La Ligue hanséatique · la série

Une règle imposée par l’Angleterre

L’Angleterre n’a jamais exclu Cologne des privilèges. Elle a convenu d’une règle générale, selon laquelle toute ville exclue de la Hanse en perdait l’usage, et la Hanse a exclu Cologne.

Partie 7 Histoire 1441–1474

Une guerre que la Hanse n’a pas menée

En 1454, Dantzig avança 28 750 florins de Hongrie aux États de Prusse et 21 500 florins au roi de Pologne. [CR] [M] Deux contreparties, la même année, sorties du trésor d’une seule ville. Les États faisaient la guerre, et l’on demandait au roi de leur reprendre la province. Dantzig finançait les deux moitiés d’une même transaction.

Elle continua de payer. Les sommes versées pour faire sortir les garnisons des châteaux qu’elles occupaient s’élevèrent à quelque 90 250 florins, soit 144 400 marks de Prusse. [M] [E] Foltz, reconstituant l’ensemble des dépenses de Dantzig sur la guerre de 1454 à 1466, est parvenu à environ 470 000 florins, soit 752 000 marks de Prusse. [E] Chaque chiffre est donné ici dans l’unité que lui donne sa source, et les deux totaux dans les deux unités parce que la source donne les deux. Rien sur cette page n’est converti en quoi que ce soit d’autre.

Ce que l’argent acheta, ce fut une révolte. En 1454, la Confédération prussienne, c’est-à-dire Dantzig, Elbing, Kulm et Thorn avec la noblesse prussienne, se souleva contre l’ordre Teutonique et se plaça sous l’autorité de Casimir IV de Pologne. [CR] Les combats durèrent treize ans et prirent fin en 1466. Dantzig soutint la révolte par des navires, par du crédit, par l’impôt et par la direction politique, et le jugement moderne sur sa part est que la révolte n’aurait pas pu se maintenir sans elle. [M]

La Hanse ne fut pas belligérante. Des médiateurs hanséatiques et ecclésiastiques allaient et venaient dans les négociations, l’évêque de Lübeck lui-même parmi eux dans la phase finale [CR], et ce fut là toute la part de la Hanse. Quatre de ses villes membres firent une guerre de treize ans contre le seigneur qui leur avait octroyé leurs chartes, et l’association à laquelle elles appartenaient apparaît dans les sources comme un tiers bien intentionné.

Mettons maintenant les dépenses de Dantzig en regard de la plus forte facture de guerre que la principale ville de la Hanse ait pu chiffrer. Les dépenses identifiées de Lübeck pour la guerre du Danemark, déjà rencontrées plus haut dans cette série, sont inférieures d’un ordre de grandeur. Une ville membre, pour une guerre que la Hanse n’avait ni déclarée, ni financée, ni menée, dépensa plusieurs fois ce que Lübeck a pu justifier pour une guerre qu’elle avait déclarée, conduite sur mer et gagnée.

Cette comparaison est faite en mots plutôt qu’en chiffres, et à dessein. Les deux termes en sont des reconstitutions : quelqu’un a dépouillé ce qui subsiste, décidé quels paiements relevaient de la guerre et quels autres non, puis en a fait la somme. Imprimer côte à côte deux totaux de ce genre suggérerait une précision que ni l’un ni l’autre n’a.

Les chiffres de Dantzig appellent une réserve supplémentaire. Tous trois viennent d’un seul dossier de recherche, et tous trois se tiennent hors de l’ensemble des nombres que cette série a pu vérifier de façon indépendante, lequel couvre des séries économiques d’une autre nature. L’étiquette portée par le total de Foltz dit de quel genre de chiffre il s’agit. L’annexe dit d’où viennent les trois et ce qu’on n’a pas pu en faire. Ils sont imprimés plutôt qu’écartés parce que, sans eux, il n’y a aucun moyen de voir l’échelle de ce qu’une seule ville a fait ici, et l’échelle est tout le propos.

Dantzig obtient un roi

La seconde paix de Thorn fut signée le 19 octobre 1466. [CR] La Prusse royale — la terre de Chełmno, la Poméranie de Dantzig et la région de Marienbourg — passa sous la souveraineté directe du roi et de la couronne de Pologne, et conserva sa monnaie, sa diète, son armée et l’allemand comme langue de son administration. [CR] [M]

Lisons cela comme la liste de ce qu’une province était autorisée à garder. La monnaie, une assemblée, une force armée et la langue dans laquelle on traitait les affaires forment l’essentiel des pièces d’un corps politique, et Dantzig était la plus grande ville de la province qui les conservait. L’ordre Teutonique avait été la contrepartie de tout ce que la ville faisait hors de ses murs, et l’ordre n’était plus là. À sa place vint une couronne à l’autre bout de la Vistule, dont le grain devait descendre le fleuve et passer devant Dantzig pour atteindre qui que ce fût.

Pour Dantzig, le changement était bon à prendre. Elle acquit un souverain dont l’intérêt dans le commerce de la Vistule allait dans le sens du sien au lieu d’aller contre, et une position constitutionnelle plus proche de celle d’un petit État que de celle d’une ville membre.

De là, il est tentant de rayer Dantzig de la Hanse, et les récits de vulgarisation le font, en général avec une formule sur la ville qui commence à s’éloigner. Une place qui a sa monnaie, sa diète et un roi soucieux de faire circuler son grain ressemble bien à une place qui a dépassé une association de villes. C’est le genre d’inférence qui n’a besoin d’aucune preuve pour paraître solide, ce qui est une bonne raison d’aller en chercher.

Dantzig n’a pas quitté la Hanse. Elle était aux diètes tout au long du XVIe siècle. Quand la Hanse se décida enfin à fixer ce que ses membres lui devaient chaque année, Dantzig comptait parmi les villes aux cotisations les plus lourdes. Et elle envoya son propre délégué à la diète de 1669 [CR], la dernière jamais tenue.

Ce que les sources autorisent est plus étroit qu’une sortie. Après 1466, les relations les plus précieuses de Dantzig allaient vers Kraków et vers Amsterdam, et l’appartenance à la Hanse devint un actif parmi d’autres plutôt que le cadre de la politique de la ville. Une appartenance tenue à ces conditions n’est pas abandonnée. Elle n’est pas non plus ce qu’elle était : la différence entre une ville qui a besoin de la Hanse et une ville qui la trouve utile n’est visible dans aucun document, et elle décide de tout dans la façon dont une telle ville se comporte quand la Hanse lui demande quelque chose.

Pendant qu’on réglait Thorn, des clercs du Guildhall de Londres certifiaient quels marchands appartenaient à la Hanse, et la partie suivante de cette série lit leurs listes.

Les alliances qui n’ont pas tenu

L’appartenance survécut à un changement de souverain parce qu’il y en avait si peu à faire survivre. Ce ne fut pas faute d’avoir essayé. Depuis 1418, les villes tentaient de bâtir une appartenance qui portât des obligations, et l’instrument vers lequel elles revenaient sans cesse était le tohopesate : une mise en commun, c’est-à-dire en pratique une alliance défensive scellée entre villes nommées, pour un objet et un terme déclarés, la contribution de chaque membre en argent ou en hommes étant répartie à l’avance.

À une diète de Lübeck, en 1418, elles en élaborèrent un contre l’arbitraire des princes. Les différends entre membres iraient à la médiation, et les membres fourniraient de l’argent ou des hommes contre quiconque romprait la paix. Une quarantaine de villes prenaient part à la négociation. [M] Il n’en sortit rien de durable. L’arbitraire des princes n’était pas non plus une abstraction. C’était un seigneur qui saisissait les marchandises des marchands d’une ville pour une querelle avec cette ville, et pas un tribunal devant lequel les deux parties eussent accepté de comparaître.

En 1443, un tohopesate fut enfin ratifié, et il ne liait que les villes du tiers de Lübeck. [M]

En 1451 vint le plus grand de tous : vingt-huit villes alliées, les plus importantes de la Hanse, pour un terme de six ans, l’assistance organisée par contingents régionaux, avec la faculté de payer au lieu d’envoyer des hommes. [M] Les villes prussiennes n’en étaient pas.

Deux choses n’allaient pas dans toutes ces alliances, et aucune des deux n’était l’apathie.

La première est que chaque version était partielle, suivant la ligne de fracture que les guerres de ces décennies rouvraient sans cesse : le noyau wende dedans, les Prussiens, les Livoniens et les villes du Zuiderzee dehors. Une alliance qui ne peut inclure Dantzig ne peut défendre la Baltique, et une alliance bornée à un seul tiers ne peut prétendre parler pour le reste.

La seconde est qu’une alliance à terme est le mauvais instrument pour un problème sans terme. Ahasver von Brandt, écrivant sur l’arrangement qu’un siècle plus tard on mit à la même place, a refusé d’y voir la moindre base constitutionnelle, au motif que c’était un Zweckvertrag : un contrat conclu pour un objet et assorti d’un terme. [M] L’objection vaut contre 1451 tout aussi carrément que contre le texte plus tardif. Une constitution qui expire est un traité. Une ville qui a signé pour six ans a signé pour six ans, et l’assemblée qui la veut liée pour une septième année doit revenir le lui demander.

Ainsi la grande alliance de 1451 laissa de côté la ville qui, trois ans plus tard, se mit à payer une guerre de treize ans pour son propre compte. L’instrument censé rendre les membres comptables les uns envers les autres était, dans sa meilleure version, un accord que les villes prussiennes n’avaient pas signé. Les villes continuèrent d’essayer ensuite, et la dernière de ces tentatives, faite quand il n’y avait plus de traité étranger sur lequel s’appuyer, vient plus loin dans cette série.

Une arrestation à Londres

La Hanse ne pouvait lier ses propres membres par convention. Dans les mêmes années, elle obtint que le traité d’un roi étranger en liât un pour elle, et le chemin par lequel cela advint commence à Londres.

Des navires de Dantzig prirent part à une attaque dans le Sund, sous pavillon danois. Quelques témoins anglais jurèrent que des navires de Lübeck et de Stralsund en étaient aussi, encore que leur complicité puisse probablement être écartée. [M] Les autorités de Dantzig écrivaient au Steelyard pour décliner toute responsabilité avant même que la nouvelle eût atteint l’Angleterre. [CR] Cette lettre dit ce que tous les intéressés s’attendaient à voir arriver ensuite. Les pertes en mer étaient mises à la charge des marchands allemands de Londres pris comme corps, parce que la responsabilité collective était le traitement ordinaire d’une communauté étrangère, et une ville qui se croyait exposée au reproche écrivait avant la plainte plutôt qu’après.

Le 23 juillet 1468, les officiers du Steelyard furent avisés qu’ils auraient à répondre le lendemain de leur complicité devant le roi et son conseil. [CR] [M]

Ils n’obtinrent pas d’être entendus sur les privilèges. Le chancelier les écarta et exigea des cautions pour 20 000 livres sterling, le total allégué des pertes anglaises, comme alternative à l’arrestation des marchands et à la saisie de leurs biens. [CR] [M] Une caution est un tiers qui s’engage à répondre de l’obligation d’un autre si celui-ci n’en répond pas lui-même, et 20 000 livres, c’est une somme qui en exige plusieurs, chacun devant être trouvé en Angleterre et devant y consentir. La caution était l’alternative ordinaire à l’emprisonnement, ce qui rend la demande lisible : une procédure anglaise de tous les jours s’appliquait à des hommes dont les chartes disaient que la procédure anglaise ne les atteignait pas.

Aucun Anglais ne voulut se porter caution. Le conseil accepta alors les reconnaissances des marchands eux-mêmes, une reconnaissance étant l’engagement formel d’un homme, pris devant une cour ou un conseil, de payer une somme énoncée s’il manque à une condition énoncée. Puis il se déjugea. [CR] [M] Ce qui les laissait au point de départ, une demande en souffrance et aucun moyen licite d’y satisfaire.

Rien dans cette suite n’est arbitraire. C’est ce qu’est un privilège, fonctionnant normalement. Un privilège est une concession, faite par une puissance qui avait ses raisons de la faire et peut trouver ses raisons de l’écarter, et sa valeur, un matin donné, c’est la mesure de la mansuétude de celui qui l’a octroyé ce matin-là. Les chartes du Steelyard avaient été confirmées par un roi d’Angleterre après l’autre, et les hommes convoqués avaient commercé à Londres sous leur régime toute leur vie de travail. Dans la salle où parlait le chancelier, les chartes ne survécurent pas aux premiers mots.

Ce qui suivit fut une guerre sur mer et une longue négociation entrecoupée, dont rien n’est raconté ici. Cela finit à une conférence qui reprit à Utrecht, et dans un traité dont la clause la plus lourde de conséquences est celle qu’on en a retirée.

La clause qui fut supprimée

La sanction propre à la Hanse avait été inscrite une fois dans un traité, et elle mérite d’être lue dans les mots où elle fut écrite. La confédération que les villes scellèrent à Cologne en 1367, pour faire la guerre au roi de Danemark, portait cette clause : [CR]

Si quelque ville du côté wende, de Prusse, de Livonie et de la Hanse allemande en général, du Zuiderzee, de Hollande et de Zélande ne fait pas en cela ce qui lui est réparti et assis par les autres villes, ses bourgeois et ses marchands n’auront commerce avec aucune des villes de cette confédération, en sorte que nul n’achètera d’eux ni ne leur vendra, et ils ne chercheront aucun port pour en sortir ni pour y entrer, ni pour charger ni pour décharger, dix ans durant.

Remarquons qui doit l’exécuter. La sanction passe par les villes membres prises séparément, chacune sur ses propres bourgeois : aucun des nôtres n’achète, aucun des nôtres ne vend, aucun de nos ports ne s’ouvre. Il n’y avait pas d’officier de la Hanse pour le faire au centre, et la clause n’en prévoit aucun. Une ville qui voulait voir punir un contrevenant devait le punir elle-même, et devait espérer que les autres villes en faisaient autant.

En 1474, cette sanction fut appliquée à Cologne, restée neutre dans la guerre anglo-hanséatique. Quatre actes l’appliquèrent, et la partie qui les accomplit change à chaque étape.

Cela commence par une position. Le conseil du roi d’Angleterre répugnait sincèrement, dans la lecture que Lloyd fait de ses instructions, à abandonner les gens de Cologne, mais il le ferait plutôt que de perdre le traité, pourvu que ce fût fait d’une manière qui ménageât l’honneur du roi. [M]

Vient ensuite une substitution. La mention de l’exclusion des Colonais fut supprimée du traité principal, et une disposition générale mise à sa place : toute ville exclue de la Hanse se verrait refuser l’usage des privilèges jusqu’à sa réadmission. [CR] [M]

Puis une déclaration. Les délégués de la Hanse déclarèrent que Cologne avait été exclue. [CR] [M]

Puis une date. Un traité annexe, signé le même jour, disposa que les marchands de Cologne seraient exclus des franchises après le 1er août 1474, jour où les copies ratifiées devaient être échangées à Bruges. [CR] [M] La ratification est la confirmation par le souverain lui-même de ce que ses envoyés ont signé. Tant qu’il ne la donne pas, leur signature ne le lie pas.

L’Angleterre n’a pas exclu Cologne. Elle a convenu d’une règle, et la Hanse l’a déclenchée.

Rapprochons cela de la clause de 1367. En 1367, les villes écrivirent une peine que chacune d’elles aurait à infliger, ville par ville, à ses propres bourgeois, sans rien derrière elle que leur volonté de continuer à l’infliger. En 1474, un traité anglais l’infligea à leur place.

Une réserve sur la suite elle-même. Les quatre actes viennent tous de T. H. Lloyd, qui a travaillé la guerre anglo-hanséatique du côté anglais, et aucun autre exposé consulté pour cette série ne corrobore l’ordre dans lequel il les range. Que les marchands de Cologne aient perdu les franchises n’est pas en doute. La rédaction qui les y a menés repose sur lui.

Le conseil du roi d’Angleterre Les délégués de la Hanse Les deux parties conjointement Bande des couloirs Coup 1 Les instructions des négociateurs anglais Angleterre Coup 2 Le traité principal d’Utrecht, 28 février 1474 Conjoint Coup 3 La déclaration des délégués à la conférence Hanse Coup 4 Le traité annexe, signé le même jour Conjoint Le conseil du roi d’Angleterre Les délégués de la Hanse Les deux parties conjointement Le conseil du roi d’AngleterreAngleterre Les délégués de la HanseHanse Les deux parties conjointementConjoint Bande des couloirs Coup 1 Les instructions des négociateurs anglais Angleterre Coup 2 Le traité principal d’Utrecht, 28 février 1474 Conjoint Le conseil du roi d’Angleterre Les délégués de la Hanse Les deux parties conjointement Le conseil du roi d’AngleterreAngleterre Les délégués de la HanseHanse Les deux parties conjointementConjoint Bande des couloirs Coup 3 La déclaration des délégués à la conférence Hanse Coup 4 Le traité annexe, signé le même jour Conjoint
  1. Le conseil du roi d’Angleterre. Les instructions des négociateurs anglais. Répugne sincèrement à abandonner les gens de Cologne, mais le fera, pourvu que ce soit fait d’une manière qui ménage l’honneur du roi. [M]
  2. Les deux parties conjointement. Le traité principal d’Utrecht, 28 février 1474. La mention de l’exclusion des Colonais est supprimée, et une disposition générale mise à sa place : une ville exclue de la Hanse perd les privilèges jusqu’à sa réadmission. [CR] [M]
  3. Les délégués de la Hanse. La déclaration des délégués à la conférence. Cologne a été exclue de la Hanse. [CR] [M]
  4. Les deux parties conjointement. Le traité annexe, signé le même jour. Les marchands de Cologne sont exclus des franchises après le 1er août 1474, jour où les copies ratifiées doivent être échangées à Bruges. [CR] [M]

Sur les quatre coups, le couloir anglais porte une seule marque, et ce n’est pas l’exclusion.

La clause de Cologne à Utrecht, une marque par coup dans le couloir de la partie qui l’a accompli. Quatre coups et pas de cinquième : la ratification d’Édouard IV, le 20 juillet, est une clause du règlement et se trouve à la section suivante, non ici, parce que l’argument se clôt au moment où le traité annexe date l’effet.

Ce qu’Utrecht a réellement coûté, des deux côtés

Le traité signé à Utrecht le 28 février 1474 rétablit et confirma les privilèges, mit à l’abri la propriété du Steelyard, prévit une indemnisation et assura l’accès lié à Boston, Lynn et Hull. L’indemnité en numéraire, déjà ramenée à 15 000 livres sterling lors des séances antérieures, fut réduite à 10 000 livres. [CR] [M] Édouard IV ratifia le traité et confirma de nouveau les franchises de la Hanse le 20 juillet. [CR] [M]

Lu comme une liste de clauses, c’est un règlement où l’une des parties encaisse et l’autre paie, et on l’a généralement lu ainsi : les hommes qui l’ont négocié pour l’Angleterre ont tout cédé. C’est une lecture juste du document. Les privilèges revinrent entiers, la propriété fut mise à l’abri, l’indemnité baissa encore, et un rival perdit l’usage des franchises le même jour.

La réponse de Lloyd à cette lecture tient en une phrase. La disposition des négociateurs anglais à tout céder est visible dans leurs instructions, et elle a, écrit-il, conditionné les historiens à accepter le verdict que ces instructions suggèrent. « Cela est faux », et cela ne rend pas justice aux hommes qui ont négocié le traité, car ils n’ont pas tout cédé. [M]

Le reproche que Lloyd formule, lui, est plus lourd que celui qu’il refuse. Ils abandonnèrent le principe de réciprocité — chaque partie accordant aux marchands de l’autre le traitement que recevaient les siens, de sorte qu’une concession faite valait dans les deux sens — qui avait été la pièce maîtresse de la politique anglaise envers la Hanse pendant cent ans. [M] Ce que cela valait se voit le mieux depuis l’autre bout de la route. Un marchand anglais qui cherchait à vendre du drap à Dantzig n’avait aucune charte à lui pour s’appuyer. Ce qu’il avait, c’était l’argument que les concessions de son roi aux marchands de la Hanse à Londres lui achetaient sa propre qualité en Prusse. Après Utrecht, il ne l’avait plus.

On ne peut pas dire à quelle fréquence la sanction de la Hanse a fonctionné. Personne n’a réuni les exclusions menacées, prononcées, éludées et rapportées en un ensemble que l’on pourrait compter, de sorte qu’il n’y a pas de taux à citer. Ce que l’on peut dire, c’est que voici le cas documenté le plus net où elle a fonctionné.

Reste une asymétrie. Dans la même décennie, la Hanse ne pouvait obtenir de ses propres membres qu’ils contribuent à une défense commune, et elle pouvait obtenir d’un traité anglais qu’il porte sa sanction contre l’un d’eux. Les deux choses furent vraies en même temps, et la seconde n’est pas la preuve que la Hanse était forte. Elle est la preuve que l’État d’un autre avait la machinerie d’exécution que les villes n’avaient jamais su se donner.

Annexe : chaque chiffre de cette page, et d’où il vient

Étiquettes : [CR] document d’époque · [M] dépouillement savant moderne de documents d’époque · [E] estimation savante · [D] calculé sur cette page. Rien sur cette page n’est obtenu par le calcul, de sorte qu’aucune ligne [D] n’apparaît, en particulier aucun chiffre en florins, en marks ou en livres n’a été converti dans une autre unité, et aucun total n’a été formé en additionnant deux chiffres donnés ici.

ChiffreÉtiquetteSourceStatut
Guerre de Treize Ans 1454–1466 ; la Confédération prussienne se révolte et se place sous Casimir IV ; seconde paix de Thorn signée le 19 octobre 1466 ; la Prusse royale conserve sa monnaie, sa diète, son armée et sa langue administrative [CR] [M] Dossier de réorganisation §2.3 ; le zone 2 du second dossier de réorganisation de façon indépendante, s’appuyant sur Weise, Die Staatsverträge des Deutschen Ordens in Preußen im 15. Jahrhundert II n° 289, et sur Hanserecesse II.5 n° 443 pour les médiateurs concordant entre les passes ; hors du périmètre de verification/, qui ne contient que des chiffres économiques
Dantzig, 1454 : 28 750 florins de Hongrie avancés aux États de Prusse et 21 500 florins au roi [CR] [M] Le dossier de recherche économique, §1 Non couvert par research/verification/. Les fichiers de vérification portent sur un autre ensemble de chiffres économiques et n’atteignent pas ceux-ci. Le chiffre est publié avec ce statut imprimé plutôt qu’écarté, et n’est jamais converti dans une autre unité
Sommes versées pour faire sortir les garnisons des châteaux : ≈ 90 250 florins, soit 144 400 marks de Prusse [M] [E] Le dossier de recherche économique, §1, qui distingue cet agrégat des deux avances consignées de 1454 Non couvert par research/verification/. Même statut que la ligne ci-dessus. Les deux unités sont données parce que la source donne les deux
Reconstitution par Foltz des dépenses de Dantzig sur 1454–1466 : ≈ 470 000 florins, soit 752 000 marks de Prusse [E] Le dossier de recherche économique, §1, citant Foltz Non couvert par research/verification/. Une reconstitution, étiquetée comme telle. C’est le chiffre le plus élevé de cette page et le plus mou, ce pourquoi la comparaison bâtie sur lui dans la première section est faite en mots
Série des tohopesate : tentative de 1418 avec une quarantaine de villes en négociation et sans résultat durable ; 1443 ratifié mais borné aux villes du tiers de Lübeck ; 1451, vingt-huit villes alliées, un terme de six ans [M] Dossier de réorganisation §2.4 (Wubs-Mrozewicz ; Henn 1991 ; Hanserecesse I.6–I.7) ; le zone 2 du second dossier de réorganisation (Seier 2012) pour l’alliance de 1451 et ses contingents régionaux concordant entre les passes ; hors du périmètre de verification/
Objection de von Brandt selon laquelle un Zweckvertrag ne peut être une base constitutionnelle [M] Dossier de réorganisation §2.4, citant von Brandt, Hansische Geschichtsblätter 1956, p. 67 son jugement sur un arrangement plus tardif, appliqué ici à rebours et qui lui est nommément attribué. Le terme qu’il énonce n’est pas cité, parce que ce terme est hors de l’inventaire de cette page et se serait trouvé à un paragraphe du terme de dix ans que porte la clause de 1367 elle-même
23 juillet 1468 : officiers du Steelyard avisés qu’ils doivent répondre devant le roi et son conseil le lendemain ; cautions de 20 000 livres sterling exigées, le total allégué des pertes anglaises [CR] [M] Dossier de réorganisation §3.3, d’après T. H. Lloyd, England and the German Hanse, 1157–1611 (Cambridge 1991), lu directement appui sur un seul chercheur, divulgué. Lloyd a travaillé cette matière du côté anglais et aucun autre exposé n’a été consulté sur ce point
La clause d’exclusion de la confédération scellée à Cologne en 1367, citée mot pour mot, y compris son terme de dix ans [CR] Dossier de formation §7, citant la charte de confédération, Hanserecesse I,1 n° 413, du 19 novembre 1367 citée plutôt que paraphrasée, parce que le mécanisme d’exécution n’est visible que dans la grammaire propre de la clause : chaque ville, sur ses propres bourgeois
Traité d’Utrecht signé le 28 février 1474 ; l’indemnité en numéraire, déjà ramenée à 15 000 livres sterling lors des séances antérieures, réduite à 10 000 livres [CR] [M] Dossier de réorganisation §3.3, d’après Lloyd appui sur un seul chercheur, divulgué
Marchands de Cologne exclus des franchises après le 1er août 1474, jour où les copies ratifiées devaient être échangées à Bruges ; Édouard IV ratifie et confirme de nouveau les franchises de la Hanse le 20 juillet [CR] [M] Dossier de réorganisation §3.3, d’après Lloyd ; le dossier de formation §7 donne la même suite de façon indépendante le résultat est corroboré entre les deux dossiers ; l’ordre de rédaction ne l’est pas, voir la note ci-dessous
La dernière diète hanséatique se tint en 1669 [CR] Repris de l’ouverture de la série, qui a déjà donné la date au lecteur employée ici seulement parce que la phrase sur le maintien de l’appartenance de Dantzig ne peut s’écrire sans l’année. La diète elle-même — ses affaires, sa fréquentation et ce qu’elle régla ou ne régla pas — appartient à la dernière partie de cette série, et aucun décompte de présence ni décompte de séances ne voyage avec la date ici
Chronologie du récit : 1418, 1441, 1443, 1451, 1454, 1466, 1468, 1474 [CR] Chronologie standard, recoupée avec les dossiers de formation et de réorganisation. 1441 est le bord gauche de la période que couvre cette page et n’apparaît que dans le mobilier de page là où les trois passes de la recherche concordent, c’est ce que « concordant entre les passes » veut dire plus haut, et ce n’est pas la même chose que vérifié
La « pièce maîtresse de la politique anglaise envers la Hanse pendant cent ans » de Lloyd [M] Dossier de réorganisation §3.3, citant Lloyd sa caractérisation de la politique, reproduite dans ses mots et qui lui est attribuée. Ce n’est pas une durée que cette page calcule ou affirme pour son propre compte

La suite de rédaction d’Utrecht repose sur un seul chercheur. Les quatre coups du graphique, la position du conseil, la suppression et la disposition générale qui lui fut substituée, la déclaration des délégués et le traité annexe qui data l’effet viennent tous de T. H. Lloyd, travaillant du côté anglais. Aucun autre exposé consulté pour cette série n’établit cet ordre, et les étiquettes de preuve du graphique, coup par coup, le disent au lieu de le lisser. Ce qui est corroboré entre deux dossiers, c’est le résultat : les marchands de Cologne perdirent l’usage des franchises à compter du 1er août 1474.

Statut des sources de cette page. Les dossiers de formation et de réorganisation ne sont pas vérifiés dans leur ensemble : ce sont des matériaux bruts de recherche, et aucune passe de vérification indépendante n’a été menée sur leurs affirmations narratives. Les fichiers verification/ qui étayent cette série ne couvrent que les chiffres économiques, et ils n’atteignent pas les trois chiffres de finance de guerre de Dantzig ci-dessus, ce pourquoi chacun d’eux porte sa propre ligne de statut.

Laissé de côté à dessein. Quatre choses qu’un récit plus complet porterait manquent ici. L’année de l’exclusion de Cologne et celle de sa réintégration sont toutes deux attestées dans le dossier de formation §7 et ne sont délibérément pas citées : le mécanisme se lit correctement sans elles, et l’exposé que Lloyd fait lui-même du compromis d’Utrecht ne porte pas davantage de date d’exclusion. Le maintien de l’appartenance de Dantzig après 1466 est énoncé en mots seulement, les décomptes, les taux de cotisation et les années de répartition qui le soutiennent appartiennent aux neuvième et dixième parties de cette série, et les citer ici entrerait en conflit avec un autre chiffre sur lequel la huitième partie est bâtie. La comparaison de la première section se fait avec les dépenses de Lübeck pour la guerre du Danemark, que la sixième partie de cette série imprime sous un statut INVÉRIFIABLE. Les deux termes de cette comparaison sont des reconstitutions, ce pourquoi elle est faite en mots et pourquoi aucun des deux chiffres n’est mis à côté de l’autre. Et aucun taux, décompte ni proportion n’est donné pour la fréquence à laquelle l’exclusion de la Hanse a réussi, parce qu’il n’existe aucun corpus codé d’exclusions menacées, prononcées, éludées et rapportées, et qu’aucun taux de ce genre n’est calculable.