Le Japon, 1600–1660
Comment le seigneur victorieux à Sekigahara en 1600 bâtit-il un shogunat dont un enfant de dix ans put hériter ?
▶ Voir l’atlas commenté (narration en anglais) · 14 minLes territoires en 1660, aux couleurs de qui les tenait. Hachuré : les territoires qui ont changé de mains entre 1600 et 1660.
Dans chaque période ci-dessous, les événements numérotés de la carte renvoient à la liste qui la suit et aux repères du texte ; rien ne bouge.
Les périodes
- IL’héritier d’Osaka1600
- IISekigahara1600
- IIIShogun1603–1607
- IVLa mer d’Ieyasu1600–1611
- VL’interdiction1610–1614
- VILa cloche du Hōkōji1614
- VIIOsaka en flammes1615
- VIIILumière de l’Orient1616–1623
- IXLes robes pourpres1627–1634
- XLa mer fermée1633–1637
- XILe château de Hara1638–1641
- XIIUn shogun de dix ans1641–1660
L’héritier d’Osaka
- 1♜Fushimi — août–sept. 1600 · prise par l’armée de l’Ouest
- 2◆Le conseil d’Oyama — 1600 · les seigneurs de l’Est font demi-tour
En bref
En 1600, le maître du Japon était, en titre, un enfant de six ans, Toyotomi Hideyori, au château d’Osaka. Son père, le seigneur de guerre qui avait unifié le pays, était mort en 1598 en confiant le gouvernement à cinq grands seigneurs jusqu’à la majorité de l’enfant. Le plus puissant d’entre eux était Tokugawa Ieyasu, maître de la plaine orientale autour d’Edo, qui gouvernait désormais depuis le château d’Osaka au nom de l’enfant. Un autre des cinq, Uesugi Kagekatsu, fortifiait son domaine d’Aizu et refusait de venir s’expliquer. Ieyasu l’accusa de préparer une rébellion et, cet été-là, mena une armée vers le nord pour le châtier. À peine fut-il parti qu’Ishida Mitsunari, naguère l’un des cinq commissaires de l’ancien maître, souleva contre lui les seigneurs de l’Ouest. À l’invitation de Mitsunari et de ses alliés, Mōri Terumoto, un troisième des cinq, entra au château d’Osaka comme leur commandant en chef. Leur armée prit d’assaut Fushimi, le château qu’Ieyasu avait laissé1 à une petite garnison. À Oyama, Ieyasu et les seigneurs qui marchaient avec lui firent demi-tour pour affronter l’Ouest.2
Sekigahara
- 3⚔Sekigahara — 21 oct. 1600 · la victoire d’Ieyasu
- Terres des Toyotomi (approx.) → La maison Toyotomi et ses alliés
En bref
Ieyasu divisa ses forces. Quelque 38 000 hommes partirent vers l’ouest par les montagnes sous les ordres de son fils et héritier, Tokugawa Hidetada. Au château d’Ueda, le seigneur Sanada et son fils cadet, Sanada Nobushige, les retinrent plusieurs jours. Ieyasu gagna l’ouest par la route côtière sans les attendre. Le 21 octobre 1600, les deux armées se rencontrèrent dans la vallée de Sekigahara. Sur le mont Matsuo, au-dessus de la ligne de l’Ouest, se tenait l’armée de Kobayakawa Hideaki, un jeune seigneur élevé dans la maison de l’ancien maître, qui avait déjà promis à Ieyasu de changer de camp. Quand il lança ses hommes contre ses propres alliés, l’armée de l’Ouest se débanda.3 Mitsunari s’enfuit dans les collines, fut pris et, le 6 novembre, décapité à Kyoto. Hidetada ne rejoignit son père que plusieurs jours après la bataille. Terumoto rendit le château d’Osaka sans combattre, et ses terres furent ramenées de huit provinces à deux. Hideyori garda son château et son rang, mais il ne resta à sa maison que trois provinces autour d’Osaka.
La chaîne, période par période
Toyotomi Hideyori, six ans, était l’héritier de Toyotomi Hideyoshi, le seigneur de guerre qui avait unifié le Japon et était mort en 1598. Il vivait au château d’Osaka, et cinq grands seigneurs, les régents, devaient gouverner jusqu’à sa majorité. Il ne prit aucune part aux combats de 1600 et en sortit avec son château et son rang.
Yodo-dono, née Chacha, avait été la concubine de Hideyoshi ; elle était la mère et la tutrice de l’enfant au château d’Osaka. Ses deux sœurs cadettes s’étaient mariées l’une dans la maison Kyōgoku, l’autre chez les Tokugawa, comme épouse de l’héritier d’Ieyasu.
Uesugi Kagekatsu, seigneur d’Aizu dans le Nord-Est, fortifiait son domaine. Sommé de venir s’expliquer à Osaka, il refusa, et Ieyasu y vit une rébellion.
Naoe Kanetsugu répondit à la convocation par une lettre de défi. Le texte conservé a peut-être été remanié plus tard, mais une lettre qui mit Ieyasu en fureur fut bien envoyée. Quand Ieyasu fit demi-tour vers l’ouest, Kanetsugu attaqua son allié Mogami et s’épuisa deux semaines en vain devant le château de Hasedō. En 1601, les Uesugi furent ramenés de 1,2 million de koku à 300 000, à Yonezawa.
Ishida Mitsunari, naguère l’un des cinq commissaires de Hideyoshi et seigneur de Sawayama, souleva les seigneurs de l’Ouest contre Ieyasu dès que celui-ci eut marché vers le nord. Avec ses alliés, il invita Mōri Terumoto à prendre leur tête.
Mōri Terumoto, maître de huit provinces de l’Ouest et lui aussi régent, entra au château d’Osaka comme commandant en chef de l’armée de l’Ouest. Il y resta auprès de l’enfant et ne parut jamais sur le champ de bataille ; c’est Mitsunari qui mena la campagne.
Ukita Hideie, seigneur d’Okayama et le plus jeune des régents, apporta à la coalition sa plus grosse armée, quelque 17 000 hommes. Il dirigea l’assaut contre Fushimi et, à Sekigahara, ses hommes combattirent ceux de Fukushima Masanori jusqu’à se débander. Hideie s’enfuit chez les Shimazu de Satsuma, fut livré et, en 1606, exilé dans l’île de Hachijō, où il vécut encore cinquante ans.
Ōtani Yoshitsugu, seigneur de Tsuruga, s’était mis en route pour rejoindre le camp d’Ieyasu quand son ami Mitsunari le fit changer d’avis. À Sekigahara, il tenait les hauteurs à l’extrémité ouest de la vallée, face à l’armée de Kobayakawa Hideaki sur le mont Matsuo. Quand Kobayakawa Hideaki l’attaqua, sa ligne s’effondra et il se donna la mort.
Kikkawa Hiroie, cousin de Terumoto, commandait l’avant-garde de l’armée Mōri. Par l’entremise de Kuroda Nagamasa, il avait secrètement promis à Ieyasu la neutralité des Mōri en échange des terres de la maison. Le jour venu, il refusa d’avancer et barra la route, si bien que le gros de l’armée Mōri ne combattit jamais. Ieyasu ne tint le marché qu’en partie : les Mōri perdirent les trois quarts de leurs terres.
Sanada Masayuki, seigneur d’Ueda, envoya son fils aîné dans le camp d’Ieyasu et garda auprès de lui son cadet, Nobushige, pour l’Ouest. Leur château retint l’armée de Hidetada plusieurs jours. Après la défaite, le père et le fils devaient mourir ; les suppliques du fils aîné, appuyées par Ii Naomasa, les sauvèrent, et ils furent exilés à Kudoyama, au pied du mont Kōya.
Tokugawa Ieyasu, maître du Kantō et le plus puissant des régents, gouvernait depuis le château d’Osaka au nom de l’enfant. Comme Uesugi Kagekatsu refusait de venir, Ieyasu mena cet été-là les seigneurs vers le nord contre Aizu. À Oyama, apprenant que l’Ouest s’était soulevé derrière lui, il fit demi-tour avec les seigneurs qui marchaient à ses côtés.
Torii Mototada, qui servait Ieyasu depuis leur enfance, fut laissé avec une petite garnison au château de Fushimi. L’armée de l’Ouest l’assiégea douze jours ; Mototada refusa de se rendre et mourut quand la place tomba. Le siège retint la coalition pendant qu’Ieyasu faisait faire demi-tour à son armée.
Ieyasu divisa ses forces. Son fils et héritier Hidetada mena quelque 38 000 hommes vers l’ouest par le Nakasendō, la route des montagnes. Il s’arrêta pour prendre le château d’Ueda, y fut retenu plusieurs jours et ne rejoignit son père qu’après la bataille.
Kuroda Nagamasa, l’un des généraux de Hideyoshi, travaillait pour Ieyasu auprès des seigneurs du camp adverse. Il ménagea les ententes secrètes avec Kobayakawa Hideaki et avec le commandant des Mōri, Kikkawa Hiroie, et le jour de la bataille ses arquebusiers combattirent les propres hommes de Mitsunari. Ieyasu lui donna le Chikuzen, quelque 520 000 koku, où il bâtit le château de Fukuoka.
Kobayakawa Hideaki, un jeune seigneur élevé dans la maison de Hideyoshi, avait rejoint le camp de l’Ouest et posté son armée sur le mont Matsuo. Ayant promis à Ieyasu de changer de camp, il la lança contre Ōtani Yoshitsugu, et la ligne de l’Ouest se rompit. Son Chikuzen alla à Nagamasa ; il reçut pour récompense le domaine d’Ukita Hideie à Okayama. Il y mourut en 1602.
Fukushima Masanori, l’un des propres commandants de Hideyoshi, combattit pour Ieyasu, et à Sekigahara ses troupes affrontèrent celles d’Ukita Hideie. Il aida ensuite à reprendre le château d’Osaka à Terumoto. Il reçut pour récompense l’Aki et le Bingo, 498 000 koku, avec le château même de Terumoto à Hiroshima.
Ii Naomasa, l’un des principaux généraux d’Ieyasu, fut blessé par une balle à Sekigahara en poursuivant les Shimazu qui quittaient le champ de bataille. Ieyasu lui donna le château et les terres de Mitsunari à Sawayama, 180 000 koku. Il mourut en 1602.
Une seule journée de bataille fit d’Ieyasu le maître du Japon ; l’enfant garda Osaka, et les terres des vaincus payèrent les alliés d’Ieyasu.
Shogun
- 4♛Ieyasu nommé shogun — 24 mars 1603 · Fushimi
En bref
En mars 1603, l’empereur Go-Yōzei nomma Ieyasu shogun, lieutenant militaire de l’empereur et plus haut titre auquel un guerrier pût prétendre.4 Hideyori était toujours au château d’Osaka. Cet été-là, Ieyasu envoya à Osaka sa petite-fille Senhime, une fillette de six ans, pour qu’elle épouse Hideyori. La mère de Senhime et celle de Hideyori étaient sœurs. En 1605, Ieyasu renonça au titre, et l’empereur nomma à sa place son fils Hidetada. Cette passation signifiait à tout le pays que la charge resterait dans la maison Tokugawa. Ieyasu demanda à Hideyori de venir saluer le nouveau shogun ; Hideyori refusa. En 1607, Ieyasu s’installa à Sunpu, la ville-château où il avait été otage dans son enfance, et continua d’y gouverner en shogun retiré, tandis que Hidetada tenait sa cour à Edo.
La chaîne, période par période
L’empereur Go-Yōzei, sur le trône depuis 1586, nomma Ieyasu shogun en mars 1603, la plus haute charge à laquelle un guerrier pût prétendre. En 1605, quand Ieyasu y renonça, il nomma Hidetada à sa place. La cour continua aussi de promouvoir Hideyori : ministre de l’Intérieur en 1603, ministre de la Droite en 1605, une dignité supérieure à celle du nouveau shogun.
Nommé shogun, Ieyasu installa son gouvernement à Edo. En 1605, il transmit le titre à Hidetada, pour montrer au pays qu’il resterait dans sa maison, et continua de gouverner en shogun retiré. Il demanda à Hideyori de venir saluer le nouveau shogun.
Hidetada devint le deuxième shogun à 26 ans et tint sa cour à Edo, tandis que son père gardait les grandes décisions. En 1607, Ieyasu s’installa à Sunpu, où il avait été otage dans son enfance, et gouverna de là.
Honda Masanobu avait combattu Ieyasu lors du soulèvement Ikkō de 1563, s’était enfui, puis avait été repris à son service. Il servait désormais Hidetada à Edo et siégea à partir de 1607 au conseil du jeune shogun, tandis que son fils Masazumi restait auprès d’Ieyasu.
Gō, la plus jeune des trois sœurs Azai, était l’épouse de Hidetada ; sa sœur aînée était Yodo-dono, la mère de Hideyori. Elle donna à Hidetada ses fils Iemitsu et Tadanaga, et des filles qui entrèrent par mariage dans de grandes maisons et, pour l’une d’elles, au palais impérial.
En 1603, Senhime, six ans, fut envoyée au château d’Osaka pour épouser Hideyori : la petite-fille d’Ieyasu mariée à l’héritier de son rival. L’union liait les deux familles, mais ne réglait rien entre elles.
Hideyori épousa Senhime en 1603 et s’éleva dans les rangs de la cour à côté des Tokugawa. Quand Ieyasu demanda, par l’intermédiaire de la veuve de Hideyoshi, que Hideyori vienne présenter ses respects au nouveau shogun, Osaka refusa. Osaka ne s’inclinerait pas.
Sō Yoshitoshi, seigneur de Tsushima, vivait du commerce avec la Corée. Chrétien et gendre de Konishi Yukinaga, il avait conduit l’avant-garde de Hideyoshi en Corée et, en 1600, envoyé des hommes combattre Ieyasu. Ieyasu l’épargna, lui et son île, car il avait besoin de la paix avec la Corée.
Yujeong, un moine qui avait levé des milices bouddhiques contre les envahisseurs japonais, vint par Tsushima en 1604 comme envoyé de la Corée et rencontra Ieyasu à Fushimi en mars 1605. Il ramena chez lui quelques milliers de Coréens emmenés pendant la guerre. La Corée demanda ensuite une lettre au nom d’Ieyasu ; les hommes de Sō en fabriquèrent une fausse, et sur la foi de celle-ci la première ambassade coréenne vint à Edo en 1607. Le traité de Sō de 1609 rouvrit le commerce.
Le titre de shogun passait désormais de père en fils, mais l’enfant d’Osaka avait toujours, à la cour, le pas sur le nouveau shogun.
La mer d’Ieyasu
- 5⌂Le comptoir hollandais — 1609 · Hirado
- Les Ryūkyū, sous Satsuma → Les shoguns Tokugawa et leurs seigneurs
En bref
Depuis Sunpu, Ieyasu surveillait aussi la mer. Au printemps 1600, un navire hollandais en piteux état avait échoué dans le Bungo, à Kyushu, avec son pilote anglais, William Adams. Ieyasu se le fit amener à Osaka, l’interrogea et le garda. Adams lui construisit des navires à l’européenne à Itō et devint vassal de la maison, avec un domaine sur la péninsule de Miura. En 1609, le seigneur de Satsuma, Shimazu Iehisa, obtint d’Ieyasu l’autorisation d’attaquer le royaume des Ryūkyū, qui avait ignoré les exigences de Satsuma. Environ 3 000 de ses hommes descendirent vers le sud d’île en île et, en mai, le roi Shō Nei se rendit à Shuri. Cet été-là, deux navires hollandais atteignirent Hirado. Avec l’aide d’Adams, leurs envoyés obtinrent d’Ieyasu le droit de commercer, et la Compagnie y ouvrit un comptoir.5 En 1610, Shō Nei fut conduit à Sunpu pour être présenté à Ieyasu, puis au shogun à Edo. Il rentra chez lui en 1611, après avoir juré obéissance à Satsuma. Les Ryūkyū gardèrent leur roi et leurs missions tributaires en Chine, mais ils relevaient désormais de Satsuma.
L’interdiction
- 6⚔La caraque détruite — janv. 1610 · port de Nagasaki
- 7◆La première interdiction — avril 1612 · les terres du shogunat
En bref
Les jésuites portugais prêchaient au Japon depuis soixante ans, et certains seigneurs de Kyushu étaient chrétiens. L’un d’eux était Arima Harunobu, dont le domaine se trouvait sur la péninsule de Shimabara. En janvier 1610, avec l’accord d’Ieyasu, Harunobu attaqua une caraque portugaise dans le port de Nagasaki pour venger des marins d’Arima tués à Macao et, après plusieurs jours de combat, le navire en flammes explosa.6 Voulant davantage de récompense, il versa des pots-de-vin à Okamoto Daihachi, un chrétien de l’entourage du plus proche conseiller d’Ieyasu, qui lui promit des terres perdues par sa famille et fabriqua, pour preuve, un faux acte de donation shogunal. En 1612, la fraude fut découverte. Daihachi fut brûlé vif à Sunpu et, le même jour, le shogunat interdit le christianisme sur ses propres terres.7 Harunobu fut exilé puis mis à mort. En 1614, le moine zen Ishin Sūden rédigea pour Ieyasu l’édit qui expulsait du Japon tous les missionnaires. En novembre, le seigneur chrétien Takayama Ukon, qui avait depuis longtemps renoncé à son domaine plutôt qu’à sa foi, fut embarqué à Nagasaki pour Manille. Il y mourut en février.
La chaîne, période par période
Honda Masazumi, fils de Masanobu, devint le premier homme de confiance d’Ieyasu retiré à Sunpu, tandis que son père servait Hidetada à Edo ; à eux deux, les Honda avaient l’oreille des deux cours. En 1612, l’un des propres vassaux de Masazumi, Okamoto Daihachi, fut convaincu d’escroquerie.
Ōkubo Tadachika, seigneur d’Odawara, avait marché avec Hidetada en 1600 et siégeait à son conseil depuis 1610. Sa maison et les Honda étaient des ennemis politiques, et les auteurs de l’époque d’Edo imputèrent sa chute aux Honda.
Ōkubo Nagayasu, fils d’un acteur de nô, avait servi les Takeda avant Ieyasu, et Tadachika lui avait donné le nom d’Ōkubo. Il dirigeait les mines du shogunat, l’argent d’Iwami et l’or de Sado. À sa mort, en 1613, sa fortune fut déclarée mal acquise et ses sept fils furent exécutés. En janvier 1614, Tadachika, envoyé à Kyoto pour y abattre les églises, fut privé de son domaine ; il ne fut jamais gracié.
Ishin Sūden, un abbé zen, était entré au service d’Ieyasu en 1608 et s’occupait de ses lettres aux souverains étrangers, des licences de commerce et des temples. Chargé de rédiger une interdiction du christianisme, il l’écrivit en une nuit ; publiée en janvier 1614, elle commençait par appeler le Japon le pays des dieux et expulsait tous les missionnaires.
Fujiwara Seika, moine zen devenu confucéen, avait étudié auprès d’un lettré coréen fait prisonnier pendant la guerre, et donnait des leçons à Ieyasu. Invité à entrer à son service, il déclina et recommanda à sa place son meilleur élève.
Hayashi Razan rencontra Seika en 1604 et Ieyasu au château de Nijō en 1605. En 1607, Ieyasu lui fit raser la tête comme un moine, sous le nom de Dōshun, et il servit le shogunat comme son lettré : lire les textes, rechercher les précédents, rédiger les documents.
William Adams, le pilote anglais du navire hollandais Liefde, était gardé par Ieyasu depuis 1600. Il lui construisit des navires à l’européenne, devint vassal avec un domaine sur la péninsule de Miura, et servit d’intermédiaire aux Hollandais et aux Anglais qui vinrent après lui.
Jan Joosten van Lodensteyn, autre survivant du Liefde, resta lui aussi au service d’Ieyasu ; le quartier de Yaesu, à Tokyo, garde son nom. Il commerça avec l’Asie du Sud-Est sous licence du shogunat et se noya en 1623 quand son navire s’échoua sur le chemin du retour au Japon.
En 1609, deux navires hollandais atteignirent Hirado. Avec l’aide d’Adams, leurs envoyés obtinrent d’Ieyasu le droit de commercer, et Jacques Specx devint le premier chef du nouveau comptoir de la Compagnie. Il gouverna plus tard les Indes néerlandaises depuis Batavia.
John Saris amena le Clove, premier navire anglais à atteindre le Japon, à Hirado en 1613, avec une lettre de Jacques Ier. Adams le conduisit auprès d’Ieyasu à Sunpu et de Hidetada à Edo ; il repartit avec une licence de commerce, deux armures offertes par le shogun à son roi, et Richard Cocks à la tête d’un nouveau comptoir anglais à Hirado.
Date Masamune, seigneur de Sendai, avait combattu pour Ieyasu en 1600. En 1613, avec l’accord du shogun, il envoya sa propre ambassade de l’autre côté du Pacifique pour chercher à commercer avec le Mexique espagnol.
Luis Sotelo, franciscain espagnol, avait gagné la faveur de Masamune en guérissant l’une de ses femmes à Edo. Arrêté quand le christianisme fut interdit sur les terres du shogunat, il fut libéré à la demande de Masamune, conçut l’ambassade et s’embarqua avec elle, en quête de missionnaires autant que de commerce.
Hasekura Tsunenaga, vassal des Date, quitta Tsukinoura en octobre 1613 sur un galion construit au Japon. Il traversa le Mexique, fut baptisé à Madrid devant Philippe III et, en novembre 1615, fut reçu à Rome par le pape Paul V. L’Espagne refusa le commerce qu’il demandait.
Shimazu Iehisa, seigneur de Satsuma, obtint du shogunat en 1609 l’autorisation d’attaquer le royaume des Ryūkyū, qui avait ignoré les exigences de Satsuma. Appelé auparavant Tadatsune, il avait reçu d’Ieyasu le Ie de son nouveau nom.
Kabayama Hisataka, haut vassal des Shimazu, conduisit environ 3 000 hommes vers le sud d’île en île en mars 1609, avec Hirata Masumune pour second, et prit la capitale, Shuri, en mai.
Le roi Shō Nei se rendit et fut emmené au Japon. En 1610, il fut présenté à Ieyasu à Sunpu et à Hidetada à Edo ; en 1611, il rentra chez lui après avoir juré obéissance à Satsuma. Les Ryūkyū gardèrent leur roi et leur tribut à la Chine, mais relevaient de Satsuma.
Arima Harunobu, seigneur chrétien de la péninsule de Shimabara, attaqua une caraque portugaise dans le port de Nagasaki en janvier 1610, avec l’accord d’Ieyasu, pour venger des marins d’Arima tués à Macao ; le navire explosa. Voulant davantage de récompense, il chercha un ami à la cour.
Okamoto Daihachi, vassal chrétien de Honda Masazumi, promit à Harunobu les terres perdues de sa famille, empocha son argent et fabriqua un faux acte de donation shogunal. En 1612, la fraude fut découverte. Daihachi fut brûlé vif à Sunpu et, le même jour, le shogunat interdit le christianisme sur ses propres terres ; Harunobu fut exilé et mis à mort.
Takayama Ukon avait renoncé à son domaine en 1587 plutôt qu’à sa foi, et vivait sous la protection des seigneurs Maeda de Kaga. L’édit de Sūden l’atteignit lui aussi : en novembre 1614, il fut embarqué à Nagasaki pour Manille, où il mourut en février.
Le gouvernement d’Ieyasu s’attacha des lettrés et des pilotes étrangers, lança Satsuma sur les Ryūkyū et acheva la décennie en expulsant les missionnaires.
La cloche du Hōkōji
En bref
Il restait un rival. Hideyori avait 21 ans ; il vivait toujours au château d’Osaka avec sa mère, Yodo-dono, et tous ceux qui en voulaient aux Tokugawa tournaient les yeux vers lui. En 1614, il acheva de reconstruire le grand pavillon du Bouddha du Hōkōji, à Kyoto, et fit fondre une cloche pour lui.8 Ieyasu trouva à redire à l’inscription. Une formule, kokka ankō, que l’État soit en paix, séparait les deux caractères de son propre nom. L’intendant de Hideyori, Katagiri Katsumoto, se rendit à Sunpu pour régler l’affaire. Il revint en proposant que Hideyori aille à Edo, ou y envoie sa mère en otage, ou quitte Osaka. Yodo-dono le tint pour un traître, et il s’enfuit du château. Le jour même, Ieyasu ordonna aux seigneurs de marcher sur Osaka. Osaka recruta des samouraïs sans maître par dizaines de milliers. De son exil de Kudoyama sortit Sanada Nobushige, l’homme qui avait retenu Hidetada à Ueda, pour combattre aux côtés de Hideyori. Devant le rempart sud, il éleva un fortin de terre, le Sanada-maru, et cet hiver-là il repoussa les assaillants.9
Osaka en flammes
- 10✒La paix d’hiver — janv. 1615 · les douves comblées
- 11⚔Tennōji — 3 juin 1615 · victoire des Tokugawa
- 12♜La chute d’Osaka — 3–4 juin 1615
- 13◆Les Lois des maisons militaires — 1615 · lues à Fushimi
- 14◆Le Code de la cour — 1615 · château de Nijō
- Terres des Toyotomi (approx.) → Les shoguns Tokugawa et leurs seigneurs (rendu)
En bref
Les canons d’Ieyasu tirèrent sur le donjon et touchèrent les appartements de Yodo-dono. En janvier 1615, elle accepta des conditions par l’intermédiaire de sa sœur : Hideyori garderait Osaka et ses terres, et les douves extérieures du château seraient comblées.10 Les troupes des Tokugawa comblèrent aussi les douves intérieures. Quand Osaka se remit à recruter des soldats, Ieyasu ordonna à Hideyori de quitter le château, et au printemps les armées revinrent. Le 3 juin, près de Tennōji, Nobushige mena une charge contre le quartier général d’Ieyasu lui-même, fut repoussé11 et tué. Le château brûla.12 Le lendemain, Hideyori et Yodo-dono se donnèrent la mort dans un magasin de l’enceinte. Senhime fut sauvée ; le jeune fils de Hideyori fut pris et décapité à Kyoto. La maison Toyotomi avait vécu. Cet été-là, les seigneurs reçurent l’ordre d’abattre tous les châteaux de leur domaine sauf un, et à Fushimi ils entendirent13 la lecture des Lois des maisons militaires, rédigées par Sūden : aucune fortification nouvelle, des réparations de château seulement après déclaration, aucun mariage entre maisons sans autorisation. Un second code, lui aussi de Sūden, fixait les devoirs de l’empereur et de sa cour.14
La chaîne, période par période
Hideyori, alors âgé de 21 ans, reconstruisit le grand pavillon du Bouddha du Hōkōji, le temple de son père à Kyoto, et fit fondre une cloche pour lui en 1614. Ieyasu trouva à redire à l’inscription : une formule séparait les deux caractères de son nom. La vraie question était de savoir ce que Hideyori accepterait de la domination des Tokugawa.
Katagiri Katsumoto se rendit à Sunpu pour régler l’affaire et revint en proposant que Hideyori aille à Edo, ou y envoie sa mère en otage, ou quitte Osaka. Yodo-dono le tint pour un traître et il s’enfuit du château pour passer aux Tokugawa ; le jour même, Ieyasu ordonna aux seigneurs de se mettre en marche.
Ōno Harunaga, fils de la nourrice de Yodo-dono, devint l’homme fort du château. Osaka recruta des samouraïs sans maître par dizaines de milliers. Pendant l’hiver, Harunaga et Oda Urakusai négocièrent la paix avec Honda Masazumi, et Harunaga donna son propre fils en otage pour la garantir.
Sanada Nobushige, qui avait tenu Ueda contre Hidetada en 1600, quitta son exil de Kudoyama pour Osaka. Cet hiver-là, son fortin de terre devant le rempart sud, le Sanada-maru, repoussa les assaillants. Le 3 juin 1615, près de Tennōji, il chargea le quartier général d’Ieyasu et fut tué.
Gotō Mototsugu avait été l’un des commandants de Kuroda Nagamasa jusqu’à son départ en 1606 ; Nagamasa avait alors interdit aux autres seigneurs de l’engager, et il vivait en samouraï sans maître à Kyoto. Osaka lui donna un commandement. Le 2 juin 1615, à Dōmyōji, il mena 2 800 hommes contre l’avant-garde des Tokugawa et fut tué.
Chōsokabe Morichika était resté l’arme au pied à Sekigahara, derrière les lignes des Mōri que Kikkawa Hiroie retenait, et avait tout de même perdu le Tosa. Comme on lui promettait de lui rendre sa province, il entra dans Osaka en 1614. Après la chute, il fut découvert dans sa cachette, promené dans Kyoto et décapité à Rokujō-gawara.
Jōkō-in, née Hatsu, était la sœur cadette de Yodo-dono et l’aînée de Gō. En janvier 1615, tandis que les canons des Tokugawa frappaient le donjon, elle porta les conditions d’Osaka : Hideyori garderait ses terres et les douves extérieures du château seraient comblées. Les troupes des Tokugawa comblèrent aussi les douves intérieures.
Quand Osaka recruta de nouveau des soldats, Ieyasu ordonna à Hideyori de quitter le château, et au printemps les armées revinrent. Le 4 juin 1615, alors que le château brûlait, Hideyori et Yodo-dono se donnèrent la mort dans un magasin de l’enceinte, et Ōno Harunaga avec eux. Senhime fut sauvée.
Ieyasu, alors âgé de 71 ans, fit de la cloche une épreuve de la loyauté d’Osaka. Quand Katagiri Katsumoto s’enfuit du château, il ordonna aux seigneurs de se mettre en marche. Cet hiver-là, son siège ne put venir à bout des murailles, mais ses canons touchèrent les appartements de Yodo-dono dans le donjon, et Osaka accepta de négocier.
Acha-no-Tsubone, la concubine de confiance d’Ieyasu, rencontra Jōkō-in et la mère d’Ōno Harunaga, et mena à bien la paix d’hiver. En 1620, elle escorterait Masako, la fille de Hidetada, jusqu’au palais impérial.
Après la chute, Ishin Sūden rédigea les codes qui suivirent. Cet été-là, chaque seigneur reçut l’ordre d’abattre tous les châteaux de son domaine sauf un, et à Fushimi les seigneurs entendirent la lecture des Lois des maisons militaires : pas de nouveaux châteaux, des réparations seulement après déclaration, pas de mariages entre maisons sans autorisation. Un second code liait l’empereur et sa cour.
Nijō Akizane avait été régent de l’empereur en 1585 et avait cédé la charge à Hideyoshi. Trente ans plus tard, il signa le code de la cour avec Ieyasu et Hidetada et, quelques jours après, fut de nouveau nommé régent : un second mandat trente ans après le premier, presque sans précédent.
Hon’ami Kōetsu, issu d’une famille d’experts et de polisseurs de sabres, était un calligraphe célèbre de Kyoto. En 1615, Ieyasu lui donna des terres à Takagamine, au nord de la ville, où il s’installa avec ses parents, des citadins et des artisans, tous de la secte du Lotus, dans un village d’artistes.
Suminokura Sōan, fils du grand marchand de Kyoto Suminokura Ryōi, étudia le confucianisme auprès de Seika et la calligraphie auprès de Kōetsu. Il prit part à la publication des livres de Saga, éditions des classiques en caractères mobiles imprimées à Saga dans le style de Kōetsu, si bien qu’on les appelle à la fois livres de Kōetsu et livres de Suminokura.
Les Toyotomi avaient disparu, et des codes écrits liaient désormais les seigneurs et la cour.
Lumière de l’Orient
- 15⌂Le Tōshō-gū de Nikkō — 1617 · Ieyasu y est divinisé
- 16†Le Grand Martyre — 10 sept. 1622 · 55 exécutés
En bref
Ieyasu mourut à Sunpu le 1er juin 1616, à 73 ans. Il avait demandé à être vénéré après sa mort comme un dieu protecteur de sa maison, et ses conseillers ne s’accordaient pas sur la manière. Sūden voulait qu’il soit consacré comme myōjin, un dieu indigène. L’abbé tendai Tenkai plaidait pour le titre bouddhique de gongen, et rappela à Hidetada que l’ancien maître d’Osaka avait été fait myōjin, et que sa maison avait sombré. Hidetada suivit l’avis de Tenkai. Ieyasu devint Tōshō Daigongen, le grand avatar qui illumine l’Orient, et en 1617 ses restes furent portés dans un nouveau sanctuaire à Nikkō.15 Hidetada gouvernait désormais seul. En 1620, il maria sa fille Masako à l’empereur Go-Mizunoo, et elle entra au palais comme épouse de l’empereur. En 1622, à Nagasaki, 55 chrétiens, missionnaires et Japonais qui les avaient cachés, enfants compris, furent brûlés ou décapités16 en un seul jour. En 1623, Iemitsu, le fils de Hidetada, devint shogun, et Hidetada, comme son père avant lui, garda le pouvoir.
La chaîne, période par période
Quand Ieyasu mourut à Sunpu en juin 1616, ses conseillers se divisèrent sur la manière de le vénérer. L’abbé tendai Tenkai l’emporta sur Sūden : Ieyasu devint Tōshō Daigongen, un avatar bouddhique, et en 1617 ses restes furent transférés dans un nouveau sanctuaire à Nikkō. Tenkai avait fait valoir que le nom divin de Hideyoshi n’avait pas sauvé sa maison.
Hidetada, 37 ans, gouvernait désormais seul. Au cours des sept années suivantes, il retourna les codes laissés par son père contre les seigneurs qui avaient gagné Sekigahara pour les Tokugawa, et contre la cour impériale.
En 1619, Fukushima Masanori répara son château de Hiroshima, endommagé par une tempête. Il affirma avoir fait sa déclaration, mais le shogunat y vit une infraction aux Lois des maisons militaires et, comme il tardait à défaire les travaux, Hidetada lui retira son domaine de 500 000 koku et l’envoya à Takaino, dans le Shinano, avec 45 000 koku.
Asano Nagaakira, seigneur de Wakayama et gendre d’Ieyasu, fut transféré à Hiroshima avec 420 000 koku. Son Wakayama alla à Tokugawa Yorinobu, fils d’Ieyasu, placé là pour surveiller Osaka et la route maritime entre Edo et Kyoto.
Honda Masazumi, l’homme de confiance d’Ieyasu, avait survécu à son protecteur. En 1619, il reçut Utsunomiya, 155 000 koku ; en 1622, Hidetada le lui retira et l’exila dans le Dewa. L’histoire d’un plafond piégé construit pour tuer le shogun vint plus tard ; la chute elle-même est certaine.
Doi Toshikatsu était le compagnon de Hidetada depuis la naissance de celui-ci et siégeait à son conseil depuis 1610. Masazumi écarté, il fut l’homme le plus puissant du gouvernement, et en 1623 il resta en place pour servir le fils de Hidetada.
Go-Mizunoo avait succédé à son père, l’empereur Go-Yōzei, en 1611. Avant que la fille de Hidetada puisse entrer dans son palais, une dame de la cour lui donna un fils ; en 1619, Hidetada punit six courtisans de l’entourage de l’empereur et retarda le mariage, et le jeune empereur se raidit contre lui.
Tokugawa Masako entra au palais en 1620 comme épouse de Go-Mizunoo, escortée par Acha-no-Tsubone, la concubine d’Ieyasu. Elle fut faite impératrice en 1624. Un petit-enfant de shogun pouvait désormais devenir empereur.
Carlo Spinola, jésuite italien présent au Japon depuis 1602, resta caché après l’expulsion de 1614. Pris en 1618, il fut détenu quatre ans dans une prison semblable à une cage et, le 10 septembre 1622, brûlé à Nagasaki, l’un des 55 chrétiens, enfants compris, mis à mort ce jour-là.
Richard Cocks dirigea le comptoir anglais de Hirado à partir de 1613, avec Adams pour ami et pour guide ; son journal est l’un des témoignages les plus complets sur ces années. Le commerce ne fut jamais rentable. En 1623, après qu’un audit eut révélé un déficit énorme, la Compagnie ferma le comptoir, et Cocks mourut en mer sur le chemin du retour.
Ieyasu devint le dieu de sa maison, et Hidetada montra que seigneurs, empereur et chrétiens ne tenaient leur place qu’aux conditions du shogunat.
En 1623, Hidetada fit comme son père : il transmit le titre de shogun à son fils Iemitsu et garda le pouvoir en shogun retiré. Le père et le fils gouvernèrent ensemble jusqu’à la mort de Hidetada en 1632.
Tadanaga, frère cadet d’Iemitsu et préféré de leur mère Gō, avait un temps passé pour l’héritier. En 1624, il reçut le Suruga, avec le Kai et une partie du Tōtōmi, 550 000 koku en tout, et l’ancien château d’Ieyasu à Sunpu.
Kasuga-no-Tsubone, née Saitō Fuku, était la nourrice d’Iemitsu depuis 1604 ; le mari qu’elle avait quitté pour prendre ce poste, Inaba Masanari, était le vassal des Kobayakawa qui avait aidé à faire basculer son seigneur à Sekigahara. Des récits plus tardifs la montrent suppliant Ieyasu d’assurer la succession à Iemitsu plutôt qu’à Tadanaga. Son fils Inaba Masakatsu entra au conseil en 1623, et elle finit par régner sur le quartier des femmes du château d’Edo.
À l’automne 1626, Go-Mizunoo se rendit en cortège au château de Nijō comme l’hôte de Hidetada et d’Iemitsu, avec quelque 9 000 courtisans, fonctionnaires et serviteurs : une démonstration publique du lien entre le trône et les Tokugawa. Quelques jours plus tard, Gō, l’épouse de Hidetada, mourut.
Masako avait donné à Go-Mizunoo une fille, la princesse Okiko, en 1624, et à la fin de 1626 elle lui donna un fils. L’enfant, qui aurait pu faire d’un petit-fils de shogun un empereur, mourut en 1628.
Hasekura rentra en septembre 1620 après sept ans à l’étranger, pour trouver le christianisme interdit et son seigneur Masamune affichant des édits contre lui à Sendai. L’ambassade n’avait rien obtenu, et il mourut vers 1622.
Sotelo, qui attendait à Manille, se glissa au Japon par Nagasaki en 1622 et fut pris. Masamune plaida de nouveau pour lui, en vain : en août 1624, il fut brûlé à Ōmura.
Deux générations gouvernaient désormais ensemble à Edo, et le lien du trône avec les Tokugawa passait par Masako et sa fille.
Les robes pourpres
- 17◆Go-Mizunoo abdique — 22 déc. 1629
En bref
Les lois du shogunat interdisaient à l’empereur d’accorder sans le consulter les robes pourpres des moines de haut rang. Go-Mizunoo continua de les accorder, comme les empereurs l’avaient toujours fait. En 1627, le shogunat annula ses dons. Takuan Sōhō, ancien abbé du Daitokuji de Kyoto, protesta par écrit. Il fut convoqué à Edo, jugé et, en 1629, exilé à Kaminoyama, dans le Nord. En décembre, Go-Mizunoo abdiqua sans prévenir le shogunat.17 Sa fille de cinq ans, petite-fille de Hidetada, monta sur le trône sous le nom d’impératrice Meishō, première femme à régner depuis plus de huit siècles. Hidetada mourut en 1632, et Iemitsu gouverna seul. Son frère cadet, Tadanaga, jadis le préféré de leur mère, avait déjà été assigné à résidence à Kōfu à cause de rapports sur sa violence. Iemitsu lui retira ses terres et l’envoya à Takasaki. C’est là, au début de 1634, que Tadanaga se donna la mort sur ordre du shogunat.
La chaîne, période par période
Itakura Shigemune était depuis 1620 le représentant du shogun à Kyoto, le fonctionnaire chargé de surveiller la cour. En 1627, le shogunat annula les robes pourpres que Go-Mizunoo avait accordées à des moines de haut rang sans son consentement ; les protestations des grands temples zen passèrent par Shigemune, qui tenta de les apaiser avec le Myōshinji.
Takuan Sōhō, ancien abbé du Daitokuji, rédigea la protestation des temples. Il fut convoqué à Edo, jugé et, en 1629, exilé à Kaminoyama, dans le Nord, où le seigneur du lieu le traita en hôte d’honneur.
À l’automne 1629, Kasuga-no-Tsubone, la nourrice d’Iemitsu, se rendit à Kyoto et demanda à être admise au palais. Comme elle n’avait aucun rang à la cour, elle fut d’abord adoptée par une famille noble ; puis Go-Mizunoo et Masako la reçurent et lui donnèrent le titre sous lequel on la connaît.
En décembre 1629, Go-Mizunoo abdiqua sans prévenir le shogunat. Les robes, les lois du shogunat et la pression qu’il exerçait sur sa cour, tout cela pesait sur sa décision. Il continua de diriger la cour en empereur retiré pendant les règnes de quatre de ses enfants, et vécut jusqu’en 1680.
La princesse Okiko, cinq ans, petite-fille de Hidetada, monta sur le trône sous le nom d’impératrice Meishō, première femme à régner depuis 859 ans ; elle fut intronisée en 1630.
Yoshida Mitsuyoshi, de la famille marchande des Suminokura, avait appris l’arithmétique auprès de Mōri Shigeyoshi, puis étudié un livre de mathématiques chinois, le Suanfa tongzong de Cheng Dawei, avec son parent Suminokura Sōan. En 1627, il publia le Jinkōki, un manuel de boulier abondamment illustré qui resta en circulation, en des centaines de versions, jusqu’au XIXe siècle.
En 1630, Iemitsu donna à Hayashi Razan des terres à Shinobugaoka, à Ueno. Deux ans plus tard, Razan y fonda une école privée, avec une bibliothèque et une salle consacrée à Confucius : le germe de la future académie du shogunat.
Matsukura Shigemasa, qui avait combattu Gotō Mototsugu à Dōmyōji, reçut en 1616 l’ancien domaine des Arima chrétiens sur la péninsule de Shimabara. Il y bâtit un château sans commune mesure avec ses 43 000 koku et pressura ses villages pour le payer. À partir de 1627, il fit torturer des chrétiens dans les sources bouillantes du mont Unzen. Il mourut en 1630, réclamant toujours une attaque contre Manille.
Takenaka Shigeyoshi, seigneur de Funai dans le Bungo, devint gouverneur de Nagasaki en 1629, une charge d’ordinaire tenue par des hommes de moindre rang. À l’instigation de Matsukura Shigemasa, il envoya les chrétiens de Nagasaki à Unzen, et c’est sous lui que le supplice de la fosse entra en usage. Destitué en 1633 pour commerce illicite, il reçut l’ordre de se donner la mort.
Suetsugu Heizō, représentant du shogunat à Nagasaki et armateur patenté, envoyait ses navires à Taïwan, où les Hollandais avaient bâti un fort en 1624 et s’étaient mis à taxer le commerce étranger à dix pour cent. Ses capitaines refusèrent de payer.
Pieter Nuyts, qui venait de cartographier la côte sud de l’Australie, vint à Edo en 1627 comme envoyé de la Compagnie, avec François Caron pour interprète de la mission, et fut renvoyé sans audience. Devenu gouverneur de Taïwan, il retint alors les navires de Heizō et confisqua leurs armes.
En 1628, Hamada Yahyōe, capitaine de Heizō, maîtrisa Nuyts et le garda en otage jusqu’à ce qu’on s’entende sur des conditions. Des otages furent échangés pour le voyage jusqu’à Nagasaki, où Heizō fit emprisonner les Hollandais, et le comptoir hollandais de Hirado fut fermé.
L’empereur perdit une épreuve de force et laissa le trône à une petite-fille des Tokugawa ; au-dehors, la querelle d’un marchand de Nagasaki ferma la porte aux Hollandais.
Après 1623, Hidetada avait gardé la haute main sur les nominations, la cour et la famille. En 1631, il fit assigner à résidence son fils Tadanaga à Kōfu à cause de rapports sur sa violence. Il mourut en mars 1632.
Iemitsu, 27 ans, gouvernait désormais sans son père, par des proches de sa jeunesse : sa nourrice Kasuga-no-Tsubone, son page d’enfance Matsudaira Nobutsuna et son favori Hotta Masamori.
Iemitsu retira à Tadanaga ses 550 000 koku en 1632 et le fit garder au château de Takasaki. Les contemporains qui rapportèrent sa violence sont crus par certains historiens et mis en doute par d’autres.
La mort de Hidetada entraîna une amnistie, et Takuan fut gracié en 1632 grâce notamment aux efforts de Tenkai et du maître de sabre Yagyū Munenori. Iemitsu se prit d’affection pour lui : à partir de 1636, Takuan resta à ses côtés à Edo et, en 1639, devint le premier abbé du Tōkaiji, un temple bâti par Iemitsu.
Pour rouvrir le commerce, la Compagnie destitua Nuyts et, en 1632, le livra aux Japonais. Le comptoir de Hirado rouvrit cette année-là ; Nuyts resta détenu au Japon jusqu’en 1636.
François Caron était arrivé au Japon en 1619 comme aide-cuisinier, avait appris le japonais et vivait avec une Japonaise, dont il eut six enfants. Interprète de la Compagnie, puis son second au Japon, c’est lui qui parlait pour elle à Edo ; en 1636, son présent d’une lanterne de cuivre, toujours à Nikkō, obtint la libération de Nuyts.
Hidetada disparu, toutes les décisions d’Edo revinrent à Iemitsu.
La mer fermée
- 18◆La résidence alternée — 1635 · les seigneurs à Edo
- 19⌂Dejima — 1636 · les Portugais enfermés
- 20⚑Le soulèvement de Shimabara — déc. 1637
En bref
Iemitsu gouvernait par des hommes avec qui il avait grandi. Son page d’enfance, Matsudaira Nobutsuna, devint en 1633 l’un de ses conseillers principaux. Des édits publiés de 1633 à 1636 interdirent à tout Japonais de partir outre-mer, et à ceux qui étaient partis de revenir, sous peine de mort. En 1635, Iemitsu obligea les grands seigneurs à résider à Edo une année sur deux18 et à y laisser à demeure leurs épouses et leurs héritiers. Dans le port de Nagasaki, des ouvriers construisirent une île artificielle, Dejima, et en 1636 les marchands portugais y furent enfermés.19 Sur la péninsule de Shimabara, ancien domaine des Arima chrétiens, les seigneurs Matsukura avaient bâti un nouveau château coûteux et pressuré leurs villages pour le payer, pendant des années de mauvaises récoltes. Matsukura Katsuie continua de les écraser d’impôts et fit torturer ceux qui refusaient d’abjurer. En décembre 1637, la péninsule se souleva,20 et avec elle les îles d’Amakusa, de l’autre côté de la mer. Les rebelles prirent pour chef un jeune chrétien d’environ seize ans, Amakusa Shirō. Contre leur seigneur, ils fortifièrent le château en ruine de Hara et s’y enfermèrent avec leurs familles.
La chaîne, période par période
Tadanaga se donna la mort à Takasaki sur ordre du shogunat en janvier 1634, à 27 ans. Il y était détenu depuis 1632, quand son frère lui avait pris ses terres. Les listes japonaises datent sa mort de 1633, selon l’année de l’ancien calendrier.
Doi Toshikatsu fit passer le gouvernement de Hidetada dans celui d’Iemitsu. Transféré à Koga avec 162 000 koku en 1633, il présida à la révision des Lois des maisons militaires de 1635, qui fit de la résidence alternée à Edo une obligation écrite ; Hayashi Razan en rédigea le texte.
Sakai Tadakatsu siégeait au conseil aux côtés de Doi et reçut en 1634 tout le Wakasa, avec le château d’Obama. En 1638, les deux hommes furent déchargés des affaires courantes et ne furent plus appelés que pour les grandes questions : ce fut le début de la charge appelée plus tard tairō, « grand ancien ».
Matsudaira Nobutsuna était le page d’Iemitsu depuis la petite enfance du shogun. En 1633, il devint conseiller principal et seigneur d’Oshi ; il resterait au cœur du gouvernement près de trente ans.
Hotta Masamori était le petit-fils par alliance de Kasuga-no-Tsubone et l’un des favoris d’Iemitsu. Il entra au conseil en 1635 et tint successivement Kawagoe, Matsumoto et Sakura. Son ascension tenait à sa proximité avec le shogun.
Des édits publiés de 1633 à 1636 interdirent à tout Japonais de partir outre-mer ou, s’il était parti, de revenir, sous peine de mort. En 1636, les marchands portugais furent enfermés à Dejima, une île artificielle construite dans le port de Nagasaki.
Sō Yoshinari, fils de Yoshitoshi, tenait Tsushima et avec elle les relations du Japon avec la Corée. Ces relations reposaient sur les lettres d’État que les hommes de son père avaient falsifiées, et son principal vassal le savait.
Yanagawa Shigeoki, dont la famille gérait les affaires de Corée pour les Sō, se brouilla avec son seigneur et révéla les faux, dans l’espoir de devenir vassal direct du shogun. En 1635, Iemitsu entendit lui-même l’affaire devant les seigneurs assemblés et donna raison à Yoshinari. Shigeoki fut exilé à Tsugaru ; ceux qui avaient fabriqué les faux furent exécutés ou bannis.
Kihaku Genpō, le moine qui rédigeait les lettres de Tsushima au temple Iteian et était allé deux fois en Corée comme envoyé, fut exilé à Morioka. À partir de 1635, le shogunat envoya à tour de rôle à Tsushima des moines lettrés des Cinq Montagnes de Kyoto, pour rédiger les lettres à la Corée sous son contrôle.
Inoue Masashige devint grand inspecteur du shogunat en 1632 et la cheville ouvrière de sa traque des chrétiens ; en 1640, il fut nommé premier chef de son bureau d’enquête religieuse.
Cristóvão Ferreira, supérieur par intérim des jésuites du Japon, fut pris à Nagasaki en 1633 et suspendu la tête en bas dans la fosse. Les prêtres arrêtés avec lui moururent ; lui abjura. Sous le nom de Sawano Chūan, il épousa une Japonaise et aida les autorités contre ses anciens frères. La nouvelle de son apostasie poussa d’autres jésuites à tenter de gagner le Japon.
En 1637, les seigneurs passaient une année sur deux à Edo, aucun Japonais ne pouvait partir outre-mer, et les affaires de Corée se traitaient sous l’œil du shogun.
Le château de Hara
- 21⚔L’assaut manqué — févr. 1638 · le premier commandant tué
- 22♜La chute de Hara — 12–15 avril 1638
- 23◆Les Portugais bannis — 1639
- 24◆L’entrepôt abattu — nov. 1640 · une date chrétienne sur son pignon
- 25⌂Les Hollandais à Dejima — 1641–1859
En bref
Hara tint tête aux seigneurs de Kyushu. Iemitsu envoya Nobutsuna prendre le commandement. Le premier commandant, apprenant qu’il allait être remplacé, lança ses hommes contre les murailles en février et fut tué.21 Nobutsuna encercla le château avec plus de 100 000 hommes et attendit que la faim fasse son œuvre. À la demande du shogunat, les Hollandais de Hirado envoyèrent un navire le bombarder, sans grand effet. En avril 1638, la garnison affamée fut prise d’assaut.22 Shirō fut tué, et avec lui presque tous ceux qui se trouvaient dans le château. Katsuie perdit son domaine, et Iemitsu le fit décapiter à Edo, en lui refusant le droit de se donner lui-même la mort. Le soulèvement s’était fait sous des bannières chrétiennes, et le shogunat soupçonnait les Portugais de l’avoir attisé. En 1639, les navires portugais furent bannis du Japon.23 En 1640, le grand inspecteur du shogun, Inoue Masashige, vint à Hirado et ordonna au chef des Hollandais, François Caron, d’abattre le nouvel entrepôt de pierre de la Compagnie, parce qu’il portait une date chrétienne. Si Caron refusait, il devait être tué. Il obéit,24 et en 1641 les Hollandais furent transférés à Dejima, pour y commercer sous surveillance25 pendant les deux siècles suivants.
La chaîne, période par période
Matsukura Katsuie succéda à son père à Shimabara et continua de pressurer ses villages pendant des années de mauvaises récoltes et de torturer ceux qui gardaient leur foi. En décembre 1637, la péninsule se souleva.
Terazawa Katataka, seigneur de Karatsu, tenait aussi les îles d’Amakusa, de l’autre côté de la mer, où il avait lui aussi durement persécuté les chrétiens. Amakusa se souleva avec Shimabara.
Les rebelles, villageois et chrétiens rejoints par d’anciens vassaux sans maître des maisons Arima et Konishi, prirent pour chef un jeune homme d’environ seize ans, Amakusa Shirō, et s’enfermèrent avec leurs familles dans le château en ruine de Hara.
Itakura Shigemasa, frère cadet d’Itakura Shigemune, fut envoyé comme commissaire du shogun, avec Ishigai Sadakiyo pour adjoint, mais ne parvint pas à faire attaquer ensemble les seigneurs de Kyushu. Apprenant qu’il allait être remplacé, il donna l’assaut à Hara le jour du Nouvel An de l’ancien calendrier, le 14 février 1638, et fut tué.
Nobutsuna prit le commandement, encercla le château avec plus de 100 000 hommes et attendit que la faim fasse son œuvre ; on demanda aux Hollandais de le bombarder. En avril 1638, le château affamé fut pris d’assaut. Shirō et presque tous ceux qui s’y trouvaient, quelque 37 000 personnes, furent tués.
Toda Ujikane, seigneur d’Ōgaki, accompagna Nobutsuna comme second commissaire et plaida pour maintenir le blocus jusqu’à ce que la faim fasse son œuvre, plutôt que de donner l’assaut aux murailles.
Hosokawa Tadatoshi, seigneur de Kumamoto, et son fils Mitsunao conduisirent l’un des grands contingents de Kyushu au siège et s’y distinguèrent. Deux ans plus tard, sa maison accueillit le maître du sabre Miyamoto Musashi.
Iemitsu fit décapiter Katsuie à Edo, le seul seigneur de l’époque à subir ce châtiment, et retira Amakusa à Terazawa Katataka, qui se donna la mort en 1647. Kōriki Tadafusa fut transféré de Hamamatsu au domaine dévasté de Shimabara et passa ses années là-bas à attirer des colons pour remettre les terres en culture.
Nicolaes Couckebacker, chef du comptoir hollandais de Hirado, répondit à la demande du shogunat en bombardant Hara depuis le navire De Rijp pendant environ deux semaines, sans grand effet. Les Hollandais avaient montré qu’ils étaient prêts à tirer sur des chrétiens.
Le soulèvement s’était fait sous des bannières chrétiennes, et le shogunat soupçonnait les Portugais de l’avoir attisé. En 1639, les navires portugais furent bannis du Japon pour toujours, et seuls les Hollandais, parmi les Européens, continuèrent de venir.
Le soulèvement coûta sa tête à un seigneur et ses îles à un autre, et il ferma le Japon aux Portugais.
Un shogun de dix ans
- 26♛Ietsuna nommé shogun — 1651 · à dix ans
- 27◆Le grand incendie de Meireki — 2–4 mars 1657 · environ 100 000 morts
En bref
En 1641 naquit Ietsuna, l’héritier d’Iemitsu. En juin 1651, Iemitsu mourut à 46 ans. Sur son lit de mort, il confia à son demi-frère, Hoshina Masayuki, la garde de l’enfant. À l’automne, Ietsuna, âgé de dix ans, fut nommé shogun.26 Un maître de science militaire, Yui Shōsetsu, et des samouraïs sans maître qui imputaient leur ruine au shogunat projetèrent d’incendier Edo et de s’emparer du château. Un délateur les trahit, et Yui se donna la mort à Sunpu quand des officiers cernèrent son auberge. Le conseil, où siégeaient notamment Hoshina et Nobutsuna, répondit par une réforme : il assouplit la règle qui confisquait le domaine d’un seigneur mort sans héritier, et qui avait fait tant de samouraïs sans maître. En mars 1657, un incendie détruisit la plus grande partie d’Edo27 et le grand donjon du château, et tua environ 100 000 personnes. Hoshina consacra le trésor aux secours et ne fit pas rebâtir le donjon : une tour, disait-il, ne servait à rien pour la défense. En 1600, Ieyasu avait gagné le pays en une seule journée de bataille. Soixante ans plus tard, son arrière-petit-fils en avait hérité enfant et l’avait gardé : les seigneurs résidaient à Edo une année sur deux sous les lois du shogunat, les navires étrangers ne venaient que là où il le permettait, et un conseil gouvernait au nom du shogun.
La chaîne, période par période
François Caron devint chef du comptoir de Hirado en 1639. En 1640, le grand inspecteur Inoue Masashige lui ordonna d’abattre le nouvel entrepôt de pierre de la Compagnie, parce qu’il portait une date chrétienne ; il obéit et sauva le commerce.
Maximiliaan le Maire succéda à Caron en février 1641 et, la même année, transféra le comptoir à Dejima, l’île bâtie pour les Portugais, où les Hollandais commercèrent sous surveillance pendant les deux siècles suivants.
En 1649, une ambassade hollandaise vint réparer les relations, avec à son bord le chirurgien Caspar Schamberger, de Leipzig. Pendant que son audience se faisait attendre à Edo, il soigna de hauts fonctionnaires, attira l’attention du grand inspecteur Inoue Masashige, fut retenu jusqu’en 1650 et rappelé en 1651 pour enseigner sa chirurgie.
Inomata Denbei, l’interprète de Schamberger, reçut du gouverneur de Nagasaki l’ordre de mettre par écrit sa chirurgie. Des médecins japonais l’enseignèrent ensuite sous le nom de chirurgie à la manière de Caspar.
Amakusa, retirée aux Terazawa, passa sous l’administration directe du shogunat en 1641, et Suzuki Shigenari, vassal direct du shogun qui avait combattu à Hara, en devint le premier administrateur. Il fit venir des colons et contesta l’estimation de 42 000 koku que les Terazawa avaient imposée aux îles ruinées.
Suzuki Shōsan, frère aîné de Shigenari, avait combattu à Sekigahara et à Osaka comme vassal direct du shogun avant de devenir moine zen. À la demande de son frère, il vint à Amakusa, restaura des temples et écrivit en 1642 le Ha-Kirishitan, une attaque contre la doctrine chrétienne. Il enseignait que le travail des champs, le commerce ou tout labeur honnête, accompli de tout son cœur, était une pratique bouddhique.
Giuseppe Chiara, l’un des jésuites que l’apostasie de Ferreira avait poussés à partir, débarqua dans le Chikuzen en 1643 et fut pris aussitôt. À Edo, il fut interrogé chez Inoue Masashige, avec l’aide de Ferreira, et sous le supplice de la fosse il abjura. Sous le nom d’Okamoto San’emon, il passa le reste de sa vie, 43 ans, enfermé dans la prison des chrétiens de Koishikawa.
Kasuga-no-Tsubone, maîtresse du quartier des femmes, faisait venir depuis la mort de Gō en 1626 une jeune femme après l’autre, dans l’espoir de donner un héritier à Iemitsu.
O-Raku-no-Kata, fille d’un paysan devenu petit samouraï, fut l’une d’elles. En septembre 1641, elle donna à Iemitsu un fils, Ietsuna.
Hoshina Masayuki était le fils que Hidetada avait eu d’une servante, caché à Gō et élevé par les seigneurs Hoshina de Takatō ; Iemitsu lui-même ignora d’abord son existence. Il devint le demi-frère en qui Iemitsu avait confiance et reçut Aizu en 1643.
L’impératrice Meishō régna quatorze ans tandis que son père dirigeait sa cour. En 1643, à 19 ans, elle céda le trône à un demi-frère. Elle vécut ensuite en impératrice retirée jusqu’en 1696.
L’empereur Go-Kōmyō, fils de Go-Mizunoo et d’une dame de la cour, monta sur le trône en 1643 à dix ans. Masako devint sa mère adoptive, si bien que les Tokugawa restaient, dans les formes, de la famille de l’empereur. Il aimait le savoir confucéen, pratiquait les arts martiaux et ne cachait guère son aversion pour le shogunat.
En 1641, Iemitsu ordonna d’établir la généalogie de chaque seigneur et de chaque haut vassal. Hayashi Razan en fut le rédacteur en chef ; les familles envoyèrent leurs arbres et leurs documents, et en 1643 furent présentées les généalogies de l’ère Kan’ei, 186 volumes sur quelque 1 400 maisons.
Hayashi Gahō, troisième fils de Razan, né en 1618, avait été présenté à Iemitsu en 1634 et travaillait avec son père aux généalogies et à la chronique du Japon commandée par le shogunat.
Nakae Tōju quitta en 1634, sans autorisation, son poste dans le domaine d’Ōzu pour s’occuper de sa mère dans l’Ōmi. Dans son école de village, il enseigna un confucianisme du cœur, de plus en plus inspiré de Wang Yangming, et ses élèves l’appelèrent le Sage de l’Ōmi. Il mourut en 1648.
Kumazawa Banzan étudia auprès de Tōju à partir de 1642 et, en 1645, entra au service d’Ikeda Mitsumasa, seigneur d’Okayama, qui partageait son goût pour l’enseignement de Wang Yangming. Il s’éleva jusqu’à 3 000 koku.
Ikeda Mitsumasa, seigneur d’Okayama depuis 1632, se servit de Banzan pour fonder une société d’étude pour ses vassaux, dont Banzan rédigea la charte en 1651, et, en 1654, quand l’inondation et la famine frappèrent le Bizen, pour aider à diriger les secours.
Miyamoto Musashi avait lui aussi été à Hara, où les pierres des rebelles le blessèrent. En 1640, Hosokawa Tadatoshi l’accueillit à Kumamoto. Tadatoshi mourut l’année suivante et, à partir de 1643, Musashi écrivit le Traité des cinq roues dans une grotte à l’ouest de la ville. Il mourut en 1645.
Matsunaga Teitoku, poète et neveu du confucéen Fujiwara Seika, enseignait le haikai, la poésie liée comique, comme un art soumis à des règles. Son école, le Teimon, le répandit dans les villes.
Matsue Shigeyori, marchand de fil de soie à Kyoto, commença sous la direction de Teitoku une anthologie avec un condisciple ; ils se brouillèrent à son sujet, et en 1633 Shigeyori publia seul l’Enokoshū, la première anthologie de haikai de l’époque, et quitta le cercle de Teitoku. Son Kefukigusa de 1645 devint un manuel de référence de l’école.
Kitamura Kigin, fils de médecin, qui apprit le haikai auprès de Teishitsu puis de Teitoku, publia en 1648 le Yamanoi, premier dictionnaire complet des mots de saison, écrit en partie pour prendre le parti de son maître Teishitsu contre Shigeyori. Bashō serait plus tard son élève.
Les Hollandais étaient parqués à Dejima, la traque atteignait les derniers prêtres, et le shogunat avait son héritier.
Iemitsu mourut en juin 1651, à 46 ans, après 28 ans comme shogun, dont 19 seul. Sur son lit de mort, il confia à son demi-frère Hoshina Masayuki la garde de son héritier.
Hotta Masamori, le favori que Kasuga avait poussé, se donna la mort pour suivre Iemitsu, comme d’autres anciens conseillers. Nobutsuna, qui ne le fit pas, fut raillé pour cela dans un poème anonyme.
Ietsuna fut nommé shogun à l’automne, à dix ans, le premier de sa lignée à hériter du titre enfant. Un conseil formé des hommes de son père gouverna en son nom.
Hoshina Masayuki, tuteur de l’enfant, dirigea le conseil avec Nobutsuna et Abe Tadaaki. Après le complot de 1651, ils assouplirent la règle qui confisquait le domaine d’un seigneur mort sans héritier, la règle qui avait fait tant de samouraïs sans maître.
Abe Tadaaki, conseiller depuis 1633, s’était élevé depuis la charge de capitaine des pages d’Iemitsu. Après le complot, il mena le conseil à revenir sur sa dureté : moins de confiscations, et des seigneurs pressés de prendre à leur service des samouraïs sans maître.
Ishigai Sadakiyo, qui avait été l’adjoint d’Itakura Shigemasa à Hara et avait été blessé lors de l’assaut manqué, devint en 1651 magistrat du Nord d’Edo. Il arrêta Marubashi Chūya et aurait plus tard trouvé une place à un millier de samouraïs sans maître.
Tokugawa Yorinobu, fils d’Ieyasu et seigneur de Kii depuis 1619, était désormais l’aîné de la famille. Des lettres à son nom furent trouvées parmi les papiers de Yui ; on les jugea fausses, mais il fut retenu à Edo jusqu’en 1659.
Sakai Tadakiyo, petit-fils de l’un des anciens de Hidetada, entra au conseil en 1653, encore dans la vingtaine, comme son membre le plus élevé en rang. À mesure que les vieux se retiraient, il monta ; Sakai Tadakatsu quitta ses fonctions en 1656.
Yui Shōsetsu, maître de science militaire à Edo, rassembla des samouraïs sans maître qui imputaient leur ruine au shogunat. Après la mort d’Iemitsu, ils projetèrent d’incendier Edo, de tuer les conseillers et de s’emparer de l’enfant shogun, tandis que Yui lui-même se saisirait de l’empereur à Kyoto.
Marubashi Chūya, maître de lance qui tenait une école à Ochanomizu, devait mener l’attaque à Edo. Un délateur trahit le complot ; Marubashi fut pris avant qu’il commence et crucifié à Suzugamori avec sa mère. À Sunpu, Yui se donna la mort quand des officiers cernèrent son auberge.
Go-Kōmyō, l’empereur dont les conjurés de Yui Shōsetsu avaient voulu s’emparer en 1651, mourut en octobre 1654, à 21 ans. Son héritier adoptif, son frère Satohito, était un nouveau-né.
Go-Sai, un autre fils de Go-Mizunoo, fut placé sur le trône en janvier 1655 pour le garder jusqu’à ce que le jeune prince ait grandi. Par sa mère, il était cousin germain de Date Tsunamune, futur seigneur de Sendai.
Itsunen Shōyū, marchand chinois de Hangzhou devenu abbé du Kōfukuji, le temple chinois de Nagasaki, invita à quatre reprises le maître chan du Fujian Yinyuan, Ingen en japonais.
Ingen Ryūki vint à la quatrième invitation, embarquant en 1654 sur un navire armé par Koxinga, avec plus de vingt disciples. Il apportait le bouddhisme, la psalmodie et les usages de la Chine de la fin des Ming. Le shogunat, méfiant envers ses fidèles, le tint enfermé dans son temple près d’Osaka et limita ses moines à 200.
Ryūkei Shōsen, ancien abbé du Myōshinji, devint le disciple d’Ingen, l’installa au Fumonji et s’employa à le retenir au Japon quand les trois années promises furent écoulées.
Mukai Genshō, médecin confucéen de Nagasaki, reçut en 1654 l’ordre du shogunat d’interroger les chirurgiens hollandais par le truchement d’interprètes, et mit leur chirurgie par écrit. Il écrivit aussi une réfutation de la traduction par Ferreira d’un livre européen sur les cieux, saisi sur les jésuites pris en 1643.
La succession d’un enfant tint : les conjurés moururent, le conseil gouverna, et le bouddhisme chinois trouva au Japon une nouvelle patrie.
En mars 1657, un incendie ravagea la plus grande partie d’Edo et le grand donjon du château, et tua entre 30 000 et 100 000 personnes : le pire incendie de l’époque.
Hoshina Masayuki ouvrit les greniers à riz, contrôla les prix et distribua de l’argent pour reconstruire, aux samouraïs comme aux citadins. Il ne fit pas rebâtir le donjon : le trésor, soutenait-il, devait aller à la ville.
Nobutsuna, en tant que conseiller principal, renvoya les seigneurs chez eux plus tôt que prévu pour vider la ville. Les branches cadettes des Tokugawa déplacèrent leurs résidences hors du château, un pont fut jeté sur la Sumida, des coupe-feu furent tracés et, en 1658, le shogunat créa des brigades de pompiers permanentes.
Hōjō Ujinaga, théoricien militaire et grand inspecteur qui avait étudié l’artillerie de siège hollandaise, reçut l’ordre de relever la ville incendiée et d’en redessiner les îlots. En 1658, il reprit le bureau d’enquête religieuse des mains d’Inoue Masashige, qui se retirait.
Date Tadamune, fils de Masamune, gouvernait Sendai depuis 1636. Il mourut en 1658, plusieurs de ses vassaux le suivant dans la mort, et son fils Tsunamune lui succéda.
Date Tsunamune inquiéta bientôt sa parenté. En 1660, ses parents et son oncle Date Munekatsu portèrent l’affaire devant Sakai Tadakiyo et, le 18 juillet, le shogunat ordonna d’assigner Tsunamune à résidence pour conduite inconvenante ; la chronique du shogunat incrimina la boisson et les plaisirs.
Kamechiyo, fils de Tsunamune et arrière-petit-fils de Masamune, plus tard Date Tsunamura, lui succéda à un peu plus d’un an, avec deux parents nommés ses tuteurs sous l’œil du shogunat.
Date Munekatsu, dixième fils de Masamune, dont l’héritier avait épousé la fille adoptive de Sakai Tadakiyo, reçut 30 000 koku en propre à Ichinoseki et la première tutelle. Le lendemain de l’ordre, il fit tuer quatre des proches serviteurs de Tsunamune. Le gouvernement des tuteurs finirait dans les troubles de la maison Date de 1671.
Tamura Muneyoshi, fils de Tadamune et demi-frère aîné de Tsunamune, qui avait relevé le nom de Tamura, celui de la famille de sa grand-mère, reçut 30 000 koku à Iwanuma et la seconde tutelle.
Hotta Masanobu avait hérité de Sakura quand son père avait suivi Iemitsu dans la mort. En octobre 1660, il adressa à Hoshina et Abe un mémoire accusant le gouvernement d’appauvrir le peuple et les vassaux du shogun, offrit de rendre son domaine et rentra chez lui à cheval sans autorisation. Nobutsuna parla de folie, ce qui épargna sa famille ; son domaine fut confisqué.
Suzuki Shigenari pressa sans relâche le shogunat de réduire l’estimation d’Amakusa. Il mourut dans sa résidence d’Edo en 1653 ; selon la tradition des îles, il se donna la mort en ultime appel, laissant une pétition derrière lui.
Suzuki Shigetoki, fils de Shōsan et héritier adoptif de Shigenari, lui succéda à Amakusa et poursuivit l’appel. En 1659, l’estimation des îles fut réduite de moitié, de 42 000 koku à 21 000 ; les Suzuki y sont toujours honorés dans un sanctuaire.
L’incendie détruisit la maison et la bibliothèque de Hayashi Razan, et avec elles la chronique du Japon qu’il avait présentée en 1644. Il mourut quatre jours plus tard.
Gahō lui succéda à la tête de la maison en 1657. Dans les années 1660, il réécrirait la chronique perdue ; le Honchō tsugan fut achevé en 1670.
En 1658, Ingen rencontra Ietsuna à Edo. En 1660, le shogunat lui donna des terres à Uji, sur l’ancien domaine de la mère de Go-Mizunoo, et en 1661 il ouvrit le Manpukuji, temple principal d’une nouvelle école Ōbaku ; Go-Mizunoo comptait parmi ses protecteurs.
L’édition de 1641 du Jinkōki de Yoshida Mitsuyoshi se terminait par douze problèmes laissés sans solution, un défi lancé à quiconque se croyait capable de les résoudre.
En 1653, Enami Tomosumi, mathématicien d’Osaka, publia le Sanryōroku : il résolut certains des problèmes, les jugea trop faciles et en posa huit plus difficiles de son cru.
Yamada Masashige, de Kōriyama dans le Yamato, publia le Kaisanki, dont la plus ancienne édition connue date de 1659 ; il y corrigeait le Jinkōki, le Sanryōroku et d’autres livres, résolvait les problèmes de Mitsuyoshi et en laissait onze nouveaux. Se transmettre des problèmes par l’imprimé devint la manière dont progressèrent les mathématiques japonaises.
Andō Seian, confucéen du domaine de Yanagawa qui avait été blessé à Hara, se rendit à Nagasaki en 1660 pour rencontrer Zhu Shunshui, le prit pour maître, persuada les autorités de le laisser rester et lui donna pendant six ans la moitié de sa propre et modeste pension.
Zheng Zhilong, marchand et seigneur de la mer du Fujian, avait vécu à Hirado et épousé une Japonaise, Tagawa Matsu ; leur fils y naquit en 1624. Fait seigneur par les loyalistes Ming, il passa aux Qing en 1646.
Zheng Chenggong, dit Koxinga, élevé à Hirado jusqu’à l’âge de sept ans, refusa de se soumettre et continua de combattre pour les Ming depuis la côte du Fujian, envoyant au Japon des émissaires demander des troupes. En 1659, son attaque contre Nankin échoua.
Zhu Shunshui, lettré des Ming, avait fait escale quatre fois à Nagasaki comme envoyé de Koxinga pour chercher l’aide japonaise, et avait combattu dans la campagne de Nankin. Après l’échec, il renonça et s’établit à Nagasaki en 1659.
Soixante ans après Sekigahara, le shogunat reconstruisit sa capitale, régla depuis Edo la succession d’un grand seigneur et punit jusqu’au fils d’un favori pour avoir parlé.
Qui est qui
Les shoguns Tokugawa et leurs seigneurs
La maison Toyotomi et ses alliés
L’empereur et la cour
Les chrétiens du Japon et les missions
Marchands hollandais et anglais
Le royaume des Ryūkyū
Autres
Chronologie
- 1♜Fushimi — août–sept. 1600 · prise par l’armée de l’Ouest 1600
- 2◆Le conseil d’Oyama — 1600 · les seigneurs de l’Est font demi-tour 1600
- 3⚔Sekigahara — 21 oct. 1600 · la victoire d’Ieyasu 1600
- 4♛Ieyasu nommé shogun — 24 mars 1603 · Fushimi 1603–1607
- 5⌂Le comptoir hollandais — 1609 · Hirado 1600–1611
- 6⚔La caraque détruite — janv. 1610 · port de Nagasaki 1610–1614
- 7◆La première interdiction — avril 1612 · les terres du shogunat 1610–1614
- 8◆La cloche du Hōkōji — 1614 · Kyoto 1614
- 9♜Le Sanada-maru — hiver 1614–1615 · les assauts repoussés 1614
- 10✒La paix d’hiver — janv. 1615 · les douves comblées 1615
- 11⚔Tennōji — 3 juin 1615 · victoire des Tokugawa 1615
- 12♜La chute d’Osaka — 3–4 juin 1615 1615
- 13◆Les Lois des maisons militaires — 1615 · lues à Fushimi 1615
- 14◆Le Code de la cour — 1615 · château de Nijō 1615
- 15⌂Le Tōshō-gū de Nikkō — 1617 · Ieyasu y est divinisé 1616–1623
- 16†Le Grand Martyre — 10 sept. 1622 · 55 exécutés 1616–1623
- 17◆Go-Mizunoo abdique — 22 déc. 1629 1627–1634
- 18◆La résidence alternée — 1635 · les seigneurs à Edo 1633–1637
- 19⌂Dejima — 1636 · les Portugais enfermés 1633–1637
- 20⚑Le soulèvement de Shimabara — déc. 1637 1633–1637
- 21⚔L’assaut manqué — févr. 1638 · le premier commandant tué 1638–1641
- 22♜La chute de Hara — 12–15 avril 1638 1638–1641
- 23◆Les Portugais bannis — 1639 1638–1641
- 24◆L’entrepôt abattu — nov. 1640 · une date chrétienne sur son pignon 1638–1641
- 25⌂Les Hollandais à Dejima — 1641–1859 1638–1641
- 26♛Ietsuna nommé shogun — 1651 · à dix ans 1641–1660
- 27◆Le grand incendie de Meireki — 2–4 mars 1657 · environ 100 000 morts 1641–1660
Sources
- Battle of Sekigahara — Wikipedia (la campagne de 1600, la défection de Hideaki, le règlement qui suivit) — source
- 関ヶ原の戦い / 徳川家康 — Wikipedia en japonais (Osaka en 1599–1600, le conseil d’Oyama, la réduction des Mōri, Sunpu en 1607) — source
- Invasion of Ryukyu, 1609 — Wikipedia (l’expédition de Satsuma, Shō Nei à Sunpu et à Edo, les serments de 1611) — source
- William Adams — Wikipedia (le Liefde, Itō, les Hollandais à Hirado en 1609) — source
- 岡本大八事件 / 禁教令 — Wikipedia en japonais (l’affaire Arima, les interdictions de 1612 et 1614, l’édit de Sūden) — source
- 方広寺鐘銘事件 — Wikipedia en japonais (l’inscription de la cloche, la mission et la fuite de Katagiri Katsumoto) — source
- Siege of Osaka — Wikipedia (la paix d’hiver, Tennōji, la fin des Toyotomi) — source
- Tenkai — Wikipedia (la querelle entre gongen et myōjin, Nikkō) — source
- 紫衣事件 / 徳川忠長 — Wikipedia en japonais (les robes pourpres, l’exil de Takuan, la chute de Tadanaga) — source
- Shimabara Rebellion — Wikipedia (le mauvais gouvernement des Matsukura, le château de Hara, le navire hollandais) — source
- フランソワ・カロン — Wikipedia en japonais (l’ordre d’Inoue Masashige à Hirado, 1640) — source
- 慶安の変 / 保科正之 — Wikipedia en japonais (le complot de Yui Shōsetsu, l’incendie de Meireki et le donjon jamais reconstruit) — source
Chaque affirmation du texte a été vérifiée dans les sources ci-dessus. Frontières : historical-basemaps (A. Ourednik, GPL-3.0), l’état de c.1600, simplifié — schématique, les bons États à peu près aux bons endroits. Territoires ayant changé de mains : provinces modernes (Natural Earth) ou états plus tardifs tenant lieu des frontières historiques. Terres, lacs et fleuves : Natural Earth. Portraits : crédités ci-dessous avec auteur, licence et source.
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- O-Raku-no-Kata — imagined likeness, generated in the manner of early Edo Japanese yamato-e and Kano-school portrait painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Matsue Shigeyori — imagined likeness, generated in the manner of early Edo Japanese yamato-e and Kano-school portrait painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Marubashi Chūya — imagined likeness, generated in the manner of early Edo Japanese yamato-e and Kano-school portrait painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Sakai Tadakiyo — Seated image attributed to Sakai Tadakiyo (伝酒井忠清座像), Gunma Prefectural Museum of History; reproduced in Maebashi City Underground Map, central district; attribution retained · licence not stated — source
- Mukai Genshō — imagined likeness, generated in the manner of early Edo Japanese yamato-e and Kano-school portrait painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Suzuki Shigetoki — Amakusa Tanken, close-up of Suzuki Shigetoki in the named Three Suzuki memorial at Amakusa Shinkin Bank; modern bronze statue · licence not stated — source
- Enami Tomosumi — imagined likeness, generated in the manner of early Edo Japanese yamato-e and Kano-school portrait painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Yamada Masashige — imagined likeness, generated in the manner of early Edo Japanese yamato-e and Kano-school portrait painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Andō Seian — Yanagawa City, cover illustration of 柳川・学問の祖 安東省菴; modern named depiction, 2023 · licence not stated — source
- Date Munekatsu — imagined likeness, generated in the manner of early Edo Japanese yamato-e and Kano-school portrait painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Tamura Muneyoshi — imagined likeness, generated in the manner of early Edo Japanese yamato-e and Kano-school portrait painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration
- Ōkubo Tadachika — Touken World / Token Corporation, modern illustration explicitly captioned 大久保忠隣 · licence not stated — source
- Maximiliaan le Maire — imagined likeness, generated in the manner of early Edo Japanese yamato-e and Kano-school portrait painting (Codex image generation, 2026); no historical portrait survives or could be identified · generated illustration