre de Hongrie, hiverné avec eux à Pécs, où Peçevî fut de sa compagnie, et servi d’intermédiaire avec l’empereur. Il était aussi poète en quatre langues. Il mourut de la peste en novembre 1607.
Le fils de Gazi, Toktamış, dix-huit ans, fut acclamé khan comme son père l’avait souhaité. Les factions d’Istanbul se divisèrent à son sujet, et le sultan nomma à sa place son oncle Selamet. Toktamış s’enfuit vers Istanbul et fut rattrapé en chemin par le nouveau lieutenant de Selamet, Mehmed Giray, qui le tua en 1608.
Selamet Giray, le dernier fils encore en vie de Devlet Ier Giray, avait rejoint les rebelles d’Anatolie et passé sept ans à Yedikule. Libéré et fait khan en 1608, il chassa ses neveux Mehmed et Şahin quand ils complotèrent contre lui en 1609, adopta son beau-fils Canibek et mourut en 1610.
Canibek Giray n’était pas fils de khan, mais Selamet l’avait adopté. Quand Mehmed et Şahin s’emparèrent du trône à la mort de Selamet, en 1610, des janissaires débarqués des galères ottomanes installèrent Canibek, et les deux frères s’enfuirent dans la steppe pour razzier avec les Nogaïs du Boudjak.
Ses deux frontières apaisées, le gouvernement brisa les grandes armées rebelles et garda la Crimée en choisissant ses khans.
Nasuh se méfiait de Fakhr al-Din, qui s’était allié à la Toscane et avait mis garnison dans ses forteresses. En 1613, il envoya contre lui Hafız Ahmed, gouverneur de Damas, avec des janissaires et les troupes d’une soixantaine de gouverneurs. Hafız bloqua les routes de montagne et le port de Sidon, et les alliés de l’émir passèrent de son côté.
Fakhr al-Din soudoya un officier du blocus et fit voile vers Livourne, où il arriva en novembre 1613. Il passa cinq ans d’exil en Toscane et en Sicile. Après la chute de Nasuh, il fut gracié, et en septembre 1618 il débarqua à Acre et entreprit de reconstruire son pouvoir.
Cosme II de Médicis, grand-duc de Toscane et protecteur de Galilée, avait signé une alliance avec Fakhr al-Din en 1608. Surpris par son arrivée, il le logea à Livourne et à Florence mais refusa d’envoyer une armée, et négocia son pardon avec Nasuh.
À Tunis, Youssef Dey, un soldat de Tripoli formé par Othman Dey, lui succéda en 1610 et épousa sa fille. Il commandait la milice des janissaires et la flotte corsaire et bâtit la première mosquée de style ottoman de la ville, laissant les campagnes au bey.
Mourad Bey, né en Corse et enlevé enfant par des corsaires, s’éleva dans la maison de Ramdane Bey. À la mort de Ramdane, en 1613, Youssef Dey lui confia le commandement des colonnes qui levaient l’impôt dans l’intérieur. Mourad obtint d’Istanbul le titre de pacha et le droit pour son fils de lui succéder.
İskender Pacha, ancien intendant de Tiryaki Hasan, devint gouverneur de Kanizsa en 1612. En 1613, l’exilé transylvain Gabriel Bethlen vint à Istanbul et, par son intermédiaire, porta plainte contre le prince Gabriel Báthory auprès de Nasuh. À l’automne, İskender mena ses troupes en Transylvanie, avec des Tatars et des Valaques.
Báthory s’enfuit et fut assassiné ; İskender proclama Bethlen prince, et la diète l’entérina en octobre 1613. Par une charte de 1614, Bethlen promit un tribut et la paix avec les autres vassaux du sultan. Il allait s’appuyer sur les Ottomans pour combattre les Habsbourg pendant la guerre de Trente Ans.
Aziz Mahmud Hüdayi, un ancien juge devenu maître soufi à Üsküdar, fonda l’ordre Celveti. Ahmed Ier le prit pour cheikh, et il dirigea la première prière du vendredi dans la nouvelle mosquée du sultan. Les vizirs fréquentaient son couvent ; Halil Pacha était son disciple.
Halil Pacha, une recrue du palais née arménienne, avait été le bras droit de Kuyucu contre les rebelles avant d’être fait amiral. Il avait cherché une alliance hollandaise contre l’Espagne, en écrivant à La Haye en 1610, et quand l’envoyé hollandais arriva à Istanbul en mars 1612, Halil fut parmi les vizirs qui le reçurent.
Cornelis Haga, premier envoyé des Provinces-Unies, fut reçu par Ahmed Ier en 1612 et obtint des capitulations : les Hollandais pouvaient commercer dans l’empire sous leur propre pavillon et leur propre juridiction, avec des exemptions de taxes et des consuls dans les principaux ports. Il resta jusqu’en 1639.
Kösem, la favorite d’Ahmed, lui donna plusieurs fils, dont Mourad en 1612. Ses filles furent mariées aux grands de l’empire : en 1612, la petite Gevherhan à Öküz Mehmed, le gouverneur d’Égypte qui allait devenir grand vizir.
Öküz Mehmed avait écrasé une révolte de soldats en Égypte avant d’entrer par mariage dans la dynastie. Quand Ahmed fit exécuter Nasuh en octobre 1614, il devint grand vizir et fut envoyé contre la Perse. En 1616, il assiégea Erevan sans artillerie lourde et échoua ; en novembre, Ahmed le destitua et donna le sceau à Halil.
Mustafa Safi, qui avait prêché le premier sermon du vendredi dans Kanizsa conquise en 1600, fut recommandé par Hafız Ahmed pour traduire un poème persan à l’intention d’Ahmed Ier. Satisfait, Ahmed en fit son imam en 1608 et lui commanda une histoire de son règne, le Zübdetü’t-tevârîh. Safi mourut en 1616.
Les protecteurs faisaient les fortunes : la méfiance d’un grand vizir exila un émir, le parrainage d’un pacha fit un prince, et le disciple d’un soufi accueillit les Hollandais.
Un oncle et un neveu
- 12⚔Cecora — sept.–oct. 1620 · victoire ottomane et tatare
- 13†Un prince étranglé — janv. 1621 · le fils aîné de Kösem
- 14♜Khotyn — sept.–oct. 1621 · le camp tient
En bref
La favorite d’Ahmed au harem était Kösem, mère de plusieurs de ses fils. Quand Ahmed mourut en novembre 1617, à vingt-sept ans, son fils aîné, Osman, en avait treize, et pour la première fois le trône alla non à un fils mais à un frère : Mustafa, l’enfant qu’Ahmed avait épargné. Moins de trois mois plus tard, le chef des eunuques noirs le fit déclarer inapte et déposer. Osman II prit sa place, bien décidé à gouverner. En 1620, ses commandants anéantirent une armée polonaise à Cecora, en Moldavie,12 et tuèrent le hetman qui la menait. En 1621, Osman conduisit lui-même toute l’armée vers le nord, après avoir fait étrangler son demi-frère, le fils aîné de Kösem.13 À Khotyn, sur le Dniestr, le hetman lituanien Jan Karol Chodkiewicz se retrancha. Pendant un mois, les assauts d’Osman se brisèrent sur son camp.14 Chodkiewicz mourut dans la forteresse, mais son armée tint bon, et Osman rentra avec une trêve au lieu d’une victoire.
La chaîne, période par période
Quand Ahmed mourut en novembre 1617, le trône alla pour la première fois à un frère : Mustafa, l’enfant qu’Ahmed avait épargné, désormais adulte mais instable. Moins de trois mois plus tard, le chef des eunuques noirs le fit déclarer inapte, et en février 1618 il fut déposé.
La mère de Mustafa, une favorite de Mehmed III née en Abkhazie et connue sous le nom de Halime, fut validé pendant ces trois mois ; son fils aîné, Mahmud, avait été étranglé en 1603. Renvoyée au Vieux Palais à la chute de Mustafa, elle garda ses alliés, dont son gendre Kara Davud, et attendit.
Hocazade Esad, fils du grand mufti Sadeddin, était grand mufti depuis 1615 et contribua à faire puis à défaire Mustafa. Osman ne lui pardonna jamais son rôle dans l’avènement de son oncle, ne lui laissa que le soin de rendre des fatwas et confia les nominations des docteurs de la loi à son propre précepteur. Esad refusa aussi une fatwa pour la mort de Mehmed, le frère d’Osman.
Osman II, quatorze ans, monta sur le trône en février 1618, bien décidé à gouverner. Il fit la paix avec la Perse à Serav, fit étrangler son frère Mehmed en janvier 1621 sans l’aval du mufti et se mit en tête une guerre contre la Pologne, pour gagner le prestige que ses aînés avaient perdu.
Ömer Efendi, précepteur d’Osman depuis son enfance, devint son plus proche conseiller et reçut la nomination des juges et des professeurs, qui revenait au grand mufti. Il resta aux côtés d’Osman jusqu’à la fin et fut tué dans le soulèvement de 1622.
Güzelce Ali, amiral et favori d’Osman, marié à une fille de Mehmed III, remplaça Öküz Mehmed comme grand vizir en décembre 1619 et pressa pour la guerre contre la Pologne. Il mourut en mars 1621, avant le départ de l’armée ; la rumeur voulut qu’Osman l’ait étranglé de ses propres mains.
Halil, grand vizir depuis novembre 1616, conduisit l’armée vers l’est. En 1618, il entra dans Tabriz, qu’Abbas avait vidée, mais tomba dans une embuscade sur la route d’Ardabil. La paix de Serav, en septembre, renouvela le traité de 1612, et en janvier 1619 Osman le destitua ; il se retira dans le couvent de Hüdayi.
Gaspard Graziani, un linguiste dalmate qui avait servi le sultan comme drogman tout en espionnant pour les Habsbourg, acheta le trône de Moldavie en 1619. En 1620, il ouvrit des pourparlers avec la Pologne ; quand le sultan envoya un officier le destituer, il fit massacrer l’homme et sa suite et appela les Polonais.
Stanisław Żółkiewski, grand hetman de la Couronne, entra en Moldavie en septembre 1620 avec une petite armée. İskender Pacha le battit à Cecora ; la retraite fut taillée en pièces, Żółkiewski fut tué, et Graziani fut assassiné par ses propres boyards, qui craignaient la vengeance du sultan.
Khan Temir, seigneur des Nogaïs du Boudjak, entre le Danube et le Dniestr, harcela la retraite polonaise et refusa d’être livré en otage. Il combattit de nouveau à Khotyn en 1621, et pour ses services le sultan le fit gouverneur de Silistra, une puissance frontalière que les khans de Crimée ne pouvaient commander.
En septembre 1621, Osman mena toute l’armée vers le nord contre le camp polonais de Khotyn, sur le Dniestr, où le hetman lituanien Chodkiewicz s’était retranché. Pendant un mois, les assauts se brisèrent sur ses lignes. Chodkiewicz mourut dans le camp le 24 septembre, mais son armée tint bon.
Petro Sahaïdatchny, hetman des Cosaques zaporogues, dont les barques razziaient depuis des années les côtes de la mer Noire, amena une armée cosaque de 25 000 à 40 000 hommes combattre aux côtés des Polonais à Khotyn. Le siège fut levé le 9 octobre sur une trêve, non sur une victoire. Il mourut au printemps suivant.
Au Yémen, al-Qasim avait obtenu en 1619 une trêve qui confirmait son emprise sur les hautes terres entre Sanaa et Saada. À sa mort, en février 1620, les zaydites reconnurent pour imam son fils Muhammad, al-Mu’ayyad ; pour l’heure, il respecta la trêve.
Osman revint de Khotyn sans la victoire dont il avait besoin, et en rejeta la faute sur les soldats.
Meurtre à Yedikule
- 15⚑Le soulèvement des soldats — 18–19 mai 1622
- 16†Osman II tué — 20 mai 1622 · le premier régicide
- 17⚑La révolte d’Abaza — 1622–1628 · contre les janissaires
En bref
Osman rejeta la faute sur les janissaires. Il fit fermer leurs cafés et, en mai 1622, laissa savoir qu’il passerait en Asie pour aller en pèlerinage à La Mecque, ce qu’aucun sultan n’avait fait, et qu’il comptait, disait-on, y lever une nouvelle armée. Les janissaires et la cavalerie du palais se soulevèrent15 et forcèrent le palais. Osman leur livra son grand vizir, et ils le tuèrent. Cela ne sauva pas Osman. Ils tirèrent Mustafa de ses appartements et le replacèrent sur le trône. Le nouveau grand vizir était Kara Davud, époux de la sœur de Mustafa. Le 20 mai, les soldats emmenèrent Osman à la forteresse de Yedikule, et les hommes de Davud l’y étranglèrent. C’était le premier régicide16 de l’histoire ottomane. À l’est, le gouverneur d’Erzurum, Abaza Mehmed, jura de le venger et se mit à tuer les janissaires17 de sa province. Davud fut exécuté huit mois plus tard, et en septembre 1623 l’oncle fut déposé une seconde fois. Le trône passa à Mourad IV, âgé de onze ans. Sa mère, Kösem, allait gouverner en son nom.
La chaîne, période par période
Rentré de Khotyn, Osman rejeta la faute sur les janissaires et fit fermer leurs cafés. En mai 1622, il s’obstina à partir en pèlerinage à La Mecque, ce qu’aucun sultan n’avait fait, malgré la fatwa d’Esad selon laquelle un souverain devait rendre la justice plutôt que voyager ; on disait qu’il voulait lever une nouvelle armée en Anatolie.
Dilaver Pacha, fait grand vizir au camp de Khotyn, avait poussé à la paix et s’opposait au pèlerinage. Le 18 mai, ses hommes tirèrent sur des soldats venus à sa maison ; le lendemain, les rebelles exigèrent sa tête. Il se cacha dans le couvent de Hüdayi, mais Osman le livra, et il fut mis en pièces.
Les rebelles tirèrent Mustafa de ses appartements et le replacèrent sur le trône, et sa mère revint du Vieux Palais comme validé ; les janissaires la consultèrent sur les nouvelles nominations.
Kara Davud, époux de la sœur de Mustafa, devint grand vizir. Le 20 mai, il fit conduire Osman à Yedikule et étrangler, premier régicide de l’histoire ottomane. Quand les provinces se soulevèrent pour venger le sultan mort, il servit de bouc émissaire et fut exécuté en janvier 1623.
Zekeriyazade Yahya, fils de mufti et le plus fin poète lyrique parmi les docteurs de la loi, devint grand mufti quand Esad démissionna, refusant même d’assister aux funérailles de son gendre assassiné. En 1623, Yahya siégea au conseil qui déposa Mustafa une seconde fois.
Kemankeş Ali, grand vizir à partir d’août 1623, réunit le mufti, les docteurs de la loi et les dignitaires, et persuada Halime de renoncer à son fils ; Mustafa fut déposé en septembre. Ali accusa ensuite Yahya de comploter le retour de l’oncle et le fit destituer. Il fut exécuté en 1624 pour avoir caché la perte de Bagdad.
Mourad IV, fils de Kösem, devint sultan en septembre 1623, à onze ans. Sa mère gouverna en son nom, par des grands vizirs qui s’élevaient et tombaient au gré de la faveur des soldats.
Abaza Mehmed, gouverneur d’Erzurum, jura de venger Osman, tua les janissaires de sa province et marcha vers l’ouest, prenant Sivas et assiégeant Ankara. Pendant six ans, il fit d’Erzurum une capitale rebelle.
Les soldats avaient tué un sultan, et les hommes qui s’étaient servis d’eux ne purent tenir le gouvernement qu’ils avaient fait.
Bagdad et la Crimée
- 18♜Bagdad tombe — 14 janv. 1624 · conquête safavide
- 19⚔Karasubazar — août 1624 · victoire de l’armée criméo-cosaque
- Bagdad et l’Irak central → La Perse safavide
En bref
La première épreuve de la régence vint de Bagdad. Un officier janissaire, Bekir le subaşı, s’était emparé de la ville et voulait en être fait pacha. Quand le gouverneur de Diyarbekir marcha contre lui, Bekir se tourna vers le chah Abbas. Abbas assiégea la ville, et en janvier 1624 le propre fils de Bekir lui ouvrit la citadelle.18 Bagdad, ottomane depuis quatre-vingt-dix ans, redevint persane, et la plus grande partie de l’Irak avec elle. Au printemps, Istanbul tenta de renverser le khan de Crimée, Mehmed Giray, pour rappeler son rival. Le frère et lieutenant de Mehmed, Şahin Giray, refusa de céder et arma des Cosaques zaporogues contre les hommes du sultan. L’amiral Topal Recep Pacha débarqua des janissaires à Caffa et marcha vers l’intérieur. Près de Karasubazar,19 les mousquetaires cosaques et les cavaliers tatars mirent son armée en déroute. Recep se sauva en reconnaissant Mehmed comme khan, et Istanbul le confirma. Le sultan ne pouvait même plus choisir le khan de son vassal.
La chaîne, période par période
Bekir, un subaşı des janissaires, tenait Bagdad depuis 1621 et voulait en être le pacha. Quand Hafız Ahmed, gouverneur de Diyarbekir, marcha contre lui, Bekir appela la Perse à l’aide, et son envoyé alla trouver le chah Abbas en personne. Hafız lui offrit alors le gouvernement de la ville, trop tard.
Abbas vint assiéger la ville. Le fils de Bekir, Muhammad, qui tenait la citadelle, l’ouvrit aux Persans le 14 janvier 1624. Bagdad, ottomane depuis 1534, redevint persane, et la plus grande partie de l’Irak avec elle.
Hafız Ahmed devint grand vizir en février 1625 et épousa Ayşe, la fille de Kösem. Il assiégea Bagdad pendant quelque huit mois, jusqu’à ce qu’Abbas vienne la secourir, abandonna en juillet 1626 et perdit le sceau en décembre.
Çerkez Mehmed, grand vizir après l’exécution de Kemankeş Ali en 1624, marcha contre Abaza et le battit au pont du Karasu, près de Kayseri, en septembre ; Abaza se replia sur Erzurum. Alors qu’il s’apprêtait à marcher sur Bagdad, Çerkez mourut dans ses quartiers d’hiver de Tokat en janvier 1625.
Mehmed Giray, le prince qui avait tué Toktamış et combattu Canibek pendant des années, fut tiré de son exil à Rhodes et fait khan en 1623 par un grand vizir qui était son ami. En 1624, Istanbul décida de rappeler Canibek, et Mehmed refusa de partir.
Son frère et lieutenant, Şahin Giray, arma des Cosaques zaporogues contre les hommes du sultan. Après la victoire, les deux frères signèrent le premier traité connu entre les khans et l’Armée zaporogue.
L’amiral Topal Recep débarqua des janissaires à Caffa avec Canibek en mai 1624 et marcha vers l’intérieur. Près de Karasubazar, en août, les mousquetaires cosaques et les cavaliers tatars mirent son armée en déroute. Il se sauva en reconnaissant Mehmed comme khan, et Istanbul le confirma.
Emir Çelebi, médecin-chef du grand hôpital du Caire, avait embarqué sur la flotte de Recep comme son médecin personnel et l’avait suivi à Istanbul, où il devint premier médecin du palais. Pour Recep, il écrivit l’Enmûzecü’t-tıb, où il soutenait que les médecins devaient éprouver les vieux livres à la lumière de ce qu’ils observaient.
Nefʿî d’Erzurum, un commis du Trésor venu à Istanbul sous Ahmed Ier, était le maître du panégyrique de cour, qu’il écrivait pour les sultans et les grands vizirs, et de la satire, qui lui fit des ennemis des ministres qu’il raillait.
Bagdad fut perdue à cause d’une querelle locale, et le sultan ne pouvait même plus choisir le khan de son vassal.
Le sultan prend les rênes
- 20♜Bagdad tient — nov. 1625 – juil. 1626 · le siège levé
- 21♜Bagdad tient encore — 1630 · échec du siège de Hüsrev
- 22⚑Révolte au palais — févr. 1632
En bref
Hafız Ahmed, le gouverneur qui avait marché contre Bekir, devint grand vizir et épousa la fille de Kösem. Il assiégea Bagdad pendant huit mois, jusqu’à ce qu’Abbas vienne la secourir, et en juillet 1626 il abandonna.20 En 1628, un nouveau grand vizir, Hüsrev Pacha, assiégea Erzurum, et Abaza Mehmed se rendit après six ans de révolte. Mourad le gracia et l’envoya gouverner la Bosnie. Abbas mourut au début de l’année suivante, mais le siège de Bagdad mené par Hüsrev échoua à son tour en 1630,21 et Mourad le destitua. Les soldats de Hüsrev le prirent mal. En février 1632, ils forcèrent l’entrée du palais,22 et Hafız Ahmed fut massacré sous les yeux du sultan. L’homme qui les avait excités, Topal Recep Pacha, gendre de Kösem, prit sa charge. En mars, Hüsrev fut traqué et tué à Tokat. En mai, Mourad fit exécuter Recep, ordonna à sa mère de se tenir à l’écart du gouvernement et commença à régner par lui-même.
La chaîne, période par période
Halil, de nouveau grand vizir à partir de décembre 1626, marcha contre son ancien protégé Abaza et assiégea Erzurum à l’automne 1627, puis se replia sur Tokat à l’approche de l’hiver. En avril 1628, Mourad le destitua.
Hüsrev Pacha, un Bosniaque qui avait mené les janissaires contre Abaza à Kayseri, devint grand vizir en avril 1628, assiégea Erzurum et reçut la reddition d’Abaza en septembre. Mourad gracia le rebelle et l’envoya gouverner la Bosnie, comme Deli Hasan l’avait été vingt-cinq ans plus tôt.
Giorgi Saakadze, le chef de guerre géorgien qui avait servi le chah Abbas avant de mener la révolte du Karthli contre lui, perdit une guerre civile en 1626 et s’enfuit à Istanbul. Il servit Mourad comme gouverneur et commandant sur le front de l’est ; en octobre 1629, Hüsrev l’accusa de trahison et le fit mettre à mort.
En 1627, Şahin Giray tua des parents de Khan Temir, et Temir offrit son épée au sultan. Au printemps 1628, il anéantit l’armée de Şahin près des bouches du Danube et poursuivit les deux frères jusqu’en Crimée, mais des Cosaques vinrent à leur secours, le battirent sur l’Alma et l’enfermèrent dans Caffa.
Les galères ottomanes atteignirent Caffa, les commandants de Mehmed passèrent à Canibek, et celui-ci était de nouveau khan à l’été 1628. Mehmed s’enfuit chez les Cosaques et fut tué en 1629 en tentant de revenir ; Şahin s’échappa.
La force et les querelles propres à la steppe firent ce qu’une flotte seule n’avait pu faire : Abaza se soumit et Istanbul eut son khan.
Abbas mourut en janvier 1629, et son petit-fils Sam Mirza lui succéda sous le nom de chah Safi. Le nouveau chah était jeune et sa cour encore mal assurée quand l’armée de Hüsrev marcha contre lui.
Zaynal Khan Shamlu, régent et commandant en chef, affronta l’avance ottomane et fut battu à Mihriban en mai 1630. Deux mois plus tard, Safi le fit tuer pour cette défaite.
Hüsrev poussa vers Hamadan, puis se retourna contre Bagdad. Son siège échoua cet automne-là, et il se replia sur Mardin ; il resta dans l’est jusqu’en 1631 sans faire de nouvelle tentative.
Kâtip Çelebi, commis aux comptes de l’armée depuis l’âge de quatorze ans, avait assisté au siège d’Erzurum contre Abaza et marché avec Hüsrev sur Bagdad et Hamadan en 1629–1630. Ces campagnes lui fournirent la matière de ses histoires et de ses géographies à venir.
De retour à Istanbul en 1628, Kâtip suivit les sermons de Kadızade Mehmed, un prédicateur de Balıkesir dont les attaques contre ce qu’il appelait les innovations attiraient les foules ; ils lui donnèrent l’envie de reprendre ses études.
Haydar Pacha gouvernait le Yémen depuis 1624. En 1626, les Ottomans exécutèrent l’un des lettrés de l’imam venu à Sanaa, et l’imam rompit la trêve : les tribus se soulevèrent, la plus grande partie de la Tihama tomba et Sanaa fut assiégée. En 1629, Haydar accepta les conditions de l’imam et, le 9 mars, remit les clés de Sanaa au fils de celui-ci.
La garnison ottomane se replia sur la côte sous la protection de l’imam. Al-Mu’ayyad Muhammad fit d’un autre de ses fils le gouverneur de Sanaa et prit Taëz la même année ; le Yémen du sultan fut réduit aux basses terres côtières.
L’offensive à l’est laissa Bagdad aux Persans, et au Yémen le gouvernement du sultan fut réduit à la côte.
Hüsrev resta dans l’est jusqu’en 1631 sans retenter Bagdad, et les plaintes contre sa dureté parvinrent à Istanbul. En octobre, Mourad le destitua et rappela les janissaires ; de Tokat, Hüsrev les encouragea à épouser sa cause à leur arrivée dans la capitale.
Hafız Ahmed, époux de la fille de Kösem, reprit le sceau. En février 1632, les troupes revenues de campagne se déchaînèrent pendant trois jours, avec une liste de dix-sept hommes dont elles voulaient la mort. Le 10 février, Hafız sortit au-devant d’elles en présence du sultan et fut poignardé à mort.
Topal Recep, l’amiral marié à une autre fille de Kösem, avait poussé les émeutiers, et Mourad lui donna le sceau le jour même. En mars, Hüsrev fut traqué et tué à Tokat ; en mai, Mourad fit étrangler Recep.
Mourad, dix-neuf ans, avait vu mourir son grand vizir devant lui. Après la mort de Recep, il ordonna à sa mère de se tenir à l’écart du gouvernement et commença à régner par lui-même, avec une sévérité que la révolte lui avait apprise.
Kösem gouvernait pour son fils depuis 1623 par l’intermédiaire de grands vizirs mariés à ses filles. Le meurtre de Hafız et l’exécution de Recep ruinèrent cet arrangement, et Mourad l’écarta du gouvernement ; elle ne reviendrait au pouvoir qu’après sa mort.
Tabanıyassı Mehmed, un Albanais qui avait gouverné l’Égypte, fut fait grand vizir le jour de la mort de Recep. Il servit le sultan plutôt que les factions et marcha avec lui sur Erevan ; destitué en février 1637 après des gains persans, il fut gracié, puis exécuté en 1639.
Ahizade Hüseyin devint grand mufti le 10 février 1632, quand les émeutiers chassèrent Yahya. Lorsque Mourad fit exécuter sans procès le juge d’İznik, il écrivit à Kösem pour lui demander de retenir son fils. Ses ennemis l’accusèrent de comploter une déposition, et en 1634 Mourad le fit étrangler : c’était le premier grand mufti mis à mort.
Koçi Bey, un courtisan de Görice, en Albanie, que Mourad consultait, disait-on, plusieurs fois par jour, lui remit en 1631 un mémoire : les désordres de l’empire venaient de l’abandon des anciennes règles, avec des charges achetées, des fiefs donnés à des étrangers et des troupes soldées pléthoriques. On aurait dit le programme de ce que Mourad fit ensuite.
Les soldats avaient tué un grand vizir de trop ; le jeune sultan reprit le gouvernement aux hommes qui s’étaient servis d’eux.
La main du sultan
- 23♜La grotte de l’émir — 1633 · enfumé et capturé
- 24✒Sanaa livrée — mars 1629 · les Ottomans se replient sur la côte
- 25◆Les dernières garnisons partent — 1635 · Zabid et Moka abandonnées
- Le Yémen, aux imams zaydites → Les rebelles au sultan
En bref
Mourad gouverna par la peur. Il interdit le tabac et les cafés et fit mettre à mort les contrevenants. En 1633, il envoya Abaza Mehmed, le rebelle qu’il avait gracié, contre la Pologne ; l’année suivante, il le fit exécuter. En 1633 encore, son gouverneur de Damas marcha contre l’émir druze Fakhr al-Din, qui s’était taillé un État de Sidon à Tripoli et courtisait les Médicis de Florence. L’émir se cacha dans une grotte des montagnes du Chouf, jusqu’à ce que des feux allumés à l’entrée23 l’en fassent sortir. Il fut emmené à Istanbul et décapité. Au Yémen seulement, la main du sultan échoua. L’imam zaydite al-Mu’ayyad Muhammad avait obtenu Sanaa par traité24 en 1629. En 1635, les dernières garnisons ottomanes abandonnèrent Zabid et Moka25 et prirent la mer. Le Yémen était perdu.
La chaîne, période par période
Yahya, chassé par les émeutiers en 1632, fut rétabli comme grand mufti après l’exécution d’Ahizade en 1634. Contre la coutume, Mourad l’emmena dans les campagnes d’Erevan et de Bagdad pour lui porter chance. Il garda la charge jusqu’à sa mort, en 1644.
Silahdar Mustafa, porte-glaive et compagnon de Mourad, usa de sa proximité avec le sultan pour placer ses hommes et intriguer contre les ministres, surtout Kemankeş, qu’il tenta de faire éloigner. Après la mort de Mourad, Kemankeş le fit nommer à Bude, puis mettre à mort.
Emir Çelebi, le premier médecin, refusa une place parmi les médecins du palais à un parent de Silahdar Mustafa, et fut dénoncé à Mourad comme mangeur d’opium. En 1638, le sultan lui fit avaler une dose mortelle pendant une partie d’échecs et fit traîner la partie jusqu’à ce qu’aucun antidote ne puisse plus rien.
Kadızade Mehmed, prédicateur à Sainte-Sophie à partir de 1631, disait aux foules que les désordres de l’empire venaient de ce qu’on s’écartait de la charia : les rites dansés des ordres soufis, le café et le tabac. Il soutint l’interdiction du tabac par Mourad.
Abdülmecid Sivasi, un cheikh halveti qui avait prêché le premier sermon dans la mosquée du sultan Ahmed, lui répondit du haut de la chaire pour défendre les ordres et leurs rites. Kadızade mourut en 1635 et Sivasi en 1639 ; leurs disciples poursuivirent la querelle.
Mourad lisait les satires de Nefʿî quand la foudre tomba près du trône ; il y vit un présage, interdit au poète la satire et l’envoya à Edirne. En janvier 1635, le vizir Bayram Pacha le fit livrer à l’officier Boynueğri Mehmed, qui l’étrangla dans le bûcher du palais.
Evliya Çelebi, fils d’un joaillier de la cour, doté d’une belle voix, fut présenté à Mourad par le porte-glaive Melek Ahmed, parent de sa mère, et admis à l’école du palais. À l’audience, il vit aux côtés du sultan le khan persan qui avait livré Erevan.
Küçük Ahmed, un général chevronné, fut fait gouverneur de Damas et vizir en 1632 avec l’ordre d’abattre Fakhr al-Din. En 1633, il marcha sur les montagnes et battit les Maan près de Hasbaya, où Ali, le fils de l’émir, fut tué.
Fakhr al-Din, maître de la côte de Sidon à Tripoli et vieil allié des Médicis, se cacha dans une grotte du Chouf jusqu’à ce que des feux allumés à l’entrée l’en fassent sortir. Küçük Ahmed l’emmena enchaîné à Istanbul, et au printemps 1635 Mourad le fit décapiter.
Au Yémen, al-Mu’ayyad Muhammad, maître de Sanaa depuis 1629, gouvernait les hautes terres par ses frères, chacun à la tête d’une province et d’une armée. En 1632, il envoya même une troupe prendre La Mecque, que des soldats venus d’Égypte repoussèrent.
Son frère al-Hasan, qui avait réprimé une révolte fiscale à Saada en 1622 et gouvernait le Nord, fut de ceux qui menèrent la guerre. En 1635, une contre-attaque ottomane menée avec des troupes fraîches fut battue, et les dernières garnisons abandonnèrent Zabid, Moka et Kamaran et prirent la mer.
À Tunis, Hammouda, le fils de Mourad Bey et d’une mère corse, lui succéda comme bey en 1631. Il fit campagne contre les tribus de l’intérieur et soumit le diwan et les janissaires à son autorité, si bien qu’en 1647 il nommait tous les officiers de Tunis.
Abaza Mehmed, le rebelle gracié, avait gouverné la Bosnie avant de commander sur le Danube. En 1633, Mourad l’envoya contre la Pologne : il franchit le Dniestr en octobre avec les Nogaïs de Khan Temir et attaqua le camp polonais près de Kamieniec.
Stanisław Koniecpolski, grand hetman de la Couronne, fait prisonnier à Cecora en 1620, tint son camp fortifié le 22 octobre 1633 et repoussa Abaza. Un traité de 1634 renouvela les conditions de Khotyn, et en août Mourad fit étrangler Abaza.
İnayet Giray, un fils de Gazi II, fut fait khan en 1635 et reçut l’ordre de mener ses cavaliers contre la Perse. Menacé par l’envoyé du sultan et privé de sa part des taxes de Caffa, il fit jurer aux Criméens de résister, s’empara de Caffa et, en janvier 1637, marcha contre les Nogaïs de Khan Temir.
Khan Temir s’enfuit à Istanbul. En juin 1637, une flotte ottomane atteignit Caffa, İnayet se rendit, et le 1er juillet les deux hommes comparurent devant Mourad : le khan fut étranglé sur-le-champ, Khan Temir dix jours plus tard, après avoir maudit les hommes du sultan pour l’exécution de son fils.
Bahadır Giray, fils de Selamet, lettré et quelque peu poète, fut placé sur le trône en juin 1637 et apprit aussitôt que les Cosaques du Don avaient pris Azov, la forteresse du sultan à l’embouchure du Don. Ses tentatives pour la reprendre remplirent son règne.
Le chah Safi, petit-fils d’Abbas, perdit Erevan quand Mourad marcha sur la ville en personne en 1635, et ses armées la reprirent l’année suivante. Mourad se tourna alors vers Bagdad, la ville perdue dans les premiers mois de son propre règne.
Tahmasp Qoli Khan, gouverneur safavide d’Erevan, rendit la forteresse à Mourad le 8 août 1635. Reçu avec honneur, il devint sunnite et pacha ottoman sous le nom d’Emirgüneoğlu Yusuf, et l’un des compagnons du sultan ; Emirgan, sur le Bosphore, porte son nom. Ibrahim le fit exécuter en 1641.
Bayram, un officier janissaire marié à la sœur de Mourad, devint grand vizir au début de 1637 et passa un an à rassembler canons et vivres pour la campagne de Bagdad. En marche avec le sultan depuis Alep, il mourut subitement près d’Urfa le 27 août 1638.
Tayyar Mehmed prit le sceau en cours de route et dirigea le siège de Bagdad. Il fut tué lors de l’assaut final, le 24 décembre 1638 ; la ville se rendit le lendemain.
Kemankeş Kara Mustafa, amiral depuis 1635, prit le sceau sous les murs de Bagdad et négocia avec les envoyés de Safi. La paix de Zuhab, en mai 1639, laissa Bagdad et l’Irak aux Ottomans et Erevan aux Persans : une frontière qui, pour l’essentiel, a tenu depuis.
La peur remit le Liban, la steppe et Bagdad sous la main du sultan ; seul le Yémen fut perdu.
Bagdad reprise
- 26♜Bagdad reprise — 25 déc. 1638 · après quarante jours
- 27✒Traité de Zuhab — 17 mai 1639 · la frontière fixée
- 28♛Avènement d’Ibrahim — févr. 1640 · le dernier de la lignée
- Bagdad et l’Irak central → Le gouvernement du sultan (rendu)
En bref
En 1638, Mourad marcha lui-même sur Bagdad. Le siège dura quarante jours. Son grand vizir fut tué lors de l’assaut final, et Mourad fit grand vizir à sa place l’amiral Kemankeş Kara Mustafa. Le jour de Noël 1638, la ville se rendit.26 Le petit-fils du chah Abbas, le chah Safi, envoya des émissaires, et en mai 1639 Kemankeş conclut la paix avec lui à Zuhab : Bagdad et l’Irak restaient ottomans,27 Erevan et le Caucase restaient persans, et la frontière qu’ils tracèrent est, à peu de chose près, celle qui sépare aujourd’hui l’Iran de ses voisins de l’ouest. Mourad rentra en triomphe. Il avait déjà fait mettre à mort trois de ses frères ; il ne restait qu’Ibrahim. En février 1640, Mourad mourut à vingt-sept ans, en voulant, disait-on, la mort d’Ibrahim aussi. Kösem s’y refusa. Ibrahim, qui avait passé sa vie à attendre le bourreau, sortit de ses appartements en dernier prince de la dynastie, et en sultan.28
Ibrahim et la guerre de Crète
- 29♜La Canée prise — 22 août 1645 · après 56 jours
- 30◆Le blocus vénitien — 1648 · les Détroits fermés
- 31⚑Ibrahim déposé — 8 août 1648
- La Crète, sauf Candie → Le gouvernement du sultan
En bref
Pendant quatre ans, Kemankeş gouverna pour le nouveau sultan. Il équilibra le budget et réduisit les soldes. En 1642, Turhan, la favorite d’Ibrahim, enlevée enfant, disait-on, lors d’un raid tatar, lui donna son premier fils. Mais Ibrahim remplit le palais de favoris, dont un guérisseur que Kösem avait fait venir pour le soigner, et ils le dressèrent contre son ministre. En janvier 1644, Ibrahim fit exécuter Kemankeş. Cette année-là, des galères maltaises s’emparèrent d’un navire de pèlerins et relâchèrent en Crète, et Ibrahim choisit la guerre contre Venise pour l’île. Sa flotte prit La Canée29 en août 1645, et en trois ans toute la Crète, sauf Candie et quelques forts, était ottomane. Puis les Vénitiens fermèrent les Dardanelles.30 Le pain se fit rare, et les impôts montèrent pour payer les fourrures et les favoris du sultan. En août 1648, les janissaires et les docteurs de la loi se soulevèrent, mirent le grand vizir en pièces31 et déposèrent Ibrahim. Kösem y consentit, et dix jours plus tard son fils fut étranglé. Le fils d’Ibrahim, Mehmed IV, âgé de six ans, devint sultan.
La chaîne, période par période
Ibrahim, le dernier prince de la dynastie, monta sur le trône en février 1640 après des années à attendre le bourreau ; trois de ses frères avaient été tués. Il garda Kemankeş, qui équilibra le budget et réduisit les soldes.
Turhan, enlevée, disait-on, lors d’un raid tatar et donnée enfant à Kösem, donna à Ibrahim son premier fils, Mehmed, en janvier 1642. La dynastie avait de nouveau un héritier.
Cinci Hüseyin, un guérisseur de Safranbolu qui passait pour commander aux djinns, fut amené par Kösem pour soigner Ibrahim. La faveur du souverain le fit juge de Galata en 1643 et grand juge d’Anatolie en 1644, au scandale des docteurs de la loi, et écarta le vieux mufti Yahya.
Les économies de Kemankeş lui firent des ennemis parmi les favoris du sultan. Ils dressèrent Ibrahim contre lui, et le 31 janvier 1644 il fut exécuté. Ses amis tombèrent avec lui ; l’architecte Kasım Ağa fut emprisonné et n’échappa à la mort que par l’intercession de Cinci.
Sultanzade Mehmed, un descendant de Rüstem, le grand vizir de Soliman, avait repris Azov en 1642 et avait été éloigné à Damas par Kemankeş, qui voyait en lui un rival. Il reçut le sceau en janvier 1644 et le garda en ne contredisant jamais le sultan.
Deli Hüseyin, de Yenişehir près de Bursa, qui avait débuté au service du bois de chauffage du Vieux Palais et combattu à Bagdad, était gouverneur d’Özi quand il fut envoyé avec Bahadır Giray reprendre Azov en 1641. L’hiver les vainquit, et Bahadır mourut sur le chemin du retour.
Le tsar Michel, dont les Cosaques du Don tenaient la forteresse, ne voulut pas risquer pour elle une guerre avec le sultan. Au printemps 1642, il leur ordonna de partir, et les troupes ottomanes et criméennes reprirent Azov.
Après la mort de Bahadır, Kemankeş soutint son frère cadet Mehmed Giray contre l’aîné, Islam, qui fut éloigné à Rhodes. Le premier règne de Mehmed vit la reprise d’Azov, mais à la chute de Kemankeş Mehmed perdit son protecteur.
Islam Giray, qui avait passé sept ans prisonnier en Pologne, dut son rappel de Rhodes à Cinci Hoca, et en juin 1644 il remplaça son frère comme khan. Un favori d’Istanbul avait fait le khan de Crimée.
Sous Ibrahim, les charges suivaient les favoris, et un changement à la cour se faisait sentir jusque sur le trône de Crimée.
Silahdar Yusuf, un converti né en Croatie, porte-glaive et gendre d’Ibrahim, mena l’expédition qu’Ibrahim envoya contre la Crète vénitienne après que des galères maltaises eurent pris un navire de pèlerins en 1644. Il prit La Canée en août 1645 après un siège d’une cinquantaine de jours ; en janvier 1646, ses rivaux persuadèrent Ibrahim de le faire exécuter.
Deli Hüseyin prit le commandement dans l’île, conquit sa moitié orientale et, en 1648, mit le siège devant Candie, la capitale vénitienne. Pendant huit ans, il tint ensemble l’armée de l’île sans la flotte ni l’argent nécessaires pour achever le siège.
Salih, un Bosniaque, second vizir, devint grand vizir en décembre 1645 à la chute de Sultanzade. En 1647, avec Kösem et le grand mufti, il complota de remplacer Ibrahim par l’un de ses fils. Le complot échoua ; Ibrahim fit étrangler Salih en septembre et chassa Kösem du harem.
Ahmed Pacha, un commis des finances qui s’était élevé sous Kemankeş, acheta le sceau, disait-on, 300 000 kuruş et fut fiancé à la fille encore au berceau d’Ibrahim. Pour payer les zibelines et l’ambre gris du sultan, il leva sur les fonctionnaires, les docteurs de la loi et les officiers janissaires un « impôt des fourrures et de l’ambre ».
Kara Murad, un officier janissaire albanais qui avait combattu à La Canée, fut l’homme autour duquel se rallièrent les chefs janissaires quand ils refusèrent l’impôt des fourrures et de l’ambre. Le 8 août 1648, ils se soulevèrent ; Ahmed fut étranglé et dépecé, et l’on se souvint de lui sous le nom de Hezarpare, « mille morceaux ».
Hoca Abdürrahim, le grand mufti qui avait comploté avec Salih, donna au soulèvement sa couverture légale, et Ibrahim fut déposé. Quand le nouveau grand vizir lui demanda si l’on pouvait tuer le sultan déposé, il répondit : s’il y a deux califes, tuez-en un. Ibrahim fut étranglé le 18 août.
Sofu Mehmed, un vieux fonctionnaire des finances et derviche mevlevi, fut le grand vizir choisi par les rebelles. Pour verser aux troupes la gratification d’avènement, il saisit la fortune de Cinci Hoca et l’envoya à Damas ; Cinci, qui le critiqua en chemin, fut exécuté. Mehmed IV, six ans, fut intronisé.
Varvar Ali, un enfant de Bosnie recruté pour le palais, qui écrivit plus tard ses mémoires, était gouverneur de Sivas quand Istanbul exigea de lui 30 000 kuruş en 1647 et ordonna que la femme d’İpşir soit envoyée au harem d’Ibrahim. Il refusa l’un et l’autre, tint à distance les officiers envoyés pour le tuer, se révolta et fit prisonnier Köprülü Mehmed, envoyé contre lui.
İpşir Mustafa, un officier abkhaze qui avait razzié la Pologne sous Abaza Mehmed et s’était élevé sous Kemankeş, reçut Sivas et le commandement contre Varvar. Le 20 mai 1648, il le vainquit et le tua, et tira Köprülü de sa prison.
Au Yémen, à la mort d’al-Mu’ayyad Muhammad en 1644, ses frères se disputèrent la succession jusqu’à ce qu’ils se soumettent à al-Mutawakkil Isma’il. Il prit Aden cette année-là, puis l’Hadramaout, et régna sur un Yémen plus grand que celui d’aucun imam avant lui.
Pour la seconde fois, un sultan fut déposé et tué, cette fois avec la bénédiction des docteurs de la loi.
Deux sultanes validés
- 32†Kösem tuée — 2–3 sept. 1651 · dans le harem
- 33⚔Les Dardanelles — 26–27 juin 1656 · victoire vénitienne
En bref
La coutume voulait que l’ancienne validé parte pour le Vieux Palais à l’avènement d’un nouveau sultan. Cette fois, les vizirs demandèrent à Kösem de rester comme régente pour son petit-fils, de préférence à sa jeune mère, Turhan. Les maisons des deux femmes devinrent des cours rivales, et les chefs janissaires se rangèrent derrière Kösem. En 1651, le bruit parvint au palais que Kösem voulait remplacer Mehmed par un frère plus jeune, dont la mère serait plus facile à mener. Dans la nuit du 2 septembre, le chef des eunuques noirs conduisit les hommes du sultan dans les appartements de Kösem.32 Ils la tirèrent d’un placard et l’étranglèrent avec un cordon de rideau. Turhan était désormais régente, mais la guerre allait toujours mal, et les grands vizirs se succédaient. En juin 1656, une flotte vénitienne anéantit la marine ottomane33 dans les Dardanelles, la pire défaite sur mer depuis Lépante, et Istanbul eut faim. En septembre, Turhan fit appeler un vieux gouverneur de province, Köprülü Mehmed. Il n’accepta le sceau qu’à ses propres conditions : les mains libres pour les nominations, et aucune audience pour ceux qui parleraient contre lui.
La chaîne, période par période
Mehmed IV avait six ans quand il monta sur le trône en août 1648. La coutume aurait envoyé sa grand-mère au Vieux Palais ; les vizirs demandèrent au contraire à Kösem de rester comme régente, de préférence à sa jeune mère, Turhan, et les chefs janissaires se rangèrent derrière elle.
Sofu fit tuer l’un des chefs janissaires et passait pour vouloir écarter Kösem ; Kara Murad l’avertit et se vit promettre le sceau. Quand les Vénitiens écrasèrent la flotte à Phocée en mai 1649, Sofu fut destitué sous ce prétexte, et en juin il fut exécuté, à plus de quatre-vingts ans.
Kara Murad devint grand vizir le 21 mai 1649 avec l’appui de Kösem. Sous la pression des autres chefs janissaires, il démissionna en août 1650 et partit gouverner Bude.
Melek Ahmed, un page abkhaze surnommé « l’ange » par Ahmed Ier et marié par décision de Kösem à Kaya, la fille de Mourad IV, reçut le sceau de la main même de Kösem en août 1650. Ses nouvelles taxes et sa mauvaise monnaie jetèrent dans la rue les marchands d’Istanbul en août 1651, et il tomba.
Bektaş Ağa menait les chefs janissaires qui gouvernaient par Kösem. En 1651, sa faction fit retirer à Abaza Hasan son commandement des Türkmen, et avec son aide Karaçelebizade devint grand mufti. Son pouvoir dura autant que celui de Kösem.
Karaçelebizade Abdülaziz, le juriste qui avait conduit par le bras le petit Mehmed jusqu’au trône, devint grand mufti en mai 1651 avec l’aide de Bektaş ; les marchands en émeute le traînèrent jusqu’au palais. Destitué le lendemain de la mort de Kösem, il fut exilé à Chios. Son histoire, le Ravzatü’l-ebrâr, rapporte ces années.
Siyavuş, un Abkhaze élevé comme trésorier d’Abaza Mehmed, fut fait grand vizir le 21 août 1651 grâce à la faveur de Turhan, contre le candidat de Kösem, et entreprit de briser les chefs janissaires.
Kösem, rapporta-t-on, voulait désormais remplacer Mehmed par son demi-frère Süleyman, dont elle jugeait la mère plus facile à mener. Meleki, l’une des propres esclaves de Kösem, révéla le projet au parti de Turhan ; elle devint la suivante préférée de Turhan.
Uzun Süleyman, le chef des eunuques noirs de Turhan, conduisit les hommes du palais dans les appartements de Kösem dans la nuit du 2 septembre 1651 ; ils la trouvèrent cachée dans un placard et l’étranglèrent. Siyavuş châtia les chefs janissaires, et Turhan gouverna comme régente.
Bahai Mehmed, petit-fils du mufti Sadeddin et poète de l’école de Yahya, devint grand mufti en juillet 1649. En 1651, les prédicateurs kadızadelis pressèrent Melek Ahmed et Bahai de leur donner des ordres contre les couvents soufis, obtinrent une fatwa et tentèrent d’incendier le couvent halveti de Demirkapı ; Bahai, ami des ordres, les protégea discrètement.
Giacomo da Riva, avec dix-neuf voiliers vénitiens, surprit la flotte ottomane dans le port de Phocée, près de Smyrne, le 12 mai 1649 et en détruisit une grande partie. La défaite donna aux hommes de Kösem le prétexte pour écarter Sofu.
Bohdan Khmelnytsky, un officier cosaque qui avait été captif à Istanbul après Cecora, se souleva contre les magnats polonais en 1648 et se tourna vers la Crimée pour obtenir de la cavalerie.
Islam Giray l’envoya, et l’infanterie cosaque et la cavalerie tatare remportèrent victoire sur victoire. En 1649, la médiation du khan aboutit au traité de Zboriv ; en juin 1651, à Berestetchko, ses Tatars quittèrent le champ de bataille en emmenant Khmelnytsky, et les Cosaques furent écrasés.
Tougaï Bey, le commandant du khan à Perekop, chevaucha avec Khmelnytsky vers ses premières victoires, à Jovti Vody et à Korsoun, en mai 1648. Il mourut en juin 1651.
Jean II Casimir, roi de Pologne depuis la fin de 1648, combattit l’alliance cosaco-tatare, dut accepter le règlement de Zboriv en 1649 et vainquit à Berestetchko en 1651 une fois le khan retiré.
La mort de Kösem mit fin au règne des chefs janissaires et laissa la régence à Turhan et à sa maison.
Tarhuncu Ahmed, un Albanais qui avait, disait-on, vendu de l’estragon, prit le sceau en juin 1652 à condition de contrôler les revenus, et dressa un état prévisionnel des recettes et des dépenses du Trésor. Ses ennemis persuadèrent Turhan que ses chiffres ne valaient rien ; le 21 mars 1653, il fut destitué et étranglé.
Kasım Ağa, l’architecte albanais qui avait failli mourir avec Kemankeş, devint intendant de la maison de Turhan en octobre 1651. Il la pressa de faire grand vizir son compatriote albanais Köprülü Mehmed ; quand le grand vizir l’apprit, Köprülü fut exilé et Kasım jeté à Yedikule. Il continua d’essayer.
Boynueğri Mehmed, plus qu’octogénaire, l’officier qui avait jadis étranglé Nefʿî, fut fait grand vizir en 1656 sur le conseil du grand mufti et des prédicateurs kadızadelis. Il ne put briser le blocus vénitien, les prix montèrent, et les prédicateurs se retournèrent contre lui.
En septembre 1656, Turhan suivit le conseil de Kasım et fit appeler Köprülü Mehmed, un Albanais de plus de soixante-dix ans qui avait gouverné la moitié de l’Anatolie. Il n’accepta le sceau qu’à ses propres conditions : les mains libres pour les nominations, et aucune audience pour ceux qui parleraient contre lui.
Abaza Hasan, un officier abkhaze chargé en 1648 des Türkmen du Yeni İl, en fut dépouillé en 1651 sur l’insistance de Bektaş. Il se révolta, pilla les caravanes et les fermes de Bektaş et fut rejoint par İpşir ; le gouvernement les acheta tous deux par des gouvernements de province.
İpşir, gouverneur d’Alep, fut nommé grand vizir en 1654 et entra dans la capitale en février 1655 avec ses partisans de province. Il fit tuer et exiler ses adversaires, se brouilla avec l’amiral Kara Murad et perdit le soutien d’Abaza Hasan. Le 8 mai, les troupes se soulevèrent à l’instigation de Kara Murad ; İpşir fut exécuté et Kara Murad prit le sceau.
Quand Islam Giray fit la paix avec la Pologne en 1653, Khmelnytsky se tourna vers Moscou, et en 1654, à Pereïaslav, les Cosaques prêtèrent serment au tsar Alexis, fils de Michel. La Moscovie et la Pologne entrèrent en guerre, et la Crimée changea de camp.
Islam Giray mourut en 1654, et son frère Mehmed revint comme khan. Il passa son second règne à combattre les Moscovites et leurs Cosaques, allié à la Pologne.
Kâtip Çelebi, commis aux comptes militaires et collectionneur de livres, avait commencé sa géographie du monde, le Cihânnümâ, en 1648. Pour se servir des atlas européens, il lui fallait le latin.
Mehmed İhlasi, un converti d’origine française, traduisit pour lui des ouvrages latins, dont l’Atlas Minor de Mercator. Par leur travail, les atlas européens entrèrent pour la première fois dans le savoir ottoman.
Üstüvani Mehmed, un prédicateur damascène établi à Istanbul, prit la tête des kadızadelis après Kadızade ; des serviteurs du palais comptaient parmi ses fidèles, et en 1651 ses hommes avaient pressé Bahai de donner la fatwa contre les couvents. Un soulèvement de soldats, en mars 1656, lui coûta ses amis à la cour.
Lorenzo Marcello, capitaine général de la mer de Venise, mena la flotte dans les Dardanelles le 26 juin 1656 et anéantit la marine ottomane, la pire défaite sur mer depuis Lépante ; il fut tué par un boulet pendant la bataille. Les Vénitiens prirent Ténédos et Lemnos et fermèrent les Détroits.
Chaque grand vizir échoua devant le même Trésor vide et le même blocus, jusqu’à ce que Turhan remette le gouvernement à Köprülü, à ses conditions.
Les conditions du grand vizir
- 34⚑Mutinerie écrasée — janv. 1657 · la cavalerie du palais
- 35†Le patriarche Parthénios III pendu — mars 1657 · pour trahison
- 36⚔Les Dardanelles — 17–19 juil. 1657 · le blocus brisé
- 37⚔Trembowla — 31 juil. 1657 · les Tatars s’emparent du camp transylvain
- 38✠Alep — 16 févr. 1659 · les pachas rebelles tués
- 39⚔Gyalu — mai 1660 · Rákóczi mortellement blessé
- 40♜Várad prise — 27 août 1660 · une nouvelle province
- Várad, une nouvelle province → Le gouvernement du sultan
En bref
Köprülü approchait les quatre-vingts ans, et il usa aussitôt de ses conditions. Il écrasa une mutinerie de la cavalerie34 dans la capitale et fit mettre à mort le patriarche orthodoxe35 pour trahison. En juillet 1657, sa flotte brisa le blocus vénitien36 des Dardanelles. Plus tôt dans l’année, le prince de Transylvanie, Georges II Rákóczi, avait envahi la Pologne contre les ordres du sultan. Les Tatars de Crimée surprirent son armée sur le chemin du retour et l’emmenèrent en esclavage.37 Köprülü le fit déposer et, en 1658, conduisit une armée en Transylvanie. Derrière lui, le gouverneur d’Alep, Abaza Hasan, souleva les pachas de l’est et réclama la tête de Köprülü. Le sultan refusa de la livrer. En février 1659, les chefs rebelles furent attirés dans Alep38 par des promesses de pardon et tués. En mai 1660, Rákóczi fut mortellement blessé à Gyalu,39 et en août les commandants de Köprülü prirent Várad40 et en firent une nouvelle province. Quatre fois depuis 1618 un sultan avait été déposé, et deux avaient été tués. En 1660, le jeune sultan chassait à Edirne, et un vieux grand vizir gouvernait l’empire.
La chaîne, période par période
Quand les kadızadelis se rassemblèrent pour purger par la force les couvents d’Istanbul, Köprülü obtint une fatwa et un ordre du sultan, et en 1656 exila Üstüvani et deux compagnons à Chypre. Üstüvani rentra bientôt à Damas ; le mouvement survécut, mais il ne faisait plus bouger les gouvernements.
Köprülü écrasa une mutinerie de la cavalerie dans la capitale en janvier 1657 et fit exécuter ou exiler les hommes qu’il jugeait dangereux. Il fit aussi juger le patriarche orthodoxe pour trahison.
Parthénios III, patriarche depuis juillet 1656, avait écrit à un évêque grec de Moscovie, l’ennemie du sultan, pour lever des fonds. Ses lettres furent interceptées et portées à Köprülü ; bien que l’accusation n’ait pas été prouvée, il fut pendu le 24 mars 1657.
Lazzaro Mocenigo, le capitaine vénitien borgne qui avait battu une flotte ottomane au large des Dardanelles en 1655, livra la dernière bataille du blocus en juillet 1657. Le 17, un boulet tiré d’une batterie côtière abattit un mât qui le tua. Le blocus fut brisé, et la flotte de Köprülü reprit Lemnos et Ténédos à l’automne.
En un an, le vieux grand vizir avait réduit au silence les prédicateurs, les mutins et le patriarche, et rouvert la route d’Istanbul.
Georges II Rákóczi, prince de Transylvanie, se joignit à l’invasion suédoise de la Pologne en janvier 1657, contre les ordres du sultan. Les Tatars de Crimée surprirent son armée sur le chemin du retour et emmenèrent quelque 11 000 hommes en Crimée ; sur ordre ottoman, la diète le déposa en novembre.
Ákos Barcsay, élevé à la cour de Gabriel Bethlen, fut nommé prince par Köprülü le 14 septembre 1658, pendant sa campagne en Transylvanie, et la diète dut accepter un lourd tribut. Rákóczi refusa de renoncer.
Mihnea III, élevé parmi les Grecs d’Istanbul, reçut la Valachie en 1658 avec l’appui ottoman. En 1659, il se retourna contre les Turcs de concert avec Rákóczi et razzia les forteresses du Danube.
Can Arslan, gouverneur de Silistra, avec des troupes criméennes, mit en déroute l’armée de Mihnea près de Iași le 12 novembre 1659. Mihnea s’enfuit en Transylvanie et mourut au printemps suivant.
Köprülü rappela de Crète Deli Hüseyin, devant qui Candie tenait depuis huit ans. Populaire et protégé par Turhan, Hüseyin ne pouvait être atteint d’emblée ; Köprülü le fit amiral, puis gouverneur de Roumélie, rassembla des plaintes contre lui et le fit étrangler à Yedikule pendant l’hiver 1658–1659.
À l’été 1658, Abaza Hasan, gouverneur d’Alep, refusa de répondre à l’appel de Köprülü pour la campagne de Transylvanie, rassembla les pachas de l’est et réclama la tête du grand vizir. Le sultan refusa de la livrer.
Murtaza Pacha, qui commandait sur la frontière persane, mena contre eux l’armée loyale ; Abaza Hasan le battit à Ilgın le 11 décembre 1658, mais l’hiver dispersa les rebelles. Murtaza invita leurs chefs à Alep avec des promesses de pardon et les fit tuer le 16 février 1659.
Ivan Vyhovsky succéda à Khmelnytsky comme hetman en 1657 et rompit avec Moscou, signant le traité de Hadiatch avec la Pologne en septembre 1658. Quand une armée moscovite assiégea Konotop, Mehmed Giray amena quelque 30 000 cavaliers, et le 29 juin 1659 ils mirent sa cavalerie en déroute. L’opposition au traité de Hadiatch chassa Vyhovsky à l’automne.
Le sultan soutint son grand vizir, et Köprülü vint à bout à la fois d’une guerre en Transylvanie et d’une révolte en Anatolie.
Seydi Ahmed, un Circassien, gouverneur de Bude, reçut l’ordre d’en finir avec Rákóczi. Le 22 mai 1660, il le battit à Szászfenes, près de Kolozsvár ; Rákóczi, blessé, mourut à Várad le 7 juin. Seydi Ahmed mourut en août.
Köse Ali, gouverneur de Temesvár, assiégea Várad, la plus forte place de Transylvanie, à partir du 15 juillet 1660. Elle se rendit le 27 août, et il laissa sa garnison partir avec les honneurs. Várad devint le siège d’une nouvelle province ottomane.
Iouri Khmelnytsky, le fils de Bohdan, hetman depuis 1659, avait été contraint de s’allier au tsar. Quand les troupes polonaises et les cavaliers criméens prirent au piège une armée moscovite à Tchoudnov en octobre 1660, il resta passif, puis repassa du côté polonais.
Vassili Chérémétiev, le commandant moscovite, resté seul et encerclé, capitula le 4 novembre 1660. Il fut livré à Mehmed Giray et passa plus de vingt ans prisonnier en Crimée.
Le fils de Köprülü, Fazıl Ahmed, avait étudié auprès de Karaçelebizade et enseigné dans les grandes médersas dès l’âge de seize ans. Son père le fit passer au gouvernement : Erzurum en 1659, Damas en 1660, où il réduisit les impôts et mit au pas les familles Chéhab et Maan.
En 1660, Várad était ottomane, la Crimée retenait captive une armée moscovite, et le fils du grand vizir était formé pour lui succéder.
Qui est qui
Le gouvernement du sultan
Les rebelles au sultan
La Perse safavide
La Pologne-Lituanie
Les khans de Crimée
Venise
Autres
Chronologie
- 1♜Kanizsa prise — oct. 1600 · après six semaines de siège 1600–1603
- 2♜Kanizsa tient — oct.–nov. 1601 · le siège des Habsbourg levé 1600–1603
- 3♜Tabriz reprise — 21 oct. 1603 · victoire safavide 1603–1606
- 4⚔Sufiyan — 1605 · victoire safavide 1603–1606
- 5⚑La révolte de Canbuladoğlu — 1606–1607 · Alep et la Syrie du Nord 1603–1606
- 6♜Esztergom reprise — 1605 · sur les Habsbourg 1603–1606
- 7♛Une couronne pour Bocskai — nov. 1605 · le présent du grand vizir au prince rebelle 1603–1606
- 8✒Paix de Zsitvatorok — 11 nov. 1606 · fin de la Longue Guerre 1603–1606
- 9⚔Oruç Ovası — 24 oct. 1607 · l’armée rebelle brisée 1606–1612
- 10✠Les bandes celali écrasées — 1608 · Kalenderoğlu mis en déroute dans les défilés du Taurus 1606–1612
- 11✒Traité de Nasuh Pacha — 20 nov. 1612 · la paix avec la Perse 1606–1612
- 12⚔Cecora — sept.–oct. 1620 · victoire ottomane et tatare 1617–1621
- 13†Un prince étranglé — janv. 1621 · le fils aîné de Kösem 1617–1621
- 14♜Khotyn — sept.–oct. 1621 · le camp tient 1617–1621
- 15⚑Le soulèvement des soldats — 18–19 mai 1622 1622–1623
- 16†Osman II tué — 20 mai 1622 · le premier régicide 1622–1623
- 17⚑La révolte d’Abaza — 1622–1628 · contre les janissaires 1622–1623
- 18♜Bagdad tombe — 14 janv. 1624 · conquête safavide 1623–1624
- 19⚔Karasubazar — août 1624 · victoire de l’armée criméo-cosaque 1623–1624
- 20♜Bagdad tient — nov. 1625 – juil. 1626 · le siège levé 1625–1632
- 21♜Bagdad tient encore — 1630 · échec du siège de Hüsrev 1625–1632
- 22⚑Révolte au palais — févr. 1632 1625–1632
- 23♜La grotte de l’émir — 1633 · enfumé et capturé 1632–1635
- 24✒Sanaa livrée — mars 1629 · les Ottomans se replient sur la côte 1632–1635
- 25◆Les dernières garnisons partent — 1635 · Zabid et Moka abandonnées 1632–1635
- 26♜Bagdad reprise — 25 déc. 1638 · après quarante jours 1638–1640
- 27✒Traité de Zuhab — 17 mai 1639 · la frontière fixée 1638–1640
- 28♛Avènement d’Ibrahim — févr. 1640 · le dernier de la lignée 1638–1640
- 29♜La Canée prise — 22 août 1645 · après 56 jours 1640–1648
- 30◆Le blocus vénitien — 1648 · les Détroits fermés 1640–1648
- 31⚑Ibrahim déposé — 8 août 1648 1640–1648
- 32†Kösem tuée — 2–3 sept. 1651 · dans le harem 1648–1656
- 33⚔Les Dardanelles — 26–27 juin 1656 · victoire vénitienne 1648–1656
- 34⚑Mutinerie écrasée — janv. 1657 · la cavalerie du palais 1656–1660
- 35†Le patriarche Parthénios III pendu — mars 1657 · pour trahison 1656–1660
- 36⚔Les Dardanelles — 17–19 juil. 1657 · le blocus brisé 1656–1660
- 37⚔Trembowla — 31 juil. 1657 · les Tatars s’emparent du camp transylvain 1656–1660
- 38✠Alep — 16 févr. 1659 · les pachas rebelles tués 1656–1660
- 39⚔Gyalu — mai 1660 · Rákóczi mortellement blessé 1656–1660
- 40♜Várad prise — 27 août 1660 · une nouvelle province 1656–1660
Sources
- Mehmed III, Ahmed I, Mustafa I, Osman II, Murad IV, Ibrahim et Mehmed IV — Wikipedia (règnes, successions, dépositions) — source
- Şehzade Mahmud — Wikipedia (la lettre du devin et l’exécution du prince, 7 juin 1603) — source
- Ferdinand II, Holy Roman Emperor — Wikipedia (Kanizsa prise le 20 oct. 1600 ; l’échec du siège des Habsbourg en 1601) — source
- Ottoman–Safavid war (1603–1612) et Treaty of Nasuh Pasha (20 nov. 1612) — Wikipedia ; Nasuh Paşa Antlaşması — Wikipédia en turc — source
- Ali Janbulad et Kuyucu Murad Pasha — Wikipedia (Oruç Ovası, oct. 1607 ; le pardon de Fakhr al-Din) — source
- Kösem Sultan — Wikipedia (les régences, la rupture de 1632 avec Mourad, la déposition de 1648, son meurtre en 1651) — source
- Ottoman–Safavid War (1623–1639) et Siege of Baghdad (1638) — Wikipedia — source
- Mehmed III Giray — Wikipedia ; III. Mehmed Giray — Wikipédia en turc (l’expédition de Recep Pacha contre Caffa en 1624) — source
- Fakhr al-Din II — Wikipedia (la campagne de 1633, la grotte, l’exécution en 1635) — source
- Al-Mu’ayyad Muhammad et Yemen Eyalet — Wikipedia (Sanaa en 1629, le retrait ottoman de 1635) — source
- Cretan War (1645–1669) et Battle of the Dardanelles (1656) — Wikipedia — source
- Köprülü Mehmed Pasha, George II Rákóczi et Abaza Hasan Pasha — Wikipedia (les conditions de 1656, la Transylvanie, Alep en 1659, Várad en 1660) — source
Chaque affirmation du texte a été vérifiée dans les sources ci-dessus. Frontières : historical-basemaps (A. Ourednik, GPL-3.0), l’état de c.1600, simplifié — schématique, les bons États à peu près aux bons endroits. Territoires ayant changé de mains : provinces modernes (Natural Earth) ou états plus tardifs tenant lieu des frontières historiques. Terres, lacs et fleuves : Natural Earth. Portraits : crédités ci-dessous avec auteur, licence et source.
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- Esperanza Malchi — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Gazanfer Ağa — 16th century artist · Public domain — Commons
- Yemişçi Hasan — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Karayazıcı — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Halil Pacha — 1620s artist · Public domain — Commons
- Youssef Dey — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mourad Bey — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Halime — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Esad Efendi — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Deli Hüseyin — Later depiction of Gazi Hüseyin Pasha, English Wikipedia file page · licence not stated — source
- Silahdar Yusuf — Reşad Ekrem Koçu Istanbul Encyclopedia Archive, Kadir Has University and SALT; later drawing titled Armourer Yusuf Pasha · licence not stated — source
- Kara Murad — Reşad Ekrem Koçu Istanbul Encyclopedia Archive, Kadir Has University and SALT; later drawing titled Kara Murad Ağa · licence not stated — source
- Meleki Hatun — Meleki Hatun, 1649, as captioned by Melike de Chimay; image credited to Giuseppe de Michiel; attribution rests on this source · licence not stated — source
- Kemankeş Ali — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Çerkez Mehmed — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Emir Çelebi — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Kadızade Mehmed — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Sultanzade Mehmed — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- İpşir Mustafa — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Karaçelebizade Abdülaziz — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Tarhuncu Ahmed — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Kasım Ağa — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Parthénios III — Later Orthodox icon explicitly captioned Saint Parthenios III, Patriarch of Constantinople, Orthodox Synaxarist · licence not stated — source
- Hafız Ahmed — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Sunullah Efendi — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Ömer Efendi — Period miniature, Şehnâme-i Nâdirî, Topkapı H.1124 f.49a; Ömer identified in Özlem Yıldız thesis (2017), pp.62–63, fig.7: https://research.sabanciuniv.edu/id/eprint/34794/1/OzlemYildiz_10161762.pdf · historical miniature reproduction
- Hezarpare Ahmed — Johann Andreas Thelot · Public domain — Commons
- Abdürrahim Efendi — 1694 historical engraving reproduced from Commons; File:Sultan Ibrahim rejects the fatwa by the Grand Muffti Abdurrahim Efendi, 1648.jpg; full-resolution original retained for a readable close face crop. · Public domain — Commons
- Bekir — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mehmed Giray — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Şahin Giray — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Kemankeş Kara Mustafa — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Deli Hasan — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Handan — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Derviş Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Ayn Ali — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Toktamış Giray — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Selamet Ier Giray — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- İskender Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Aziz Mahmud Hüdayi — Later illustration explicitly titled Mahmud Hüdayi by Biyografiler.com; artist and date unidentified; attribution rests on that source · licence not stated — source
- Giacomo da Riva — Matthäus Merian, Theatrum Europaeum, c.1650; Giacomo da Riva explicitly named in upper-right portrait medallion; Antikvariát Křenek catalogue23358 · public domain — source
- Mustafa Safi — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Güzelce Ali — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Khan Temir — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Dilaver Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Yahya Efendi — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Muhammad, fils de Bekir — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Kâtip Çelebi — Okul Postercisi, later portrait poster labelled Kâtip Çelebi · licence not stated — source
- Haydar Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Koçi Bey — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Ahizade Hüseyin — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Tabanıyassı Mehmed — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Abdülmecid Sivasi — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Küçük Ahmed — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Hammouda Bey — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- İnayet Giray — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Bahadır Giray — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Tahmasp Qoli Khan — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Silahdar Mustafa — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Bayram Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Tayyar Mehmed — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mehmed IV Giray — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Cinci Hoca — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Salih Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Varvar Ali — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Bektaş Ağa — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Melek Ahmed — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Bahai Mehmed — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Kalenderoğlu Mehmed — Later illustration explicitly labelled Celali Eşkıyalarından Kalenderoğlu Mehmed; reproduced in Mehmet Onur, Celali Reisi Kalenderoğlu Mehmed, 20 January 2021. Original illustrator and date unidentified. · licence not stated — source
- Siyavuş Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Uzun Süleyman Ağa — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Boynueğri Mehmed — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Mehmed İhlasi — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Üstüvani Mehmed — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Murtaza Pacha — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Can Arslan — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Köse Ali — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- al-Mu’ayyad Muhammad — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- al-Mansur al-Qasim — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- al-Hasan ibn al-Qasim — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- al-Mutawakkil Isma’il — imagined likeness, generated in the manner of early seventeenth-century Ottoman miniature painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration