La Ligue hanséatique · la série
Le Danemark concéda quatre châteaux, les deux tiers des revenus de Scanie et un droit de regard sur celui qui pourrait être reçu comme son prochain roi. L’autre partie n’avait ni charte, ni capitale, ni trésor, ni date de fondation.
Le 24 mai 1370, dans le port poméranien de Stralsund, le conseil du royaume de Danemark céda beaucoup par sa signature. Quatre châteaux du rivage scanien furent remis pour quinze ans : Helsingborg, Malmö, Skanör et Falsterbo, qui commandaient ensemble le détroit joignant la Baltique à la mer du Nord, et les foires au hareng sur les grèves en contrebas. Pendant ces quinze années, l’autre partie prendrait les deux tiers de tout ce que rapportaient les marchés de Scanie, jusqu’aux droits sur les échoppes et les chariots. Et aucun nouveau roi de Danemark ne serait reçu sans l’avis de cette partie, ni avant d’avoir scellé ses libertés du grand sceau du royaume.
Les royaumes signent de tels actes quand ils ont perdu une guerre. Ce qui est étrange dans celui-ci, c’est l’autre partie.
Il n’existait aucun État hanséatique avec qui signer. L’association qui obtint les conditions du Danemark n’avait ni charte ni constitution. Elle n’avait pas de capitale : ses assemblées se réunissaient à Lübeck parce que Lübeck était commode, et les réunions tenues ailleurs n’en étaient pas moins valables. Elle n’avait ni trésor, ni fonctionnaires à demeure, ni flotte permanente, ni chef d’État, ni personnalité juridique : au sens strict, il n’y avait rien à poursuivre en justice. Elle n’avait pas non plus de date de fondation, puisqu’elle n’a jamais été fondée. Les historiens qui en veulent une doivent choisir un moment, puis défendre ce choix.
Le nom lui-même décrit la difficulté. Hanse est un vieux mot germanique désignant une bande d’hommes voyageant ensemble. En gotique, il voulait dire une troupe de guerre. Il en est venu à nommer la compagnie des marchands étrangers avec laquelle une ville devait traiter, puis la redevance qu’un marchand payait pour y entrer. La chose fut nommée d’après ses membres bien avant que quiconque y vît une institution.
Ainsi une association dépourvue de tout l’équipement du pouvoir arracha un traité à un royaume. Cette série porte sur la façon dont cela s’est produit. Il a fallu deux siècles et trois formes d’organisation différentes, et personne n’a rien planifié de tout cela.
Tout commence par une seule ville, et cette ville dut être bâtie deux fois.
En 1143, Adolphe II, comte de Schauenbourg et de Holstein, implanta un établissement sur la langue de terre entre la Trave et la Wakenitz, à quelques milles en amont du rivage baltique, et l’appela Lübeck. Il n’était pas le premier à voir la valeur du lieu : une place forte slave nommée Liubice s’était dressée un peu en aval jusqu’à ce que des pillards l’incendient en 1138. Le site fut choisi pour ce qui s’étendait de part et d’autre. Devant, il y avait la Baltique et, au-delà, la cire, les fourrures, le bois et le grain de l’est. Derrière, il y avait un court trajet par voie de terre jusqu’à l’Elbe et, par l’Elbe, tout ce qui naviguait sur la mer du Nord. L’autre voie était le long trajet par le nord du Danemark. Derrière, il y avait aussi Lunebourg, et Lunebourg avait le sel. C’est le sel qui permettait qu’un hareng pêché au large de la Scanie en septembre soit mangé à Cologne en mars.
En 1157, la ville brûla. En 1159, Henri le Lion, duc de Saxe, la rebâtit et accorda à ses habitants des conditions qui rendaient l’installation avantageuse : leur propre marché, leur propre tribunal, l’exemption de péages à travers ses terres. En 1226, l’empereur Frédéric II fit de Lübeck une ville libre d’Empire, sans personne entre elle et lui.
Ce qui voyagea ensuite hors de Lübeck, ce fut sa constitution. Un seigneur qui fondait une ville sur la côte baltique voulait que des marchands viennent y habiter, et les marchands voulaient savoir d’avance quels seraient leurs droits. Le moyen le moins coûteux de le leur dire était d’octroyer à la ville nouvelle le droit d’un lieu auquel ils se fiaient déjà. Aussi le droit de Lübeck (tout le code municipal de la ville, la structure de son conseil, ses règles commerciales et successorales) fut-il adopté en bloc par une fondation nouvelle après l’autre. Hambourg le prit en 1188, Rostock en 1218, Stralsund en 1234, Reval en 1248. Les affaires difficiles des villes filles étaient renvoyées au tribunal de Lübeck lui-même pour y être tranchées. Environ cent villes [E] ont fini par se gouverner ainsi, la plupart sur le pourtour de la Baltique.
Ce réseau a grandi en se laissant copier, et ce qui se copiait, c’était un modèle juridique.
Avant qu’il y eût des villes hanséatiques, il y eut des marchands hanséatiques, et ils avaient déjà trouvé comment opérer à l’étranger.
Le lieu où ils l’avaient mis au point, c’est Gotland, une île posée au milieu de la Baltique, avec la ville portuaire de Visby sur sa côte occidentale. Presque tout ce qui naviguait entre les fleuves russes et la côte allemande passait à sa portée. Au milieu du XIIe siècle, des marchands allemands y hivernaient aux côtés des Gotlandais, et les deux groupes se querellaient assez durement pour que le sang coule.
En 1161, Henri le Lion trancha. À Artlenburg, sur l’Elbe, il accorda aux Gotlandais qui commerçaient sur ses terres la même protection et la même exemption de péages dont jouissaient ses propres marchands, en échange du même traitement pour ses hommes à Gotland. Chaque partie obtint, par écrit, le droit à un traitement meilleur que celui d’un étranger.
Être étranger voulait dire quelque chose de précis, et toute l’institution est une réponse à cela. Un marchand hors de sa propre ville n’avait presque aucune qualité pour agir. Si son navire s’échouait, la cargaison rejetée sur la grève appartenait au seigneur de ce rivage. C’était le droit ordinaire, pas de la piraterie. Si l’un de ses compatriotes n’avait pas honoré une dette dans la ville où il se trouvait, ses propres marchandises pouvaient être saisies pour l’acquitter, car une communauté étrangère était tenue collectivement responsable de ses membres. La pratique avait un nom, la représaille, et elle était parfaitement légale. Elle voulait dire aussi que la solvabilité d’un étranger était l’affaire de tous. Les tribunaux locaux pouvaient refuser de l’entendre. Les guildes locales pouvaient lui interdire de vendre à d’autres qu’elles-mêmes, à leur prix, et lui interdire de rester au-delà d’un nombre fixé de semaines.
Un privilège était une exemption écrite de ces périls précis, octroyée par qui avait le pouvoir de l’octroyer, renouvelable, révocable, et qui valait qu’on se batte pour elle. C’était le véritable actif des marchands. Les navires et les cargaisons, eux, se remplaçaient.
Ils s’organisèrent donc autour de lui. L’association des marchands allemands à l’étranger n’avait ni capital ni parts : il n’y avait rien en elle à partager. Ce qu’elle avait, c’était un sceau, une caisse commune, des aldermen élus et la capacité collective de menacer un souverain du retrait de tous ses marchands d’un coup. Son plus ancien nom conservé est une longue formule tirée d’une charte de 1252 : universi mercatores Romani imperii Gotlandiam frequentantes, tous les marchands de l’Empire romain fréquentant Gotland. C’est une description de qui se présentait. Personne n’avait encore eu besoin d’un nom pour elle.
Au printemps de 1200, un évêque nommé Albert fit voile vers la Baltique orientale avec vingt-trois navires et une troupe de croisés en armes. L’année suivante, il fonda une ville là où une petite rivière se jetait dans la Daugava, à quelques milles en amont de la mer, et des marchands de Gotland vinrent avec lui. Cette ville était Riga.
Riga fut la première ville allemande de la côte livonienne, et le schéma se répéta le long de celle-ci pendant le demi-siècle suivant. Un évêque, un ordre militaire ou un seigneur territorial prenait une embouchure ; une ville était tracée à côté ; des colons étaient recrutés par une concession de droits ; des marchands arrivaient pour s’en servir. Elbing, Reval, Dantzig, Königsberg. Reval prit le droit de Lübeck en 1248.
C’était une colonisation. Les villes furent implantées dans des pays dont les habitants ne les avaient pas demandées, par un mouvement qui portait l’épée au moins aussi souvent que le livre de comptes, et le fondateur de Riga avait levé un ordre de croisade dans les deux ans qui suivirent le tracé de ses rues.
Ce que ces fondations produisirent, commercialement, ce fut un littoral fait de pièces qui se correspondaient. Un marchand qui naviguait de Lübeck à Riga arrivait dans un lieu doté d’un conseil qu’il reconnaissait, d’un tribunal dont il connaissait déjà la procédure et d’un corps de droit commercial descendu de la même source que le sien. Une concession obtenue en un lieu pouvait être comprise et appliquée dans un autre. Personne n’a eu à construire le réseau : il est sorti de la copie.
La chaîne s’arrêtait là où s’arrêtait la copie. Novgorod, au bout du commerce russe et sa destination la plus riche, n’était la fondation de personne et n’avait pris le droit de personne. Londres, Bruges et Bergen non plus. Là où les Allemands ne pouvaient pas implanter une ville à eux, il leur fallait négocier un point d’appui dans celle d’un autre.
Si l’association des marchands fonctionnait, pourquoi les villes ont-elles fini par la diriger ?
En partie parce que les marchands cessèrent de voyager. Au XIIe siècle, un marchand partait avec ses marchandises, les vendait lui-même, achetait une cargaison de retour et rentrait chez lui. L’association des hommes qui faisaient cela ensemble était l’unité naturelle. Au XIVe siècle, il restait plus volontiers à Lübeck et travaillait par des associés et des correspondants résidant à Bruges ou à Reval, en réglant par lettre. La bande d’hommes voyageant ensemble, qui avait donné son nom à la Hanse, avait largement cessé de voyager.
Et en partie parce que la chose qu’il fallait défendre avait changé de mains. Les privilèges étaient octroyés à des communautés et renouvelés avec des communautés, et un souverain qui en renouvelait un voulait en face de lui une partie dotée d’un sceau, d’un trésor et d’une adresse permanente, quelqu’un qui serait encore là dans dix ans et que l’on pourrait tenir au marché conclu. Les conseils de ville avaient tout cela. Ces conseils étaient de toute façon tenus par les mêmes familles du grand commerce, si bien que le transfert ne coûta à personne rien qu’il ait regretté de perdre.
Le moment que l’on choisit d’ordinaire pour marquer ce changement est le 2 février 1356, quand des délégués des villes se réunirent à Lübeck en assemblée générale pour la première fois. Ce qui les rassembla, c’était une querelle avec Bruges, et ce qu’ils en firent fut de placer l’établissement de Bruges sous l’autorité des villes plutôt que des marchands qui y commerçaient. En une génération, les autres établissements à l’étranger avaient suivi le même chemin.
La version bien nette, celle d’une Hanse des marchands devenue en 1356 une Hanse des villes, est une périodisation. La date fut choisie après coup, par les historiens, pour nommer une dérive qui prit des décennies et que les régions achevèrent à des moments différents. Rien ne fut constitué en 1356. Une assemblée se réunit, et les assemblées continuèrent de se réunir.
Se réunir, c’était tout. Ces assemblées, les Hansetage ou diètes, ne tenaient aucun registre de membres et n’appliquaient aucune procédure d’admission digne de ce nom. Les dénombrements modernes des villes impliquées vont d’environ soixante-dix à environ cent soixante-dix [E], selon le degré de participation que l’on exige avant de compter une ville. La présence n’était pas obligatoire. Une ville à qui une décision déplaisait pouvait l’ignorer, et les villes le faisaient.
À l’étranger, les marchands tenaient quatre établissements permanents, et c’est là que les privilèges se monnayaient. Le Peterhof, à Novgorod, prenait les fourrures et la cire russes. Bryggen, à Bergen, prenait le poisson norvégien. Le Steelyard, à Londres, prenait la laine anglaise et, plus tard, le drap anglais. Le quatrième siégeait à Bruges, plaque tournante de l’Europe du Nord-Ouest, où la cargaison baltique rencontrait le tissage flamand et le crédit italien. Le mot qui désigne un tel établissement est kontor, un comptoir, et il est bien en deçà de la réalité.
Un comptoir était une petite république autonome à l’intérieur d’une ville étrangère. Il élisait ses propres aldermen, écrivait ses propres statuts, tenait son propre tribunal sur ses propres membres et les disciplinait sans en référer à l’hôte, gardait une caisse commune et contrôlait qui avait le droit d’y commercer. Il légiférait aussi sur la façon dont ses membres vivaient. À Bergen, il leur était interdit de se marier sur place, ce qui maintenait le capital en mains allemandes et la communauté en rotation.
Le commerce pouvait être extraordinairement étroit. Dans les comptes de la douane anglaise pour 1303–11, le stockfisch, morue fendue et séchée dure au vent arctique jusqu’à se conserver des années, représente environ 82 % [M] de la valeur consignée de tout ce qui était importé de Norvège. Le comptoir de Bergen était, commercialement, une seule marchandise à laquelle une ville était attachée.
Les quatre n’ont pas été bâtis sur un même modèle, et le moins ordonné d’entre eux était le plus important. À Bruges, les marchands n’eurent aucun enclos pendant l’essentiel de la période. Ils logeaient chez des hôtes flamands et travaillaient par des courtiers flamands, dispersés dans une ville qui n’avait aucune intention de les parquer, et n’acquirent une maison à eux qu’au XVe siècle. Ce qui tenait la Hanse ensemble à Bruges, ce n’était pas l’architecture.
Rien de tout cela ne reposait sur la propriété. Les bâtiments pouvaient se louer et les navires se remplacer. Ce qui ne pouvait pas se remplacer, c’était la concession de droits qu’avait faite le souverain d’accueil, et une concession peut être retirée. Cela jouait dans les deux sens. Si les marchands s’en allaient, la ville d’accueil perdait le trafic, et tous les intéressés le savaient.
Sans armée et sans revenu permanent, les villes disposaient de trois instruments. Deux fonctionnaient par l’exclusion, le troisième en taxant les membres eux-mêmes, et seulement quand ils avaient consenti à se battre.
Le premier était le retrait des marchands. Que l’on retire les marchands d’une ville, et la ville perd le commerce. Les assemblées le firent à Bruges en 1358, portant le commerce à Dordrecht, puis de nouveau en 1388, et les deux fois la Flandre négocia. Que l’un ou l’autre ait vraiment beaucoup coûté à Bruges reste une question ouverte : les fuites étaient considérables, et des marchands de villes membres furent accusés d’avoir commercé en dépit de l’interdiction.
Le deuxième instrument était tourné vers l’intérieur, et il mordait plus fort. Une ville membre qui rompait les rangs pouvait être verhanst, exclue des privilèges communs, si bien que ses marchands redevenaient partout des étrangers et qu’aucune ville hanséatique ne traitait plus avec eux. Une ville qui vivait du commerce lointain ne pouvait pas absorber cela longtemps. Brunswick fut exclue en 1375, après qu’un soulèvement dans la ville eut tué des membres de son conseil, et mit des années à y être réadmise.
Le troisième était l’argent, et il était temporaire à dessein. Quand une guerre devait être payée, l’assemblée votait un Pfundzoll, un droit à la livre : un petit pourcentage sur la valeur déclarée des cargaisons des membres, perçu au port de départ, quittancé pour que nul ne l’acquitte deux fois à l’arrivée, puis apuré entre les villes. Il était voté une guerre à la fois. Aucun trésor permanent n’attendait d’en être alimenté.
Les trois se rejoignirent une fois. Le 19 novembre 1367, des délégués se réunirent à Cologne, déclarèrent qu’en raison des torts que le roi de Danemark avait causés au marchand commun allemand les villes seraient ses ennemies et s’entraideraient fidèlement, et assignèrent à chaque membre un contingent de navires et d’hommes. Des villes de Hollande et du Zuiderzee se joignirent à eux. Les flottes appareillèrent, Copenhague fut prise, et le 24 mai 1370 le conseil danois signa à Stralsund : les quatre châteaux, les deux tiers des revenus de Scanie pour quinze ans, et la clause sur qui pourrait être roi.
Le droit à la livre de cette guerre est aussi la raison pour laquelle nous pouvons voir quoi que ce soit, et ce qu’il montre façonne tout ce que l’on lira ensuite. L’année de perception du droit à Lübeck, du 18 mars 1368 au 10 mars 1369, a consigné environ 546 000 marks lübisch [M] de cargaison taxable passée par le port, le mark lübisch étant la monnaie de compte de Lübeck, une unité comptable dans laquelle aucune pièce n’était alors frappée. La plus grosse tranche, environ 188 000 marks [M], était le trafic à destination et en provenance de Londres et de Hambourg. Les mêmes livres ont dénombré environ 1 800 arrivées et départs de navires [M] dans l’année.
Une seule année. Les clercs comptaient parce qu’il y avait une flotte à financer, et quand la guerre a cessé, on a cessé de compter. Telle est la forme de la documentation que la Hanse a laissée sur elle-même : une poignée d’années magnifiquement détaillées à travers quatre siècles, la plupart produites par une urgence. Les longues séries continues ont été tenues par d’autres, les officiers des douanes anglais et les collecteurs du péage danois au Sund, qui avaient leurs propres raisons de compter. La paix ne laisse pas de livre de comptes.
C’est pourquoi chaque chiffre de cette série porte une étiquette.
Il y en a quatre. [CR] signifie que quelqu’un a consigné le chiffre à l’époque, dans un livre de comptes, une charte ou un état de douane. [M] signifie qu’un historien moderne l’a compté ou agrégé à partir de telles sources. [E] signifie que c’est une reconstitution qui a exigé des hypothèses sur la capacité, ou des conversions d’unités, ou les années que personne n’a notées. [D] signifie qu’il a été calculé ici, sur la page, à partir des lignes qui précèdent.
Les graphiques gardent la même discipline. Une marque pleine est une chose consignée. Une marque hachurée ou évidée est l’hypothèse de quelqu’un, et quand ce quelqu’un est nous, l’hypothèse est dessinée sur le graphique au lieu d’y être enfouie. Là où les savants divergent, les deux lectures sont tracées et toutes deux sont nommées, car choisir l’une en silence est le moyen le plus efficace de faire passer un chiffre mou pour un chiffre dur.
Les chiffres qui n’ont pas pu être étayés sont donnés pour tels, ou laissés de côté. Chaque page porte une annexe qui recense chacun de ses chiffres, d’où il vient et s’il a survécu à la vérification. Plus d’une statistique hanséatique bien voyagée a échoué à cet examen et a été écartée.
Les étiquettes sont là parce que la documentation est assez mince pour qu’une ligne lisse tracée en travers soit presque toujours une décision prise par quelqu’un, et le lecteur doit pouvoir voir par qui avant de décider s’il y croit.
À partir de Stralsund, le récit descend la pente, et il la descend de façons intéressantes. Ivan III fit fermer le Peterhof de Novgorod en 1494. L’établissement de Bruges s’effaça comme Bruges s’effaçait, et les capitaux passèrent à Anvers. La couronne d’Angleterre révoqua les privilèges du Steelyard au milieu du XVIe siècle, et l’effet sur le commerce de la Hanse par Londres fut immédiat et mesurable. Pendant ce temps, l’économie baltique continuait de croître, en grain prussien et en coques hollandaises, de plus en plus le long de routes qui ne faisaient plus escale à Lübeck. On convoquait encore des assemblées au XVIIe siècle, et de moins en moins de villes se donnaient la peine de venir. La dernière se réunit en 1669.
C’est ce fil directeur que suit cette série. Là où la documentation est vraiment contestée, des questions isolées font l’objet d’articles à part. Le premier d’entre eux, sur la question de savoir si la Hanse a bel et bien décliné, est déjà en ligne.
Trois siècles après Stralsund, l’association qui avait revendiqué un droit de regard sur celui qui serait roi de Danemark ne parvenait plus à réunir ses propres membres dans une salle.
Étiquettes : [CR] document d’époque · [M] dépouillement savant moderne de documents d’époque · [E] estimation savante · [D] calculé sur cette page. Rien sur cette page n’est calculé ici, aucune ligne [D] n’y figure donc.
| Chiffre | Étiquette | Source | Statut |
|---|---|---|---|
| Total du droit à la livre de Lübeck, 18 mars 1368, 10 mars 1369 : ≈ 546 000 marks lübisch de cargaison taxable | [M] | Livres du Pfundzoll, dépouillés par Wendt (1902) et Lechner (1935) ; rapportés dans Dollinger, The German Hansa | vérifié 2026-07 |
| Sur ce total, le groupe de routes Londres/Hambourg : ≈ 188 000 marks | [M] | Mêmes livres. C’est le seul des six groupes de routes qui ait pu être confirmé de façon indépendante dans Dollinger ; les cinq autres sont plausibles mais non confirmés et ne sont délibérément pas cités ici | vérifié 2026-07 |
| Arrivées et départs de navires à Lübeck, 1368 : ≈ 1 800 | [M] | Hammel-Kiesow (1993), dans Jenks & North (eds.), Der hansische Sonderweg?, 77–93 ; cité dans Ewert & Selzer, Institutions of Hanseatic Trade (2016), p. 129 | vérifié 2026-07 (source imprimée uniquement) |
| Stockfisch ≈ 82 % de la valeur consignée des importations norvégiennes, douane anglaise 1303–11 | [M] | Helle (2019), AmS-Skrifter 27, p. 45, s’appuyant sur Nedkvitne, The German Hansa and Bergen 1100–1600 (2014) | vérifié 2026-07 (mot pour mot) |
| Villes finalement régies par le droit de Lübeck : environ cent | [E] | Synthèses encyclopédiques de la littérature sur le droit de Lübeck. Non confronté à un dénombrement savant, raison pour laquelle la page dit « environ » | estimation, non vérifiée de façon indépendante |
| Villes impliquées dans la Hanse : environ 70 à 170 | [E] | Synthèses encyclopédiques. La fourchette est large parce qu’aucune liste de membres n’existait ; le chiffre dépend entièrement du degré de participation que l’on compte comme appartenance | estimation, non vérifiée de façon indépendante |
| Stralsund 1370 : quatre châteaux scaniens tenus quinze ans en garantie ; les deux tiers des revenus de Scanie en trois lieux nommés (Falsterbo, Malmö, Helsingborg) ; aucun nouveau roi reçu sans l’avis des villes | [CR] | Les deux chartes du 24 mai 1370, Stadtarchiv Stralsund, lues dans les traductions allemandes modernes commandées à Carsten Jahnke (univ. de Copenhague) et publiées en PDF téléchargeables | vérifié sur le texte de la charte le 24-07-2026 |
| Dates du récit : 1138, 1143, 1157, 1159, 1161, 1188, 1200–01, 1218, 1226, 1234, 1248, 1252, 1356, 1358, 1367, 1375, 1388, 1494, 1669 | [CR] | Chronologie standard ; chacune recoupée lors de la rédaction | non contesté |
Laissé de côté à dessein. Deux choses qu’un récit de ce genre inclurait normalement manquent ici. Le nombre de villes présentes à l’assemblée de Cologne de 1367 est donné comme soixante-dix-sept dans certains exposés et « plus de cinquante » dans d’autres, aussi n’en donne-t-on aucun. Et aucun chiffre de présence n’est cité ici pour la dernière diète de 1669. La dernière partie de cette série le donne, avec la distinction qui le rend citable.
Une correction qui mérite d’être consignée. Les conditions pénitentielles que la vulgarisation historique attache à la réadmission de Brunswick (s’agenouiller devant l’assemblée, un pèlerinage à Rome) n’ont pu être confirmées dans aucune source savante, et ne sont pas répétées ici. Une pénitence réelle est documentée, et c’en est une autre : un projet d’accord de 1379 (Hanserecesse I.2 n° 182) exigeait que deux bourgmestres et huit hommes respectables de Brunswick viennent à Lübeck et s’y présentent sans manteaux et sans chaperons. La ville fut déclarée verhanst le 24 juin 1375 et réadmise le 12 août 1380.