La Ligue hanséatique · la série
Le règlement de 1370 vint en deux chartes. L’une courait quinze ans, l’autre ne portait nulle part de date de fin. En 1385, les villes rendirent les châteaux à la date prévue, et personne ne consigna le jour où elles le firent.
Quinze ans à compter du 24 mai 1370 font 1385, et quiconque apposa son sceau au règlement de Stralsund savait faire ce calcul. Le terme était dans le texte. Les deux parties en gardèrent un exemplaire.
Le conseil du royaume de Danemark ne signa pas un document ce jour-là. Il en scella deux, catalogués depuis sous les cotes 460a et 460b, et c’est de la différence entre eux que 1385 dépendit.
La première est une charte d’indemnisation. Les quatre châteaux de la côte scanienne y figurent, ainsi que les deux tiers du revenu de Scanie qui allaient avec eux [CR], et c’est la charte qui porte le terme. Le Danemark devait aux villes ce que la guerre leur avait coûté, et les châteaux et le revenu répondaient de cette dette jusqu’à ce qu’elle fût acquittée. Un bien remis pour être détenu jusqu’à ce qu’une obligation soit remplie, puis restitué, c’est un gage. Voilà ce qu’étaient les châteaux.
La seconde charte octroyait les libertés. C’étaient les immunités concrètes qui décidaient si un marchand allemand debout sur une plage danoise était un hôte doté de droits opposables ou un étranger à la merci de ce que la coutume locale se trouvait être. Rien dans cette charte ne portait de terme. Elle fut octroyée pour durer.
Ainsi la moitié de Stralsund dont tout le monde se souvient, celle qui faisait ressembler le règlement à une victoire sur un royaume, est-elle la moitié où une date d’expiration était écrite. L’autre moitié est celle où les marchands vivaient réellement, et elle ne portait de date nulle part.
Reste alors la seule question qui vaille d’être posée sur 1385. Quand l’horloge s’arrêta, qu’est-ce qui restait debout ? Cela se voit plus vite que cela ne se décrit.
Les deux durées de vie de Stralsund, 1370–1400
Tout ce qui figure ici est du texte de charte [CR]. Les clauses de la charte 460a s’arrêtent au bord tracé de 1385. Celles de la charte 460b n’ont pas de terme dans la charte et sortent du cadre. La clause sur la succession s’arrêta plus tôt que les unes et les autres.
Valdemar IV de Danemark mourut le 24 octobre 1375 sans laisser de fils. La prétention passait par ses filles. Albert de Mecklembourg la tenait de l’aînée, Oluf la tenait de Margrete.
Le 20 janvier 1376, les deux parties vinrent à Wismar et exposèrent leur cause aux villes.
Arrêtons-nous sur cette phrase, car c’est à cela que servait la clause de Stralsund. Les villes n’avaient pas de couronne à donner ni d’armée stationnée au Danemark. Ce qu’elles avaient, c’était une ligne dans une charte disant qu’aucun nouveau roi ne serait reçu sans leur avis, et pas avant qu’il eût scellé leurs libertés sous le grand sceau du royaume. La ligne n’en faisait pas des électeurs. Elle en faisait une partie dont l’accord devait être ménagé avant que quiconque pût être commodément installé sur le trône, et les deux prétendants se conduisirent comme si c’était vrai. Ils vinrent en personne, dans un port de la Baltique, se faire entendre de conseillers de ville.
Une association de marchands s’était inscrite elle-même dans les dispositions successorales d’un royaume, et ces dispositions étaient honorées par les parties qui avaient le plus de raisons de les ignorer.
L’Empereur écrivit séparément à Lübeck pour lui dire de soutenir la prétention de Mecklembourg. Lübeck était une ville libre d’Empire, sans personne entre elle et lui. Elle reçut l’instruction et n’y donna pas suite.
Oluf fut choisi en 1376, par une communauté politique danoise qui avait ses raisons propres, et l’avis des villes pesa parmi d’autres poids sans faire la décision. Vient ensuite le geste qu’il est facile de lire sans s’y arrêter. Le 7 septembre 1376, Lübeck et Stralsund promirent leurs ratifications du règlement, et les deux ratifications exceptèrent l’article sur l’élection royale.
Une ratification qui excepte un article est un acte précis, et il vaut d’être lu précisément. Tout le reste du règlement tenait. Les deux villes le confirmèrent, continuèrent de tenir les châteaux et continuèrent d’en percevoir le revenu. Ce qu’elles en retranchèrent, c’est la seule clause qui avait amené les deux prétendants à Wismar ce janvier-là.
Elles s’en dessaisirent. Personne ne les désavoua, et les sources ne montrent aucune défaite sur ce point. Elles cessèrent de faire valoir la clause l’année même qui venait d’en démontrer le prix, et alors que le terme dont elle relevait avait encore des années à courir.
Le terme expira comme prévu, et les papiers le devancèrent d’un peu.
Les villes s’assemblèrent à Stralsund le 24 juin 1385 et portèrent au recès l’instrument de restitution. Un recès, Rezess, est la consignation écrite de ce qu’une assemblée a résolu, et c’est l’essentiel de ce qui subsiste de la manière dont la Hanse décidait quoi que ce soit. Des envoyés furent nommés pour mener l’affaire à son terme : Heinrich Westhof et Gregor Swerting.
Une charte du roi de Danemark et de son conseil, reconnaissant que les quatre châteaux avaient été restitués et déchargeant les villes de toute prétention ultérieure sur eux, est datée du 11 mai 1385. C’est plus tôt que l’assemblée qui rédigea l’instrument, et plus tôt que la remise qu’elle constate, parce qu’elle est antidatée à l’expiration du terme. Elle solde un compte au jour où le compte est venu à échéance. Elle subsiste comme original de Lübeck portant huit sceaux [CR]. Le 6 octobre, Lübeck écrivit aux villes prussiennes que des envoyés avaient été dépêchés pour remettre les châteaux.
Voilà le dossier. Aucun rapport de l’ambassade de reddition ne subsiste. Il n’existe aucun récit de la journée elle-même : aucune porte de château, aucun officier danois prenant livraison, rien de la main des hommes qui firent le voyage. La concession est minutieusement documentée et la remise ne l’est pas du tout.
Pourquoi rendre les châteaux ? Les villes les tenaient, et la couronne qui les voulait avait perdu la guerre qui les lui avait fait perdre. La réponse est dans l’autre charte. Les châteaux étaient une sûreté, et une sûreté se restitue quand le compte se solde. Ce sur quoi les villes commerçaient réellement avait été octroyé sans terme.
Ce qui ne revint pas, c’est tout ce que contenait l’autre charte. Le droit de bris, la règle qui voulait que les biens échoués appartinssent au seigneur de ce rivage, resta levé. La responsabilité collective aussi, la pratique qui permettait de saisir les biens d’un marchand pour la dette d’un autre. Le propre bailli des villes continua de juger sur les Vitten, les enclos de commerce hanséatiques clôturés sur les plages de Scanie, chacun avec son propre tribunal. Rien de cela ne portait de terme, et rien de cela ne s’éteignit donc avec les châteaux. En 1385, les villes rendirent ce qu’elles détenaient et gardèrent ce qui leur avait été octroyé.
Le 9 février 1379, à Lübeck, les conseils de Lübeck, de Hambourg et de Wismar s’accordèrent sur la monnaie.
Elles se lièrent à un pied de monnaie commun pour le Witten, la pièce d’argent de quatre pfennigs que l’accord normalisait, et pour le petit pfennig au-dessous. La monnaie de chaque ville devait passer à sa valeur nominale chez les autres, de sorte qu’une pièce frappée à Hambourg se dépensât à Wismar sans discussion ni décote. L’essai devait être fait en commun, à Lübeck, et c’est la clause qui rendait tout le reste applicable : une pièce pouvait être éprouvée contre le pied convenu en un seul lieu, par des essayeurs que tout signataire devait accepter. L’altération de la monnaie était sanctionnée. La petite monnaie étrangère devait être tenue à l’écart. Tout l’arrangement fut monté comme une expérience à terme fixe plutôt que comme un règlement permanent. Lunebourg s’y joignit en 1381.
Le Witten frappé à ce pied faisait environ 1,33 gramme brut et environ 1,12 gramme d’argent fin [E].
Regardons les villes. Lübeck, Hambourg, Wismar et Lunebourg sont le noyau wende : le groupe qui avait voté le Pfundzoll, armé les navires et pris Copenhague. La coalition assemblée pour combattre un roi était encore assemblée, et elle avait trouvé à s’employer en temps de paix. C’est un fait réel touchant la façon dont la Hanse fonctionnait, et il est aussi facile de lui faire dire trop. Cologne n’en était pas. Dantzig, Riga et Reval non plus. Quatre villes voisines réglant la monnaie qu’elles maniaient chaque jour sur les marchés les unes des autres, c’est un accord régional, et ce n’est pas la même chose qu’une monnaie hanséatique. Ce que ce pied fit ensuite à la monnaie en circulation forme un récit à part, et il vient plus loin dans cette série.
L’original de l’accord avait déjà disparu des archives de Lübeck quand Koppmann entreprit d’éditer les recès hanséatiques, de sorte que le texte n’est connu que par une copie postérieure, ce qu’il vaut de savoir avant de s’appuyer sur un seul de ses mots.
En 1388, les marchands quittèrent Bruges et portèrent le commerce à Dordrecht. C’était la seconde fois que les villes faisaient cela à la Flandre, et la seconde fois que Dordrecht les recevait : les marchands allaient donc dans un lieu qui savait déjà comment les loger et ce qu’il fallait leur demander.
La Hollande réagit aussitôt et octroya des privilèges en 1389 pour attirer à elle le trafic détourné, ce qui est la conséquence ordinaire d’un retrait des marchands. Quelqu’un, tout près, s’en réjouit.
Puis le propre registre des plaintes de la Hanse commence à se remplir des noms de ses propres membres. Des marchands de Thorn, de Dantzig, de Kampen, accusés d’avoir commercé au travers du retrait que leurs villes avaient voté. Des navires remontaient encore le Zwin.
Ce registre mérite qu’on s’y arrête, car c’est la Hanse qui se prend elle-même en faute. Il n’y avait pas de service des douanes pour faire respecter un retrait, pas d’officier permanent nulle part chargé de la chose, pas de flotte postée à l’embouchure du Zwin. L’application de la mesure, c’étaient les villes se dénonçant les unes les autres, et les dénonciations arrivaient. Savoir si l’un ou l’autre des retraits flamands a effectivement fonctionné est une question distincte et débattue, et aucune étude publiée n’a établi de réaction des prix ou des volumes à Bruges à l’un ni à l’autre.
Ce qu’on peut observer, c’est la négociation, parce que l’autre partie tenait des procès-verbaux. La Flandre parlait par les Quatre Membres, le corps permanent qui représentait les grandes villes du comté, et entre août 1389 et septembre 1392 les Quatre Membres se réunirent 141 fois. Au moins 40 de ces réunions portèrent sur le retour des Allemands [M]. C’est un comité étranger consacrant une part substantielle de son propre ordre du jour à un groupe de marchands qui avaient quitté la ville.
Le règlement de 1392 vint comme un faisceau d’actes, plusieurs documents refermant chacun un morceau distinct de la querelle, ce qu’une négociation de cette longueur laisse d’ordinaire derrière elle. Il n’y a pas une feuille de papier unique qu’on puisse désigner et appeler la paix de Bruges. Parmi eux se trouvait une indemnité de 11 000 livres de gros [CR], convenue en mai 1392 et comptée dans la monnaie de compte flamande.
Les marchands revinrent, et le second retrait rejoignit le premier au rang de ce que les villes faisaient d’ordinaire quand une ville d’accueil devenait difficile. Le retrait des marchands est un instrument dirigé contre quelqu’un qui veut voir revenir le trafic. Il agit en coûtant cher à l’autre partie et en lui donnant un endroit où signer. Dans la même décennie, les villes auraient affaire à des gens qui ne voulaient rien d’elles et n’avaient nulle part où signer quoi que ce soit.
En 1392, un conseiller de Lübeck nommé Johann Niebur baisa la croix à Novgorod.
Telle était la forme. Un accord russe se jurait sur la croix, et celui qui jurait liait la partie pour laquelle il était venu. Le règlement s’appelle encore la paix de Niebur, d’après lui, ce qui dit quelque chose en soi de la façon dont ces choses se faisaient : un conseiller muni d’une commission, et un serment prêté à la manière de l’autre partie, parce que c’était la manière qui liait quiconque à Novgorod. Il était venu avec une délégation tirée de Gotland, de Riga, de Dorpat et de Reval, et ce dont ils convinrent jouait dans les deux sens : les privilèges des Allemands à Novgorod renouvelés, et ceux des Russes en Livonie et à Gotland renouvelés à côté. Réciproque, et écrit comme réciproque.
La clause qui valait le voyage est celle qui porte sur les autres. Les privilèges devaient tenir même pendant des guerres impliquant des puissances tierces.
Pour voir pourquoi cette clause importait, regardons ce qui fermait effectivement la route. Le Peterhof se trouvait au bout d’un chemin qui traversait un pays n’appartenant ni à l’une ni à l’autre partie, et ce qui le fermait n’était presque jamais une querelle avec Novgorod. C’était une campagne livonienne, ou suédoise, ou l’ordre Teutonique marchant contre quelqu’un, et le commerce s’arrêtait parce que le terrain intermédiaire était en guerre. Les Allemands et les Russes pouvaient régler leurs propres différends à une table. Ceux de tous les autres, non.
Ils essayèrent donc de le contourner par l’écrit, avec un accord dont le jeu ne dépendait du maintien de la paix nulle part ailleurs qu’entre les deux parties qui l’avaient conclu.
Il tint un siècle. Puis il fut rompu par une puissance qui ne l’avait pas signé.
Le mot vitalienses est attesté à partir de 1390, appliqué à des gens de mer prenant part aux guerres de la Baltique et de la mer du Nord. En allemand il devient Vitalienbrüder, les Frères vitaliens : les compagnies armées de cette guerre de mer, et le nom égare les gens depuis lors.
Le récit qui s’y attache veut qu’on les ait appelés Frères vitaliens parce qu’ils faisaient entrer des vivres à Stockholm pendant que les Suédois tenaient la ville bloquée. Le récit a une source, et cette source est Reimar Kock, un chroniqueur de Lübeck qui écrivait au milieu du XVIe siècle. Cordsen a fait remonter le mot à tout autre chose : à des précédents français de la guerre navale contre l’Angleterre, où des équipages servant à ce titre le portaient déjà. Le ravitaillement de Stockholm est une explication postérieure pour un mot qui était en usage avant que quiconque en eût besoin.
Les compagnies ne surgirent pas non plus de nulle part. Elles sortaient des troupes que les ducs de Mecklembourg levaient pour la couronne de Suède, et les employeurs qui s’en servirent ensuite sont documentés : les Mecklembourgeois, Wismar, Rostock, et plus tard le comte de Hollande. Ce qui n’est documenté nulle part, c’est que la Hanse les ait employées. Dès 1395, Dantzig consacrait les recettes du Pfundzoll à des navires de paix pour leur donner la chasse.
La raison pour laquelle elles sont si difficiles à situer est structurelle, et c’est l’argument de Rohmann. La mer n’était pas encore un espace juridique établi. Aucune autorité ne pouvait dire, avec une portée générale, quelle violence en mer était licite et laquelle était brigandage, et les villes elles-mêmes prenaient la mer en Auslieger, navires armés exploités par des particuliers, équipés aux frais d’une ville et naviguant sous sa licence, montés par des hommes de la même espèce. Un équipage était un combattant sous licence tant que celui qui l’employait était en guerre, et autre chose dès l’instant où l’employeur cessait de payer. La différence entre les deux conditions tenait à un morceau de papier et à l’intérêt persistant de quelqu’un, et l’un comme l’autre expiraient. On appelait pirates les prisonniers quand aucune raison politique ne s’y opposait.
Gotland est l’île du milieu de la Baltique devant laquelle tout passe, ce qui en avait fait le premier lieu où des marchands allemands se soient organisés à l’étranger, et ce qui la rendait bonne à prendre alors. L’ordre Teutonique la prit en 1398, et c’est d’ordinaire là que le récit s’arrête, l’île nettoyée et les compagnies dispersées vers l’ouest, dans la mer du Nord. Les campagnes se poursuivirent jusqu’en 1408.
Regardons ce que les villes s’étaient fait à elles-mêmes. Elles avaient passé une génération à apprendre à des hommes à se battre en mer, à les payer au voyage et à les autoriser à prendre la cargaison ennemie. Quand une guerre finissait, les navires, les équipages et le savoir-faire étaient toujours là, et les hommes qui les avaient devaient toujours manger. Et aucun instrument que possédait la Hanse ne les atteignait. Le retrait des marchands vise une ville. La Verhansung, l’exclusion de la Hanse, vise une ville membre. Ni l’un ni l’autre n’a rien à dire à un équipage qui possède son propre navire.
L’un de ces équipages a produit le seul nom hanséatique que la plupart des gens connaissent.
Hermann Korner était un dominicain de Lübeck, et il écrivit plus d’une fois sa chronique universelle. Les éditeurs modernes savent dater les versions : une de 1423, une de vers 1430, une de 1435 [M]. Cette suite est exceptionnellement utile, car elle permet de voir un détail arriver.
Dans les versions antérieures, les capitaines pris au large d’Héligoland et exécutés à Hambourg n’ont pas de prénom. À partir de la version de vers 1430, le chef en a un. C’est Nicolaus Stortebeker, et tous les récits ultérieurs ont pris le nom de là, quelque trente-cinq ans après les faits auxquels il appartient [M]. Un nom de famille seul est une mention. Un prénom fait une personne, et une personne peut porter un récit.
Korner n’est pas ici pris en flagrant délit de mensonge. Il est souvent le seul témoin qui existe pour la guerre de mer, et une grande part de ce qu’on en sait passe par lui. Le point est plus étroit que cela. Sur ce seul détail, sa propre tradition manuscrite montre le nom arrivant tard.
Pendant ce temps, il y a dans les archives prussiennes un homme du même nom de famille, et il est bien mieux documenté que celui de la chronique. C’est Johann Stortebeker, de Dantzig, et les papiers le suivent pendant des années.
En avril 1405, il comparut devant le grand maître à Marienbourg, accusé d’avoir enfreint le retrait décrété contre l’Angleterre, un bourgeois de Dantzig se portant caution pour lui jusqu’à son retour d’un pèlerinage à Rome [CR]. En mars 1406, il fut condamné à 25 marks et 23 nobles anglais d’amende pour contrebande [CR]. En 1409, il acquitta quatre fois dans l’année le Pfundzoll de Dantzig, sur des navires de 100 et de 120 lasts [CR], le last étant la mesure de capacité usuelle dans ce commerce. En 1411, la Grossschäfferei de Königsberg, l’office commercial de l’ordre Teutonique, détenait des parts dans le navire qu’il montait. Le 21 septembre 1413, Henri V d’Angleterre le prit, lui et quarante hommes, sous sa protection [CR].
Prenons la première pièce à part. Un homme traduit devant la cour du grand maître pour avoir commercé avec l’Angleterre au mépris d’un retrait hanséatique est un marchand, et il est poursuivi par les siens pour un délit commercial. Un bourgeois de Dantzig se porte caution, ce qui veut dire qu’un habitant de la ville, possédant du bien, acceptait de répondre de son retour. Et il part pour Rome. C’est là un homme qui a un négoce, une réputation et des créanciers.
La dernière pièce joue de la même façon. Un sauf-conduit du roi d’Angleterre couvre quelqu’un avec qui la couronne anglaise s’attendait à traiter, et quarante hommes, c’est un équipage.
Relisons la suite et voyons de quelle nature sont ces documents. Un registre de justice, une amende, un livre de péage, un registre de parts, un sauf-conduit. Chacun d’eux est le papier ordinaire de quelqu’un, écrit pour solder un compte plutôt que pour instruire une cause sur l’homme.
Puis l’exécution. Korner écrit que certains d’entre eux furent mis à mort, ex eis, et la formule n’englobe pas nécessairement les capitaines qu’il vient de nommer : elle peut tout aussi bien désigner quelques-uns des hommes. L’exécution n’est sans ambiguïté et confirmée de façon indépendante que pour un seul des capitaines, Gödeke Michels, dont la fin est consignée dans les comptes de la chambre de Hambourg autant que dans la chronique.
Ce que les sources peuvent étayer est plus petit que la légende, et plus étrange. Johann Stortebeker fut un combattant sous licence, un contrebandier, un armateur, un débiteur de l’ordre Teutonique et un marchand. Il fut plusieurs de ces choses en une décennie, et les clercs qui le consignèrent n’y trouvèrent rien d’étrange, parce que dans la Baltique de son vivant ce n’étaient pas encore des métiers différents.
Étiquettes : [CR] document d’époque · [M] dépouillement savant moderne de documents d’époque · [E] estimation savante · [D] calculé sur cette page. Rien sur cette page n’est calculé ici, et aucune ligne [D] n’y figure donc : les quinze ans se lisent sur la charte, ils ne sont soustraits de rien.
| Chiffre | Étiquette | Source | Statut de vérification |
|---|---|---|---|
| Chronologie du récit : 1370, 1375, 1376, 1379, 1381, 1385, 1388, 1389, 1390, 1392, 1395, 1398–1408, 1405, 1406, 1409, 1411, 1413, avec les jours donnés dans le texte. L’axe des dates du graphique couvre le même intervalle, de 1370 à 1400, par graduations de cinq ans | [CR] | formation_claude_a.md §7 (chartes 460a et 460b de Stralsund) ; reorganisation_claude_a.md §§1.1–1.6 ; reorganisation_pro_dossier.md zone 1 ; pro_dossier.md §4. Les trois passes de réorganisation concordent sur cette chronologie, ce qui est l’assise la plus solide dont dispose quoi que ce soit ici | non vérifié dans son ensemble |
| Terme de quinze ans ; quatre châteaux ; deux tiers des droits à Falsterbo, Malmö et Helsingborg | [CR] | formation_claude_a.md §7, d’après la traduction par Carsten Jahnke de la charte 460a de Stralsund | non vérifié dans son ensemble |
| La charte du 11 mai 1385 subsiste comme original de Lübeck portant huit sceaux | [CR] | reorganisation_pro_dossier.md zone 1 (Hanserecesse I.2 n° 306, 308, 311c ; Lüb. UB IV n° 455) | non vérifié dans son ensemble |
| Indemnité de Bruges : 11 000 livres de gros, mai 1392 | [CR] | pro_dossier.md §4 (cité d’après Cambridge) | non vérifié dans son ensemble, et voir la ligne signalée ci-dessous, où est consignée la seconde lecture de ce chiffre |
| Au moins 40 des 141 réunions des Quatre Membres de Flandre, d’août 1389 à septembre 1392, ont porté sur le retour des marchands | [M] | pro_dossier.md §4 | non vérifié dans son ensemble |
| Le Witten de 1379 : environ 1,33 g brut, environ 1,12 g d’argent fin | [E] | research/verification/lubeck_monetary.md point 4 | recoupé avec research/verification/, confirmé conforme à la norme du manuel de référence |
| Les rédactions de Korner : 1423, vers 1430, 1435 ; le prénom entre avec la rédaction de vers 1430, quelque trente-cinq ans après les faits | [M] | reorganisation_claude_a.md §1.6, d’après Rohmann, Hansische Geschichtsblätter 125 (2007) | non vérifié dans son ensemble |
| Stortebeker acquitte quatre fois le Pfundzoll de Dantzig en 1409, sur des navires de 100 et de 120 lasts ; amende de 25 marks et 23 nobles anglais, mars 1406 ; sauf-conduit pour lui-même et quarante hommes, le 21 septembre 1413 | [CR] | Idem, d’après Rohmann (2007), Hanserecesse I.5 n° 308 ; HUB 5 n° 1109 ; Jenks, Danziger Pfundzollbuch n° 140, 256, 1029, 1424 | non vérifié dans son ensemble |
| Le tarif de péage de la charte 460b : pour le péage, un pfennig de Lübeck compte pour deux scaniens (sur le graphique, la clause du péage) | [CR] | formation_claude_a.md §7, d’après la traduction par Jahnke de la charte 460b de Stralsund, la clause qui clôt les libertés perpétuelles | non vérifié dans son ensemble |
| Avril 1405 : accusé à Marienbourg d’avoir enfreint le retrait décrété contre l’Angleterre, un bourgeois de Dantzig se portant caution jusqu’à son retour d’un pèlerinage à Rome | [CR] | reorganisation_claude_a.md §1.6, d’après Rohmann (2007), Hanserecesse I.5 n° 241 §§12–13 | non vérifié dans son ensemble |
| L’indemnité de Bruges, seconde lecture : 11 100 livres de gros en deux paiements | [CR] | Une seconde passe de recherche sur le même épisode donne 11 100 en deux paiements là où pro_dossier.md §4 donne 11 000. La page imprime 11 000 et imprime cette ligne à côté | signalé, l’écart n’est pas résolu, et il est consigné ici plutôt qu’arbitré ou moyenné |
| Laissé de côté : la scène de la remise à Helsingborg, le jour de l’Ascension 1385 | — | La scène — la reine douairière, le jeune roi, un châtelain refusant d’ouvrir la porte — est rapportée, dans une passe de recherche, à un site danois de vulgarisation historique, et elle est contredite par la conclusion d’une autre passe : aucun rapport de l’ambassade de reddition ne subsiste | signalé, omis. La page dit à la place qu’aucun récit de la journée ne subsiste, ce que les sources étayent |
Sur la vérification. Les dossiers de formation et de réorganisation qui sous-tendent cette page ne sont pas vérifiés dans leur ensemble. Les cinq fichiers de research/verification/ ne couvrent que les chiffres économiques, et des chiffres ci-dessus seul le Witten de 1379 y figure. Là où les trois passes de réorganisation concordent, on appelle cela solide ici, et voici l’avertissement : solide veut dire que trois passes indépendantes ont abouti à la même lecture, et non qu’un contrôle extérieur ait été fait contre une source.