La Ligue hanséatique · la série

Les guerres que les villes ont payées

La guerre dont on se souvient comme de la Ligue hanséatique contre le Danemark fut déclarée par six villes. Les villes prussiennes, livoniennes et néerlandaises de la Hanse refusèrent d’y entrer, et rien de ce que la Hanse possédait ne pouvait les y forcer.

Partie 6 Histoire 1400–1441

Lübeck se retourne contre son propre conseil

En avril 1408, quinze des vingt-trois hommes qui siégeaient au conseil de Lübeck en furent chassés, et le 5 mai un nouveau conseil prit leur place. [CR] [M]

La ville dont d’autres villes avaient copié le droit en bloc, dont le sceau se tenait derrière presque tout ce que les marchands allemands disaient aux souverains étrangers, et dans la salle de laquelle les assemblées se réunissaient parce que c’était commode, avait changé son gouvernement par la force en moins d’un mois.

La querelle portait sur l’argent et sur qui avait le droit de voir les livres de comptes. Des marchands fortunés sans siège au conseil, avec les chefs des métiers, voulaient accéder au contrôle des finances : ce qui avait été levé, à quoi cela était passé, et par quelle autorité. Le conseil en place tenait que l’impôt, la diplomatie et la gestion des privilèges à l’étranger étaient l’affaire du conseil et de personne d’autre, et il le tenait depuis aussi loin que remontât le souvenir de quiconque. Y voir les pauvres contre les riches en fausse la forme. Les hommes qui poussaient le plus fort avaient de l’argent et pas de siège.

Ce qui fit d’une querelle locale l’affaire de tous, ce furent les papiers. Un privilège était octroyé à une communauté nommée et renouvelé avec une communauté nommée, et la communauté qui le détenait, c’était en pratique son conseil : les hommes qui scellaient les lettres, recevaient les envoyés et pouvaient être tenus à un marché des années plus tard. Qu’on change le conseil, et toutes les autres parties à ces arrangements devaient décider si les nouveaux venus étaient la même contrepartie. Les souverains étrangers devaient en décider. Les autres villes aussi, qui avaient leurs propres privilèges à protéger et nulle envie de les voir attachés à un conseil que quelqu’un pouvait déposer.

Aussi les hommes qu’on avait chassés en appelèrent-ils au dehors, et le dehors répondit. La pression impériale et la pression hanséatique travaillèrent l’affaire pendant des années, et l’ancien conseil revint à Lübeck en 1416–1418. [CR] [M]

C’est beaucoup de temps passé à rétablir un corps d’hommes qui avaient déjà perdu leurs sièges une fois, et cette durée est ce qu’il y a d’utile. La Hanse n’avait pas de procédure pour décider qui gouvernait une ville membre. Ce qu’elle avait, c’était la faculté de redemander sans fin, de refuser sa reconnaissance et d’attendre.

Reste la question de savoir ce qui avait mis un conseil dans cette position. Les conseils se brouillaient avec leurs villes pour bien des motifs, et le motif sûr, c’était la guerre. La guerre était la plus grosse chose qu’une ville achetât jamais. Elle s’achetait sur l’impôt. Et elle était décidée par les mêmes hommes qui refusaient ensuite de montrer les comptes à qui que ce fût. Tout ce qui suit dans ces décennies passe par cet arrangement : qui déclara la guerre, qui envoya les navires, qui resta en dehors, et qui tenait la facture quand ce fut fini.

Six villes déclarent la guerre

Le 18 octobre 1426, Hambourg, Lübeck, Lunebourg, Rostock, Stralsund et Wismar déclarèrent la guerre à Éric de Poméranie, qui régnait à la fois sur le Danemark, la Suède et la Norvège. [CR] Elles y entrèrent comme alliées de son ennemi en Holstein.

Les raisons que les sources autorisent sont celles qu’on attendrait de villes plutôt que d’un État. Il y avait la succession de Schleswig-Holstein, qui fut la querelle du Holstein avant d’être celle de quiconque. Il y avait la monarchie scandinave d’Éric, qui avait mis une seule couronne sur tous les rivages que touchait le commerce de la Baltique. Il y avait des restrictions au passage et au commerce. Et derrière tout cela, il y avait ce que le contrôle royal des eaux qui joignent la Baltique à la mer du Nord pouvait faire à leur trafic : le taxer, ou l’envoyer ailleurs.

Vient ensuite la part que la version reçue laisse de côté. Les villes prussiennes n’entrèrent pas en guerre comme belligérantes. Les villes livoniennes non plus, ni les villes hanséatiques de la côte néerlandaise. Leur objection portait sur le blocus.

Un blocus, à cette époque, c’était une flotte postée dans un détroit ou devant l’entrée d’un port, arrêtant ce qui tentait de passer : les navires des uns arrêtant ceux des autres, sans aucun régime juridique derrière, sans aucun statut dans quelque droit de la guerre que ce soit, et sans autre moyen de distinguer la cargaison d’un ennemi de celle d’un neutre que de monter à bord et de regarder. C’est exactement pourquoi les villes de l’est y objectaient. Leurs marchands étaient ceux qui expédiaient à travers les eaux fermées, dans des coques qui ne portaient le pavillon de personne au sens moderne et qui n’avaient à bord qu’un connaissement et une réputation. Une cargaison de grain sortie de Dantzig et arrêtée dans le détroit par un capitaine wende était une perte pour Dantzig, quelles que fussent les excuses du capitaine ensuite. Les villes qui avaient voté la flotte demandaient à celles qui ne l’avaient pas votée d’en porter le risque.

Ainsi la guerre dont on se souvient comme de la Hanse contre le Danemark fut menée par un seul bloc régional, tandis que les villes de l’est de la Hanse et celles de l’ouest restaient à l’écart, le disaient dans les sources et continuaient de commercer. Rien de ce que la Hanse possédait ne pouvait les y contraindre. Il n’y avait pas de trésor à retenir, pas d’armée à envoyer, pas de tribunal ayant compétence sur la politique étrangère d’une ville membre, et l’argent d’une guerre devait être voté par les villes qui entendaient la faire, une guerre à la fois. L’instrument le plus lourd dont les villes disposaient était l’exclusion des privilèges communs, et il était réservé aux villes qui violaient les privilèges, non à celles qui refusaient la guerre d’autrui.

Les six firent la guerre pour leur propre compte. Ce qui suivit, c’était à elles de le payer.

Copenhague, deux fois

Au printemps de 1428, la flotte alliée vint devant Copenhague et tenta de fermer le port.

La méthode consistait à couler en travers d’un chenal des bâtiments chargés de pierres, de sorte que rien de ce qui tirait beaucoup d’eau ne pût entrer ni sortir. Cela ne marcha pas. Le rapport qui décrit la tentative, écrit quelques semaines plus tard par des hommes du camp même des villes, consigne des négociations, des combats, des difficultés de ravitaillement et un échec. [CR]

Une seconde force revint en été, et c’est ici que les sources commencent à se contredire.

Un rapport du 21 juin dit que la seconde force commença de couler des navires le 15 juin et en avait coulé vingt-quatre, assez de son propre aveu pour empêcher les grands bâtiments royaux de bouger, tandis que les défenseurs répondaient à coups de grosse artillerie. [CR] Un rapport parallèle, qui décrit la même opération, en donne trente-sept. [CR] Ce même document en donne dix pour la tentative du printemps [CR], dont le rapport du 21 juin ne fait aucun total.

Deux documents, donc, tous deux d’époque et tous deux écrits par le camp vainqueur au sujet de sa propre opération. Ils sont en désaccord sur le nombre de navires coulés et en désaccord sur la façon de les répartir entre le printemps et l’été. Ni l’un ni l’autre n’est une chronique composée longtemps après par quelqu’un qui n’y était pas, et ni l’un ni l’autre n’est une source hostile. Il n’existe pas de troisième document qui tranche entre eux.

Le second désaccord n’est pas plus petit que le premier. Un rapport donne dix navires pour le printemps, l’autre n’en donne aucun total, ce qui n’est pas la même chose que d’en rapporter aucun. Un rapport qui ne compte pas une chose n’a pas compté zéro. L’écart entre ces deux états est l’endroit où une bonne part de l’arithmétique médiévale se perd sans bruit, car le second s’écrit trop facilement comme un zéro sous la plume de qui met de l’ordre.

Les deux opérations sont tracées ci-dessous, une ligne par rapport et par opération, une marque par navire. Rien n’est combiné.

Première opération (avril) Hanserecesse I.8 n° 448 aucun total donné Première opération (avril) Hanserecesse I.8 n° 449 Seconde opération (à partir du 15 juin) Hanserecesse I.8 n° 448 Seconde opération (à partir du 15 juin) Hanserecesse I.8 n° 449

Hanserecesse I.8 n° 448, daté du 21 juin 1428 [CR], et Hanserecesse I.8 n° 449, dont la description vérifiée ne donne pas la date [CR]. Tous deux sont des documents d’époque sur la même campagne.

Aucun troisième chiffre n’est donné ici. Faire la moyenne des deux décomptes, les partager ou imprimer l’écart qui les sépare produirait un nombre qu’aucun des deux rapports ne contient, et un nombre que personne n’a écrit ne peut porter une étiquette disant que quelqu’un l’a fait.

Navires coulés à Copenhague en 1428, tels que les donne chacun de deux rapports d’époque. Une ligne par rapport et par opération. Rien n’est combiné d’une ligne à l’autre. Un troisième document d’époque, Hanserecesse I.8 n° 418, décrit la tentative d’avril comme un échec et ne fournit aucun décompte : il ne trace donc aucune marque.

Une étiquette n’est pas un verdict. [CR] à côté d’un chiffre dit que quelqu’un l’a écrit à l’époque. Elle ne dit pas que l’homme comptait avec soin, ni qu’il voyait tout le port d’où il se tenait, ni qu’il n’avait aucune raison de rendre le nombre généreux. Les sources ne disent pas qui fit le comptage, ni quel jour, ni si l’un ou l’autre rédacteur travaillait sur un pointage ou sur ce qu’on lui avait rapporté au mouillage. Deux hommes du même camp, écrivant sur la même eau à la même saison, ont produit des décomptes qui ne concordent pas, et la réponse utile est de garder les deux et de dire de quel document vient chacun.

L’autre voie serait d’imprimer un seul chiffre lissé et d’écarter l’autre sans bruit, ce qui aurait pour vous l’air d’un savoir et serait en fait un choix que quelqu’un a fait sans vous dire qu’il le faisait. C’est à cela que servent les étiquettes de cette page.

Un péage qui a survécu à tout le monde

Éric leva un péage sur les navires passant le détroit, et l’année que donne presque tout exposé est 1429.

Qu’on aille chercher le document qui l’établirait : il n’y a rien. Aucun registre conservé de 1429 ne consigne la fondation du péage. [E] Les historiens qui ont besoin d’une date reconstituent le commencement d’une institution à partir de mentions postérieures, de plaintes postérieures et de ce que faisait alors le roi, et ils la placent tantôt en 1425, tantôt en 1426, tantôt en 1429. [E] Ce pourquoi la forme prudente de la phrase est que le péage du Sund commence vers 1429.

Demandons-nous ce qui trancherait. Un péage de cette sorte produisait du papier en continu : un registre avec une première écriture, un premier percepteur, un premier navire taxé. L’un quelconque de ces objets, s’il subsistait, fixerait l’année comme un traité scellé fixe un traité. On n’en a aucun, et ce qu’on a, ce sont des pièces situées en aval, écrites par des gens qui tenaient déjà l’existence du péage pour acquise.

Ce contour flou agit sur tout récit bâti par-dessus. « En 1429, Éric institua le péage du Sund » est une phrase dans la grammaire de l’événement : un roi, une année, une décision, et le lecteur la range auprès des dates de traités sans remarquer le changement d’assise. Ce qui se tient derrière elle est une inférence tirée d’une poussière de papiers postérieurs. L’inférence est peut-être juste. C’est une autre espèce d’affirmation que la déclaration de guerre des six villes, qui subsiste comme un document qu’on peut aller lire.

Et il importa aux villes aussitôt. À partir de là, le péage est dans les sources sans interruption comme une chose dont on dispute, dont on se plaint et dont on négocie, et c’est ainsi qu’une institution dont personne n’a écrit la naissance devient parfaitement visible pour tout le reste de sa vie.

Ce que le péage était réellement est assez simple. C’était un paiement pour passer, assis sur le passage lui-même et non sur ce qui était acheté ou débarqué : un prélèvement pris par un roi sur le commerce d’autrui, dans les eaux qui joignent la Baltique à la mer du Nord, au moment même où les villes qui usaient de ces eaux étaient entrées en guerre en partie pour en écarter les mains royales. Le sel, le drap, le grain et le poisson continuèrent de circuler. Quelqu’un d’autre se tenait désormais à la porte pour les compter.

Et c’est le comptage qui a survécu à tout le monde dans ce récit. Les villes comptaient leur propre commerce quand il y avait une flotte à financer, et cessèrent quand cessèrent les combats. Les percepteurs du détroit continuèrent de compter pour des raisons qui leur étaient propres, et c’est pourquoi le Sund a laissé la série continue qu’on lui connaît.

Vordingborg, et ce qu’il ne disait pas

L’acte conclu à Vordingborg le 17 juillet 1435 mit fin aux prétentions et aux hostilités entre Éric et les villes qui l’avaient combattu. [CR] Une charte royale afférente leur rendit la jouissance paisible des privilèges, libertés et vieilles coutumes en Danemark, en Suède et en Norvège. Les ports furent rouverts aux sujets danois. Les alliés y furent compris. Une réunion périodique devait se tenir à Copenhague avant la saison scanienne, pour entendre les griefs et faire justice entre les parties, ce qui dit assez ce que les deux camps attendaient du règlement : un rendez-vous permanent pour venir se plaindre. Hein Hoyer, bourgmestre de Hambourg, négocia pour les villes. [CR] Des actes afférents annulèrent l’alliance antérieure et réglèrent la question du Holstein avec le duc Adolphe, qui s’assura le Schleswig. Ce fut le plus gros gain que quiconque tira de la guerre, et il alla à l’allié des villes.

D’où la question évidente. Si les villes avaient gagné, pourquoi le péage était-il encore là quand elles rentrèrent chez elles ?

Parce que ce qu’on leur rendit, c’était ce qu’elles avaient auparavant. La charte confirma les vieux privilèges, libertés et coutumes ; les ports rouvrirent ; la réunion des griefs leur donna un endroit où porter le différend suivant. Le traité principal ne contient aucune clause abolissant le péage du Sund ni aucune clause en exemptant les villes ou leurs navires. [CR] Les sources postérieures montrent une dispute continue sur l’exemption et sur les manquements, et au mois d’août qui suivit le scellement de la paix, les Prussiens, qui n’avaient pas fait la guerre, écrivaient encore sur le nouveau péage comme sur un grief vivant. [CR] Les résumés de langue anglaise qui affirment tout net que les villes hanséatiques furent exemptées des droits du Sund rapportent une chose que les actes conservés n’énoncent pas.

Ce que la guerre coûta est plus difficile à voir que ce qu’elle régla, car les comptes d’une ville à cette époque sont des relevés de paiements poste par poste plutôt que quoi que ce soit qu’on pût appeler un budget. Aucune page n’en fait la somme. Une reconstitution en sort : les dépenses identifiées de Lübeck pour la guerre du Danemark ont été portées à 78 792 marks lübisch. [M] Elles n’ont pas pu être vérifiées de façon indépendante pour cette page, et l’annexe dit ce qui fut tenté et ce qui revint vide. Le mark perdait de l’argent-métal au long de ces décennies : le chiffre est donc nominal et ne se reporte dans aucune unité postérieure.

Mettons cela en regard d’un conseil qu’on avait déjà chassé une fois de sa propre salle, par des hommes qui voulaient voir ce qui avait été levé et où cela était allé. La facture était réelle, elle était lourde, et elle n’arriva accompagnée d’aucun acte abolissant la chose pour laquelle, en partie, on avait fait la guerre.

La guerre ouverte par l’autre camp

Le 7 avril 1438, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, autorisa des armateurs hollandais à prendre les navires des villes wendes et du Holstein. [CR]

Une licence d’armement en course, une lettre de marque, était la permission écrite donnée par un souverain à des armateurs privés de faire la guerre sur mer pour leur propre compte. Les navires étaient les leurs, les équipages les leurs, les pertes les leurs, et ce qu’ils prenaient ils le gardaient, sous réserve de la part que la licence réservait à celui qui l’avait signée. Elle ne coûtait rien à octroyer et n’engageait à rien. Elle faisait aussi de tout armateur hollandais pourvu d’une coque et d’un grief un belligérant d’un trait de plume, sans qu’une flotte fût armée ni qu’un impôt fût voté nulle part.

Remarquons dans quel sens pointe ce document. Le récit que rencontrent la plupart des lecteurs fait entrer les villes wendes en guerre contre les Hollandais pour le commerce de la Baltique, et le document qui ouvre les combats est une concession bourguignonne de permission de les attaquer. La pression qui le portait s’accumulait depuis des années. Des navires hollandais et zélandais gagnaient directement la Prusse et la Livonie au lieu d’acheter par Lübeck ; des cargaisons étaient prises en mer des deux côtés ; l’accès aux ports de l’est était disputé, et les ports de l’est eux-mêmes n’étaient pas du tout sûrs de vouloir qu’on le réglât en faveur de Lübeck.

Sur mer, les villes firent bien, et elles le firent avec l’instrument qu’elles avaient déjà. La flotte hollandaise opéra dans le détroit et à ses abords sans pouvoir s’enfoncer dans la Baltique, parce que la flotte wende tenait le passage, et elle le tint tant que durèrent les combats. Une guerre menée par des armateurs sous licence est une guerre de saisies et de contre-saisies, et un détroit tenu par un autre est la seule chose que ce genre de guerre ne peut pas contourner.

La phrase est nette, et la guerre qu’elle recouvre ne l’était pas. « Les Hollandais contre la Hanse » est un raccourci moderne pour une chose qui comptait bien plus de parties. Les hommes du temps négocièrent par le duc, avec des provinces nommées, avec des villes prises une à une, avec les intérêts prussiens et livoniens, et par des médiateurs neutres. Les villes du Zuiderzee étaient elles-mêmes hanséatiques et se tenaient, dans la dispute commerciale, du côté opposé à Lübeck. La ligne entre deux nations fut tracée après coup, par des gens qui savaient déjà quelles nations il allait y avoir.

Ce vers quoi travaillaient les médiateurs, c’était une trêve, et une trêve n’est pas une paix. Une trêve suspend les hostilités pour un terme énoncé, puis expire, laissant la querelle où elle était. Une paix règle les prétentions, et n’expire pas. Laquelle des deux les villes obtinrent décide de ce que les combats leur achetèrent réellement.

Gagner sur mer et céder sur le fond

L’accord fait à Copenhague le 23 août 1441 est une trêve de dix ans entre les six villes wendes et la Hollande, la Zélande et la Frise. [CR] Il rétablit le commerce dans les deux sens, abolit les innovations que chaque camp avait introduites pendant les combats et institua un mécanisme d’arbitrage neutre à quatre villes passant par Kampen, avec la faculté de désigner un surarbitre si les arbitres se partageaient. Kampen n’avait pas été partie à la guerre.

Ce mécanisme répond à une chose laissée ouverte au départ. Les villes n’avaient pas de tribunal à elles ayant compétence sur une querelle de cette sorte, ni d’officier capable d’exécuter une décision contre une ville membre : il fallait donc loger le règlement hors du combat et le confier à des gens qui en étaient restés à l’écart. Lunebourg fut inscrite dans l’accord alors que le document lui-même la décrit comme n’y ayant pas pris part. Une paix dont on négocie la composition et dont l’arbitre est un tiers demeuré à l’écart est une paix entre des blocs qu’il a fallu assembler, et les deux faits sont à la surface du document.

Un règlement distinct, le 6 septembre, entre les intérêts prussiens et livoniens et la Hollande, traita des prisonniers et des marchandises d’environ vingt-deux navires saisis, et obligea la Hollande à payer 9 000 livres de Flandre en quatre versements annuels, les autres prétentions demeurant réservées. [CR] Réservées veut dire non réglées : les parties convinrent d’une somme pour ce qu’elles avaient compté et laissèrent vivantes les autres prétentions.

Voilà ce que les actes contiennent. La proposition qu’on y attache d’ordinaire, selon laquelle la paix de 1441 aurait ouvert la Baltique aux Hollandais ou leur aurait ouvert le commerce du grain, est une lecture posée sur les documents après coup. Les marchands de Hollande et de Zélande commerçaient déjà dans la Baltique avant que la licence de 1438 fût signée, et leurs traversées directes vers l’est continuèrent de croître ensuite pour des raisons dont le traité ne dit rien. Ce que les villes signèrent, c’est une trêve assortie d’un terme et une facture de dommages.

Ce qui ramène toute la période à son point de départ. Une guerre déclarée en 1426 par six villes tandis que le reste de la Hanse regardait. Une paix en 1435 qui rendit à ces villes ce qu’elles avaient déjà et remit le plus gros gain à un autre. Une seconde guerre qu’elles n’avaient pas ouverte, bien menée sur mer et close par l’arbitrage d’une ville qui en était restée à l’écart. Et sous tout cela les factures, payées par les villes qui avaient envoyé les navires, sur des impôts votés par des conseils, devant des bourgeois qui avaient déjà montré une fois ce qu’ils feraient d’un conseil qui refuserait d’ouvrir les comptes.

Annexe : chaque chiffre de cette page, et d’où il vient

Étiquettes : [CR] document d’époque · [M] dépouillement savant moderne de documents d’époque · [E] estimation savante · [D] calculé sur cette page. Rien sur cette page n’est obtenu par le calcul, de sorte qu’aucune ligne [D] n’apparaît, et en particulier aucun chiffre n’a été produit à partir des deux rapports de Copenhague en les moyennant, en les partageant ou en faisant leur différence.

ChiffreÉtiquetteSourceStatut
Avril 1408 : 15 conseillers de Lübeck sur 23 chassés ; nouveau conseil installé le 5 mai 1408 ; ancien conseil rétabli en 1416–1418 [CR] [M] Dossiers de recherche de réorganisation, corroborés par deux passes indépendantes du même tour de recherche concordant entre les passes ; hors du périmètre de verification/, qui ne contient que des chiffres économiques
18 octobre 1426 : Hambourg, Lübeck, Lunebourg, Rostock, Stralsund et Wismar déclarent la guerre à Éric de Poméranie [CR] Hanserecesse I.8, introduction de l’éditeur ; les six villes nommées dans une seconde passe de dossier ; Dollinger, The German Hansa, sur la guerre concordant entre les passes
Copenhague 1428, premier document : 24 navires coulés à partir du 15 juin [CR] Hanserecesse I.8 n° 448, le rapport du 21 juin 1428 document d’époque ; non concilié avec le rapport parallèle, et délibérément
Copenhague 1428, second document : 37 navires à la seconde opération et 10 à la première [CR] Hanserecesse I.8 n° 449 document d’époque ; en conflit avec le n° 448 sur le total et sur la répartition, et les deux sont imprimés tels quels
La tentative d’avril à Copenhague, décrite comme un échec. Aucun décompte n’en est tiré [CR] Hanserecesse I.8 n° 418 employé à titre qualitatif seulement ; ses chiffres et ses dates au jour près sont laissés de côté (voir plus bas)
Le péage du Sund commence vers 1429 [E] Les dossiers de réorganisation et leur fichier de comparaison ; l’avertissement sur la conservation est explicite dans la recherche : aucun registre conservé de 1429 ne documente la fondation, et les historiens retiennent 1425, 1426 ou 1429 date floue, imprimée comme floue. Les trois années candidates sont toutes des reconstitutions à partir de matériaux postérieurs
Paix de Vordingborg, 17 juillet 1435 [CR] Hanserecesse II.1 n° 451–454 (l’acte, la charte royale afférente, le règlement du Holstein) ; le différend persistant sur le péage est le II.1 n° 478 variantes de date divulguées, non résolues, voir la note ci-dessous
Course hollandaise autorisée le 7 avril 1438 par Philippe le Bon contre les villes wendes et le Holstein [CR] Dossier de recherche de réorganisation sur la guerre hollando–wende constatation d’une seule passe ; le sens de l’ouverture est le fait qui porte tout l’argument, et il est énoncé comme tel
Accord de Copenhague, 23 août 1441 : une trêve de dix ans avec un mécanisme d’arbitrage neutre à quatre villes passant par Kampen ; Lunebourg incluse bien que décrite comme n’ayant pas pris part [CR] Hanserecesse II.2 n° 491 lu comme un acte ; la proposition postérieure bâtie sur lui n’y figure pas
Règlement distinct, 6 septembre 1441 : prisonniers et marchandises d’environ 22 navires saisis ; la Hollande doit payer 9 000 livres de Flandre en quatre versements annuels, les autres prétentions demeurant réservées [CR] Hanserecesse II.2 n° 494 lu comme un acte
Dépenses identifiées de Lübeck pour la guerre du Danemark : 78 792 marks lübisch. La période que la source elle-même donne au chiffre est 1426–1433 [M] Dossier de recherche économique, s’appuyant sur une source hors ligne qui n’a pas pu être énumérée INVÉRIFIABLE. Le sondage de vérification n’a rien donné : zéro correspondance dans l’édition anglaise de Dollinger sur Google Books, rien dans l’OCR de Daenell, Die Blütezeit der deutschen Hanse, aucun résultat sur le web ni sur Google Books avec la mise en forme des nombres à l’anglaise ou à l’allemande. Le chiffre est du genre attendu et rien ne le contredit ; il repose pour l’heure sur la source hors ligne, quelle qu’elle soit, qu’a employée le dossier. Il est imprimé ici avec ce statut et n’est jamais converti ni comparé d’une période à l’autre
Dates de cadre et de période : 1400, 1426–1435, 1438–1441 [CR] Composées à partir des actes datés ci-dessus ; 1400 est le bord gauche de la période que couvre cette page non contesté

Statut des sources de cette page. Les dossiers de réorganisation sur lesquels s’appuie cette page ne sont pas vérifiés dans leur ensemble : ce sont des matériaux bruts de recherche, et aucune passe de vérification indépendante n’a été menée sur leurs affirmations narratives. Les fichiers verification/ qui étayent cette série ne couvrent que les chiffres économiques, ce pourquoi les lignes du conseil de 1408 ci-dessus sont marquées comme concordantes entre les passes plutôt que comme vérifiées, et pourquoi 78 792 porte un statut qui lui est propre.

La date de Vordingborg, divulguée plutôt que résolue. Cette page imprime le 17 juillet 1435. La littérature danoise donne le 15–17 juillet 1435 pour les séances tenues au château de Vordingborg, et un ouvrage de référence en anglais donne avril 1435, qu’aucune passe de recherche n’a pu concilier avec une source danoise. Deux actes et deux datations circulent. Qui voudra bâtir plus avant là-dessus devra lire directement les Hanserecesse II.1 et le Diplomatarium Danicum.

Laissé de côté à dessein. Quatre choses qu’un récit plus complet porterait manquent ici. L’année de l’abolition du péage du Sund, la date de son premier registre conservé et l’année où sa série devient continue sont toutes hors de cette période et ne sont pas citées. Les chiffres et les dates au jour près contenus dans les Hanserecesse I.8 n° 418 ne sont pas cités non plus, parce que la tentative d’avril entre dans cette page comme le témoignage de son échec et non comme une source de décomptes. Une somme que les Hollandais devaient payer au roi de Danemark en 1441 ne figure que dans une seule passe de dossier et se tient hors de l’inventaire vérifié : elle n’est donc pas donnée. Et les coûts reconstitués des navires de guerre de Lübeck et de Stralsund partagent le statut INVÉRIFIABLE du chiffre de 78 792 dans le même sondage de vérification. Ils ne sont pas nécessaires ici et ne sont pas imprimés.